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04 février 2007

Sarko et la banlieue

medium_SGE_BBK67_020806105305_photo00.jpgQue serait un jour sans sondage ? Ce serait comme un Noël sans chocolat, des vacances sans soleil, un hiver sans neige ou un 13 heures sans Pernot. Selon le sondage du jour donc, la "banlieue" (laquelle ? Neuilly ou Bondy ?) aurait - enfin ! - succombé aux charmes de Nicolas Sarkozy. "La banlieue vote Sarko" écrit ainsi sans détour 20 minutes sur la foi d'un sondage BVA paru dans le Journal du dimanche d'aujourd'hui. Une fois de plus, à la lecture détaillée du sondage, on est stupéfait d'un tel raccourci.  

En effet, selon l'enquête 27% des personnes interrogées (un échantillon soi disant représentatif de seulement 600 personnes habitant dans des quartiers classés zones urbaines sensibles ) disent que c'est le candidat UMP qui prend le mieux en compte leurs problèmes (ce qui n'a strictement rien à voir avec des intentions de vote) mais leur préférence va à 45% à un candidat de gauche pour la présidentielle ! C'est sur la foi de ces mêmes chiffres que Libération prétend titrer que "la banlieue plébiscite Sarkozy"... ah bon parce que 27% c'est un plébiscite ??

Il est par ailleurs  permis de douter du sérieux d'une telle enquête et pas seulement à cause de son échantillon très restreint. Jean-Marie Le Pen y réalise en effet un bien piètre score (1% seulement des personnes interrogées considèrent qu'il prend le mieux en compte leurs problèmes), sans commune mesure avec les résultats électoraux généralement enregistrés par le patron du FN dans ces quartiers. 

Comme d'habitude, on fait dire ce qu'on veut aux chiffres. Dans sa volonté de séduction tous azimut de l'électorat de gauche, Sarkozy trouve ici de nouveaux arguments censés valider sa stratégie et prouver qu'il rassemble bien au delà de son camp. CQFD.

02 février 2007

Contre Ségolène, la manipulation continue

medium_20070202_WWW000000380_6262_4.jpgLes adversaires de Ségolène Royal ne savent vraiment plus quoi inventer. Après le procès en incompétence instruit par nos intellectuels autoproclamés, les sondages sont une nouvelle fois mis à contribution pour soutenir la thèse de tous ceux qui veulent convaincre et se convaincre de la prochaine chute de Ségolène.

Le dernier du genre : celui du Figaro publié ce vendredi 2 février dans lequel on apprend que les Français sont majoritairement mécontents de la campagne (Cf ma note précédente). On y apprend également que 47% des Français considèrent que le PS a eu tord de désigner Ségolène Royal comme candidate à l'élection présidentielle. On voit bien quel usage on cherche à faire d'un tel chiffre. Mais qu'a-t-il comme signification réelle ? Aucune si ce n'est qu'il ne fait qu'enregistrer dans "l'opinion" le doute créé depuis deux semaines sur la campagne de la candidate socialiste. On aurait posé cette question il y a trois semaines, avant le Congrès de l'UMP, il y a fort à parier que le résultat aurait été très différent. Si on regarde plus en détail les résultats de ce sondage, on constate par ailleurs que chez les sympathisants de gauche, 71% considèrent que le PS a eu raison de désigner Ségolène ! On est donc loin de l'image que les médias cherchent à imposer d'un "décrochage" de la candidate socialiste auprès de son électorat. On aura en revanche réussi, sous des allures scientifiques - les sondages ne mentent jamais ! - à accréditer un peu plus l'idée de l'illégitimité de Ségolène Royal.

On est très loin du débat de fond...

Les Français et la campagne selon le Figaro

medium_20070202_WWW000000257_11548_1.jpg71% des Français jugent la campagne présidentielle de mauvaise qualité. C'est ce qui ressort d'un sondage paru ce 2 février dans Le Figaro. Jusque là rien à dire et je souscris bien volontiers à l'opinion de ces 71%. Le journal a également demandé qui était responsable de cette mauvaise qualité. Mais les réponses proposées à la question posée n'ont rien d'innocent. Pour preuve, on a le choix entre Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, un autre candidat ou aucun candidat en particulier. Oui, vous avez bien lu. Il n'est pas venu à l'esprit du Figaro de proposer comme réponse possible "les médias". Etonnant non ? Sont-ils aussi exemplaires que ça ces médias qui réduisent à longueur de journée la campagne aux petites phrases et proscrivent tout débat de fond ? Les interviews de Jean-Michel Apathie tous les matins sur RTL sont un modèle du genre : tous ses invités sont appelés à commenter l'énième sondage du jour, le retrait ou l'entrée en lice d'un nouveau candidat, à commenter la campagne de ses adversaires mais jamais à livrer leurs propositions. Pas le temps sans doute ! Il est alors facile denregistrer dans un sondage supplémentaire ce dur jugement des Français sur la campagne. Le système médiatique est ainsi fait qu'il se nourrit en permanence de ses propres errements et autoproduit sans arrêt des "informations" ou des polémiques vides de sens et de toute réalité. Combien de temps allons nous encore supporter cela ?

27 janvier 2007

Jacques Julliard et le chômage

medium_portrait.jpgAu cours de ce même colloque (voir ma note Fronde anti-élites à Sciences Po), Jacques Julliard, héros de la "deuxième gauche" et éditorialiste  au Nouvel Obs, nous a livré une interprétation toute personnelle du "malaise français" comme on dit. Rappelant - à raison - que tous les gouvernements successifs depuis 1981 avaient été systématiquement révoqués par le peuple souverain, sans doute pour une grande part parce qu'ils n'étaient pas parvenus à répondre au problème de l'emploi, Jacques Julliard souligna que même les premier ministres ayant obtenu de "bons résultats" sur le front du chômage, comme Lionel Jospin ou Dominique de Villepin, avaient subi ou s'apprêtaient à sûbir les foudres d'électeurs majoritairement enclins à sombrer dans la "démocratie du rejet". Cela démontrait, selon lui, que la peur du chômage avait chez les Français un caractère qui dépassait largement ce qu'aurait dicté la simple raison et qu'elle était, en vérité, tout à fait exagéré. D'ailleurs 90% des actifs n'ont-ils pas un emploi ? 

Avec ce type de raisonnement, on comprend mieux pourquoi Lionel Jospin , convaincu que la France allait mieux au sortir de son gouvernement, et quelques uns de ses supporters que furent notamment le Nouvel Obs ne virent pas arriver la défaite du 21 avril et ne l'ont sans doute jamais comprise.

Puisqu'il est visiblement au dessus des forces de notre honoré éditorialiste de sortir de son 6ème arrondissement - ce qu'on lui pardonnera en raison de son grand âge - on l'invitera néanmoins à consulter, confortablement assis devant son ordinateur, la réalité du sous emploi en France sur le site de l'association les Autres Chiffres du Chômage. Il pourra ainsi constater qu'entre temps partiels subis, dispensés de recherche d'emploi et autres chômeurs en formation, ce sont plus de 4 millions et demi de personnes qui subissent aujourd'hui le problème du sous emploi dans notre pays et ne parviennent pas à vivre dignement des fruits de leur travail.

Une réalité dont on éspère qu'elle est également enseignée à Sciences Po !

Fronde anti-élites à Sciences Po

medium_logogris.jpgJ'assistais la semaine dernière à un colloque organisé à Sciences Po par la Fonda sur le thème "Crise et renouveau du politique". L'assemblée était composée de prestigieux intervenants (Pascal Perrineau, Roland Cayrol, Michel Wievorska, Pierre Rosanvallon, Jean-Louis Debré, Patrick Braouzec et j'en passe ) philosophant sur cette grave question, comme c'est d'usage lors d'un tel colloque, devant un parterre de responsables associatifs et d'élus locaux pour la plupart ( moyenne d'âge : pas loin des 60 ans ). Un public pas particulièrement représentatif des masses laborieuses donc ni de l'auditeur de base de RTL vociférant à longueur d'antenne contre l'Etat obèse, les impôts qui nous étranglent ou ces bobos parisiens qui ne comprennent rien à la vraie vie.

Après une première table-ronde où l'on enfila, comme d'habitude, pas mal de perles mais qui réserva aussi quelques réflexions intéressantes, le directeur de la rédaction du Parisien qui animait le débat passe la parole au public.  Une première intervenante - la cinquantaine, sans doute féministe de toujours - s'émeut du non respect de la parité à la tribune. Elle n'a pas tort, d'autant que le public est composé majoritairement de femmes. Puis une maire-adjointe chargée de la vie associative en banlieue parisienne prend la parole et fait part de son expérience, de la difficulté qu'elle a pour répondre aux attentes concrètes de ses concitoyens, pour faire le tri entre les demandes souvent dictées par de simples intérêts particuliers et la nécessaire défense de l'intérêt général, pour expliquer aussi à ceux qui viennent la voir qu'une municipalité ne peut pas tout et que bien des responsabilités relèvent tantôt de l'Etat, du Département ou de la Région. Au bout de cinq minutes, le journaliste l'interrompt : a-t-elle une question ? Et là, c'est le début de la fronde. Non, répond notre maire-adjointe pas impressionnée pour un sou, elle n'a pas de question à poser à l'un des intervenants.  Et pourquoi donc devrait-elle à tout prix poser une question à cette docte assemblée ? En savent-ils d'ailleurs beaucoup plus qu'elle sur le sujet qui nous intéresse ? Ne sont-ils pas habités, comme elle, par le doute ? Pourquoi faudrait-il qu'elle se laisser imposer la configuration de la salle séparant "savants" et "apprenants " ? Le journaliste se braque et se récrie : pas de ce petit jeu avec lui et d'ailleurs quel crime y-a-t-il à demander si elle a une question ? Mais la maire-adjointe ne joue pas. Pas du tout. Elle s'offusque et y voit une preuve de machisme et de cette détestable habitude française de réserver le débat à ceux qui savent. Inutile d'aller plus loin. Elle se rassoit, silence gêné du journaliste, un mouvement traverse la salle.

Mieux que de longs discours, on vient, dans un moment de spontanéité et de réalité pures, d'assister en direct à l'illustration de ce dont on parle depuis le début de la journée : la coupure entre les Français et ceux qui les représentent, tous ceux qui ressemblent, de près ou de loin, à l'élite. Rien de bien nouveau sous le soleil me direz-vous ! Sauf que là, ces paroles ne sont pas sorties de la bouche d'un électeur lepéniste, d'un auditeur de RTL ou d'un pilier de comptoir ; elles ont été prononcées dans le cercle censé être éclairé d'un colloque à Sciences Po, école de l'élite politico-médiatique par excellence. C'est dire l'ampleur du fossé qui sépare désormais cette élité de la grande masse des citoyens. Il faudra plus que la simple dénonciation du populisme, comme le firent certains intervenants à la tribune, pour y remédier. Sans quoi, le pire pourrait sans doute advenir...

 
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