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06 mai 2007

Demain, la gauche...

medium_mitterrand.jpgPour la troisième fois consécutive, la gauche a donc perdu l'élection présidentielle.  Même si le bon score réalisé par Ségolène Royal le 22 avril dernier a permis d'éviter l'humiliation d'une nouvelle élimination de la gauche au second tour, cette défaite est sans doute encore plus grave que celle survenue en 2002. Parce qu'il y a cinq ans, l'échec de Lionel Jospin pouvait être mis sur le compte de la dispersion des voix ou d'un simple "accident électoral" et parce que Jacques Chirac avait rassemblé un peu moins de 20% des suffrages. Parce que ce nouvel échec survient alors que la droite a gouverné ces 5 dernières années et que la gauche aurait dû théoriquement en tirer parti.

Depuis l'avènement de la Vème République, il y a un peu moins de cinquante ans, seul François Mitterrand sera ainsi parvenu à hisser la gauche au pouvoir à l'issue d'une élection présidentielle. Preuve, s'il en était encore besoin, que les institutions construites par le général De Gaulle, et en particulier l'élection du président au suffrage universel direct, sont profondement conçues pour favoriser la droite, du fait de leur conception bonapartiste. Une leçon que les socialistes n'ont malheureusement jamais sû réellement apréhender, comme s'ils étaient hypnotisés par la logique présidentialiste de la Vè République. A cet égard, on ne redira jamais assez la grave erreur, pour ne pas dire la faute politique majeure, que constitua la décision par Lionel Jospin d'inverser le calendrier électoral en 2002 et de renforcer ainsi, quinquennat aidant, la dérive présidentialiste de notre système politique. Certes, en faisant de la réforme des institutions un des axes fort de son projet, Ségolène Royal a cherché à sortir de cette dérive mortelle pour les idéaux de gauche qui s'accordent si mal avec la personnalisation et la simplification des discours politique qu'elle engendre. Mais cette orientation fut sans doute trop tardive et trop partielle pour prendre sa pleine mesure face à un Nicolas Sarkozy excellant dans un tel système.

Ségolène Royal justement dont les amis ne manqueront pas, dès demain matin, de faire le procès. Pas assez à gauche pour certains. Pas assez au centre ou pas assez crédible pour d'autres. La vérité c'est que même si elle a pu commettre des erreurs au cours de cette campagne, le défi qu'a tenté, avec une formidable détermination, de relever Ségolène Royal s'assimilait , à bien des égards , à une mission impossible. Comment, en effet, parvenir à prendre les rennes d'un parti dont l'appareil lui était largement résistant et mener la rénovation du PS en quelques mois seulement quand son adversaire Nicolas Sarkozy a mis à profit ces cinq dernières années pour s'emparer de l'ex parti chiraquien et rénover son corpus idéologique ?

Force est de pointer les graves insuffisances de l'actuelle direction du PS. Plutôt que d'engager, aux lendemains de la défaite de 2002, une véritable réflexion sur le positionnement idéologique et stratégique du parti, elle a préféré s'enfermer dans des manoeuvres d'appareil - manoeuvres dans lesquelles François Hollande excelle - propres à assurer son maintien à la tête du PS et quitte à empêcher l'émergence de toute idée nouvelle. Une stratégie dans laquelle la direction s'est sentie confortée après le prétendu succès des régionales de 2004 ; lequel n'avait constitué en vérité qu'une sorte de 21 avril à l'envers. Las, ce n'était que reculer pour mieux sauter. Il faudra bien, cette fois, que la rénovation tant différée ait lieue. Que tout soit mis sur la table. Et que l'on réponde enfin à quelques questions taboues comme celles là : allons nous encore longtemps maintenir en vie artificielle des "partenaires" (PC, MDC, Verts...) qui souvent ne représentent plus qu'eux mêmes ? l'heure n'est-elle pas venue de constituer une grande formation de gauche dans laquelle chacune de ces sensibilités serait dûment représentée ? J'ai en effet la conviction que les verts ou les communistes authentiquement attachés à leurs valeurs auraient bien plus intérêt à rejoindre un grand parti de gauche pour peser sur ses orientations plutôt que de maintenir, de façon purement artificielle, des appareils dont le seul but est leur propre survie et qui sont néanmoins promis à un inéluctable déclin. Enfin, l'heure n'est-elle pas venue d'engager un vrai dialogue avec toutes les forces républicaines modérées qui ne se reconnaissent pas dans Nicolas Sarkozy et sans lesquelles il n'y aura pas de reconquête ?

Oui, pour la gauche, pour les démocrates, pour toutes celles et tous ceux qui croient encore et toujours aux valeurs de justice sociale, de solidarité et d'humanité, l'heure doit être au courage et à la lucidité pour reconstruire demain l'espoir.

Commentaires

La République des Cyniques :
par ehim http://ehim.iver-blog.com

Après la République des Brigands de Mitterrand et Chirac, celle qui s’annonce franchira certainement un pas, si c’est encore possible, dans le cynisme et l’immoralité politique.

Après le détournement déjà entamé, pendant 12 ans, de la richesse nationale produite par la population active vers les actionnaires privés, la privatisation des services publics, de l’assurance maladie et des retraites devrait permettre de détourner les impôts et les cotisations sociales vers les amis de la Droite libérale. Le dépeçage de ce qui reste d’économie sociale devrait donc permettre aux classes les plus aisées de s’enrichir encore plus au détriment des salariés.

Il est probable que les prochaines années verront le retour « d’années folles » où la moitié de la population exhibera sans retenue sa richesse avec le plus grand cynisme pendant que l’autre moitié s’appauvrira et que les plus démunis se verront privés des aides sociales qui leur permettaient de garder encore un peu de dignité.

Il faudra donc certainement attendre quelques années avant que les naïfs qui, parmi les gens du peuple, ont porté ces prédateurs au pouvoir se rendent compte qu’ils ont été grugés et qu’ils aient le courage de se révolter. Le plus tôt sera le mieux.

Écrit par : ehim | 08 mai 2007

Salut Nicolas,

je suis heureux de constater que nous partageons les mêmes analyses : http://www.renover92.canalblog.com/

La rénovation ne doit plus emprunter des voies de traverse. Et Ségolène Royal a affiché la couleur dès le 6 mai et cela me convient parfaitement.

Je te mets en lien sur le blog de la rénovation dans le 92.


Amicalement.

Alexis

Écrit par : alexis bachelay | 09 mai 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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