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27 janvier 2007

Jacques Julliard et le chômage

medium_portrait.jpgAu cours de ce même colloque (voir ma note Fronde anti-élites à Sciences Po), Jacques Julliard, héros de la "deuxième gauche" et éditorialiste  au Nouvel Obs, nous a livré une interprétation toute personnelle du "malaise français" comme on dit. Rappelant - à raison - que tous les gouvernements successifs depuis 1981 avaient été systématiquement révoqués par le peuple souverain, sans doute pour une grande part parce qu'ils n'étaient pas parvenus à répondre au problème de l'emploi, Jacques Julliard souligna que même les premier ministres ayant obtenu de "bons résultats" sur le front du chômage, comme Lionel Jospin ou Dominique de Villepin, avaient subi ou s'apprêtaient à sûbir les foudres d'électeurs majoritairement enclins à sombrer dans la "démocratie du rejet". Cela démontrait, selon lui, que la peur du chômage avait chez les Français un caractère qui dépassait largement ce qu'aurait dicté la simple raison et qu'elle était, en vérité, tout à fait exagéré. D'ailleurs 90% des actifs n'ont-ils pas un emploi ? 

Avec ce type de raisonnement, on comprend mieux pourquoi Lionel Jospin , convaincu que la France allait mieux au sortir de son gouvernement, et quelques uns de ses supporters que furent notamment le Nouvel Obs ne virent pas arriver la défaite du 21 avril et ne l'ont sans doute jamais comprise.

Puisqu'il est visiblement au dessus des forces de notre honoré éditorialiste de sortir de son 6ème arrondissement - ce qu'on lui pardonnera en raison de son grand âge - on l'invitera néanmoins à consulter, confortablement assis devant son ordinateur, la réalité du sous emploi en France sur le site de l'association les Autres Chiffres du Chômage. Il pourra ainsi constater qu'entre temps partiels subis, dispensés de recherche d'emploi et autres chômeurs en formation, ce sont plus de 4 millions et demi de personnes qui subissent aujourd'hui le problème du sous emploi dans notre pays et ne parviennent pas à vivre dignement des fruits de leur travail.

Une réalité dont on éspère qu'elle est également enseignée à Sciences Po !

Fronde anti-élites à Sciences Po

medium_logogris.jpgJ'assistais la semaine dernière à un colloque organisé à Sciences Po par la Fonda sur le thème "Crise et renouveau du politique". L'assemblée était composée de prestigieux intervenants (Pascal Perrineau, Roland Cayrol, Michel Wievorska, Pierre Rosanvallon, Jean-Louis Debré, Patrick Braouzec et j'en passe ) philosophant sur cette grave question, comme c'est d'usage lors d'un tel colloque, devant un parterre de responsables associatifs et d'élus locaux pour la plupart ( moyenne d'âge : pas loin des 60 ans ). Un public pas particulièrement représentatif des masses laborieuses donc ni de l'auditeur de base de RTL vociférant à longueur d'antenne contre l'Etat obèse, les impôts qui nous étranglent ou ces bobos parisiens qui ne comprennent rien à la vraie vie.

Après une première table-ronde où l'on enfila, comme d'habitude, pas mal de perles mais qui réserva aussi quelques réflexions intéressantes, le directeur de la rédaction du Parisien qui animait le débat passe la parole au public.  Une première intervenante - la cinquantaine, sans doute féministe de toujours - s'émeut du non respect de la parité à la tribune. Elle n'a pas tort, d'autant que le public est composé majoritairement de femmes. Puis une maire-adjointe chargée de la vie associative en banlieue parisienne prend la parole et fait part de son expérience, de la difficulté qu'elle a pour répondre aux attentes concrètes de ses concitoyens, pour faire le tri entre les demandes souvent dictées par de simples intérêts particuliers et la nécessaire défense de l'intérêt général, pour expliquer aussi à ceux qui viennent la voir qu'une municipalité ne peut pas tout et que bien des responsabilités relèvent tantôt de l'Etat, du Département ou de la Région. Au bout de cinq minutes, le journaliste l'interrompt : a-t-elle une question ? Et là, c'est le début de la fronde. Non, répond notre maire-adjointe pas impressionnée pour un sou, elle n'a pas de question à poser à l'un des intervenants.  Et pourquoi donc devrait-elle à tout prix poser une question à cette docte assemblée ? En savent-ils d'ailleurs beaucoup plus qu'elle sur le sujet qui nous intéresse ? Ne sont-ils pas habités, comme elle, par le doute ? Pourquoi faudrait-il qu'elle se laisser imposer la configuration de la salle séparant "savants" et "apprenants " ? Le journaliste se braque et se récrie : pas de ce petit jeu avec lui et d'ailleurs quel crime y-a-t-il à demander si elle a une question ? Mais la maire-adjointe ne joue pas. Pas du tout. Elle s'offusque et y voit une preuve de machisme et de cette détestable habitude française de réserver le débat à ceux qui savent. Inutile d'aller plus loin. Elle se rassoit, silence gêné du journaliste, un mouvement traverse la salle.

Mieux que de longs discours, on vient, dans un moment de spontanéité et de réalité pures, d'assister en direct à l'illustration de ce dont on parle depuis le début de la journée : la coupure entre les Français et ceux qui les représentent, tous ceux qui ressemblent, de près ou de loin, à l'élite. Rien de bien nouveau sous le soleil me direz-vous ! Sauf que là, ces paroles ne sont pas sorties de la bouche d'un électeur lepéniste, d'un auditeur de RTL ou d'un pilier de comptoir ; elles ont été prononcées dans le cercle censé être éclairé d'un colloque à Sciences Po, école de l'élite politico-médiatique par excellence. C'est dire l'ampleur du fossé qui sépare désormais cette élité de la grande masse des citoyens. Il faudra plus que la simple dénonciation du populisme, comme le firent certains intervenants à la tribune, pour y remédier. Sans quoi, le pire pourrait sans doute advenir...

21 janvier 2007

Jusqu'à ce que la mort nous sépare, au théâtre du Rond-Point

medium_p30362_5.jpgAu départ, on craint le pire : une de ces caricatures de pièces vaines et prétentieuses que sait si souvent - hélàs - produire le théâtre subventionné avec cet insupportable jeu distancé que la plupart des metteurs en scène imposent aujourd'hui à leurs comédiens. Et puis, presque par miracle, le charme opère et l'humour s'installe. Noir, très noir. C'est bien écrit, souvent drôle, tellement c'est caricatural et représentatif des travers du théâtre contemporain. Le décor, délicieusement seventies, nous plonge dans l'univers des films de De Funès ou, pour les intellos, de ceux de Tati. On songe à l'extraodinaire intérieur du film "Oscar". L'auteur joue habilement avec les codes des différents registres théâtraux : vaudeville, boulevard, policier, mélo ; le tout soutenu par une bande son ingénieuse qui n'est pas pour rien dans l'atmosphère qu'a su créer le metteur en scène. On sort finalement convaincu et joyeusement surpris de s'être laissé prendre au jeu. Ce qui n'était visiblement pas le cas de l'immense majorité de la salle !

Jusqu'à ce que la mort nous sépare, de Rémi De Vos, mise en scène et décor d'Eric Vigner, avec Catherine Jacob, Micha Lescot et Claude Perron. Du 9 janvier au 18 février au théâtre du Rond-Point.

20 janvier 2007

Du bon usage des sondages

medium_h_1_ill_845843_hulot.jpgSurprenant comme on peut tout faire dire aux chiffres. Le Parisien d'aujourd'hui publie un sondage sur le souhait des Français de voir Nicolas Hulot être candidat à l'élection présidentielle. Résultat : 59% des personnes interrogées ne souhaitent pas qu'il soit candidat et 40% sont d'un avis contraire. Etonnemment, Le Parisien fait sa une sur "40% desfrançais pour une candidature de Nicolas Hulot" ! Qui disait "les premiers seront les derniers" ?

Trou d'air or not trou d'air ?

medium_120px-Lufthansa_A340-600_D-AIHF.jpgMais puisqu'on vous le dit qu'il y a un trou d'air dans la campagne de Ségolène Royal ! Si Jean-Michel Apathie l'annonce, qu' Alain Duhamel le répète et que Serge July le bloggue, allez vous continuer à nier l'évidence (médiatique) ? De toutes façon, on vous avait prévenu... la bulle ségolène ne résisterait pas longtemps aux évidences de la réalité et son inaptitude à exercer les plus hautes fonctions ne tarderait pas à apparaître au grand jour ! Tout cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Oui, la campagne interne au parti socialiste pendant laquelle les rivaux de Ségolène n'ont cessé d'annoncer sa chute imminente avant d'être confrontés à une autre dure réalité, celle du vote des militants et ses 61% en faveur de la candidate Royal. Voilà qui devrait inciter à la prudence nos éminents commentateurs politiques. Mais ils rongent leur frein depuis de si longues semaines qu'on peut bien leur laisser quelques jours d'espoirs... avant que le vent médiatique n'ait soufflé dans une autre direction !

On notera avec intérêt que la notion de "trou d'air" est apparue sitôt le Congrès d'intronisation de Nicolas Sarkozy achevé. On pouvait ainsi entendre dès dimanche dernier en fin d'après-midi sur LCP un journaliste de Libération énoncer que la dynamique avait subitement changé de camp et que Ségolène Royal allait devoir rapidement réagir si elle ne voulait pas être durablement distancée. Sans doute notre commentateur avait-il été largement impressionné par la foule en délire présente au palais des expositions ce jour là. Combien étaient-ils déjà ces valeureux militants UMP ? 80 000, 100 000 comme l'indiquaient le soir même radios et télés ? Non, pas plus de 25 000 comme le révélait Le Canard enchaîné dans son édition de mercredi. Des chiffres qu'aucun journaliste n'avait visiblement pris la peine de vérifier et sur lesquels, bien sûr, personne n'est revenu. La fête était si belle et la dynamique (définitivement ?) installée !

 
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