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05 octobre 2008

Désarmant Entre les murs

entreles murs.jpgQue penser de cet "Entre les murs" palme d'or à Cannes et qui aura fait couler tant d'encre depuis sa sortie ?

Cest un sentiment mêlant malaise et circonspection qui m'a assailli à la sortie de ces deux heures passées en compagnie d'élèves de 4ème d'un collège classé en ZEP de la capitale.

Est-ce à cause du procédé cinématograhique retenu par le réalisateur Laurent Cantet ? Celui d'un vrai-faux documentaire, entre réel et fiction, où les acteurs amateurs jouent tous un peu leur propre rôle mais pas vraiment puisqu'on leur a demandé de reproduire des situations décrites dans l'ouvrage de François Bégaudeau.

Après tout on pourrait s'accomoder de ce procédé et pourtant la gène subsiste. Parce que le réalisateur sait très bien jouer de cette ambiguité permanente avec des scènes qui semblent criantes de vérité et qui nous feraient presque oublier que c'est une fiction. Du coup, le doute s'instille. On aimerait tant croire au "miracle" de cette élève qui a pris la résolution de lire toute seule, en l'empruntant à sa grande soeur, La République de Platon... sauf que ça paraît trop beau pour être vrai. C'est tout le propos du film qui sort subitement fragilisé... et tant pis si l'anecdote est réelle en fait.

Malaise encore lorsqu'on voit ce professeur plein d'empathie passer des heures en palabre et en négociations sans fin, devant pratiquement se justifier à chaque mot qu'il prononce.  Ce serait ça le prof idéal ? On peine à le croire.

Finalement c'est peut-être dans la salle des profs que se jouent les moments les plus intéressants du film : le pétage de plomb de l'un, excédé par l'inculture de ses élèves; le souci dérisoire du prix des cafés d'une autre ; ou bien le profond désaccord doctrinal entre Bégaudeau et un de ses collègues sur le sens et la portée des sanctions disciplinaires.Le film s'achève d'ailleurs, à ce propos, sur un constat d'échec : l'élève récalcitrant est renvoyé et celui arrivé en cours d'année après avoir été lui même exclu d'un autre établissement a gardé la rage au coeur alors qu'on l'imaginait apaisé.

Dans cet univers où se conjuguent au quotidien petites et grandes misères, violence et angoisse (la scène finale est de ce point de vue poignante), où l'on voit bien que l'équipe pédagogique toute entière tatonne en permanence (la scène du permis à point en est une très bonne illustration), une seule certitude émerge : qu'il est difficile d'enseigner !

 

04 octobre 2008

Crise financière : la gestion hasardeuse du gouvernement

crisefinanciere.jpgDepuis une dizaine de jours, la communication du Gouvernement sur la crise financière alterne propos tantôt alarmistes et tantôt lénifiants. Au point d'être parfaitement incompréhensible et de renforcer les inquiétudes dans un contexte déjà passablement incertain.

Il y eu d'abord la tonalité volontairement dramatique du discours du président de la République à Toulon avec une arrière pensée évidente : faire porter le chapeau des mauvais résultats économiques de la France à la crise internationale. Au risque, en jouant sur la peur supposée des petits épargnants, de susciter une véritable panique dans la population française restée pourtant remarquablement sereine depuis le début de la crise financière.

ll y eut ensuite les propos rassurants de la ministre de l'économie ou du Gouverneur de la Banque de France : rassurez-vous bonnes gens, le système bancaire français est infiniment plus sain et résistant que son homologue américain... nulle crainte à avoir à ce sujet. Mais alors pourquoi Nicolas Sarkozy avait-il tenu à affirmer à ce même meeting de Toulon que l'Etat garantirait à l'euro près l'épargne des Français ? Pourquoi envisager de proposer à l'Union européenne un plan de 300 milliards d'euros pour venir en aide au système bancaire, plan immédiatement rejeté par les allemands ?

Il y eut par ailleurs l'annonce faite par François Fillon de sa volonté d'utiliser l'encours du Livret A pour financer le crédit des petites entreprises. Aussitôt les organismes HLM crient - à raison - au pillage organisé puisque les fonds versés sur les livrets A sont censés ne financer que le logement social qui en a bien besoin soit dit en passant. Mais il y a plus grave : en s'en prenant au sacro saint Livret A, placement fétiche des Français, surtout les plus modestes, le Gouvernement prend le risque d'inquiéter un peu plus les ménages qui ont trouvé dans ce placement garanti un utile refuge en ces temps incertains. En terme de symbole, on fait mieux...

Il y a enfin cet incroyable embroglio sur la croissance - en berne - et cette incompréhensible dénégation sur la récession. Au point qu'en quelques heures hier on eut le droit à un festival de langue de bois jusqu'à cet aveu pathétique d'Eric Woerth finissant par ne reconnaître qu'une "récession technique" ! Ah bon ? Et qu'est-ce que c'est une récession non technique ?

Et que dire de l'entêtement des ministres de l'économie et du budget sur les prévisions de croissance pour 2008  irréalistement maintenues pendant des mois à 2% avant d'être brutalement démentis par les faits ?

Bref, on le voit bien, le Gouvernement est pris au piège entre la stratégie présidentielle de dramatisation qui permet à Nicolas Sarkozy de s'afficher en sauveur, multipliant jusqu'au tournis les réunions de crise à l'Elysée ce qui ne fait que renforcer la confusion et l'inquiétude, et sa volonté de ne pas céder à la psychose, ce qui l'inciterait plutôt aux discours de dénégation et à la méthode Couée.

En période de crise plus qu'en toute autre, l'agitation ne fait décidément pas une bonne politique !

 
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