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23 avril 2007

Ouf, la Vème République est sauvée !

medium_Vèrépublique.jpgA entendre les commentateurs politiques, depuis hier, tout est rentré dans l'ordre dans notre beau pays.

Evanouie la crise de la représentation politique, la défiance des Français vis-à-vis de leur système politique ; lavé l'affront démocratique du 21 avril 2002. Nos compatriotes ont - enfin - retrouvé la raison. La participation bat des records, la bipolarisation triomphe, les extrèmes sont en perte de vitesse et la floppée de petits candidats - cet archaïsme national - renvoyée aux oubliettes.

Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes institutionnels. A l'occasion de ce scrutin historique, les Français n'ont-ils pas ainsi voulu exprimer leur attachement à la Vème République et renvoyer à leurs chères études les apprentis sorciers adeptes du passage à la 6ème ?

Comme vous allez vite en besogne messieurs-dames.

Certes, la peur du 21 avril a produit à plein son effet : pousser à une forte mobilisation et inciter au "vote utile" en faveur des deux principaux candidats. Il n'en reste pas moins que plus de 4 électeurs sur 10 ont fait un autre choix. Près de 7 millions (soit 18,5% des suffrages exprimés) se sont prononçés pour un candidat s'affichant clairement comme "hors système" et pronant une rupture avec les deux grands partis de gouvernement existants.

Le Front National, qu'on dit terrassé et dont certains annoncent déjà l'inéluctable déclin, a certes perdu 1 millions de voix par rapport au premier tour de 2002, mais il reste dans un étiage proche des présidentielles de 1988 et 1995 et sa contre-performance tient d'abord à la très forte participation.  Si celle-ci avait été du même niveau qu'en 2002, le score de Jean-Marie Le Pen aurait avoisiné les 13 % ce qui demeure loin d'être négligeable. Surtout, les électeurs frontistes n'ont pas disparu comme par magie. Rien ne prouve que ceux qui se sont laissé séduire par Nicolas Sarkozy lors de ce premier tour présidentiel lui resteront fidèle lors des prochains scrutins, notamment aux législatives (même si ces dernières sont généralement moins favorables au FN). Le leader frontiste peut en outre se réjouir, non sans raison, que ses idées aient été largement reprises par le candidat UMP. 

Il suffit, par ailleurs, de tendre l'oeille pour s'apercevoir que beaucoup d'électeurs, notamment à gauche, ont exprimé un vote de raison plus que de réelle adhésion. C'est souvent le cas me direz-vous. Certes mais cela relativise beaucoup les commentaires sur la supposée réconciliation des Français avec leur système politique. Il faudrait être naïf pour penser que les résultats extrêmement faibles d'une Dominique Voynet ou d'une Marie-George Buffet reflètent la réalité de l'état du paysage politique français (sans compter ceux qui ont été tout simplement empêché de concourir comme Nicolas Dupont Aignant, seul représentant des souverainistes d'inspiration gaulliste). Combien de temps leurs électeurs accepteront-ils de ne pouvoir faire entendre leur voix ni au premier tour de l'élection présidentielle, pour cause de "vote utile", ni aux élections législatives, en raison du mode de scrutin majoritaire ?

Enfin, la radicalisation du débat entre deux camps très antagonistes qui peinent de plus en plus à se comprendre -radicalisation entretenue par la personnalité et la stratégie de Nicolas Sarkozy - risque de ne pas faciliter la tâche du futur ou de la future président(e) pour entreprendre les réformes dont le pays a besoin (lire à ce sujet le très pertinent éditorial du journal suisse le Temps). S'il est élu, Nicolas Sarkozy ne pourra pas éternellement s'en tenir à ses discours bonapartistes mêlant volontarisme et autorité, sauf à bloquer complètement le pays. Si elle parvient à l'Elysée, Ségolène Royal ne pourra asseoir sa "nouvelle donne" économique et sociale que sur une réforme profonde de notre système de décision politique et de délibération sociale. Autant dire que, n'en déplaise aux thuriféraires de la Vème République, un changement profond de nos institutions demeure, à plus ou moins court terme, le passage obligé de tout véritable changement dans notre pays.

Et puis, n'oublions pas qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. On a connu des sursauts civiques aussi vite disparus qu'apparus. Par exemple lors des élections législatives de juin 2002 dont le niveau de participation fut très médiocre en dépit du souvenir encore frais du 21 avril. La participation record de ce 22 avril 2007 peut-elle se réduire à un feu de paille ? Ce n'est pas impossible et le passé devrait nous inciter à la prudence.

Sans doûte bien des commentateurs politiques croient-ils aujourd'hui la fièvre contestatrice des Français retombée. Mais le feu pourrait bien couver sous la cendre. Alors, gardons nous de toute conclusion hâtive...

 

Commentaires

"meme si ces dernieres sont generalement moins favorables au fn" ... poiint de détail très important ;) merci pour ce billet ! cobntinue !

Écrit par : Ministre | 19 mars 2008

Les commentaires sont fermés.

 
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