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14 mai 2007

Au PS tout change parce que rien ne change !

medium_conseilnational.jpgLe Conseil national du PS de ce samedi fut à la hauteur de mes attentes : il ne s'est rien passé ou si peu ! Mêmes sourires figés devant les caméras. Même poncifs sur la nécessaire unité du parti. Même brochette de "vieux croutons" (l'expression n'est pas de moi, je n'oserais pas, mais du camarade DSK) qui se regardent en chien de faïence. Mêmes discours abscons où le positionnement tactique tient lieu de prise de position. Ca en deviendrait presque drôle si ce n'était pas triste à en pleurer. Même la saison 3 de Lost va être reléguée en deuxième partie de soirée faute d'audience alors, vous pensez, si la saison 10 "d'apparatchikland" (le mot n'est toujours pas de moi mais du camarade Peillon) est ennuyeuse.

Bref, il nous faudra attendre. Mais promis, la grande clarification, la grande rénovation auront lieu sitôt les élections légisaltives passées. Enfin , plus sûrement après les vacances d'été (ben oui il faut bien se reposer quand on a tout donné à sa candidate !) ; à moins que ce soit au printemps prochain. C'est que faudrait pas se montrer irresponsable tout de même à quelques semaines des élections municipales ; échéances autrement plus importantes que l'avenir du pays ou la reconstruction d'une alternative à Sarkozy.

Pendant ce temps, le jeu de rôle continue.

François Hollande veut à nouveau nous la jouer "grand rassembleur en chef" et se fait tout d'un coup plus flou sur son engagement de quitter la tête du parti après l'élection présidentielle. Dix ans qu'il est là avec 2 défaites présidentielles à la clef mais qu'importe, fidèle à sa méthode, il éspère encore s'y maintenir, usant et abusant de ses talents manoeuvriers et de sa maitrise du calendrier. La simple dignité devrait l'inciter à remettre en jeu son mandat dès l'après législatives. Mais non, l'homme semble plus que jamais décidé à faire descendre le PS qui n'est déjà plus, à bien des égards, qu'un syndicat de notables, toujours plus bas. Si l'on n'y prend pas garde, si, aux quatre coins du PS, on ne s'élève pas contre cette désastreuse dérive, alors on pourrait assez vite dresser l'irrémédiable constat de décès d'un parti définitivement nécrosé.

Dominique Strauss-Kahn, quant à lui, se dit "disponible" pour engager la rénovation du PS. Il n'a pas de mots assez durs pour dénoncer l'attitude du premier secrétaire, accusé d'être le principal responsable de la défaite présidentielle. Si je voulais être méchant, je rappelerais à notre éminent camarade qu'il fut, il n'y a pas si longtemps, le complice, pour ne pas dire l'artisan, d'une de ces énièmes "synthèse molle" dont notre parti a le secret et qui a fait les délices de notre premier secrétaire. Au cours de ce funeste Congrès du Mans, en novembre 2005, un seul se leva contre ce bal des faux culs : Arnaud Montebourg. Et l'on sait ce qu'il dut alors endurer, y compris de la part de ses anciens camarades du Nouveau parti socialiste.

Sur le fond, DSK se veut le champion d'un parti socialiste qu'il souhaite enfin pleinement "social-démocrate". J'avoue que je ne comprends pas bien ces éternels débats sémantiques. Il y a belle lurette que le PS est un parti réformiste ou social-démocrate qui a accepté l'économie de marché. De là à faire de la social-démocratie le nouvel horizon du PS, pardonnez-moi mais j'ai comme l'impression que nous avons 50 ans de retard. Comme lorsque j'entends qu'il faudrait que nous fassions notre "Bad Godesberg" en référence au SPD allemand. Tout cela n'a, en vérité, plus guère de sens alors que partout en Europe le modèle du compromis social-démocrate, qui avait connu son heure de gloire en Allemagne et en Europe du Nord au sortir de la guerre, est en crise. Compromis que le libre-échangisme mondial et la financiarisation du capitalisme ont fait définitivement voler en éclat et qu'il nous faut essayer de rebâtir.

Quand à Laurent Fabius, enfin, il voit dans la défaite de Ségolène Royal et la victoire de Nicolas Sarkozy la confirmation des analyses qu'il défend, avec un certain talent il faut le reconnaitre, depuis le référendum sur le traité constitutionnel européen. Et d'en appeler à une "gauche décomplexée" face à une droite elle même "decomplexée". Laurent Fabius a sans doute raison lorsqu'il explique que la gauche a d'abord perdu sur le terrain des valeurs. Le succès de Nicolas Sarkozy est aussi et avant tout le triomphe de l'idéologie libérale, individualiste et néo-conservatrice qu'il est parvenu à infuser dans toute une partie de la société. Le combat de la gauche doit donc être avant tout culturel et idéologique. Le problème, c'est que face à cette analyse pertinente, Laurent Fabius et ses amis proposent des recettes issues des années 70 et donc forcément vouées à l'échec. Sans compter qu'il veut s'appuyer sur les partenaires traditionnels du PS (PC, Verts, alter-mondialistes...) dont on voit bien aujourd'hui l'obsolescence.

Et Ségolène Royal dans tout cela ? Si elle veut compter à l'avenir, elle a tout intérêt à briguer la direction du parti. Mais il lui faudra pour cela densifier autant que clarifier son discours, même si elle a posé quelques utiles jalons au cours de la campagne. Il lui faudra également savoir nouer des alliances internes sans tomber dans les errements d'un Hollande plus petit dénominateur commun du parti.

Bref, la mise en oeuvre effective d'une authentique rénovation du PS, au delà de l'extraordinaire capacité de ce parti à produire du consensus mou, pourrait s'avérer être un travail idéologique de longue haleine. Raison de plus pour l'engager sans plus tarder !

11 mai 2007

Réinventer la gauche, maintenant !

medium_soialistes.jpgA la veille du Conseil national du Parti socialiste où le pire serait que, comme souvent, il ne se passe rien, je reproduis ci-dessous un appel, rédigé avec quelques camarades, pour que notre parti engage - enfin ! - sa rénovation tant attendue et si longtemps différée. Rénovation idéologique, stratégique mais aussi rénovation de ses cadres.

Je n'ai, en effet, qu'une crainte : qu'au nom du nécessaire rassemblement pour les législatives, ce soit une fois de plus l'attentisme et l'immobilisme qui dominent notre vieux parti. Ce serait, à mon sens, une grave erreur car nos électeurs n'attendent qu'une chose : que nous annoncions, dès à présent, notre volonté d'engager une rénovation profonde du PS. S'ils n'ont pas cette perspective, je ne donne pas cher de leur mobilisation les 10 et 17 juin prochains. Alors, plus que jamais, non à la glaciation et oui à la rénovation !

 

Réinventer la gauche, maintenant !

Pour toutes celles et tous ceux qui sont épris des valeurs de justice sociale, de solidarité, de fraternité, de tolérance, d’humanisme et de respect du pluralisme, l’élection de Nicolas Sarkozy est une terrible déception.

En dépit des chausse-trappes et des scepticismes venus de tous bords, Ségolène Royal a su mener cette campagne avec beaucoup de courage et une formidable détermination. Elle a fait la démonstration  de ses capacités à entraîner et à rassembler des millions de nos concitoyens. Elle a ouvert la voie à une rénovation profonde de la vie politique et contribué à ce nouveau souffle démocratique dont notre pays avait tant besoin.

Mais à l’évidence, ce nouvel élan ne pouvait suffire, à lui seul, à garantir la victoire face à une droite rénovée, rassemblée et décomplexée, dotée d’une ligne claire et d’un leader incontesté.

Certes, des erreurs ont  été commises au cours de cette campagne mais chacune et chacun mesure aujourd’hui pleinement le temps qui a été perdu ces cinq dernières années et qui nous a sans doute coûté la victoire. Trop souvent nous n’avons pas pu faire entendre des choix clairs auprès de nos concitoyens, faute d’en avoir suffisamment débattu auparavant.

L’heure n’est plus aux atermoiements, aux demi-mesures ou aux synthèses molles. Il faut sans plus tarder engager la rénovation profonde du parti socialiste et de la gauche toute entière ; rénovation que nous appelons de nos vœux depuis longtemps et qui a été trop longtemps différée, au nom de simples calculs d’appareil.

L’urgence est bien évidemment de nous rassembler et de nous mobiliser pour que les 10 et 17 juin prochains, les élections législatives soient l’expression du nécessaire contrepoids au pouvoir d’un seul homme, d’un seul parti et d’un seul clan.

Mais sans attendre, parce que nos électeurs ont besoin d’un signe clair de notre volonté de rénovation, la direction du parti socialiste doit d’ores et déjà annoncer qu’elle engagera, dès le lendemain des élections,  un congrès extraordinaire suivi de grandes assises de la rénovation ouvertes à toute la gauche ainsi qu’à toutes celles et à tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le projet de société de Nicolas Sarkozy et veulent contribuer à l’élaboration d’une alternative crédible.

Pour notre part, nous croyons le moment venu de construire enfin un grand parti de gauche qui rassemble sous une même bannière socialistes, communistes, écologistes, alter-mondialistes, radicaux, citoyens et républicains de progrès. Chacune et chacun d’entre nous doit avoir conscience du défi qui s’ouvre à nous pour rendre à nouveau possible demain l’alternance. Nous lançons un appel à nos partenaires pour qu’ils nous rejoignent dans cette grande formation rénovatrice, progressiste et démocratique au sein de laquelle chaque sensibilité verra sa place dûment reconnue et pourra peser sur ses orientations. Nous le disons en toute humilité mais avec une profonde conviction : l’heure n’est plus au maintien d’appareils politiques sur le déclin dont le seul but semble devenu leur propre subsistance au risque de desservir les idéaux qu’ils prétendent défendre. Il n’est plus possible que le parti socialiste se prête à ces accords d’appareils devenus parfaitement artificiels et profondément éloignés des attentes de nos concitoyens.

Nous en avons la conviction, bâtir cette nouvelle formation est la condition nécessaire pour élaborer, avec l’ensemble du mouvement social et associatif, un nouveau projet progressiste pour la France mais aussi pour engager, sur des bases claires et solides, un dialogue constructif avec tous ceux qui, au-delà même de la gauche, refusent l’ultra-libéralisme, l’autoritarisme et le bonapartisme de Nicolas Sarkozy.

C’est ici et maintenant que nous devons engager ce mouvement. Pour redonner un sens au mot Espoir.

 

06 mai 2007

Demain, la gauche...

medium_mitterrand.jpgPour la troisième fois consécutive, la gauche a donc perdu l'élection présidentielle.  Même si le bon score réalisé par Ségolène Royal le 22 avril dernier a permis d'éviter l'humiliation d'une nouvelle élimination de la gauche au second tour, cette défaite est sans doute encore plus grave que celle survenue en 2002. Parce qu'il y a cinq ans, l'échec de Lionel Jospin pouvait être mis sur le compte de la dispersion des voix ou d'un simple "accident électoral" et parce que Jacques Chirac avait rassemblé un peu moins de 20% des suffrages. Parce que ce nouvel échec survient alors que la droite a gouverné ces 5 dernières années et que la gauche aurait dû théoriquement en tirer parti.

Depuis l'avènement de la Vème République, il y a un peu moins de cinquante ans, seul François Mitterrand sera ainsi parvenu à hisser la gauche au pouvoir à l'issue d'une élection présidentielle. Preuve, s'il en était encore besoin, que les institutions construites par le général De Gaulle, et en particulier l'élection du président au suffrage universel direct, sont profondement conçues pour favoriser la droite, du fait de leur conception bonapartiste. Une leçon que les socialistes n'ont malheureusement jamais sû réellement apréhender, comme s'ils étaient hypnotisés par la logique présidentialiste de la Vè République. A cet égard, on ne redira jamais assez la grave erreur, pour ne pas dire la faute politique majeure, que constitua la décision par Lionel Jospin d'inverser le calendrier électoral en 2002 et de renforcer ainsi, quinquennat aidant, la dérive présidentialiste de notre système politique. Certes, en faisant de la réforme des institutions un des axes fort de son projet, Ségolène Royal a cherché à sortir de cette dérive mortelle pour les idéaux de gauche qui s'accordent si mal avec la personnalisation et la simplification des discours politique qu'elle engendre. Mais cette orientation fut sans doute trop tardive et trop partielle pour prendre sa pleine mesure face à un Nicolas Sarkozy excellant dans un tel système.

Ségolène Royal justement dont les amis ne manqueront pas, dès demain matin, de faire le procès. Pas assez à gauche pour certains. Pas assez au centre ou pas assez crédible pour d'autres. La vérité c'est que même si elle a pu commettre des erreurs au cours de cette campagne, le défi qu'a tenté, avec une formidable détermination, de relever Ségolène Royal s'assimilait , à bien des égards , à une mission impossible. Comment, en effet, parvenir à prendre les rennes d'un parti dont l'appareil lui était largement résistant et mener la rénovation du PS en quelques mois seulement quand son adversaire Nicolas Sarkozy a mis à profit ces cinq dernières années pour s'emparer de l'ex parti chiraquien et rénover son corpus idéologique ?

Force est de pointer les graves insuffisances de l'actuelle direction du PS. Plutôt que d'engager, aux lendemains de la défaite de 2002, une véritable réflexion sur le positionnement idéologique et stratégique du parti, elle a préféré s'enfermer dans des manoeuvres d'appareil - manoeuvres dans lesquelles François Hollande excelle - propres à assurer son maintien à la tête du PS et quitte à empêcher l'émergence de toute idée nouvelle. Une stratégie dans laquelle la direction s'est sentie confortée après le prétendu succès des régionales de 2004 ; lequel n'avait constitué en vérité qu'une sorte de 21 avril à l'envers. Las, ce n'était que reculer pour mieux sauter. Il faudra bien, cette fois, que la rénovation tant différée ait lieue. Que tout soit mis sur la table. Et que l'on réponde enfin à quelques questions taboues comme celles là : allons nous encore longtemps maintenir en vie artificielle des "partenaires" (PC, MDC, Verts...) qui souvent ne représentent plus qu'eux mêmes ? l'heure n'est-elle pas venue de constituer une grande formation de gauche dans laquelle chacune de ces sensibilités serait dûment représentée ? J'ai en effet la conviction que les verts ou les communistes authentiquement attachés à leurs valeurs auraient bien plus intérêt à rejoindre un grand parti de gauche pour peser sur ses orientations plutôt que de maintenir, de façon purement artificielle, des appareils dont le seul but est leur propre survie et qui sont néanmoins promis à un inéluctable déclin. Enfin, l'heure n'est-elle pas venue d'engager un vrai dialogue avec toutes les forces républicaines modérées qui ne se reconnaissent pas dans Nicolas Sarkozy et sans lesquelles il n'y aura pas de reconquête ?

Oui, pour la gauche, pour les démocrates, pour toutes celles et tous ceux qui croient encore et toujours aux valeurs de justice sociale, de solidarité et d'humanité, l'heure doit être au courage et à la lucidité pour reconstruire demain l'espoir.

05 mai 2007

Vers un raz-de-marée Sarkozy ?

medium_sarko.jpgA en croire les derniers sondages, Nicolas Sarkozy pourrait l'emporter nettement devant Ségolène Royal demain soir, à l'issue du second tour de l'élection présidentielle. L'écart entre les deux candidats aurait même tendance à se creuser, toujours si l'on se fie à ces mêmes enquêtes d'opinion.

A moins de 24 heures d'un moment décisif pour l'avenir de notre pays, je crois utile de rappeler quelques éléments de bon sens.

D'abord, à l'intention des partisans de Ségolène Royal et de tous ceux qui ne veulent pas de Nicolas Sarkozy comme président, qu'une élection n'est jamais jouée d'avance et que les dernières heures peuvent toujours révéler de divines surprises. Malgré les pronostics pessimistes des sondages, l'heure doit donc être plus que jamais à la mobilisation; tant il est vrai que le niveau de participation ce dimanche peut changer considérablement la face de l'élection.

Ensuite, à l'intention de tous les électeurs de gauche mais aussi de tous ceux qui redoutent les excès d'un pouvoir laissé dans les mains d'un seul homme et d'un seul parti, que l'élection en elle même est certes essentielle mais que les conditions de cette élection le sont tout autant.  Si, comme c'est à redouter, Nicolas Sarkozy l'emportait avec plusieurs points d'avance, il aurait les coudées d'autant plus franches pour mener, en toute liberté, sa politique. Il n'hésitera pas à user et à abuser dès les premières semaines de sa toute fraîche légitimité pour imposer ses mesures les plus radicales (réforme du code du travail, lois toujours plus répressives, traitement de faveur pour les contribuables aisés...). Un fort écart avec sa concurrente socialiste rendrait également plus difficile la nécessaire remobilisation politique et sociale pour les 5 prochaines années. A contrario, plus le score de Nicolas Sarkozy sera faible, plus il devra tenir compte de la forte opposition qui sera exprimée le 6 mai à l'encontre de sa politique, moins il pourra brandir son élection comme un blanc seing délivré par le peuple français.

Enfin, à l'intention des électeurs de François Bayrou, il faut redire que l'élection de Nicolas Sarkozy mettrait un terme définitif à tout espoir de voir émerger une troisième force démocratique au centre de la vie politique française. Le candidat de l'UMP ne s'en cache pas : il présentera des candidats UMP aux législatives contre tous ceux qui ne se seront pas ralliés à lui ; il s'apprête d'ailleurs à constituer un nouveau parti centriste qui sera inféodé à l'UMP. Le rouleau compresseur du scrutin majoritaire aidant, ce sera fini de tout espoir de recomposition de la vie politique française pour sortir du bloc contre bloc.

Plus que jamais il faut donc voter et faire voter pour Ségolène Royal ce dimanche. Pour tenter d'éviter ce qu'on nous présente comme inévitable. Et pour, le cas échéant, créer les conditions du rebond et de la reconstruction dans les semaines et les mois à venir.

03 mai 2007

Ségo / Sarko : retour sur le débat

medium_ledébat.jpgOn attendait un Sarkozy dominateur et agressif : on eu droit à un homme consensuel en diable au calme olympien.

On redoutait que Ségolène Royal ne résiste pas au rouleau compresseur du candidat de l'UMP : on eu droit à une femme d'une pugnacité redoutable dirigeant le débat de bout en bout.

Visiblement, les deux finalistes de l'élection présidentielle avaient décidé de jouer à contre-emploi hier soir afin de déjuger tous les préjugés sur leur personne : inconsistance pour l'une ;  extrêmisme pour l'autre. 

Qui sort victorieux de l'exercice ? Toute la journée, les commentaires se sont multipliés de façon assez attendue ; chaque camp criant à la victoire de son (sa) champion(ne). En vérité, il est peu probable que le débat est fait bouger considérablement les lignes. Il aura davantage conforté et (re)mobilisé les partisans de chacun des deux finalistes même si, à l'evidence, Ségolène Royal peut espérer en tirer un (petit ?) avantage supplémentaire en tant que challenger et dont on a dit si souvent qu'elle ne tiendrait pas le choc de la campagne sur la durée.

Au delà de la forme, deux éléments me semblent ressortir particulièrement de cette confrontation.

C'est d'abord l'absence totale de réaction des deux journalistes - PPDA et Arlette Chabot - censés animer le débat.  Fondus dans le décor, apparaissant subrepticement face à la caméra l'air hagar, nos deux journalistes vedettes de TF1 et de France 2 ont brillé par leur absence, incapables même de mener le fil du débat tel qu'il avait été conçu initialement. Nicolas Sarkozy cherchait bien à les prendre régulièrement à témoin, comme implorant qu'ils interviennent dans le cours du débat. Ségolène Royal, elle, n'avait manifestement aucune intention de leur laisser un quelconque espace, bien décidée à mener la discussion telle qu'elle l'entendait. Bref, des speakrin(es) auraient sans doute suffi pour remplir l'exercice ; faute d'avoir pu ou voulu organiser, je dirais même scénariser autrement l'emission.

C'est ensuite l'impressionnante propension de Nicolas Sarkozy à se présenter comme s'il n'avait pas été aux plus hautes responsabilités depuis 5 ans. C'est d'ailleurs, reconnaissons-le, une des clefs de son succès au premier tour. Mais j'avoue que je n'arrive toujours pas à comprendre comment tant de Français - et demain peut-être une majorité d'entre eux - peut accorder tant de crédit à ses promesses de changement alors qu'il avait tout de même bien des manettes (n°2 du gouvernement, ministre de l'interieur et de l'économie, président du parti ultramajoritaire à l'Assemblée) ces cinq dernières années. Cette capacité à incarner le changement et l'action, à faire abstraction de ces cinq années gouvernementales alors qu'il est formellement représentant de la majorité sortante reste un mystère. Un mystère qui trouve sans doute sa source dans la capacité du candidat à asséner une série de déclarations de principe aussi simplistes que détachées de toute action concrète. Comme si, sous l'effet de son activisme, Nicolas Sarkozy n'avait qu'à parler pour donner le sentiment d'agir. Comme si il lui suffisait de mettre en mot - de façon d'ailleurs fort habile- les symptomes du mal français pour prétendre les guérir. C'est cette forme de "déréelisation" du débat politique qui a quelque chose de stupéfiante et d'inquiétante car elle est contraire à l'essence même du débat démocratique, lequel suppose des représentants qu'ils assument et soient jugés sur leurs actes.

 Dans les discussions que j'ai pu avoir ces dernières semaines avec des partisans de Nicolas Sarkozy, je suis en effet frappé par cette incapacité à envisager et à discuter sereinement et de façon raisonnée des faits. 45 000 voitures brûlent chaque année en moyenne depuis 2002 contre 20 000 en moyenne avant ? Les violences aux personnes (c'est-à-dire les actes de délinquance les plus traumatisants) augmentent de 30% en 5 ans ? Ce n'est pas un échec de Nicolas Sarkozy mais cela prouve au contraire qu'il faut être plus ferme. A ce stade, on n'ose demander jusqu'où il faudra aller dès lors dans la fermeté pour inverser la tendance...

L'absence de "raisonnement" est encore plus flagrante avec le discours sur  la "valeur travail"  que Nicolas Sarkozy veut revaloriser. Sur le principe on ne peut qu'être d'accord mais que propose le candidat UMP comme unique mesure emblématique à ce sujet ? Décontingenter complètement le nombre d'heures supplémentaires et en supprimer toute imposition, que ce soit pour les entreprises comme pour les salariés. C'est le fameux "travailler plus pour gagner plus". Mesure complètement absurde. Car depuis quand les salariés peuvent choisir leur emploi du temps ?  Et croit-on que les entreprises feront faire des heures supplémentaires si leur carnet de commande n'est pas mieux rempli ? J'ajoute que les possibilités de recourir aux heures supplémentaires sont déjà très importantes (220 heures par an). Bref, on voit bien que la mesure ne tient techniquement pas la route. C'est donc que sa portée réelle est symbolique. En réalité, peu importe la mesure en elle même ; c'est son caractère presque subliminal qui compte, c'est-à-dire la dénonciation , répétée sur tous les tons et de façon quasi obsessionnelle, des méfaits des 35 heures, accusées d'être la cause de tous les maux économiques et sociaux de la France.

Là encore, Nicolas Sarkozy ne répond pas sur les faits : notamment, si les 35 heures étaient si nocives pour le pays, pourquoi la droite ne les a pas purement et simplement abrogées depuis 2002 et pourquoi ne propose-t-il pas leur abrogation ? C'est peut-être parce qu'en définitive les 35 heures servent d'utile épouventail dans l'argumentaire de Nicolas Sarkozy. Et là encore, on retrouve toute la force du symbole que manie habilement et à dessein le candidat UMP. Il ne faut pas être grand clerc pour voir que derrière la dénonciation des 35 heures s'inscrit en filigrane une réthorique bien huilée sur la France qui ne travaille pas assez ou les chomeurs qui ne veulent pas vraiment retrouver du boulot.

Ce discours n'est d'ailleurs pas nouveau, même si en France on était moins habitué à l'entendre de façon aussi directe ; il est même aussi vieux que la droite et les mouvements réactionnaires. Aux lendemains du Front Populaire, la droite et une grande partie des élites ne vociféraient-elles pas déjà sur l'effet désastreux des 40 heures ou des congés payés ? A rémunérer les gens à ne rien faire on allait engendrer les pires calamités sociales (violence, alcoolisme, oisiveté...) et finalement entraîner la France à sa perte. Déjà à l'époque on nous expliquait qu'il n'y avait pas d'autre choix que de nous aligner sur la principale puissance économique et militaire du moment (en l'occurence l'Allemagne) et qu'il fallait en finir avec la singularité française. Force est de constater qu'il y a de fortes résonnances avec le discours de Nicolas Sarkozy et qu'une partie des Français s'y retrouvent. Très vite en effet quand on discute avec ses partisans c'est ce fond très idéologique qui ressort : marre de travailler pour les autres , trop de social en France , trop de personnes qui profitent du système , beaucoup de chômeurs ne veulent pas vraiment travailler etc... Et pas moyen de véritablement discuter. Si vous affirmez que certes il peut y avoir quelques tricheurs mais que ce n'est qu'une petite minorité (chiffres à l'appui), vous êtes automatiquement accusés de ne pas voir la réalité en face ou figurez au rang des dangereux socialo-laxistes !

Preuve, et c'est sans doute cela le plus inquiétant, qu'il existe bien deux France, de plus en plus hermétiques l'une à l'autre, de plus en plus étrangères l'une à l'autre, de plus en plus radicalisées l'une comme l'autre, de plus en plus incapables de se parler, de s'écouter, de partager une vision commune non seulement de la réalité (ce qui serait déjà un bon début) mais a fortiori de l'avenir. La lecture des résultats du premier tour de l'élection présidentielle est à cet égard édifiante tant elle dessine, de façon presque caricaturale, une sociologie électorale calque de la fracture sociale et urbaine qui s'approfondit de jour en jour dans notre pays entre les centre-ville bourgeois et la périphérie, entre les quartiers pavillonaires et les quartiers HLM, entre la ville et la campagne... En exacerbant la peur du déclassement social et en misant sur la seule réussite individuelle plutôt que sur l'élaboration de nouvelles solidarités collectivites, Nicolas Sarkozy est à la fois le produit et sera peut-être demain le promotteur de ce "ghetto français". Sauf si dimanche... 

 
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