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31 mai 2007

Les premiers couacs de l'ère Sarkozy

medium_diapo_sarkozy.2.jpgEst-il encore permis de s'opposer au pouvoir en place dans notre beau pays ? On peut légitimement en douter à écouter les vociférations du nouveau président de la République lors du meeting - pardon de la rencontre républicaine ! - qu'il tenait au Havre mardi soir.

Non content de favoriser la création d'un "Nouveau Centre" tout acquis à sa cause ou de prétendre choisir son futur adversaire socialiste en la personne de Bertrand Delanoë, voila que Nicolas Sarkozy accuse de "pensée unique" quiconque ose émettre la moindre critique ou interrogation sur le bien fondé des mesures qu'il s'apprête à faire adopter.

Personne ne prétend contester la légitimité du tout nouveau président élu ni sa volonté de mettre en oeuvre rapidement les engagements qu'il a pris pendant la campagne. Mais ce serait une singulière conception de la démocratie que de considérer pour autant comme illégitime toute critique des agissements du nouveau pouvoir. Certes, la voie est étroite en ces temps de "sarkomania". Quiconque tente d'émettre un bémol sur la formidable "succès story" qui est en train de s'écrire chaque jour sous nos yeux ébahis est aussitôt accusé par la nouvelle Cour médiatico-politique de non respect de la démocratie. Comme si la victoire - nette - de Nicolas Sarkozy devait avoir pour conséquence de banir de toute expression politique et démocratique la petite moitié des Français qui ont fait un autre choix le 6 mai dernier. Comme si, tout à l'onction du nouveau pouvoir suprême, il fallait renoncer aux convictions et aux idées défendues des mois durant pour se ranger à ce si bel enthousiasme national qui semble agiter la France depuis un peu moins d'un mois.

Et bien, n'en déplaise à notre nouveau président de la République, et au risque de figurer au rang des mauvais patriotes ou des odieux militants (je sais qu'aux yeux de certains c'est une insulte !), je refuse de céder à cette sarkomania, qui n'est rien d'autre qu'une anesthésie voulue et acceptée comme telle de tout esprit critique et civique.

Cela ne veut pas dire critiquer pour critiquer ou tirer à boulet rouge sur le nouveau président sous prétexte qu'il n'est pas issu de mes rangs. A cet égard, je n'ai guère apprécié la critique en règle faite par François Hollande sur la composition du gouvernement. L'ouverture ? Certes, il s'agit d'une pure manoeuvre tactique qui vise à dérouter l'électorat socialiste et à prendre à contrepied la diabolisation dont Nicolas Sarkozy s'est dit victime pendant la campagne. Mais est-ce infamant de rappeler qu'en son temps, François Mitterrand s'adonna lui aussi à ce type de "débauchages" individuels aux lendemains de sa réélection en 1988 ? Je refuse donc de porter quelque jugement que ce soit sur la nomination d'un Kouchner ou d'un Jouyet. Tout est affaire de conscience personnelle. Peut-être que si nous avions, en son temps, fait un meilleur "usage" de ces personnalités talentueuses, et pour le moins populaires, nous n'aurions pas forcément à déplorer aujourd'hui leur départ vers d'autres rives. Quant à la nomination de Rachida Dati à un ministère aussi important que la Justice, je ne peux que saluer le geste politique et regretter amèrement que la gauche n'ait pas été en mesure d'en faire autant. Désigner comme ministre une femme, une jeune, originaire du Magrheb, compétente de surcroît et ne pas la cantonner, une fois de plus, dans un sous secrétariat d'état à l'intégration, franchement je dis chapeau. Ce serait tout à l'honneur du PS d'avoir la bonne foi de saluer également l'événement et de souhaiter bonne chance à la jeune promue.

Ceci étant dit, il est permis de ne pas sacrifier à l'enthousiasme général, notamment en ce qui concerne les multiples annonces qui s'amoncellent en ce début de quinquennat.

Quelles qu'aient pu être les dénégations du ministre concerné, la promesse de déduction des intérêts d'emprunt pour l'acquisition d'une résidence principale a donné lieu, ces derniers jours, à un sacré cafouillage. Nicolas Sarkozy a beau préciser que tous les emprunts en cours seront concernés, bien des interrogations restent en suspens, notamment sur le volume réel des intérêts qui pourront être déduits et sur la durée du dispositif. Selon les critères qui seront finalement retenus, le bénéfice des heureux propriétaires variera considérablement ainsi que le coût de la mesure pour le budget de l'Etat. Certains parlent de 4 milliards d'euros par an ; d'autre de 20 milliards. Des chiffres qui sont, quoi qu'il en soit, exhorbitants et qui vont peser lourdement sur le niveau des déficits publics. Sur le fond, l'intérêt économique d'une telle mesure est contesté par les plus éminents spécialistes, sans parler de son caractère peu équitable socialement. Le dispositif va entrainer d'indéniables effets d'aubaine qui profiteront prioritairement aux ménages les plus aisés ; lesquels profiteront de cette plus value fiscale non pour consommer mais pour épargner. Le bénéfice en terme de croissance économique risque donc d'être nul. Un tel cadeau fiscal a par ailleurs toutes les chances d'être rapidement absorbé par une nouvelle hausse des prix de l'immobilier et/ou un renchérissement du crédit. En bout de course, la mesure risque donc d'être de peu d'effet pour contrer l'actuelle crise du logement et favoriser l'accès des ménages modestes ou moyens à la propriété. Consacrer ces milliards d'euros au financement de nouveaux logements à loyer modérés serait donc plus judicieux.

La mise en oeuvre de la seconde promesse du candidat Sarkozy, sur la défiscalisation des heures supplémentaires risque, là encore, de faire rapidement déchanter ceux qui éspéraient "travailler plus pour gagner plus". Le gouvernement est ici confronté à un véritable casse tête car sa mesure pourrait bien s'avérer anticonstitutionnelle en remettant en cause l'égalité des citoyens devant l'impôt. Pour les salariés rémunérés autour du SMIC, la difficulté tient au fait que les entreprises ne payent déjà presque plus de charges patronales. Ca se complique encore plus pour les salariés à temps partiel subi (par exemple la caissière employée 30 heures par semaine) qui risquent également de ne pas pouvoir bénéficier d'un tel dispositif. Comment, en effet, parler d'heures sup lorqu'on est en deça du seuil du temps de travail légal ? Enfin, les cadres payés au forfait devront sans doute faire leur deuil d'un peu de beurre dans les épinards puisque, par définition, ils ne font pas d'heures supplémentaires ! La mesure phare du nouveau président censée relancer le pouvoir d'achat des Français a donc toutes les chances de se dégonfler comme une malheureuse bodruche. Surtout si on ajoute à cela que les entreprises n'auront aucune faculté d'octroyer des heures supplémentaires à leurs salariés si leurs carnets de commande ne sont pas mieux remplis. A moins que certains petits malins ne déclarent des heures supplémentaires fictives pour bénéficier des déductions fiscales et de cotisations... ce qui agraverait un peu plus les déficits publics sans améliorer en quoi que ce soit la situation économique et sociale du pays.

Enfin, dernier miroir aux alouettes du président Sarkozy : la mise en place d'un service minimum dans les transports. Là aussi, le cafouillage a été de rigueur ces derniers jours, notamment en ce qui concerne le calendrier de mise en place de cette réforme. Loi ou pas loi ? En septembre ou en décembre ? Les choses ne semblent pas encore clairement tranchées. Mais l'idée d'une simple "loi cadre" qui fixerait le principe du service minimum et en renverrait la mise en oeuvre concrète aux collectivités locales et aux autorités organisatrices de transports comme le STIF en région parisienne sent bigrement l'entourloupe. Le nouveau président s'exonererait ainsi à peu de frais de sa promesse électorale tout en en renvoyant la responsabilité sur les régions. Ce qui aura pour principale conséquence de ne rien changer concrètement pour les usagers !

Bref, sur tous ces sujets, les premières contradictions du candidat Sarkozy apparaissent déjà. C'est le rôle d'une opposition intelligente de les souligner. N'en déplaise aux "sarkomaniaques" !

Commentaires

Riez...Vous allez voir, je vais bien finir par vous séduire !

Écrit par : Mon Elysée | 31 mai 2007

mais l'opposion est là et bien là
n'en déplaise à l'ump qui révait de les décimer et se voyait déjà avec 500 députés
et ils joueront leur role à fond et il n'hésiteront pas à batailler quand il le faudra

Écrit par : marianne | 30 juin 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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