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11 août 2008

Un bon livre sur le Grand Paris

1954730299.jpgDepuis quelques mois, la question du Grand Paris agite le débat public. Véritable serpent de mer de l’actualité institutionnelle française, évoquée par Michel Rocart à la fin des années quatre-vingt, elle a resurgit il y a un peu plus d’un an à la faveur de Nicolas Sarkozy et a pris un peu plus de consistance avec la nomination, en mars dernier, d’un secrétaire d’Etat à la Région capitale, Christian Blanc.

 

Mais entre vrais enjeux et arrière-pensées politiques, il n’est pas toujours facile de voir clair dans ce débat appelé à connaître de multiples rebondissements dans les semaines et les mois à venir. Un livre vient de paraître aux éditions de la Villette qui a le mérite de dresser un vaste panorama, dénué de toute prise de position partisane, sur cette question. C’est celui de l’architecte et urbaniste Philippe Panerai, intitulé Paris métropole, formes et échelles du Grand Paris.

 

Richement illustré, notamment par différentes cartes de l’agglomération parisienne qui donnent à voir à la fois les changements et la persistance de certaines données à travers le temps, cet ouvrage a le mérite d’être écrit dans un langage accessible au néophyte.

 

Ancré dans l’actualité la plus récente (figure notamment une analyse sans concession du projet de Schéma Directeur de la Région Ile-de-France en cours d’adoption) mais non dénué d’éclairage historique, il se compose  de sept chapitres qui permettent d’aborder, tour à tour, les différents volets qui structurent le débat sur le Grand Paris :

- la question de la densité, où l’on apprend que la densité est une notion éminemment subjective, selon que l’on est Français, Américain ou Chinois, que l’on habite dans les tours du Front de Seine, des Olympiades ou de Clichy Montfermeil ;

- la question des échelles et des limites, où l’on comprend que ce qui fait une ville ce sont ses limites mais que celles-ci ne peuvent plus s’entendre aujourd’hui comme des frontières infranchissables ;

- la question des géographies, où l’on voit qu’un territoire ce sont d’abord ses paysages  et qu’il est toujours vain de vouloir tourner le dos à ces vérités géologiques ;

- la question des pavillons et des grands ensembles, ou comment réconcilier deux formes urbaines apparemment inconciliables ;

- la question de la mobilité et des centralités, où l’on se rappelle qu’une ville ce sont d’abord des espaces de rencontre et d’échange et des liens entre ces espaces ;

- enfin la question de la gouvernance métropolitaine, où l’auteur propose de dépasser le traditionnel modèle radioconcentrique du développement urbain pour une polycentralité hiérarchisée ;

- sans oublier – septième et dernier chapitre – un regard comparé sur le fonctionnement de quatre villes-monde : Paris, Londres, New-York et Shanghai.

 

Une comparaison fort utile et qui permet de cerner, en quelques chiffres seulement, cette « exception francilienne » qui est aussi une de nos « exceptions françaises ». Pour une métropole au poids de population à peu près équivalent (environ 8 millions d’habitants), c’est-à-dire pour Paris ce qu’on appelle la zone dense, nous comptons 200 organes de décision politique (communes), Londres 33 (boroughs), New-York  City 5 (boroughs) et Shanghai 10 (districts). Et encore ces chiffres – qui justifient par eux même qu’on se penche sur la question de la gouvernance de la métropole parisienne – ne rendent-ils pas compte de la répartition réelle des pouvoirs entre ces différents organes politiques (non seulement ceux-ci sont en nombre nettement inférieurs à Londres, New-York ou Shanghai mais en outre leurs pouvoirs de décision et leurs compétences sont nettement réduits comparés à nos communes).

 

Autre enseignement de cette comparaison internationale : les plans des transports en commun en disent souvent plus long sur l’organisation d’une métropole que bien des discours. Et en la matière, Paris fait là encore tristement exception, souffrant encore du refus des décideurs d’alors – c’était à la fin du XIXème siècle – de prolonger le métropolitain au-delà des fortifications. Un refus timidement réparé à partir de 1924 mais qui ne sera jamais vraiment à la hauteur d’une véritable ambition… métropolitaine.

 

Et Philippe Panerai de conclure – à raison – que « la carte d’un Grand-Paris plus juste et plus solidaire sera le plan de ses transports en commun » !

08 août 2008

Le PS souffre-t-il d'anti-sarkozysme pavlovien ?

930836886.jpgAnti-sarkozysme pavlovien. L'expression ne vient pas d'un porte-parole de l'UMP ou d'un éditorialiste du Figaro mais d'un quarteron de jeunes loups socialistes - dont Manuel Valls - dans une tribune publiée au lendemain de l'adoption de la révision constitutionnelle par le Congrès.  Ces quadra désignaient ainsi ce qu'ils considéraient comme une stratégie suicidaire pour leur parti.

Opposition constructive ou opposition frontale ? La question n'est pas nouvelle et elle se pose régulièrement, à gauche comme à droite, même si cette interpellation publique en dit long sur le désarroi et les désaccords stratégiques qui reignent au sein du PS. Le paradoxe c'est que cette question survient alors que les citoyens et les sympathisants de gauche ont plutôt tendance à reprocher au PS son incapacité à se faire entendre dans le débat public.

Prenons précisément l'exemple de la révision constitutionnelle. A lire la plupart des commentateurs, l'affaire est entendue : les socialistes ont voté contre pour de basses raisons politiciennes. Le message répété en boucle par la sarkozie a fini par impreigner les cerveaux les moins au fait des questions institutionnelles : la réforme donne plus de pouvoir au Parlement. Donc, comment les socialistes qui appelent de longue date à un renforcement du Parlement, pourraient-ils voter contre ?

Sauf que pour être simple, le message n'en n'est pas moins inexact. Il faut en effet une bonne dose de naïvité, d'ignorance ou de mauvaise foi pour considérer que la réforme adoptée rééquilibre réellement les institutions de la Vème République en faveur du Parlement. Et ce n'est pas le caractère positif de telle ou telle mesure prise isolément qui y change quoi que ce soit. La teneur d'une réforme institutionnelle n'a de sens que dans son équilibre général. Or, si, il faut le reconnaître, la réforme ne renforce pas considérablement les pouvoirs du président de la République - à la notable exception de la possibilité qui lui est désormais offerte de s'exprimer devant les parlementaires réunis en Congrès - elle n'en modère pas davantage le caractère présidentialiste.  A vrai dire, la réforme adoptée ne règle aucun des excès ou des problèmes de la Vème République : rien qui ne crée de réel contre-pouvoir vis-à-vis du président (comme l'a fort bien indiqué le constitutionnaliste Dominique Rousseau, l'essentiel des nouveaux pouvoirs donnés au Parlement le sont en fait au groupe majoritaire, inféodé au président de la République par la double soumission que constitue le droit de dissolution et le fait majoritaire); rien qui ne vienne remettre en cause la dyarchie du pouvoir exécutif ; rien qui ne règle la question de l'irresponsabilité politique du président de la République (celle-ci est au contraire aggravée par la possibilité de s'exprimer devant le Parlement sans débat et sans vote) ; rien sur le mandat unique (pourtant le plus sûr moyen de renforcer le rôle des parlementaires) ; rien non plus sur les modes de scrutin (qui permettraient pourtant une plus juste représentation de la diversité électorale française) ; rien, si ce n'est des mesures homéopathiques, sur le contrôle par le Parlement des affaires européennes et étrangères...

Dans ce conditions, les socialistes pouvaient-ils sérieusement voter une telle réforme ? Non assurément, sauf à accréditer l'idée - fausse - que Nicolas Sarkozy avait agi en faveur d'un rééquilibrage des institutions. La critique de Manuel Valls et de ses amis est d'ailleurs singulière. Puisque les socialistes n'avaient pas, selon eux, les moyens d'empêcher la réforme de passer, mieux aurait valu négocier un compromis acceptable. Mais si la réforme n'est passée qu'à deux voix près, c'est bien la preuve que la situation aurait pû être toute différente. Aurait-il en outre fallu, pour des stricts motifs stratégiques, accepter un compromis par définition introuvable connaissant les intentions réelles de Nicolas Sarkozy ? Assurément pas davantage.

Ce qui exact, en revanche, dans la critique de Manuel Valls, c'est que la position des socialistes dans ce débat est trop souvent apparue comme la simple juxtaposition de revendications pouvant parfois apparaître comme jusqu'au boutistes, faute d'être identifiables à un projet clair et global. Un pojet institutionnel qui fait et fera cruellement défaut aux socialistes tant que la question du régime institutionnel pour lequel ils militent (régime primo-ministeriel ? régime présidentiel ?) n'aura pas été clairement tranchée.

Autre exemple dans l'actualité récente : la polémique autour des Centres de Rétention Administratifs (CRA) et les actions menées ces derniers jours par des associations de défense des sans papiers. Certes,  la course au chiffre, conséquence des objectifs quantitatifs de reconduite à la frontière fixés par le gouvernement, pose un véritable problème d'arbitraire administratif et conduit parfois à des situations humainement inaceptables comme séparer un enfant de ses parents ou inversement.  Pour autant, le PS peut-il se contenter, comme il l'a fait par la voix d'un de ses porte-parole, de dénoncer une politique de l'immigration scandaleuse, au risque de donner crédit à ceux qui dénoncent l'angélisme ou l'irresponsabilité des socialistes en la matière ? Que je sache, le PS n'a jamais pris pour mot d'ordre "des papiers pour tous les sans papiers". Il n'a jamais refusé par principe de possibles retours à la frontière. Il ne saurait donc faire sienne la revendication démagogique d'une suppression pure et simple de ces fameux CRA ; ce qui ne l'empêche évidemment pas d'exiger que leur fonctionnement soit en tous points respectueux des principes élémentaires du Droit.

C'est donc moins d'un anti-sarkozysme pavlovien que de l'incapacité à articuler opposition résolue et propositions alternatives crédibles dont souffre aujourd'hui le parti socialiste. En focalisant trop souvent leurs critiques sur la seule personne du président de la République plutôt que sur ses actes , certains leaders socialistes -on pense bien sûr à Ségolène Royal mais elle n'est pas la seule - auraient même tendance à brouiller un peu plus le message d'un parti socialiste déjà difficilement audible.

Ce n'est donc qu'en s'attelant à ce travail de réflexion, en lien étroit avec les intellectuels, les créateurs, les entrepreneurs, les forces syndicales ou associatives, et en tranchant enfin les questions de fond que le parti socialiste parviendra à jouer efficacement son rôle d'opposant et à recommencer à être écouté des citoyens.

 

07 août 2008

Etonnante Galleria Continua

1873985999.jpgDéfricher des terra incognita pour l'art contemporain, c'est un peu la vocation de la Galleria Continua qui après San Gimignano en Italie et Pékin en Chine, a déposé ses valises l'automne dernier en plein coeur de la Seine-et-Marne, à Boissy-le-Chatel très exactement, à côté de Coulommiers.

A une heure de la capitale, en pleine campagne, la gallerie a ainsi pris possession d'une ancienne usine désaffectée qui offre, sur plusieurs milliers de mètres carrés, un extraordinaire lieu d'exposition pour des artistes de renommée internationale comme Michelangelo Pistoletto, Lucy et Jorge Orta ou bien encore Daniel Buren. Ce dernier, fidèle à sa démarche de travailler sur des oeuvres in situ, a réhabillé une partie de l'usine avec ses désormais célèbres vitraux colorés.

Les vastes espaces et les généreuses hauteurs de plafond de ce site exceptionnel se prêtent particulièrement aux installations spectaculaires comme celle de l'artiste chinois Liu Janhua et son étonnant crash aérien !

N'hésitez donc pas à découvrir cette étonnante Galleria Continua, preuve s'il en était encore besoin qu'il y a une vie après le périph !

06 août 2008

Décevant Wall-E

180612884.jpgA en croire les critiques à peu près toutes élogieuses, on s'attendait quasiment à un conte philosophique sur les abus de la société de consommation et l'impérieuse nécessité d'agir pour sauver la planète de la dévastation climatique.

Las, le dernier opus des studios Pixar fait davantage penser à une bluette mièvre dégoulinant de bons sentiments, dans la plus pure tradition Disney.

Mais qu'est-ce qui a bien pu enflammer les passions à ce point, jusque à se faufiler dans le débat présidentiel américain ? Sans doute pas le scénario, réduit à une love story post-climatique entre deux robots, ni même le message dispensé aux spectateurs - au fait, de quel message parlez-vous ? Et ce n'est pas la référence, plutôt lourdingue, à 2001 l'Odyssée de l'espace qui y change quoi que ce soit.

Heureusement, demeurent la qualité et l'inventivité des graphismes, mêlées à quelques jolies trouvailles, qui font de ce Wall-E tout au plus un agréable divertissement.

 
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