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18 février 2007

De la publicité politique à la télé ?

medium_cartouchetf1.gifC'est une petite révolution télévisuelle passée pratiquement inaperçue. Pour la première fois en France, un club de réflexion - think tank pour les anglo-saxons - fait sa pub tous les soirs juste avant le journal de 20 heures de TF1.

L'institut Montaigne, à l'origine de cette novation à la fois politique et médiatique, entend ainsi apporter "une contribution significative au débat public à une période clé pour le pays". L'initiative n'est pas neutre venant d'un des plus puissant et des plus influent groupe de réflexion de notre pays. Créé en 2000 par Claude Bébéar, celui-ci peut s'enorgueillir du soutien de quelques 70 entreprises et non des moindres (AGF, Areva, Bolloré, Bouygues, Carrefour... ) et de quelques 150 personnes physiques. Comme on peut l'imaginer venant d'un club soutenu par d'aussi augustes et puissants parrains, le discours tenu par ce vénérable institut n'est pas aussi neutre que ne pourrait le laisser penser l'objet de l'association.

Libéral bon teint, l'institut Montaigne participe, sans rougir, à la formation de ce que certains appelaient au milieu des années quatre-vingt dix la "pensée unique". En matière de protection sociale, il défend par exemple - et c'est son droit - la suppression des cotisations patronales, l'inscription dans la constitution d'un plafonnement des cotisations de retraite ou bien encore l'augmentation de la TVA.  Des propositions avec lesquelles on peut être en accord ou en désaccord mais qui méritent en effet le débat.

Là où le bât blesse c'est dans le procédé utilisé par l'institut pour populariser ses idées. Les "programmes courts" diffusés généralement avant et après la grand messe du 20 heures sont de véritables objets télévisuels non identifiés. Ils n'ont pas vraiment le statut de publicité mais sont pourtant librement commandés, produits et achetés par un annonceur (généralement la grande distribution qui était jusqu'à présent privée de pub à la télé). Ils s'assimilent en fait aux "publi-reportages" qu'on a vu fleurir dans la presse magazine ces dernières années. Ceux-ci sont très appréciés des annonceurs parce qu'ils se fondent davantage dans le journal et apportent au message une touche de "crédibilité journalistique". De sorte qu'une confusion peut facilement naître dans l'esprit du téléspectateur surtout s'agissant d'un programme qui prétend ouvrir le débat dans le sens de l'intérêt général. Toutefois, il n'est que de voir les thèmes abordés pour se rendre compte que le débat n'est pas si ouvert que cela.

Autre problème : à aucun moment le téléspectateur n'est informé de la nature réelle du commanditaire de l'émission ; peu nombreux sont ceux qui connaissent l'institut Montaigne et encore moins nombreux seront ceux qui auront la curiosité de se renseigner sur le site internet. Mais l'objectif principal de ce programme court aura été rempli : imposer, sous l'apparence d'un ton neutre, une certaine lecture des débats publics. Or, on sait bien que la formulation d'une question emporte en grande partie la réponse qui y sera apportée.

Dernier problème : ce type de programme ne contreviendrait-il pas à l'interdiction de la publicité politique à la télé ? On m'objectera qu'il s'agit d'une émission commandée par une association indépendante et non par un parti politique. Certes. Mais s'il prenait l'envie à la fondation créée par l'UMP ou à la fondation Jean Jaurès proche du PS, tout aussi formellement indépendantes des partis politiques, d'acheter de telles émissions, que se passerait-il ? Voilà qui mériterait qu'on en débatte car il est très vraisemblable qu'avec la montée en puissance du marketing politique la question se posera à brève échéance.

16 février 2007

Présidentielle : à quand le fond ?

medium_imagesCA65J8IR.jpgCertes, la démission d'Eric Besson n'est pas du meilleur effet dans la campagne de Ségolène Royal. Mais cet incident méritait-il une pleine page et la une du Monde d'hier soir ?

On nous présente ce départ comme une preuve supplémentaire des dysfonctionnements qui existeraient au sein de l'équipe de campagne de la candidate socialiste. On oublie de rappeler qu'Eric Besson n'a jamais été un fervent partisan de Ségolène Royal. Il s'était même prononcé lors de la campagne interne pour une candidature de Lionel Jospin. L'homme est reconnu comme compétent, droit et intègre mais le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'a jamais vraiment adhéré au style de campagne et à la "méthode Ségolène". C'est d'ailleurs son droit.

Dès lors, cette démission - regrettable à vrai dire - n'est-elle pas d'abord le signe du fait que de nombreux hiérarques du PS n'ont toujours pas digéré la désignation de Ségolène Royal ? Il suffisait d'observer les têtes d'enterrement de DSK ou de Fabius au premier rang du meeting de Villepinte dimanche dernier pour s'en convaincre. On pourra toujours reprocher à Ségolène de ne pas savoir rassembler toute la famille socialiste derrière elle, y compris ses anciens concurrents. Mais peut-on réussir l'impossible ? Sa désignation n'est-elle pas aussi le signe d'un changement d'époque au PS ; lequel ne peut pas aller sans heurts et sans crispations ?

Pendant ce temps, on ne parle toujours pas du fond. Pas un mot, par exemple, dans Le Monde d'hier soir sur le déplacement que Ségolène effectuait dans le Nord et sur ses propositions en matière de politique industrielle ou de fiscalité des entreprises (domaine parait-il absent de son discours). Je n'en livrerai que deux : la première consiste à différencier l'imposition des bénéfices des entreprises selon qu'elles rétribuent leurs actionnaires ou les réinvestissent ; la deuxième consiste en la création d'un système de "bonus/malus" pour les cotisations sociales patronales dont le montant serait alourdi pour les entreprises qui recourent massivement aux CDD ou à l'intérim et allégé pour celles qui sont exemplaires en la matière. Deux propositions concrètes qui visent à favoriser les investissements productifs dont notre pays a tant besoin et à encourager une gestion socialement responsable des entreprises.

Des propositions que l'on peut contester, critiquer, amender ou améliorer mais qui mériteraient au moins qu'on en débatte non ?

13 février 2007

Le hold-up de Sarkozy sur la Défense

medium_ladéfense.jpgL'affaire est passée (presque) inaperçue. Elle aura pourtant des conséquences importantes sur le développement et les équilibres à venir de l'Ile-de-France.

La semaine dernière, l'Assemblée nationale a adopté en urgence et avec l'avis favorable du gouvernement, une proposition de loi du sénateur UMP Roger Karoutchi - un proche de Nicolas Sarkozy - qui confie l'aménagement de la Défense au seul Conseil général des Hauts-de-Seine, présidé par vous savez qui.

Un peu comme les villes nouvelles, le plus important quartier d'affaire de France était jusqu'à présent placé sous le pilotage d'un Etablissement public d'aménagement, l'Epad (établissement public d'aménagement de la défense) au sein duquel siégeaient des représentants de l'Etat, de la Région, du Département et des collectivités locales concernées.

Avec cette nouvelle loi, adoptée en un temps record s'agissant d'une initiative parlementaire, ce qui est rarissime, l'Epad est purement et simplement supprimé et remplacé par un établissement public où ne siègeront plus que le Conseil général des Hauts-de-Seine et les communes UMP de Puteaux et Courbevoie.  Autant dire que le département du ministre-candidat aura désormais les mains libres sur cette formidable mine d'or que constitue la Défense. Une mofification législative particulièrement bienvenue pour Nicolas Sarkozy alors que le gouvernement a récemment autorisé un programme de densification de ce quartier avec la construction de 400 000 mètres carrés de bureaux supplémentaires.

Une telle opération est proprement scandaleuse à plus d'un titre.

D'abord parce qu'elle constitue un dévoiement du rôle du Parlement dont la vocation n'est pas de servir les intérêts de telle ou telle catégorie de collectivité mais de légiférer dans le sens de l'intérêt général.

Ensuite parce que la Défense, en raison de son caractère stratégique, ne peut pas être considéré comme un quartier comme un autre. C'est d'ailleurs l'Etat qui a été à l'origine de la création de ce grand centre d'affaire. Son caractère d'intérêt national et régional est incontestable et justifie donc pleinement que l'Etat et la Région aient leur mot à dire sur son développement.

Enfin parce qu'une telle disposition est contraire en tous points à un indispensable aménagement du territoire dont le ministre de l'intérieur est censé avoir également la charge.

A l'heure où chacun s'accorde à reconnaître qu'il faut opérer un véritable rééquilibrage de l'Ile-de-France en faveur de l'Est parisien, le projet de densification de la Défense - qui concentre déjà le plus grand nombre de sièges sociaux en France - est pour le moins contestable. Sa captation par trois collectivités va à l'encontre de la nécessaire solidarité régionale et marque au contraire un insupportable repli sur des égoismes locaux.

Une nouvelle majorité parlementaire devra, à l'évidence, revenir sur cette loi de complaisance et remettre en cause le projet de densification de la Défense tel qu'il est ficelé actuellement. Puisqu'il n'est pas possible d'obliger les sociétés à fixer leur siège social dans une collectivité plutôt qu'une autre, le seul moyen d'influer sur leur installation est d'user massivement des pouvoirs réglementaires en matière d'urbanisme pour favoriser le développement de nouveaux quartiers d'affaire à l'Est de la capitale.

Il faudra également agir de façon résolue pour améliorer la solidarité financière entre collectivités franciliennes. Un dispositif de péréquation existe bien avec le Fonds de solidarité de la région île-de-france (FSRIF) mais les montants concernés restent trop limités pour être efficaces et devront sans aucun doute être pour le moins doublés, voire triplés.

Ce n'est qu'à ce prix que l'on parviendra à atténuer les scandaleuses inégalités qui existent aujourd'hui en Ile-de-France et qui menacent clairement tant sa cohésion que son attractivité d'ensemble.

11 février 2007

Ségolène : pari réussi !

Devant une salle archicomble (15 000, 20 000 participants ? ) et pendant plus de 2 heures, Ségolène Royal a exposé les contours de son Pacte présidentiel.medium_SGE_RFI23_110207152953_photo01.jpg 

Plus personne ne pourra dire que la candidate socialiste n'a pas d'idée. Elle ne s'est pas contenté de proposer des mesures concrètes; lesquelles s'appuient bien souvent sur les propositions émises par des citoyens ou des associations comme ATD Quart Monde, AC le Feu ou Emmaûs lors des débats participatifs. Elle a également livré une véritable vision de la France qui tranche avec celle de son adversaire. Celle d'une France fière de son histoire, fière de ses racines, fière de ses origines multiples et métissées. Une France ouverte ni lâche, ni arrogante mais qui sache faire entendre sa voix singulière.

Sans rien renier de ses discours sur la démocratie participative qui ont pourtant été si souvent moqués, elle a également dessiné une autre façon de faire de la politique qui replace le citoyen au coeur du processus de décision.

Bref, loin des critiques sur le "trou d'air" de sa campagne, Ségolène a su tout à la fois prouver cet après-midi :

1. que les 6000 débats participatifs organisés aux quatre coins de la France et qui ont rassemblé 2 millions de personnes étaient nécessaires et utiles ; ils donnent aujourd'hui une vrai crédibilité à la parole de Ségolène dans une société française où la parole politique est précisément démonétisée parce qu'elle se réduit le plus souvent à de vaines promesses.

2. qu'elle sait mobiliser autour de sa personne toute sa famille politique et au delà ; pas un des leaders du PS ne manquait à l'appel (Fabius, Strauss Kahn, Aubry...) et le meeting de cet après-midi a viré à la démonstration de force dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle est réussie.

3. sans rien renier sur ce qui a fait sa force et son originalité jusqu'à présent, Ségolène a également démontré aujourd'hui qu'elle était porteuse d'une véritable vision de la France à la fois très ambitieuse et très concrète, qui puise son inspiration aux sources même de l'Universalisme français tout en l'actualisant. Une vision qui n'oppose pas les catégories de Français entre eux (vieux contre jeunes, nationaux contre immigrés, fonctionnaires contre salariés du privé, entrepreneurs contre employés...) mais mise au contraire sur l'intelligence, la responsabilité et l'énergie de tous parce que chacun est respecté et reconnu par la République.

4. par la densité et la profondeur de son discours, elle fait taire tous ceux qui prétendent qu'elle n'a pas la carrure pour exercer le mandat présidentiel et instruisent à son encontre un procès injuste en illégitimité et en incompétence.

5. enfin, en commençant son discours sur la question de la dette publique et de la nécessaire réforme de l'Etat, elle prouve qu'elle veut regarder les réalités en face et que la gauche n'est pas enfermée dans une vision passéiste ou "dépensolatre" des services publics qui doivent être modernisés pour être renforcés.

Je vous le disais bien que la campagne commence à peine. A l'évidence, ce 11 février elle prend un nouveau tournant !

07 février 2007

Des médecins et de nos finances publiques...

medium_images.jpgPour la deuxième fois en moins d'un an, le ministre de la santé et porte-parole du candidat UMP à la présidentielle, Xavier Bertrand, va-t-il céder aux demandes pressantes des médecins généralistes  d'une revalorisation de leurs honoraires pour atteindre, comme les spécialistes, 23€ la consultation ? 

Sur le fond, je ne suis pas opposé par principe à toute revalorisation des honoraires des médecins même si beaucoup de salariés en France aimeraient pouvoir bénéficier ainsi de substantielles augmentations en si peu de temps. Je ne tomberai pas non plus dans la caricature qui consiste à dire que tous les médecins sont d'horribles privilégiés qui roulent tous sur l'or. La plupart s'en sortent bien mais ce n'est pas le cas de tous, surtout chez les généralistes, "parent pauvre de la profession".

Non, ce que je déplore c'est la méthode. D'abord parce qu'une tellee revalorisation, si elle devait se confirmer, sonnerait evidemment comme une mesure purement clientéliste à quelques semaines de l'élection présidentielle. Aussi et surtout parce qu'une fois de plus cette mesure risque de ne s'accompagner d'aucune contrepartie réelle, en dehors de vagues promesses de portée très générale et dont le respect est rarement évalué avec rigueur et impartialité.  Or, on sait que notre pays est confronté à des questions essentielles en matière d'accès aux soins. L'actualité récente l'a illustré à travers par exemple les refus de prise en charge des bénéficiaires de la CMU ou la désertification du corps médical dans certaines régions de France. Sans compter bien sûr le problème récurrent du déficit de la sécurité-sociale, même si celui-ci ne relève pas il est vrai pour l'essentiel de la médecine de ville mais dantage des dépenses hospitalières.

Dans un souci de "bonne gouvernance" comme on dit, ces revalorisations devraient être l'occasion de véritables négociations avec les représentants de médecins pour avancer sur ces questions. Or rien de tel. D'un côté on refuse de s'engager dans des sanctions à l'encontre de ceux - et ils sont nombreux - qui refusent de soigner les bénéficiares de la CMU. De l'autre côté, on ne profite pas davantage de la possibilité qui serait offerte de subordonner ces revalorisations à des engagements clairs en matière de santé. Où est la saine gestion de l'argent public ? Et que fait Xavier Bertrand du précepte cher à Nicolas Sarkozy sur "travailler plus pour gagner plus" ? On oublie un peu souvent, me semble-t-il, que les médecins s'ils se disent attachés à leur statut de profession libérale sont en réalité plus proches du statut de fonctionnaire. Que serait, en effet, leur situation s'il n'existait pas une généreuse sécurité sociale qui permet de "solvabiliser" leur clientèle ? Et que font-ils des milliers d'euros investis par l'Etat pour leur formation, l'Université étant en France quasiment gratuite ? Cet investissement public ne justifierait-il pas en échange que les jeunes diplômés s'engagent, au moins pour une période de 5 ou 10 ans, à s'installer dans les zones qui manquent de médecins ? Enfin pourquoi les médecins devraient systématiquement être exonérés des efforts demandés à tous pour tenter de réduire le déficit de l'assurance maladie ? Comme par hasard, Nicolas Sarkozy n'a pas dit un mot à ce sujet lundi soir sur TF1. 

Cette décision, si elle devait être prise par le gouvernement, poserait un autre problème de "gouvernance"; c'est celui de la sécurité sociale censée s'administrer  librement et paritairement. Fiction pure puisque c'est le gouvernement qui décide d'accroître les charges qui pèseront sur son budget sans que les partenaires sociaux qui gèrent la sécurité sociale n'aient leur mot à dire. C'est exactement le même problème lorque le gouvernement décide des exonérations de charges sociales pour les entreprises sans les compenser pour le budget de la sécu dont on s'étonnera ensuite qu'il soit systématiquement en déficit !

Voilà en tous cas de quoi donner singulièrement à réfléchir sur la gestion de nos politiques publiques en matière de santé ! 

 
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