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31 mai 2007

Les premiers couacs de l'ère Sarkozy

medium_diapo_sarkozy.2.jpgEst-il encore permis de s'opposer au pouvoir en place dans notre beau pays ? On peut légitimement en douter à écouter les vociférations du nouveau président de la République lors du meeting - pardon de la rencontre républicaine ! - qu'il tenait au Havre mardi soir.

Non content de favoriser la création d'un "Nouveau Centre" tout acquis à sa cause ou de prétendre choisir son futur adversaire socialiste en la personne de Bertrand Delanoë, voila que Nicolas Sarkozy accuse de "pensée unique" quiconque ose émettre la moindre critique ou interrogation sur le bien fondé des mesures qu'il s'apprête à faire adopter.

Personne ne prétend contester la légitimité du tout nouveau président élu ni sa volonté de mettre en oeuvre rapidement les engagements qu'il a pris pendant la campagne. Mais ce serait une singulière conception de la démocratie que de considérer pour autant comme illégitime toute critique des agissements du nouveau pouvoir. Certes, la voie est étroite en ces temps de "sarkomania". Quiconque tente d'émettre un bémol sur la formidable "succès story" qui est en train de s'écrire chaque jour sous nos yeux ébahis est aussitôt accusé par la nouvelle Cour médiatico-politique de non respect de la démocratie. Comme si la victoire - nette - de Nicolas Sarkozy devait avoir pour conséquence de banir de toute expression politique et démocratique la petite moitié des Français qui ont fait un autre choix le 6 mai dernier. Comme si, tout à l'onction du nouveau pouvoir suprême, il fallait renoncer aux convictions et aux idées défendues des mois durant pour se ranger à ce si bel enthousiasme national qui semble agiter la France depuis un peu moins d'un mois.

Et bien, n'en déplaise à notre nouveau président de la République, et au risque de figurer au rang des mauvais patriotes ou des odieux militants (je sais qu'aux yeux de certains c'est une insulte !), je refuse de céder à cette sarkomania, qui n'est rien d'autre qu'une anesthésie voulue et acceptée comme telle de tout esprit critique et civique.

Cela ne veut pas dire critiquer pour critiquer ou tirer à boulet rouge sur le nouveau président sous prétexte qu'il n'est pas issu de mes rangs. A cet égard, je n'ai guère apprécié la critique en règle faite par François Hollande sur la composition du gouvernement. L'ouverture ? Certes, il s'agit d'une pure manoeuvre tactique qui vise à dérouter l'électorat socialiste et à prendre à contrepied la diabolisation dont Nicolas Sarkozy s'est dit victime pendant la campagne. Mais est-ce infamant de rappeler qu'en son temps, François Mitterrand s'adonna lui aussi à ce type de "débauchages" individuels aux lendemains de sa réélection en 1988 ? Je refuse donc de porter quelque jugement que ce soit sur la nomination d'un Kouchner ou d'un Jouyet. Tout est affaire de conscience personnelle. Peut-être que si nous avions, en son temps, fait un meilleur "usage" de ces personnalités talentueuses, et pour le moins populaires, nous n'aurions pas forcément à déplorer aujourd'hui leur départ vers d'autres rives. Quant à la nomination de Rachida Dati à un ministère aussi important que la Justice, je ne peux que saluer le geste politique et regretter amèrement que la gauche n'ait pas été en mesure d'en faire autant. Désigner comme ministre une femme, une jeune, originaire du Magrheb, compétente de surcroît et ne pas la cantonner, une fois de plus, dans un sous secrétariat d'état à l'intégration, franchement je dis chapeau. Ce serait tout à l'honneur du PS d'avoir la bonne foi de saluer également l'événement et de souhaiter bonne chance à la jeune promue.

Ceci étant dit, il est permis de ne pas sacrifier à l'enthousiasme général, notamment en ce qui concerne les multiples annonces qui s'amoncellent en ce début de quinquennat.

Quelles qu'aient pu être les dénégations du ministre concerné, la promesse de déduction des intérêts d'emprunt pour l'acquisition d'une résidence principale a donné lieu, ces derniers jours, à un sacré cafouillage. Nicolas Sarkozy a beau préciser que tous les emprunts en cours seront concernés, bien des interrogations restent en suspens, notamment sur le volume réel des intérêts qui pourront être déduits et sur la durée du dispositif. Selon les critères qui seront finalement retenus, le bénéfice des heureux propriétaires variera considérablement ainsi que le coût de la mesure pour le budget de l'Etat. Certains parlent de 4 milliards d'euros par an ; d'autre de 20 milliards. Des chiffres qui sont, quoi qu'il en soit, exhorbitants et qui vont peser lourdement sur le niveau des déficits publics. Sur le fond, l'intérêt économique d'une telle mesure est contesté par les plus éminents spécialistes, sans parler de son caractère peu équitable socialement. Le dispositif va entrainer d'indéniables effets d'aubaine qui profiteront prioritairement aux ménages les plus aisés ; lesquels profiteront de cette plus value fiscale non pour consommer mais pour épargner. Le bénéfice en terme de croissance économique risque donc d'être nul. Un tel cadeau fiscal a par ailleurs toutes les chances d'être rapidement absorbé par une nouvelle hausse des prix de l'immobilier et/ou un renchérissement du crédit. En bout de course, la mesure risque donc d'être de peu d'effet pour contrer l'actuelle crise du logement et favoriser l'accès des ménages modestes ou moyens à la propriété. Consacrer ces milliards d'euros au financement de nouveaux logements à loyer modérés serait donc plus judicieux.

La mise en oeuvre de la seconde promesse du candidat Sarkozy, sur la défiscalisation des heures supplémentaires risque, là encore, de faire rapidement déchanter ceux qui éspéraient "travailler plus pour gagner plus". Le gouvernement est ici confronté à un véritable casse tête car sa mesure pourrait bien s'avérer anticonstitutionnelle en remettant en cause l'égalité des citoyens devant l'impôt. Pour les salariés rémunérés autour du SMIC, la difficulté tient au fait que les entreprises ne payent déjà presque plus de charges patronales. Ca se complique encore plus pour les salariés à temps partiel subi (par exemple la caissière employée 30 heures par semaine) qui risquent également de ne pas pouvoir bénéficier d'un tel dispositif. Comment, en effet, parler d'heures sup lorqu'on est en deça du seuil du temps de travail légal ? Enfin, les cadres payés au forfait devront sans doute faire leur deuil d'un peu de beurre dans les épinards puisque, par définition, ils ne font pas d'heures supplémentaires ! La mesure phare du nouveau président censée relancer le pouvoir d'achat des Français a donc toutes les chances de se dégonfler comme une malheureuse bodruche. Surtout si on ajoute à cela que les entreprises n'auront aucune faculté d'octroyer des heures supplémentaires à leurs salariés si leurs carnets de commande ne sont pas mieux remplis. A moins que certains petits malins ne déclarent des heures supplémentaires fictives pour bénéficier des déductions fiscales et de cotisations... ce qui agraverait un peu plus les déficits publics sans améliorer en quoi que ce soit la situation économique et sociale du pays.

Enfin, dernier miroir aux alouettes du président Sarkozy : la mise en place d'un service minimum dans les transports. Là aussi, le cafouillage a été de rigueur ces derniers jours, notamment en ce qui concerne le calendrier de mise en place de cette réforme. Loi ou pas loi ? En septembre ou en décembre ? Les choses ne semblent pas encore clairement tranchées. Mais l'idée d'une simple "loi cadre" qui fixerait le principe du service minimum et en renverrait la mise en oeuvre concrète aux collectivités locales et aux autorités organisatrices de transports comme le STIF en région parisienne sent bigrement l'entourloupe. Le nouveau président s'exonererait ainsi à peu de frais de sa promesse électorale tout en en renvoyant la responsabilité sur les régions. Ce qui aura pour principale conséquence de ne rien changer concrètement pour les usagers !

Bref, sur tous ces sujets, les premières contradictions du candidat Sarkozy apparaissent déjà. C'est le rôle d'une opposition intelligente de les souligner. N'en déplaise aux "sarkomaniaques" !

22 mai 2007

La 6ème République, morte et enterrée ?

medium_Carte_5.jpgLa 6ème République, chère au député socialiste Arnaud Montebourg et que Ségolène Royal, comme François Bayrou avaient inscrite au coeur de leur projet présidentiel, est-elle morte et enterrée avant même d'avoir vu le jour ?

Indéniablement, l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République change aujourd'hui profondément la donne et pourrait, tout du moins en apparence, rendre plus difficile une critique radicale des institutions de la Vème République. Pourtant, les mêmes causes ( concentration et personnalisation du pouvoir, asservissement du Parlement, non représentation des minorités politiques) produisant le plus souvent les mêmes effets (excès de pouvoir, coupure du lien avec les citoyens, défiance vis-à-vis du sytsème de représentation), la question d'une réforme profonde de notre système politique pourrait revenir au devant de la scène politique plus vite qu'on ne peut le penser.

Lorsqu'il fonde en 2000 la Convention pour la sixième République, Arnaud Montebourg appuie sa revendication d'un changement de constitution sur un constat sans concession du fonctionnement des institutions actuelles. Abstention record, montée des votes extrêmes, irresponsabilité politique et pénale du président de la République, confusion des pouvoirs à la tête de l'exécutif, non représentation à l'Assemblée nationale de la diversité de la société française... autant d'éléments qui concourent au délitement du lien de confiance qui devrait exister entre les citoyens et leur système politique. Une analyse qui va trouver sa concrétisation la plus criante dans l'élimination de la gauche au second tour de l'élection présidentielle de 2002 et va se voir confirmée lors des régionales de 2004 ou à l'occasion du référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005. A tel point, qu'un large spectre du paysage politique français, de la LCR à l'UDF en passant par les Verts, le PCF et le PS, va progressivement reprendre à son compte l'avènement d'une 6ème République, même si ce vocable renvoie à des réalités différentes selon les partis.

Et puis, voici qu'arrive l'élection présidentielle de 2007. On redoutait un énième séisme politique et que constate-t-on finalement ? Un taux de participation record, une baisse des extrêmes et singulièrement du Front National ainsi qu'un retour en grâce des candidats issus des partis de gouvernement. Il n'en faut pas plus pour que la plupart des commentateurs célèbrent la subite et éclatante réconciliation des Français avec leur système politique et par voie de conséquence avec leurs institutions. Evanouie la crise de la représentation, la défiance des citoyens vis-à-vis de leurs élites en général et de leurs élus en particulier. Lavé l'affront démocratique du 21 avril 2002. Bref, tout irait à nouveau pour le mieux dans le meilleur des mondes institutionnels. Dès lors à quoi bon élucubrer encore sur une improbable 6ème République ? Surtout quand le nouveau président élu annonce son intention d'oeuvrer à une "République irréprochable" et incarne, jusque dans ses joggings matinaux, une nouvelle façon d'habiter la fonction présidentielle, plus simple, plus directe, plus moderne en somme.

Au delà de la mise en scène, très étudiée, par le nouveau pouvoir de son accession aux responsabilités - exercice auquel se sont adonnées avec plus ou moins de succès toutes les équipes qui s'y sont succédé - il est permis de douter de la profondeur et surtout de la perennité de ce subit retour de flamme de nos compatriotes pour leur système politique.

Certes, la participation aux deux tours de l'élection présidentielle a battu des records, attestant d'un intérêt bien vivant pour la politique. Mais, outre que les régionales de 2004 ou le référendum de 2005 avaient déjà été marqué par un net reflux de l'abstention, la configuration particulière de cette élection (peur d'un nouveau 21 avril et renouvellement de génération) a sans doute fortement contribué à la mobilisation. De même que le réflexe du "vote utile" a permis aux candidats issus des deux principaux partis de gouvernement (PS et UMP) de réaliser des scores qui n'avaient plus été atteints depuis longtemps. Il serait toutefois abusif de parler d'un retour à la bipolarisation quand près d'un électeur sur deux s'est prononcé pour un candidat non issu de ces deux grandes formations. Le succès de la démarche de François Bayrou est d'ailleurs là pour rappeler la forte attente d'une offre politique nouvelle. Le déclin de l'extrême droite, quant à lui, est très relatif et dû pour l'essentiel à la très forte participation. En nombre de voix, le FN demeure à un niveau sensiblement équivalent aux présidentielles de 1988 et de 1995 tandis qu'il confirme sa forte implantation dans certaines régions, comme le Nord de la France, marquées par la désindustrialisation. Autant d'éléments qui nuancent sérieusement les discours sur une subite réconciliation des Français avec leur système politique. Les élections législatives des 10 et 17 juin prochains seront d'ailleurs un premier test. Conforteront-elles les mouvements constatés à l'occasion de la présidentielle ? Rien n'est moins sûr. Souvenons nous, en effet, qu'un mois seulement après le "choc" du 21 avril 2002 et la mobilisation citoyenne, notamment de la jeunesse, qui s'était exprimée entre les deux tours, les législatives avaient été marquées par une participation très moyenne. Gardons-nous donc de conclusions trop hatives en la matière.

Néanmoins, la pratique nouvelle des institutions que semble esquisser Nicolas Sarkozy n'est-elle pas de nature à remettre sérieusement en cause les arguments des partisans d'une sixième république ? Sans doûte mais en apparence seulement.

En optant pour une présidence hyperactive, présente sur tous les fronts, Nicolas Sarkozy répond à l'évidence à une attente des citoyens las pour la plupart de désigner un chef de l'Etat qui, sitôt élu, se retirait sur son Aventin ou se désinteressait des affaires intérieures pour leur préférer celles du monde. Par la même, Nicolas Sarkozy entend donner l'image d'un président qui assume pleinement ses responsabilités, à rebours de l'irresponsabilité politique qui caractérisa la présidence Chirac (si l'on entend par irresponsabilité politique le fait de ne jamais tirer aucune conséquence des messages adressés par les électeurs tant aux législatives, qu'aux régionales ou lors du référendum). Cette posture - car il s'agit avant tout d'une posture - apparaît également comme une conséquence directe de la présidentialisation accrue du régime et de l'accélaration du rythme de la vie politique française induites par la mise en oeuvre du quinquennat et de l'inversion du calendrier électoral.

Ainsi, dans les premiers actes posés par Nicolas Sarkozy, tout va bien dans le sens d'un renforcement des pouvoirs du président de la République autour duquel s'organisent l'ensemble des acteurs du nouveau pouvoir. Qu'il s'agisse de la nomination d'un premier-ministre que les commentateurs qualifient déjà de "super directeur de cabinet" pour désigner son peu de marge de manoeuvre; du renforcement du poids du cabinet de la présidence appelé à encadrer étroitement le travail des ministres, notamment d'ouverture ; de l'annonce de la création d'un Conseil de la sécurité intérieure rattaché, sur le modèle américain, directement au président de la République; ou bien encore du remplacement du poste de président de l'UMP par un simple secrétaire-général non élu par les militants, ce qui laisse planer peu de doûte sur le soutien indéféctible au gouvernement attendu du parti majoritaire.  Si l'on ajoute à cela, le contrôle de la majorité de l'Assemblée nationale et du Sénat, celui du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de l'audiovisuel, jamais un président de la République n'aura disposé de tels pouvoirs.

Or, cette "hyperprésidentialisation" n'est compensée par aucun réel contre-pouvoir. Et c'est bien là que la critique des institutions de la Vème République et la promotion d'une 6ème République plus démocratique ont encore tout leur sens. En effet, dans n'importe quel pays démocratique digne de ce nom, de tels pouvoirs laissés au chef de l'Etat s'accompagneraient de réelles et sérieuses contreparties, notamment en matière de contrôle de l'action de l'exécutif par le Parlement. Rien de tel avec la Vème République. Et ce n'est pas les timides promesses faites par Nicolas Sarkozy de soumettre les principales nominations aux commissions parlementaires ou de laisser la présidence de la commission des finances de l'Assemblée nationale à un député de l'opposition qui changeront grand chose à ce déséquilibre.

Dès lors, il ne fait guère de doute que sans un profond rééquilibrage de nos institutions, les maux et dérives de notre système politique ne pourront que réapparaître tôt ou tard. Passés les premiers mois et la séduction exercée par le changement de style et l'activisme du nouveau président, comment évolueront les choses dans la durée ? En étant en permanence en première ligne, Nicolas Sarkozy ne prend-il pas le risque, en cas de conflit, de bloquer tout le système ? Son volontarisme affirmé peut-il suffire durablement pour mener des réformes complexes et ardues ? Sans contre-pouvoirs, n'est-il pas condamné, comme beaucoup de ses prédecessurs, à s'enfermer dans une tour d'ivoire et à ne plus prendre la juste mesure des attentes de la société ? Les pleins pouvoirs donnés au président et à son parti, ainsi que sa proximité affichée avec les milieux d'affaires et ceux des médias, n'entraineront-ils pas inévitablement un retour aux excès du passé si souvent dénoncés mais jamais vraiment sanctionnés ?

Il faut, bien sûr, se garder de tout procès d'intention. Mais le passé récent enseigne que les institutions imposent généralement leur logique aux hommes les mieux intentionnés et que sans gardes fous les meilleurs volontés ne résistent pas longtemps à la tentation d'user et d'abuser d'un pouvoir sans limite. C'est parce que l'homme est faible par nature qu'il est dangereux de se reposer sur ses seules vertus et qu'il est préférable de s'en remettre à des règles bien établies. Ainsi, loin d'être enterré, le projet d'une réforme profonde de nos institutions pour les rendre plus équilibrées, plus pacifiées, plus démocratiques, plus participatives mais aussi plus efficaces ne devrait pas tarder à s'imposer à nouveau dans le débat politique. Au nom d'un idéal ou peut-être par nécessité.

15 mai 2007

Vers des élections municipales dès l'automne ?

medium_mairie.jpgA peine Nicolas Sarkozy investi comme nouveau président de la République, voici que ressurgit la rumeur selon laquelle les élections municipales et cantonales pourraient être avançées à l'automne prochain.

Petit rappel : fin 2005, le gouvernement Villepin fait adopter une loi qui proroge d'un an le mandat des conseillers municipaux et des conseillers généraux renouvelables en 2007. Raison invoquée : la multiplicité des scrutins électoraux en cette année de présidentielle et de législatives. C'est Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, qui défend le texte de loi au Parlement. Celui-ci est adopté par une large majorité, opposition et majorité confondues.

Cela n'empêche pas le candidat UMP à la présidentielle de multiplier par la suite les sorties sur son intention, s'il est élu président, de modifier ce calendrier. En organisant les élections municipales et cantonales dès l'automne, le nouveau gouvernement aurait ensuite la voie libre pendant un an et demi avant les prochaines échéances électorales (les européennes de juin 2009)  pour mener à bien ses réformes. Mais les associations d'élus locaux montent à la charge contre cette idée et finalement, lors du dernier Congrès des Maires de France, Nicolas Sarkozy annonce qu'il y renonce.

Sauf que depuis, Nicolas Sarkozy a été élu président de la République avec plus de 53% des suffrages, ce qui lui confère une idéniable légitimité qu'il pourrait utiliser pour modifier une nouvelle fois le calendrier électoral.

Sur le plan technique, la chose est faisable, même si elle pose un certain nombre de problèmes. Après tout, ce qu'une loi a fait, une autre loi peut le défaire. A condition toutefois que celle-ci soit adoptée dès la session extraordinaire du Parlement prévue cet été. Il y a bien une difficulté en ce qui concerne le respect de la législation sur le financement des campagnes électorales et la limitation de la communication des collectivités territoriales qui prennent théoriquement effet un an avant l'échéance. Mais rien n'empêche que la nouvelle loi prévoit des dispositions spécifiques à cet égard et après tout nous sommes d'ores et déjà rentrés dans cette période pré-électorale d'un an.

Sur le plan politique, en revanche, la manoeuvre risque d'être plus délicate à faire accepter. Comment, en effet, justifier un telle remise en cause de la parole donnée par le nouveau président de la République et comment expliquer aux Français que la priorité du nouveau gouvernement réside dans une énième modification du calendrier électoral ? Le côté "tripatouillage politicien" pourrait s'avérer dévastateur pour le pouvoir en place.

Certains imaginent déjà que l'Association des Maires de France pourrait réclamer une telle modification ; ce qui aurait le mérite de faciliter la tache de Nicolas Sarkozy. Il ne reviendrait plus sur une promesse émise publiquement mais répondrait à une demande des élus locaux eux mêmes ! Mais c'est oublier un peu vite le caractère pluraliste de l'AMF. Or, il est douteux que les élus de gauche ne fassent pas entendre leur voix dans une telle hypothèse... ce qui rendrait la manoeuvre un peu trop voyante et susciterait, à l'évidence, la polémique.

Reste qu'un passage en force n'est pas à exclure venant d'un nouveau président qui semble bien décidé à aller vite dans la mise en oeuvre de ses réformes et à être présent sur tous les fronts. Nul doute que Nicolas Sarkozy et son équipe prendront la décision d'avancer ou non les élections municipales et cantonales au regard d'un principe simple : quel en sera le gain politique ? Certains édiles mis en difficulté dans leur commune, comme les maires de Bordeaux ou de Toulouse où Ségolène Royal est arrivée nettement en tête le 6 mai dernier, pourraient être tentés d'avancer les échéances pour couper l'herbe sous le pied de leur opposition municipale et bénéficier des avantages supposés d'être sortant. Un Dominique Perben à Lyon pourrait également avoir intérêt à capitaliser les bons résultats obtenus par la droite dans la capitale rhône-alpienne et à empêcher que se développe l'alliance entre socialistes et centristes que Gérard Collomb appelle de ses voeux. A contrario, il n'est pas sûr qu'un Jean-Claude Gaudin à Marseille, encore en plein travaux du tramway, ou une Françoise de Panafieu à Paris, qui cherche encore à s'imposer comme véritable opposante à Bertrand Delanoë, trouvent leur compte dans un tel avancement des échéances.

En outre, le passé récent démontre qu'il est particulièrement incertain de dresser des paris sur des échéances locales au regard des résultats de la présidentielle, tant les enjeux de ces deux types de scrutins sont différents. En 1995, la droite avait déjà espéré capitaliser sur sa victoire à l'élection présidentielle en reportant les municipales au mois de septembre. Or, la gauche avait remporté plutôt de bons résultats, mettant notamment fin à la suprématie du RPR dans la capitale.

Autant dire que l'exercice s'avère périlleux ! Il serait, en tout état de cause, parfaitement contraire au respect des principes démocratiques les plus élémentaires puisqu'il aurait pour conséquence directe de réduire la campagne électorale à sa plus simple expression. Ce ne serait pas le moindre des paradoxes au moment où l'on a tant vanté le retour de flamme démocratique des Français à l'occasion de ce scrutin présidentiel.

14 mai 2007

Au PS tout change parce que rien ne change !

medium_conseilnational.jpgLe Conseil national du PS de ce samedi fut à la hauteur de mes attentes : il ne s'est rien passé ou si peu ! Mêmes sourires figés devant les caméras. Même poncifs sur la nécessaire unité du parti. Même brochette de "vieux croutons" (l'expression n'est pas de moi, je n'oserais pas, mais du camarade DSK) qui se regardent en chien de faïence. Mêmes discours abscons où le positionnement tactique tient lieu de prise de position. Ca en deviendrait presque drôle si ce n'était pas triste à en pleurer. Même la saison 3 de Lost va être reléguée en deuxième partie de soirée faute d'audience alors, vous pensez, si la saison 10 "d'apparatchikland" (le mot n'est toujours pas de moi mais du camarade Peillon) est ennuyeuse.

Bref, il nous faudra attendre. Mais promis, la grande clarification, la grande rénovation auront lieu sitôt les élections légisaltives passées. Enfin , plus sûrement après les vacances d'été (ben oui il faut bien se reposer quand on a tout donné à sa candidate !) ; à moins que ce soit au printemps prochain. C'est que faudrait pas se montrer irresponsable tout de même à quelques semaines des élections municipales ; échéances autrement plus importantes que l'avenir du pays ou la reconstruction d'une alternative à Sarkozy.

Pendant ce temps, le jeu de rôle continue.

François Hollande veut à nouveau nous la jouer "grand rassembleur en chef" et se fait tout d'un coup plus flou sur son engagement de quitter la tête du parti après l'élection présidentielle. Dix ans qu'il est là avec 2 défaites présidentielles à la clef mais qu'importe, fidèle à sa méthode, il éspère encore s'y maintenir, usant et abusant de ses talents manoeuvriers et de sa maitrise du calendrier. La simple dignité devrait l'inciter à remettre en jeu son mandat dès l'après législatives. Mais non, l'homme semble plus que jamais décidé à faire descendre le PS qui n'est déjà plus, à bien des égards, qu'un syndicat de notables, toujours plus bas. Si l'on n'y prend pas garde, si, aux quatre coins du PS, on ne s'élève pas contre cette désastreuse dérive, alors on pourrait assez vite dresser l'irrémédiable constat de décès d'un parti définitivement nécrosé.

Dominique Strauss-Kahn, quant à lui, se dit "disponible" pour engager la rénovation du PS. Il n'a pas de mots assez durs pour dénoncer l'attitude du premier secrétaire, accusé d'être le principal responsable de la défaite présidentielle. Si je voulais être méchant, je rappelerais à notre éminent camarade qu'il fut, il n'y a pas si longtemps, le complice, pour ne pas dire l'artisan, d'une de ces énièmes "synthèse molle" dont notre parti a le secret et qui a fait les délices de notre premier secrétaire. Au cours de ce funeste Congrès du Mans, en novembre 2005, un seul se leva contre ce bal des faux culs : Arnaud Montebourg. Et l'on sait ce qu'il dut alors endurer, y compris de la part de ses anciens camarades du Nouveau parti socialiste.

Sur le fond, DSK se veut le champion d'un parti socialiste qu'il souhaite enfin pleinement "social-démocrate". J'avoue que je ne comprends pas bien ces éternels débats sémantiques. Il y a belle lurette que le PS est un parti réformiste ou social-démocrate qui a accepté l'économie de marché. De là à faire de la social-démocratie le nouvel horizon du PS, pardonnez-moi mais j'ai comme l'impression que nous avons 50 ans de retard. Comme lorsque j'entends qu'il faudrait que nous fassions notre "Bad Godesberg" en référence au SPD allemand. Tout cela n'a, en vérité, plus guère de sens alors que partout en Europe le modèle du compromis social-démocrate, qui avait connu son heure de gloire en Allemagne et en Europe du Nord au sortir de la guerre, est en crise. Compromis que le libre-échangisme mondial et la financiarisation du capitalisme ont fait définitivement voler en éclat et qu'il nous faut essayer de rebâtir.

Quand à Laurent Fabius, enfin, il voit dans la défaite de Ségolène Royal et la victoire de Nicolas Sarkozy la confirmation des analyses qu'il défend, avec un certain talent il faut le reconnaitre, depuis le référendum sur le traité constitutionnel européen. Et d'en appeler à une "gauche décomplexée" face à une droite elle même "decomplexée". Laurent Fabius a sans doute raison lorsqu'il explique que la gauche a d'abord perdu sur le terrain des valeurs. Le succès de Nicolas Sarkozy est aussi et avant tout le triomphe de l'idéologie libérale, individualiste et néo-conservatrice qu'il est parvenu à infuser dans toute une partie de la société. Le combat de la gauche doit donc être avant tout culturel et idéologique. Le problème, c'est que face à cette analyse pertinente, Laurent Fabius et ses amis proposent des recettes issues des années 70 et donc forcément vouées à l'échec. Sans compter qu'il veut s'appuyer sur les partenaires traditionnels du PS (PC, Verts, alter-mondialistes...) dont on voit bien aujourd'hui l'obsolescence.

Et Ségolène Royal dans tout cela ? Si elle veut compter à l'avenir, elle a tout intérêt à briguer la direction du parti. Mais il lui faudra pour cela densifier autant que clarifier son discours, même si elle a posé quelques utiles jalons au cours de la campagne. Il lui faudra également savoir nouer des alliances internes sans tomber dans les errements d'un Hollande plus petit dénominateur commun du parti.

Bref, la mise en oeuvre effective d'une authentique rénovation du PS, au delà de l'extraordinaire capacité de ce parti à produire du consensus mou, pourrait s'avérer être un travail idéologique de longue haleine. Raison de plus pour l'engager sans plus tarder !

11 mai 2007

Réinventer la gauche, maintenant !

medium_soialistes.jpgA la veille du Conseil national du Parti socialiste où le pire serait que, comme souvent, il ne se passe rien, je reproduis ci-dessous un appel, rédigé avec quelques camarades, pour que notre parti engage - enfin ! - sa rénovation tant attendue et si longtemps différée. Rénovation idéologique, stratégique mais aussi rénovation de ses cadres.

Je n'ai, en effet, qu'une crainte : qu'au nom du nécessaire rassemblement pour les législatives, ce soit une fois de plus l'attentisme et l'immobilisme qui dominent notre vieux parti. Ce serait, à mon sens, une grave erreur car nos électeurs n'attendent qu'une chose : que nous annoncions, dès à présent, notre volonté d'engager une rénovation profonde du PS. S'ils n'ont pas cette perspective, je ne donne pas cher de leur mobilisation les 10 et 17 juin prochains. Alors, plus que jamais, non à la glaciation et oui à la rénovation !

 

Réinventer la gauche, maintenant !

Pour toutes celles et tous ceux qui sont épris des valeurs de justice sociale, de solidarité, de fraternité, de tolérance, d’humanisme et de respect du pluralisme, l’élection de Nicolas Sarkozy est une terrible déception.

En dépit des chausse-trappes et des scepticismes venus de tous bords, Ségolène Royal a su mener cette campagne avec beaucoup de courage et une formidable détermination. Elle a fait la démonstration  de ses capacités à entraîner et à rassembler des millions de nos concitoyens. Elle a ouvert la voie à une rénovation profonde de la vie politique et contribué à ce nouveau souffle démocratique dont notre pays avait tant besoin.

Mais à l’évidence, ce nouvel élan ne pouvait suffire, à lui seul, à garantir la victoire face à une droite rénovée, rassemblée et décomplexée, dotée d’une ligne claire et d’un leader incontesté.

Certes, des erreurs ont  été commises au cours de cette campagne mais chacune et chacun mesure aujourd’hui pleinement le temps qui a été perdu ces cinq dernières années et qui nous a sans doute coûté la victoire. Trop souvent nous n’avons pas pu faire entendre des choix clairs auprès de nos concitoyens, faute d’en avoir suffisamment débattu auparavant.

L’heure n’est plus aux atermoiements, aux demi-mesures ou aux synthèses molles. Il faut sans plus tarder engager la rénovation profonde du parti socialiste et de la gauche toute entière ; rénovation que nous appelons de nos vœux depuis longtemps et qui a été trop longtemps différée, au nom de simples calculs d’appareil.

L’urgence est bien évidemment de nous rassembler et de nous mobiliser pour que les 10 et 17 juin prochains, les élections législatives soient l’expression du nécessaire contrepoids au pouvoir d’un seul homme, d’un seul parti et d’un seul clan.

Mais sans attendre, parce que nos électeurs ont besoin d’un signe clair de notre volonté de rénovation, la direction du parti socialiste doit d’ores et déjà annoncer qu’elle engagera, dès le lendemain des élections,  un congrès extraordinaire suivi de grandes assises de la rénovation ouvertes à toute la gauche ainsi qu’à toutes celles et à tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le projet de société de Nicolas Sarkozy et veulent contribuer à l’élaboration d’une alternative crédible.

Pour notre part, nous croyons le moment venu de construire enfin un grand parti de gauche qui rassemble sous une même bannière socialistes, communistes, écologistes, alter-mondialistes, radicaux, citoyens et républicains de progrès. Chacune et chacun d’entre nous doit avoir conscience du défi qui s’ouvre à nous pour rendre à nouveau possible demain l’alternance. Nous lançons un appel à nos partenaires pour qu’ils nous rejoignent dans cette grande formation rénovatrice, progressiste et démocratique au sein de laquelle chaque sensibilité verra sa place dûment reconnue et pourra peser sur ses orientations. Nous le disons en toute humilité mais avec une profonde conviction : l’heure n’est plus au maintien d’appareils politiques sur le déclin dont le seul but semble devenu leur propre subsistance au risque de desservir les idéaux qu’ils prétendent défendre. Il n’est plus possible que le parti socialiste se prête à ces accords d’appareils devenus parfaitement artificiels et profondément éloignés des attentes de nos concitoyens.

Nous en avons la conviction, bâtir cette nouvelle formation est la condition nécessaire pour élaborer, avec l’ensemble du mouvement social et associatif, un nouveau projet progressiste pour la France mais aussi pour engager, sur des bases claires et solides, un dialogue constructif avec tous ceux qui, au-delà même de la gauche, refusent l’ultra-libéralisme, l’autoritarisme et le bonapartisme de Nicolas Sarkozy.

C’est ici et maintenant que nous devons engager ce mouvement. Pour redonner un sens au mot Espoir.

 

 
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