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16 mars 2007

Bayrou l'imposture

medium_bayrou2.jpgC'est vrai que sous ses airs de paysan plein de bon sens, il a l'air fort sympathique François Bayrou. L'homme est d'ailleurs parfaitement estimable, de cette droite authentiquement humaniste et lettrée, ce qui ne gache rien.

Mais il faudrait avoir chaussé de drôles de verres correcteurs ou être atteint de cécité pour croire un seul instant à son discours. Voici quelques rappels...

1. François Bayrou aime l'école... privée !

Ministre de l'éducation nationale d'Edouard Balladur en 1993, Bayrou a réussi l'exploit de jeter dans la rue 1 million de manifestants contre la réforme de la loi Falloux. Bayrou voulait à l'époque permettre aux collectivités locales de financer l'enseignement privé. Heureusement il a été contraint d'y renoncer. Pour le reste, il ne s'est guère illustré dans ses fonctions, s'enferrant peu à peu dans l'immobilisme et la cogestion avec les organisations syndicales. Les hommages appuyés du Bayrou 2007 à ces dernières montrent qu'il n'a pas changé de ligne à ce sujet. Ajoutons que le candidat UDF, pourtant chantre de nos grands principes républicains, a refusé d'approuver la loi contre les signes religieux à l'école. Mais ceci n'est peut-être pas étranger à cela.

2. François Bayrou est enraciné... à droite !

L'homme a beau clamer le dépassement du clivage gauche/droite, tous ses actes politiques depuis 25 ans sont en contradiction avec cette posture. Il ne suffit pas de voter la censure une fois contre le gouvernement pour effacer cette fidélité à un camp. Concrètement, au cours de l'actuelle législature, François Bayrou a approuvé 90% des projets de loi des gouvernements Raffarin et De Villepin. Par ailleurs, il n'est pas une seule collectivité locale en France (commune, département, région) où l'UDF ne soit pas alliée avec l'UMP dans l'exercice du pouvoir. Rappelons enfin qu'au temps de "l'ouverture" pronée par François Mitterrand lors de sa réélection en 1988, François Bayrou en fut un des plus farouches adversaires et qu'il sanctionna les rares élus (Stoléru, Soisson...) qui accepterent la main tendue par Mitterrand.

3. François Bayrou est un fervent supporter de la Constitution européenne

Certes, il ne propose pas comme Nicolas Sarkozy de faire adopter par le Parlement un nouveau texte, méprisant ainsi le vote des français. Mais c'est peu dire qu'il fut un supporter farouche du TCE et qu'il semble n'avoir tiré aucune conséquence du non au référendum. Pas un mot sur la nécessité de modifier les statuts de la BCE pour qu'elle tienne compte de l'emploi et de la croissance ; pas un mot sur les protections que l'Europe doit mettre en oeuvre contre les phénomènes de concurrence déloyale ; pas un mot sur un traité harmonisant les droits sociaux des travailleurs ; pas un mot sur une grande politique industrielle européenne... on en reste donc dans un éspèce d'eurooptimisme béat complètement déconnecté de la réalité. Ségolène Royal elle aussi fut une fervente supportrice du oui mais elle a su, dès le début de sa campagne, s'entourer de soutiens éminents du non comme Arnaud Montebourg et développer une vraie vision alternative de la politique européenne.

4. François Bayrou en héros de la Vè République

Enfin, Bayrou prétend vouloir changer de fond en comble notre système politique pour le démocratiser et le rendre vraiment représentatif des citoyens. Il fut même un des défenseurs d'une 6ème République. Le hic c'est qu'en vérité Bayrou propose tout le contraire d'une démocratie parlementaire, telle qu'elle existe dans la plupart des pays européens. Son projet : aller vers un régime présidentiel c'est-à-dire renforcer encore la dérive présidentialiste de nos institutions. La façon dont François Bayrou conduit cette campagne atteste bien de ce virage idéologique. Dans la droite ligne de la Vème république, le candidat UDF ranime le mythe de la rencontre entre un homme et le peuple français et se pose en candidat providentiel au dessus des partis. Une attitude lourde de dangers et finalement anti-démocratique. Sans compter qu'elle suppose l'obtention par le président nouvellement élu d'une majorité parlementaire le soutenant, ce qui est loin d'être acquis. Qui peut sérieusement croire que les partis comme le PS ou l'UMP accepteront ainsi de se saborder ? Qui peut sérieusement croire que l'UDF qui compte aujourd'hui une trentaine de députés - dont une bonne moitié a d'ailleurs refusé de voter la censure - puisse obtenir d'un coup d'un seul une majorité absolue à elle toute seule à l'Assemblée nationale ? Rappelons à ce sujet que tous les députés UDF actuels sont issus de circonscriptions de droite. Enfin, c'est le mode de scrutin actuel, c'est-à-dire uninominal majoritaire à deux tours, qui s'appliquera quoi qu'il arrive pour les législatives de juin prochain. Voilà qui rendra la recherche d'une majorité UDF d'autant plus illusoire...

13 mars 2007

Présidentielle : tout est encore possible !

medium_élysée.jpgA six semaines du premier tour, jamais une élection présidentielle n'a été aussi disputée ; jamais son issue n'a paru aussi incertaine.

Se fiant aux sondages, certains ont cru pouvoir pronostiquer le triomphe de Ségolène Royal (entre novembre et janvier) ou la victoire inéluctable de Nicolas Sarkozy. Ce sont parfois les mêmes qui aujourd'hui prédisent le succès de François Bayrou. Autant de jugements à l'emporte pièce et à courte vue, au fil des livraisons quotidiennes de sondages souvent hératiques, parfois contradictoires. Des sondages qui, malgré l'apparence, ne disent rien des profondeurs de la réalité politique du pays.  A l'heure où la confusion règne dans de nombreux esprits, il n'est pas inutile de rappeler quelques évidences qui mettent à bas tous ces beaux pronostics.

D'abord, un Français sur deux n'a pas encore fait son choix ; c'est un niveau record à une élection présidentielle. D'après les enquêtes menées lors des derniers scrutins, près de 20% des électeurs se déterminent la veille ou le jour même du scrutin, ce qui rend toute prévision encore plus incertaine.

Dans ce contexte, les sondages d'intention de vote n'ont pas grand sens et constituent de véritables artefacts dans la mesure où ils agrègent des données formellement identiques (je pense voter pour tel ou tel) mais qui ont une portée totalement différente selon le niveau d'engagement de la personne interrogée (rééel soutien ou vague intention). Ils ont également l'inconvénient de survaloriser les opinions déjà fortement constituées qui correspondent généralement aux catégories socioprofessionnelles supérieures ; lesquelles accepteront plus volontiers de répondre à l'enquête. Du même coup, le vote des catégories populaires, plus sceptiques, moins idéologiquement structurées et plus fluctuantes, plus rétives également à répondre aux sollicitations des enquêteurs, est sous évalué. C'est ce qui explique notamment la sous évaluation systématique du vote pour le Front National.

Ensuite, le niveau de l'abstention reste une grande inconnue. Or, il sera déterminant dans le résultat. 1 point de participation en plus, c'est environ 400 000 voix supplémentaires qui vont se porter sur tel ou tel candidat. Sachant qu'il a manqué moins de 200 000 voix à Lionel Jospin pour accéder au second tour le 21 avril 2002, on mesure le caractère essentiel du niveau de participation. En 2002, l'abstention avait été de 6 points supérieure à 1995 (28,4 % contre 21,6%). Entre ces deux élections, ce sont donc près de 2 millions de citoyens en moins qui ont voté au 1er tour, alors même que le nombre d'inscrits avait augmenté de plus d' 1 million. On a constaté - dit-on - un afflux de nouvelles inscriptions fin 2006 mais outre qu'on ne connait pas son ampleur réelle déduction faite des radiations, personne n'est en mesure aujourd'hui d'indiquer si ces personnes se déplaceront bien le 22 avril prochain et pour qui elles s'exprimeront. Contrairement à ce qui avait été indiqué parfois dans les journaux, les jeunes ne semblent pas forcément constituer la majeure partie de ces nouvelles inscriptions qui paraissent également provenir en masse d'adultes qui n'étaient pas ou plus inscrits sur les listes électorales. Autant dire que les analyses du style "plus de jeunes inscrits = plus de suffrages pour la gauche" me semblent aller un peu vite en besogne.

Enfin, le Conseil constitutionnel n'annoncera la liste des candidats autorisés à se présenter que le 19 mars. L'absence d'un Besancenot, Bové, De Villiers ou Le Pen peuvent évidemment avoir des conséquences plus ou moins fortes sur le niveau de participation et sur le résultat final.

Bref, tout ce que l'on sait aujourd'hui c'est qu'on ne sait pas grand chose et que tout est encore possible. Je dis bien tout comme un second tour Sarkozy/Bayrou, Royal/Bayrou, Royal/Le Pen, Sarkozy/Le Pen, Bayrou/Le Pen voire même... Sarkozy/Royal !

Alors autant mettre à profit ces dernières semaines de campagne pour délaisser un peu les commentaires des sondages et s'intéresser - enfin ! - aux propositions des différents candidats.

12 mars 2007

Bayrou dans les pas de Chirac

medium_bayrou.2.jpgLa bienveillance appuyée avec laquelle François Bayrou a parlé de Jacques Chirac hier soir au Grand Jury RTL traduit parfaitement la stratégie du candidat UDF.

Qu'il semble loin le temps où Bayrou dénonçait les turpitudes et les dérives d'un système monarchique finissant si bien incarné par un Jacques Chirac refusant systématiquement d'endosser toute responsabilité politique. Qu'il semble loin le temps où Bayrou vociférait contre le choix du président de la République de créer un grand parti de droite aux lendemains du 21 avril 2002 plutôt que d'ouvrir largement sa majorité, au regard des conditions si particulière de son élection au second tour.

C'est que derrière les postures sur la rénovation de la vie politique, François Bayrou est passé maître dans l'usage des vieilles ficelles de la stratégie politique. L'hommage a peine voilé au président sortant a tout de l'appel du pied aux derniers chiraquiens qui répugnent, malgré les discours officiels, à soutenir Nicolas Sarkozy, surtout à un moment où ce dernier donne un coup de barre à droite, avec les signaux à peine subliminaux en direction de l'électorat FN que constitue le rapprochement entre immigration et identité nationale.

Voilà qui jette un regard cru sur la réalité de l'engagement politique de François Bayrou. L'homme prétend s'être extrait de tout camp mais il apparaît de plus en plus comme ce qu'il n'a jamais cessé vraiment d'être : un homme fidèle à la droite et prêt, y compris, à endosser le piteux bilan de douze ans de chiraquisme.

Voilà qui devrait en faire réfléchir plus d'un. Surtout parmi les sympathisants de gauche séduits par le positionnement au dessus des partis du candidat UDF.

Chirac : R.A.S.

medium_chirac.jpgLe vieil artiste a fait hier son dernier tour de piste.

Qu'en retenir ? Si peu de chose.

Chirac fût tel qu'en lui même, énonçant un chapelet de propos aussi généreux que généraux ; toujours aussi déconnecté de la réalité lorqu'il prétend que la France est sur la bonne voie ou qu'il livre ses conseils pour l'avenir ; pathétique dans ses déclarations d'amour enflammées à la France et aux Français. Attendu et dérisoire. Rien qui ne vaille la peine d'user trop longuement son encre ou sa salive.

Alors, je ne dirai qu'une chose : RIDEAU !

09 mars 2007

Des inégalités hommes/femmes

medium_journéedelafemme.jpgA l'occasion de la Journée internationale de la Femme, beaucoup a été dit cette semaine sur le maintien, voire le renforcement, des inégalités homme/femme en France et dans le monde.

Le dernier rapport de la délégation de l'Assemblée nationale aux droits des femmes souligne ainsi que sous l'effet du développement du "précariat" (CDD, intérim, temps partiel subi...) qui touche très majoritairement les femmes, la pauvreté tend aujourd'hui à évoluer et prend un visage de plus en plus spécifiquement féminin.

C'est ce qui me fait dire que la question des inégalités homme/femme est d'abord et avant tout un problème d'inégalité sociale. Si l'on se réfère à la question du partage des tâches domestiques entre les sexes - question ô combien forte et symbolique - on constate que plus on s'élève dans la hiérarchie des salaires, plus l'écart entre les hommes et les femmes par rapport au temps consacré aux tâches domestiques diminue. Est-ce à dire que, plus on évolue dans l'échelle sociale, plus les mentalités évoluent dans un sens paritaire ? Je n'en suis pas certain. Ce qui est sûr c'est que les couples et notamment les femmes aisées ont les moyens de se payer les services d'une femme de ménage ou d'une nounou qui permettront de réduire d'autant le temps consacré par ces dernières aux tâches domestiques.  De fait, au delà du maintien d'une inégalité homme/femme, se développe de plus en plus une inégalité entre les femmes elles mêmes.

On a également mis en évidence le fait que les femmes sont le plus souvent cantonnées à certains secteurs d'activités moins valorisés socialement (éducation, santé, enfance...). Cette inégale répartition démontre à l'évidence une forme de ségrégation mais elle témoigne aussi et avant tout de la hiérarchie des valeurs qui ont cours dans notre société. car après tout pourquoi des domaines aussi essentiel pour l'avenir de notre société que sont l'éducation, la santé, l'aide aux personnes âgées, la petite enfance ou la solidarité devraient être moins bien considérées que la banque ou la finance ? C'est donc bien à un autre regard sur ces "valeurs dominantes" que nous invite également la Journée de la femme.

Enfin, on a largement évoqué ces dernières semaines la question des violences faites aux femmes. Vrai et lourd problème de société qui touche toutes les catégories sociales. Il me semble qu'en la matière on ne souligne pas assez le rôle essentiel des mères dans l'éducation de leurs enfants, et principalement des garçons. C'est particulièrement frappant dans certains quartiers populaires : la question des violences faites aux femmes, et notamment aux jeunes femmes, est intimement liée à la conception singulière qu'on a trop souvent de la masculinité. Pour trop de garçons, affirmer son identité masculine passe encore par l'expression brute de sa force physique. Or, les parents et singulièrement les mères, ont un rôle essentiel à jouer dans la construction de cette identité. C'est, me semble-t-il, la seule solution pour éradiquer à la racine les violences faites aux femmes qui naissent souvent très jeune et perdurent ensuite à l'âge adulte. 

 

 
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