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17 février 2008

Sarkozy : le début de la fin ?

add153e7e14979aa3462fe49fbc1fde3.jpgC'était le 6 mai au soir. Nicolas Sarkozy remportait une victoire nette et sans bavure au second tour de l'élection présidentielle après avoir rassemblé 31% des électeurs sur son nom au premier. Jamais depuis 50 ans la participation électorale n'avait été aussi forte. La France semblait avoir définitivement tourné une page : celle de l'immobilisme et de la crise morale et politique dans laquelle elle s'enlisait depuis 20 ans. La presse, déjà largement conquise, s'enflammait pour ce nouveau président qui, à n'en pas douter, allait débloquer cette société française qui en avait tant besoin et remettre notre beau et vieux pays en mouvement.

C'était il y a 9 mois. Autant dire un siècle. Depuis, il y eut la folle nuit du Fouquet's, la retraite à Chypre sur le yacht de l'ami Bolloré, puis la visite de Kadhafi, ce long supplice au cours duquel la France fut humiliée aux yeux du monde entier, le divorce d'avec Cécilia, l'escapade egyptienne avec Carla, la remise en cause de la laïcité à Rome et en Arabie Saoudite ou bien encore la sinistre farce des municipales à Neuilly. Et voilà que subitement l'opinion publique décroche, le candidat si talentueux, le maitre de la communication politique dévisse dans tous les sondages. Et la presse, hier complaisante et fascinée, se lance à son tour dans la curée.

Pour tous ceux qui ont dénoncé en son temps le mirage Sarkozy mais aussi le danger que celui-ci représentait pour le pays, cette chute de popularité ne constitue pas une surprise. Si surprise il y a c'est plutôt qu'un tel retournement de situation intervienne finalement aussi vite.

La vérité c'est que tout ce qui advient aujourd'hui (la personnalisation du pouvoir à outrance, l'exhibitionnisme déplacé, la consanguinité avec les milieux d'affaire et les détenteurs de médias, la fascination pour l'Amérique de Bush, l'exacerbation pathologique du Moi, la volonté de régler les problème sociaux dans certains quartiers par l'affirmation du fait religieux, l'approximation de la politique économique réduite à des slogans de campagne...) nous l'avions dénoncé hier. Lorsqu'on relit le numéro consacré par Marianne à Nicolas Sarkozy entre les deux tours, on se dit qu'il n'y a pas une phrase qui ne mériterait pas d'être republiée.

La plupart des médias et un certain nombre d'intellectuels ont cru voir dans l'élection de Nicolas Sarkozy l'avènement d'une nouvelle ère dans l'histoire de notre pays. Une nouvelle ère qui solderait la crise morale et politique dans laquelle s'embourbait la France depuis de trop nombreuses années et ouvrirait la voie à un nouveau volontarisme politique. Ce faisant, ils ont commis une profonde erreur d'anlayse. Le Sarkozysme ne marque pas la fin de la crise politique de notre pays. Il en constitue à la fois l'aboutissement et le paroxysme. En poussant très loin le feu de ses promesses - demain TOUT devient possible - le candidat Sarkozy s'est non seulement exposé à décevoir et à en sûbir les effets en matière de popularité. Mais beaucoup plus grave, il s'est exposé à décevoir ces millions de Français qui avaient pris l'habitude de se réfugier dans l'abstention ou dans le vote extrême, ces millions de Français qui pensaient pouvoir à nouveau croire en la politique et qui constituent aujourd'hui les premiers déçus du Sarkozysme.

Nicolas Sarkozy se présentait comme le président du pouvoir d'achat ? Il est obligé de reconnaître que le "travailler plus pour gagner plus" n'était qu'un slogan creux et que les heures supplémentaires ne concerneront ni les caissières de carrefour - payées 33 heures pour 35 heures de travail ! - ni les salariés d'Arcelor-Mittal menacés de perdre leur emploi, ni même les agents de la fonction publique hospitalière puisque les budgets des hopitaux sont déjà en déficit !

Il voulait réhabiliter le volontarisme en politique ? Six mois seulement après son élection, il avoue son impuissance : les caisses de l'Etat son vides paraît-il ! Faute d'améliorer leur pouvoir d'achat - mais cette question est bien trop terre à terre - les Français auront le droit à une énigmatique et bien peu rassasiante politique de civilisation.

Il prétendait lutter contre l'euro fort et refaire de l'Europe une protection face à la mondialisation ? Il fait adopter sans référendum un traité soit disant simplifié qui reprend 99% du contenu du précédent traité constitutionnel et sans avoir obtenu de nos partenaires européens aucune avancée sur la politique de la BCE ou le tarif extérieur commun de l'Union.

Il voulait mieux réguler l'immigration ? Au nom de l'immigration choisie - qui va piller les ressources intellectuelles des pays en voie de développement - il réinstitue en fait l'immigration du travail abandonnée en 1974... à la grande satisfaction d'un patronat dispensé ainsi d'augmenter ses salariés ou de former les chômeurs.

Il annonçait son intention de liquider l'héritage de mai 68 ? Il use sitôt élu du précepte "jouir sans entrave", étale sa vie privée au grand jour, divorce - une première à l'Elysée - et se remarie - encore une première à l'Elysée - deux mois seulement après !

Il prétendait réformer les régimes spéciaux ? Il ne s'attaque en fait qu'à une minorité d'entre eux, celui des cheminots et des électriciens, en épargant fort opportunément celui des marins pêcheurs, des notaires ou des parlementaires. Et promet tant de contreparties que la réforme s'avère fianlement presque aussi coûteuse que les économies générées.

Il entendait rompre avec la France-Afrique chère à ses prédécesseurs ? Il rend ses premières visites officielles auprès des chefs d'état africains les moins démocrates et prononce cet ahurissant discours de Dakar où suinte le pire des naturalismes et un écoeurant sentiment de superiorité néocolonial.

Il voulait refaire de la France l'étendard des Droits de l'homme et disait préférer serrer la main d'un Bush plutôt que d'un Poutine ? Il s'empresse de faire une balade en jeep aux côtés du nouveau tsar de Russie et déroule le tapis rouge à un Kadhafi qui pousse le vice jusqu'à humilier le président de la République en personne pendant son voyage.

Et on pourrait poursuivre encore longtemps la litanie des promesses oubliées, des engagements sacrifiés ou des simples ratés, sans compter l'image profondément ternie de la France à l'étranger.

Mais alors, pourquoi le champion de la communication, le formidable bateleur de la campagne présidentielle semble-t-il avoir subitement perdu la main ?

Il y a bien sûr le mur des réalités auxquelles se heurtent à présent les promesses sarkoziennes. Mais, là encore, la situation tient d'abord à la psychologie même du nouveau président. C'est parce qu'il s'estime surpuissant et n'ayant de compte à rendre à personne que Nicolas Sarkozy s'autorise tous les excès et refuse toutes les limites; qu'il s'accorde généreusement une augmentation de 200% - symbole terrible au moment où la plupart des Français se serrent la ceinture - qu'il remet en cause un des fondements de la République française qu'est la laïcité ou - faits moins graves mais tout aussi significatifs - qu'il fait lanterner le pape vingt minutes avant d'être reçu au Vatican ou qu'il pianote sur son téléphone portable devant le roi de Jordanie. Autant d'éléments qui ne sont nullement des erreurs ou des ratés dans la communication élyséenne mais qui traduisent le fondement même de la personnalité de Nicolas Sarkozy, son absence totale de surmoi.

Serait-ce déjà le début de la fin pour Nicolas Sarkozy ? Il serait présomptueux de l'affirmer. Car même si la gauche devait remporter les prochaines élections municipales et cantonales - ce qui est possible mais pas certain - le président de la République a un atoût maître : la durée. La seule question qui vaille est plutôt : comment tout cela va finir ? Jusqu'où ira encore ce président ivre de son propre pouvoir ? Il faut hélàs craindre le pire car il y a de fortes chances pour que la réponse de Nicolas Sarkozy après les municipales soit une nouvelle fuite en avant et une droitisation de sa politique.

Raison de plus pour que les socialistes et tous les démocrates s'attèlent dès à présent à la construction d'une véritable alternative. Pas de temps à perdre !

Commentaires

La triste vérité commence à transpirer.Nous ne sommes pas au bout de nos peines.

Écrit par : aye | 18 février 2008

J'espère.........................

Écrit par : adam | 18 février 2008

"Raison de plus pour que les socialistes et tous les démocrates s'attèlent dès à présent à la construction d'une véritable alternative. Pas de temps à perdre "

Deux axes de positionnement apparaissent évidents après la mystification du premier dicours de Sarkozy-Président
politique
- économiquement inefficace
- socialement injuste

Écrit par : gesret F | 18 février 2008

Que du bonheur, de lire un article qui résume avec talent la situation politique francaise, les citoyens ouvrent les yeux assez j'espére pour pouvoir feter une gigantesque marée rose le 16 MARS au soir

Écrit par : sophie | 19 février 2008

Cher Nicolas,(le vrai pas l'autre)
depuis que tu as écrit ces lignes il s'en est passé des choses !!tous les jours d'ailleurs !la laïcité (encore) le conseil constitutionel, le cassetoipauvcon etc ......
jusqu'où ira-t-il ? il fait sombrer la France, la déconsidérer j'ai honte!
il faut réagir d'abod par les urnes les 9 et 16 mars mais ensuite il faut manifester et défendre nos valeurs dans la rue une grande manif ça vous dit?
ps: oui justement !!faut que ça bouge!

Écrit par : catherine L | 28 février 2008

LE FRICTATEUR :
la vraie vie inventée de Ricolassky NAZO

Écrit par : languedefeu | 08 mars 2008

Les commentaires sont fermés.

 
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