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14 mai 2010

Harro sur Barroso !

barroso.jpgInconscience ? Cynime ? Provocation ? Ou plus simplement arrogance sourde ?

On hésite pour qualifier la tonitruante intervention du président de la commission européenne, José-manuel Barroso, qui suggère ni plus ni moins que de mettre les Etats de l'Union sous la tutelle budgétaire de la Commission.

Lui qui a particulièrement brillé par son absence ces derniers mois lorsqu'il s'est agi de faire face à la crise bancaire, à la crise grecque puis à la crise de l'euro, le voilà qui prétend jouer les parangeons de vertu et s'ériger en contrôleur en chef des Etats alors qu'il n'a aucune légitimité pour cela.

On voudrait dégouter définitivement les peuples d'Europe de l'Union que l'on ne s'y prendrait pas autrement ! Mais c'est bien connu, le peuple est faible et démagogique par définition et le meilleur service qu'on puisse lui rendre c'est de soustraire les Etats à leur mauvaise influence. A défaut de dissoudre le peuple, le mieux est encore de lui arracher le peu de souveraineté qu'il lui reste.

Le pire, c'est que le président de la Commission européenne, et quelques autres autour de lui, sont intimement convaincus de la justesse de leur point de vue. Pour eux, plus l'Europe échappe aux Etats et aux peuples, plus elle pourra avancer. C'et evidemment tout le contraire  qui se passe et on voit à quel point le fossé grandissant entre les institutions de l'Union européenne et les opinions publiques a fait grandir depuis quelques années l'euroscepticisme, quand il ne s'agit pas du repli nationaliste.

La proposition de Barroso est en cela parfaitement cohérente avec la vision technocratique de la construction européenne qui s'impose depuis de trop nombreuses années. Déjà, au début des années 1970, le professeur de science politique Jean Birnbaum évoquait "la fin du politique" pour décrire ce mouvement d'un certain nombre de décideurs et d'intellectuels selon lesquels nos sociétés modernes ne nécessiteraient bientôt plus que de simples régulations en raison du degré de technicité et de complexité qu'elles ont atteint. C'est cette même idéologie qui est encore aujourd'hui à l'oeuvre.

Que certains responsables politiques de gauche ne réfutent pas d'emblée l'initiative de José-manuel Barroso (Daniel Cohn Bendit ou Piere Moscovici hier dans Libération) en dit long sur leur degré de porosité à ces thèses (un reste de l'idée d'avant garde éclairée ?). A moins que la détestation de toute idée de "souverainisme" ne les aveugle et ne les conduise à éprouver quelque indulgence à l'endroit d'une commission européenne dont ils idéalisent manifestement le rôle et sous-estiment le rejet par l'opinion publique. Ce faisant, ils se trompent lourdement. Car en la matière ce n'est pas la fin qui compte (une meilleure coordination et une plus grande transparence des politiques budgétaires des Etats membres) mais bien les moyens. Or, on ne peut passer sous silence ou faire fi de l'absence totale de légitimité démocratique de la Commission européenne. 

S'il y a urgence, ce n'est donc pas de renforcer le rôle de la Commission - structure par essence technocratique - mais bien d'avancer sur la voie d'un véritable gouvernement économique assis sur un véritable budget européen contrôlé par le Parlement européen. Transiger durablement avec ces principes élémentaires de la démocratie ce serait porter un coup fatal à l'idéal européen !

 

 
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