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26 février 2007

La vie des autres : un oscar mérité

medium_laviedesautres.jpg1984, en Allemagne de l'Est. Dans moins de cinq ans, avec le mur de Berlin c'est tout un monde qui s'effondrera. En attendant, le système de surveillance mis en place par le régime communiste bat son plein. Dans ce pays d'un peu plus de 16 millions d'habitants qui vit comme séparé du monde, c'est jusqu'à 100 000 personnes qui ont appartenu à la Stasi et 300 000 autres qui y ont collaboré en tant qu'informateur.

Le réalisateur allemand Florian Henckel von Donnersmarck décrit, sur un mode à la fois intimiste et didactique, la mécanique de précision d'un système totalitaire qui broit les individus et fait de chacun à la fois une victime et un acteur du système. Un propos parfaitement illustré par la mise en image d'une RDA livide, glacée et oppressante où tout le monde - même les puissants - semble avoir perdu le goût de vivre et le sens réel de la vie ; où à force d'épier chacun la vie des autres, tout le monde semble réduit à voir échapper la sienne.  

Sauf que... au centre de cette mécanique apparemment sans défaut subsistent des hommes avec leur part d'ombre, leur lâcheté, leur obéissance mais aussi leur conscience, leur humanité et leur bonté qui viendra dérégler la mécanique.

Depuis quelques années, le cinéma allemand nous a habitué à revisiter avec beaucoup de profondeur et de sensibilité les pages les plus sombres de son histoire que ce soit avec La chute sur les derniers moments d'Hitler ou, dans un registre plus léger, avec Good Bye Lenine sur la fin de la RDA. La qualité de La vie des autres c'est qu'il ne tombe pas dans les travers de la pure dénonciation politique, avec ses méchants et ses gentils, ou dans la tentation du film historique si souvent pesant. Pourtant avec cette histoire singulière, le réalisateur parvient de façon très subtile à nous montrer à la fois comment un régime comme celui de la RDA a pu subsister, au coeur de l'Europe, pendant plus de 40 ans, et comment, à force d'etouffer tout espoir chez son peuple, il a conduit à sa propre perte.

Instructif et édifiant !

La vie des autres vient par ailleurs d'obtenir l'oscar du meilleur film en langue étrangère.

25 février 2007

Odette Toulemonde : les clichés ont du bon...

medium_odettetoulemonde.jpgOdette Toulemonde c'est d'abord l'histoire d'une rencontre improbable entre une vendeuse de grand-magasin, rayon cosmétiques, et l'auteur à succès dont elle vénère chacun des ouvrages. Elle, ne rêve que d'une chose : rencontrer celui qui habite ses jours et ses nuits depuis la mort de son mari. Lui, en bute au mépris des critiques littéraires a un besoin urgent de se resourcer auprès de quelqu'un qui l'aime vraiment.

Eric-Emmanuel Schmitt dresse ainsi le tableau expressioniste de deux mondes que tout oppose mais qui vont pourtant finir par se rejoindre. Entre conte de fée et film musical à la Mary Poppins, le réalisateur use et abuse de tous les clichés en vogue : la misère culturelle des prolos du Nord ; le cynisme et la violence des intellos parisiens ; les scènes de bonheur en carton pâte, façon couchers de soleil ou clair de lune éblouissant. C'est souvent drôle, parfois excessif (les collègues de travail d'Odette qui la conspuent à l'heure du déjeuner) lorsque Schmitt s'essaie maladroitement à la critique sociale tendance lutte des classes.

Car sous des abords volontairement légers et qui font tout le charme du film, Odette Toulemonde peut également se lire comme une charge anti-élites bobo parisiennes dans laquelle notre héroïne - formidable Catherine Frot - aura la lourde charge de rappeler quelques vérités dictées par la seule intelligence qui compte : l'intelligence du coeur. Un message d'autant mieux amené qu'Eric-Emmanuel Schmitt ne s'enferme pas, au contraire du Fabuleux destin d'Amélie poulain, dans une imagerie et une réthorique plus ou moins réac.

Mais c'est peut-être ce message subliminal qui incommodera certains...

Odette Toulemonde, film français d'Eric-Emmanuel Scmitt avec Catherine Frot, Albert Dupontel et Jacques Weber. Sorti le 7 février 2007.

 

24 février 2007

Quand les moulins à vent résistent

medium_moulinsdedonquichotte.jpgLes "Enfants de Don quichotte" sont en train d'en faire l'amère expérience... même au XXIème siècle et en ces temps de médiatisation triomphante, il est toujours aussi difficile de se battre contre les moulins à vent.

Plus de deux mois après le lancement de l'opération des tentes du canal Saint Martin, où en sommes nous ? Pratiquement au point de départ. On a bien vu quelques SDF prendre possession, sous les caméras de télévision, de chambres d'hôtel ou plus rarement d'appartements en ville. Cela n'a pas empêché la plupart de rester sous leur tente et certains même d'y revenir.

Alors, constat d'echec d'une stratégie trop médiatique ? Il serait injuste de condamner en bloc l'action des "Enfants de Don quichotte" qui, outre son incontestable sincérité et son incontestable opiniatreté, a eu le mérite de rendre visible un scandale - celui des sans domicile fixe - devenu presque invisible à force d'être tristement ordinaire et quotidien. Mais il fallait sans doute une bonne dose de naïveté pour penser parvenir à régler cette question en quelques semaines, là où des associations aussi reconnues que "Médecins du Monde", "ATD Quart Monde" ou "Emmaüs" n'y sont pas parvenues en un quart de siècle. C'est qu'il ne s'agit pas seulement d'un problème d'hébergement mais tout à la fois de santé, d'emploi, de réinsertion dans la société.

A la stratégie médiatique des Don quichotte a donc répondu une autre stratégie médiatique, celle du gouvernement que l'on pourrait résumer sous la formule "cachez cette misère que je ne saurais voir...". Puisque l'alignement, le long du Canal Saint Martin, de toutes ces tentes rouges avait donné une existence médiatique aux SDF, il suffirait d'extraire ces mêmes tentes à la vue des caméras pour que le problème soit réglé ! On a ainsi vu, la semaine dernière, le gouvernement tenter d'installer des mobile-home ou des cabanons à une vingtaine de kilomètres à l'Est de la capitale, à Lognes plus exactement, sur un terrain non viabilisé, sans eau et sans électricité. Projet auquel le ministère de la cohésion sociale a - fort heureusement - renoncé tant il apparaîssait à l'opposé des besoins réels de ces personnes, notamment en matière d'accompagnement social individualisé.

Mais cette tentative est symptomatique de la démarche qui anime le gouvernement. La réquisition du Fort de Nogent annoncée hier soir par Dominique de Villepin n'en est pas si éloignée. Est-ce vraiment en les "enfermant" dans un fort militaire, loin des transports en commun et dénué de véritables services sociaux, que l'on aidera ces femmes et ces hommes privés de logement parfois depuis plusieurs années à s'en sortir et à reprendre pied dans notre société ? J'en doute. Et puis, quelle sale habitude de vouloir toujours rajouter la misère à la misère. Car il a bien sûr fallu que ce soit une commune populaire, communiste de surcroît (Fontenay-sous-Bois) qui soit choisie pour accueillir ces personnes. Pourquoi la nécessaire solidarité nationale en matière de logement devrait-elle toujours être supportée par les mêmes, qui concentrent déjà le plus grand nombre de logements sociaux ? Voilà bien encore une stratégie délibérée du gouvernement. Qu'en pense la famille Le Grand ?

23 février 2007

Et si on supprimait les journalistes politiques ?

medium_sarkoetlesjournalistes.jpgJe vous rassure tout de suite, je ne veux rien faire de répréhensible pénalement.

Seulement l'idée m'est venue comme une évidence en regardant il y a quinze jours l'emission "Arrêt sur images" consacrée aux liens entre Nicolas Sarkozy et les journalistes. Et franchement il y avait de quoi frémir.

Non pas tellement de l'attitude de Nicolas Sarkozy qui sait si bien s'y prendre pour jouer de la connivence avec les journalistes, dans un subtil mélange de sympathie et de tension melées. Après tout c'est son job. Non, ce qu'il y avait d'atterrant c'est l'attitude pour le moins désinvolte et détachée des journalistes "accrédités" qui suivent à longueur de temps le ministre-candidat.

Celui-ci monte de toute pièce des voyages de presse pour mettre en scène sa réconciliation avec Cécilia. Ben oui mais bon on y va quand même et donc faut bien en parler. Il refuse de répondre à des questions génantes sur son patrimoine ? Ben on peut pas y faire grand chose, on va quand même pas le harceler. Il tutoie chacun ? Que voulez vous y faire ? Le must du cynisme assumé, c'est encore cette parole lachée par le journaliste du Monde Philippe Ridet : "le fond, je m'en fous" ! C'est vrai qu'on est trop occupé à relater les "états d'âme" plus ou moins spontanés du président de l'UMP ou à quémander aux conseillers en commuication un entretien en "off", histoire de pouvoir distiller dns ses papiers quelques confidences.

Est-ce parce qu'il a compris l'effet délétère de son attitude sur ses lecteurs que le même Philippe Ridet a tenté de se rattraper dans un long papier paru le 20 février et intitulé "Ma vie avec Sarko" ? Article qui s'apparente à un laborieux et peu convaincant plaidoyer sur le difficile métier de journaliste accrédité ou "embarqué" comme on dit pour les journalistes couvrant la guerre en Irak.

Oui, je me doute que ça doit pas être facile tous les jours le métier de journaliste accrédité auprès de Nicolas Sarkozy ou auprès de n'importe quel homme politique d'envergure d'ailleurs (encore que notre Sarkozy national soit un maître en la matière). Pas facile de résister à la machine bien huilée du marketing électoral et de la communication politique. Pas facile de s'extraire de ce microcosme si près du pouvoir et pourtant si loin du réel. Pas facile, si ce n'est impossible, de prendre du recul pour analyser, disséquer, "décrypyter" comme on dit dans le milieu médiatique, les déclarations de celui qu'on suit au jour le jour et dont on partage finalement un peu de la vie (à cet égard, le titre du papier de Philippe Ridet n'est pas innocent).

Alors, comme à l'impossible nul n'est tenu et que pour être journaliste on n'en est pas moins homme, je propose tout simplement que l'on supprime ces fameux "journalistes accrédités" dont on se demande parfois s'ils ne sont pas devenus de simples faire-valoir de nos hommes et femmes politiques. Il ne manque pas de journalistes talentueux, chacun dans leur domaine de compétence respective, pour couvrir l'actualité et les déplacements de tel ou tel candidat. Sarkozy fait un voyage dans le Nord pour parler emploi ? Qu'on y envoie le ou la journaliste chargé de ces questions. Au moins, il ou elle connaîtra (un peu) le sujet et sera davantage capable de relever telle ou telle incohérence dans le discours du candidat. En changeant ainsi régulièrement les journalistes au contact de nos hauts responsables politiques, on réduira du même coup les risques de connivence. Et puis, il sera plus difficile pour Jean-Pierre Elkabach de demander l'avis de Nicolas Sarkozy sur le journaliste appelé à le suivre !

Ils sont tous là !

medium_lioneletségo.jpgLe retour des "éléphants", Fabius, DSK, Aubry et même Jospin est-il une bonne chose pour la campagne de Ségolène ? Depuis l'annonce de la composition de la nouvelle équipe en charge du "pacte présidentiel", les commentateurs s'en donnent à coeur joie et les avis divergent.

Franchement, je n'ai aucune idée de savoir si ce grand rassemblement de la "famille socialiste" va contribuer à donner un élan supplémentaire à la campagne socialiste ou va au contraire "banaliser" Ségolène Royal et "brouiller" son image rénovatrice. Les jours qui viennent nous le diront...

Ce qui me frappe surtout c'est le manque total de cohérence des commentateurs sur ce type de question. Lorsque Nicolas Sarkozy obtient le ralliement de (presque) toute la garde et l'arrière garde de l'UMP, y compris chiraquienne, on salue sa capacité à "rassembler son camp", on loue sa force d'entrainement et sa capacité à faire de l'UMP une véritable machine de guerre tout entière dédiée à sa cause. En revanche, lorsque Ségolène Royal annonce qu'elle intègre dans son comité de campagne tous les "poids lourds" du PS, on déplore qu'elle se soit laissée phagocyter par le parti, on moque le retour des "éléphants" pour ne pas dire des "mamouths" et on suspecte déjà la candidate de ne plus avoir les mains libre pour mener sa campagne comme elle l'entend (après tout ce n'est qu'une pauvre femme !). Ce sont d'ailleurs souvent les mêmes qui raillaient pas plus tard que la semaine dernière sur la solitude de la candidate, son incapacité à "rassembler son camp" et donc le pays. Allez comprendre !

En tous cas, le "retour" surprise de Lionel Jospin aura le mérite d'éclipser rapidement la démission d'Eric Besson, jospiniste devant l'Eternel... c'est déjà ça !

 
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