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24 février 2007

Quand les moulins à vent résistent

medium_moulinsdedonquichotte.jpgLes "Enfants de Don quichotte" sont en train d'en faire l'amère expérience... même au XXIème siècle et en ces temps de médiatisation triomphante, il est toujours aussi difficile de se battre contre les moulins à vent.

Plus de deux mois après le lancement de l'opération des tentes du canal Saint Martin, où en sommes nous ? Pratiquement au point de départ. On a bien vu quelques SDF prendre possession, sous les caméras de télévision, de chambres d'hôtel ou plus rarement d'appartements en ville. Cela n'a pas empêché la plupart de rester sous leur tente et certains même d'y revenir.

Alors, constat d'echec d'une stratégie trop médiatique ? Il serait injuste de condamner en bloc l'action des "Enfants de Don quichotte" qui, outre son incontestable sincérité et son incontestable opiniatreté, a eu le mérite de rendre visible un scandale - celui des sans domicile fixe - devenu presque invisible à force d'être tristement ordinaire et quotidien. Mais il fallait sans doute une bonne dose de naïveté pour penser parvenir à régler cette question en quelques semaines, là où des associations aussi reconnues que "Médecins du Monde", "ATD Quart Monde" ou "Emmaüs" n'y sont pas parvenues en un quart de siècle. C'est qu'il ne s'agit pas seulement d'un problème d'hébergement mais tout à la fois de santé, d'emploi, de réinsertion dans la société.

A la stratégie médiatique des Don quichotte a donc répondu une autre stratégie médiatique, celle du gouvernement que l'on pourrait résumer sous la formule "cachez cette misère que je ne saurais voir...". Puisque l'alignement, le long du Canal Saint Martin, de toutes ces tentes rouges avait donné une existence médiatique aux SDF, il suffirait d'extraire ces mêmes tentes à la vue des caméras pour que le problème soit réglé ! On a ainsi vu, la semaine dernière, le gouvernement tenter d'installer des mobile-home ou des cabanons à une vingtaine de kilomètres à l'Est de la capitale, à Lognes plus exactement, sur un terrain non viabilisé, sans eau et sans électricité. Projet auquel le ministère de la cohésion sociale a - fort heureusement - renoncé tant il apparaîssait à l'opposé des besoins réels de ces personnes, notamment en matière d'accompagnement social individualisé.

Mais cette tentative est symptomatique de la démarche qui anime le gouvernement. La réquisition du Fort de Nogent annoncée hier soir par Dominique de Villepin n'en est pas si éloignée. Est-ce vraiment en les "enfermant" dans un fort militaire, loin des transports en commun et dénué de véritables services sociaux, que l'on aidera ces femmes et ces hommes privés de logement parfois depuis plusieurs années à s'en sortir et à reprendre pied dans notre société ? J'en doute. Et puis, quelle sale habitude de vouloir toujours rajouter la misère à la misère. Car il a bien sûr fallu que ce soit une commune populaire, communiste de surcroît (Fontenay-sous-Bois) qui soit choisie pour accueillir ces personnes. Pourquoi la nécessaire solidarité nationale en matière de logement devrait-elle toujours être supportée par les mêmes, qui concentrent déjà le plus grand nombre de logements sociaux ? Voilà bien encore une stratégie délibérée du gouvernement. Qu'en pense la famille Le Grand ?

Commentaires

Le fort de Nogent n'est pas éloigné de tout transport en commun
(2 lignes de bus au pied du fort et le RER à 500 mètres) et des travailleurs sociax de l'Armée de Salut étaient
censés aider les SDF. Cela dit, c'est vrai que l'idée de De Villepin est d'effacer de la capitale les campements
pour mettre les SDF en banlieue, loin des bobos et des médias.

Écrit par : Pla | 24 février 2007

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