Avertir le modérateur

16 décembre 2007

Ségolène le retour

e6a1ef73e6e0b0b288a43d0490b9983f.jpgA l'occasion de la sortie de son ouvrage "Ma plus belle histoire c'est vous", Ségolène Royal a fait, ces dernières semaines, un retour autant orchestré que remarqué à la une des magazines, sur les plateaux de télévision et même sur la scène du théâtre du Rond-Point pour un débat organisé par le journal Le Monde.

Comme sans doute la plupart d'entre vous (et des journalistes ?), je n'ai pas lu le livre de Ségolène Royal dans son intégralité; j'ai pris seulement connaissance des larges extraits publiés dans la presse.

Même si le mélange entretenu par l'ancienne candidate socialiste entre analyse politique et confessions intimes (encore que celles ci soient très limitées) peut irriter, la démarche de Ségolène Royal était à la fois légitime et nécessaire. Légitime qu'après l'intense production litterraire le plus souvent à charge, l'ex candidate puisse faire directement entendre son point de vue. Nécessaire aussi pour essayer de tirer les leçons de cette nouvelle défaite.

A cet égard, Ségolène Royal fait ici preuve d'un certain courage et d'une certaine lucidité. Courage et lucidité qui ont, faut-il le rappeler ?, singulièrement manqué à un Lionel Jospin, toujours incapable à ce jour de faire une analyse juste des raisons de son échec.

On pourrait évidemment juger que l'ex candidate ne va pas assez loin dans l'analyse et la reconnaissance de ses propres erreurs ou insuffisances. Mais il serait tout aussi faux de considérer cet ouvrage comme un simple plaidoyer prodomo - ce qu'il n'est pas - ou une simple mise en accusation des éléphants du ps - ce qu'il n'est pas seulement. Certes, les passages sur les causes du succès du "système Sarkozy" sont sans doute plus convaincantes que celles sur les raisons de la défaite de la candidate socialiste. Mais l'autocritique est suffisamment rare en politique pour être appréciée à sa juste valeur.

Quoi qu'il en soit, l'ouvrage aura visiblement rempli l'essentiel de sa mission : replacer Ségolène Royal au coeur du débat politique à gauche. Une nécessité pour celle qui en restant fidèle à sa promesse de non cumul des mandats, s'est privée d'une utile tribune à l'Assemblée.

Reste, pour l'avenir, à trancher encore de nombreuses questions. La première est celle de son implication dans la vie interne du parti socialiste. Ségolène Royal veut-elle et doit-elle ou non en prendre la tête ? A ce stade, aucune réponse n'apparaît d'évidence. Y aller, c'est prendre le risque d'engager de façon prématurée le duel Royal / Delanoë  que les médias nous annoncent déjà comme inévitable. Un duel qui pourtant n'a pas grand sens puisqu'il ne reflète guère les clivages idéologiques existant au sein du parti socialiste et conduirait à des positionnements purement tactiques. Pari d'autant plus risqué qu'une majorité est loin d'être acquise à Ségolène Royal au sein du PS. Mais ne pas y aller c'est également prendre le risque d'être durablement marginalisée et, au final, écartée du leadership socialiste. A moins d'imaginer, comme le suggère notamment Arnaud Montebourg, une direction du PS clairement déconnectée de la candidature à la prochaine présidentielle, laquelle ferait l'objet d'une investiture sous la forme de "primaires" largement ouvertes aux militants et sympathisants de la gauche toute entière. Une hypothèse séduisante mais qui comporte un danger : celui de donner le sentiment d'un parti décidément incapable de trancher.

L'incapacité à trancher c'est bien ce qui paralyse le PS depuis de nombreuses années. C'est sans doute ce qui a privé Ségolène Royal d'une possible victoire. Car la candidate elle même a souvent semblé hésiter tout au long de la campagne entre donner des gages au parti et s'en affranchir complètement. Ceci au détriment de la clarté de son discours.

J'ai déjà dit ici qu'il était prématuré de refermer la "parenthèse Royal" comme la qualifient certains. A bien des égards, les premiers pas du président Sarkozy on validé les préventions émises par la candidate socialiste sur les risques de blocage que la méthode Sarkozy fait courir à terme à la société française. Sur la nécessité d'une véritable refondation de la démocratie sociale, sur la priorité à donner à l'éducation et à la recherche, sur l'exigence d'un Etat impartial et d'un ordre juste, sur la défense du pluralisme, les propositions avancées par l' ex candidate sont toujours d'une criante actualité. Encore faut-il qu'au delà des slogans et des intuitions justes, Ségolène Royal se montre capable, dans les mois à venir, de leur donner corps et crédibilité. On en est loin...

12 décembre 2007

Mitterrand revient ! (suite)

13b57084aa18a15e33caf2f90a213a3b.jpgDécidément, rien n'est simple. Ni avec François Mitterrand, ni avec le Net.  Voici que son retour à peine esquissé, la polémique sur le blog de François Mitterrand fait à nouveau rage.

En effet, pas plus tard qu'hier un nouveau blog posthume de l'ancien président a fait son apparition, toujours sur le site haut et fort. Seul petit changement : ce n'est plus François Mitterrand 2007 mais François Mitterrand 2008 ! Et celui-ci se révèle déjà particulièrement disert. 

Sauf que sitôt apparu ce nouveau blog est accusé par certains, dont l'éditeur Guy Birenbaum, de contrefaçon. Une polémique dont le site "original" semble d'ailleurs se faire l'écho dans son billet de ce jour.

Bref, François Mitterrand n'a pas fini de faire parler de lui ! 

Mitterrand revient !

d33288f23de35980613d2ae8c60d1572.jpgCe pourrait être un appel au secours, un peu moins de 12 ans après sa disparition... c'est juste une information. Oui, François Mitterrand revient ! Timidement, modestement, épisodiquement mais indéniablement, le voilà qui nous donne à nouveau des signes de vie.

Vous vous souvenez sans doute qu'au printemps dernier, à la faveur de la campagne électorale, un blog posthume de François Mitterrand, puis même un deuxième, avaient fleuris sur le Net. Jusqu'à ce qu'une polémique, parfaitement vaine au demeurant, ne forçât le seul président socialiste de la Vème République à s'en retourner dans l'autre monde (voir à ce sujet ma note du 10 juin 2007).

Et puis voici qu'incidemment on découvre de brefs messages sur le blog qu'on croyait définitivement fermé . Un premier, d'une ligne tout au plus, en septembre. Puis un deuxième, un peu plus long, en octobre. Et à nouveau deux en décembre.  Le voici même apparu sur le désormais célébre Facebook ! Ces messages de l'au delà sont-ils annonciateurs d'un retour de verve de notre regretté président ? On se prend à nouveau à esperer tout en hésitant encore à annoncer haut et fort la bonne nouvelle, des fois que le bruit médiatique ne le fasse fuir une nouvelle fois. Tant que les gardiens du temple médiatique - les Apathie, Duhamel, Fog et consort - n'ont pas encore réagi, l'espoir est permis.

C'est qu'il doit en avoir des choses à dire François Mitterrand face au spectacle donné depuis  six mois par le nouveau président (je n'arrive pas à dire notre nouveau président). Entre le barbecue partagé avec la famille Bush, la balade en jeep avec Poutine, les chaleureuses félicitations au président russe pour la victoire électorale de son parti, les courbettes indécentes faites à Kadhafi reçu en grandes pompes, le "travailler plus pour gagner plus" répété en boucle jusqu'à la nausée, la dénonciation de la "voyoucratie" en banlieue ou bien encore l'exhibition mondaine de Rachida Dati dans Paris Match, François Mitterrand ne doit guère reconnaître son vieux pays.

C'est dire si l'on attend ses commentaires avec impatience...

18 novembre 2007

Le PS : un Désert d'avenir ?

1aca1c6e318890d9890dbb3fbf0a5243.jpgDans l'abondante production éditoriale de ces dernières semaines consacrée à la défaite des socialistes à l'élection présidentielle, un ouvrage surnage : celui de Guillaume Bachelay, normalien de 33 ans qui vient de faire son entrée au bureau national du PS.

Son titre - Désert d'avenir ? Le Parti socialiste, 1983-2007 - pourrait laisser penser à un énième pamphlet destiné à démolir l'ancienne candidate socialiste. Rien de tout cela en vérité dans ce petit livre de 120 pages fort bien écrit et qui dresse un constat sans concession de l'évolution collective du PS depuis ces vingt-cinq dernières années.

Certes, l'auteur ne cache pas ses préférences. Il a été un proche collaborateur de Laurent Fabius à qui il n'a rien retiré de l'admiration et de la loyauté que lui inspire l'ancien premier ministre. Mais là où l'on pouvait s'attendre à un vulgaire réglement de compte, comme on en a vu tant d'autres ces dernières semaines, Guillaume Bachelay adopte le profil d'un historien engagé qui retisse les fils d'une défaite annoncée. Une défaite qui, selon lui, vient de loin. Paradoxalement, la démonstration de Bachelay, qui fut pourtant un des plus forts opposants à la candidature Royal au moment de l'investiture présidentielle, a le mérite de ne pas faire de la candidate socialiste le commode bouc émissaire d'une défaite avant tout collective. Les amateurs de bons mots en seront d'ailleurs pour leur frais : le "cas Royal" est presque évacué en deux pages sous la forme d'une série de questions qui si elles laissent planer peu de doute sur les sentiments de l'auteur à son égard évitent le brutal acte d'accusation.

Car le plus intéressant est ailleurs : dans la description méthodique d'un PS qui s'est de plus en plus éloigné de la défense des catégories populaires et qui, au nom du réalisme et de la culture de gouvernement, a peu à peu renoncé totalement à l'ambition de transformer la société en profondeur. Guillaume Bachelay décrit ainsi par le détail comment la "parenthèse" jamais refermée parce que jamais assumée et expliquée de la rigueur en 1983 a pesé durablement sur l'évolution du PS. Comment l'incapacité du PS à reformuler un projet de transformation sociale à l'aune de ces réalités économiques l'a transformé progressivement en parti gestionnaire plus intéressé par le "sociétal" que par le social.

Surtout, Bachelay démontre comment l'Europe a joué peu à peu le rôle de nouvel idéal ou d'utopie de substitution pour les socialistes. La construction européenne est ainsi devenue un objectif en soi, interdisant une vision socialiste du projet européen au risque de se couper un peu plus des catégories populaires pour lesquelles -de fait - la construction européenne était devenue de plus en plus un cheval de troie de la mondialisation libérale et non le moyen de la maîtriser.

Un éclairage qui prend tout son sens au moment où le PS prétend, avec son oui au traité de Lisbonne, refermer une autre "parenthèse" celle du non au référendum de 2005 !

11 novembre 2007

Europe : la faute de Hollande

medium_drapeaueuropeen.jpgLe piège tendu aux socialistes par Nicolas Sarkozy sur le nouveau traité européen était tellement gros qu'on les imaginait mal tomber en plein dedans.

Mais il faut croire qu'au PS rien ne se passe jamais normalement.

En se prononçant clairement, par 36 voix contre 20 et 2 abstentions (dont celle d'Arnaud Montebourg), en faveur du traité de Lisbonne, le bureau national du PS n'a pas seulement commis une erreur stratégique, il s'est fait l'auteur d'une véritable faute politique directement inspirée par son premier secrétaire.

Comment a-t-on pu en arriver là, c'est-à-dire à cette nouvelle marque de division entre socialistes sur la question européenne, alors que ces dernières semaines la direction nationale du PS, sous les auspices de son secrétaire national au projet européen Benoit Hamon, s'efforçait de trouver les voies d'un accord entre tenants et opposants au traité constitutionnel européen ?

Sans doute, hélàs, pour des raisons qui n'ont pas grand chose à voir avec le fond de l'affaire et qui ressortent de considérations plus tactiques qu'eminnement idéologiques.

De toute évidence, le Premier secrétaire du parti François Hollande a voulu profiter de la question pour démontrer sa capacité, si souvent mise en doute, de trancher et de prendre une position ferme. Puisqu'on l'accusait d'affadir le discours du PS dans la synthèse molle permanente, on allait voir ce qu'on allait voir ! D'où ce subit changement de pied stratégique.

Comme beaucoup d'autres, je suis le premier à dénoncer cette eau tiède qui tient lieu de discours au parti socialiste depuis de trop nombreuses années. Sauf que s'il y a bien un sujet sur lequel il était impératif de préserver l'unité et le rassemblement des socialistes, c'est celui de la construction européenne. Pour des considérations purement tactiques - en clair, renforcer son leadership sur le parti - François Hollande, dont le premier devoir de premier secrétaire est pourtant de veiller à ce rassemblement, a donc commis ce que je considère comme une lourde faute politique, à l'égard des militants socialistes et plus encore des électeurs de la gauche toute entière.

Qu'une majorité se dégage en faveur du traité de Lisbonne au sein du Bureau national n'a en soi rien de surprenant, ni même de choquant. Mais trancher une telle question ne pouvait, à mon sens, relever d'une telle instance, émanation partielle et donc forcément partiale d'un Conseil national lui même pas toujours représentatif de la diversité des militants. 

Comment empêcher que ce oui asséné en dehors de tout débat approfondi ne passe aux yeux des nombreux opposants au TCE comme, au mieux, une preuve de cécité et, au pire, comme une volonté de revanche ? Surtout quand tout ceci s'opère en totale contradiction avec l'engagement fait pendant la campagne présidentielle de soumettre à nouveau cette question à référendum. Que certains camarades socialistes n'y voient qu'une question de forme en dit long sur la contamination antidémocratique des institutions de la Vème République au sein même du parti socialiste. Puisque le président de la République en a décidé ainsi, alors il faudrait se plier à la volonté du prince !

On voudrait convaincre un peu plus les citoyens que la construction européenne se fait sans eux, voire contre eux, que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Voilà en tous cas qui ne risque pas de réconcilier les Français avec le projet européen.

Car sur le fond, le pseudo "traité simplifié" qui n'a en réalité rien de simplifié, ne répond en rien aux défis que doit affronter notre continent ni aux exigences de la construction d'une Europe politique. L'union à 27 demeure largement ingouvernable. Les possibilités de coopérations renforcées ne sont pas rendues plus aisées. Et malgré les promesses de campagne de Nicolas Sarkozy, la Banque Centrale Européenne continuera à sévir sans aucun contôle démocratique.

Tout ceci, aucun socialiste sincère ne le nie. Alors pourquoi diable sembler aujourd'hui approuver sans réserve le tour de passe passe du président de la République quand chacun sait que tous les grands problèmes de l'Europe (gouvernance, politique monétaire et économique, protection extérieure...) sont devant nous ? Quelle crédibilité aurons nous désormais dès lors qu'il s'agira de critiquer des mesures gouvernementales largement justifiées par l'Union.

C'est un peu comme si l'on reconnaissait qu'entre la gauche et la droite il n'y a pas de différence en matière de construction européenne. Comme si on justifiait la politique d'ouverture du gouvernement Sarkozy et sa théorie fumeuse du rassemblement des talents.

Et bien non, n'en déplaise à certains, il y a bien une vision de gauche et une vision de droite du projet européen. Or, qui d'autre que le parti socialiste peut porter, contre vents et marées, cette exigence d'une réorientation du projet européen ? Abandonner ou donner le sentiment d'abandonner cette exigence sur un sujet aussi majeur c'est condamner les socialistes à rester sans voix. C'est renoncer à porter les espoirs de changement de ces millions de Français qui sont les victimes directes de cette mondialisation que certains prétendent heureuse.

Avec ce nouveau traité, François Hollande avait l'occasion de prouver la volonté maintes fois exprimée de réconcilier définitivement les tenants du oui et du non au référendum constitutionnel. En jetant par dessus bord cette exigence, ce dont Benoit Hamon a fait directement les frais, le premier secrétaire du PS montre une fois de plus qu'il n'est pas à la hauteur des enjeux et qu'il est davantage préoccupé par des visées tactiques que par l'intérêt supérieur des socialistes. Ce oui, clairement affiché et qui résonne comme une claque faite à tous les partisans du non au TCE, est d'autant plus absurde que les parlementaires conserveront au final leur liberté de vote lors du Congrès qui devrait se réunir prochainement.

"Une page est définitivement tournée" a cru se féliciter François Hollande au sortir de ce vote. Comme si on pouvait trancher une question aussi importante, aussi cruciale pour l'avenir de notre pays, sur un coin de table entre 50 éminences grises du parti. Désolé, cher François, mais la page n'est pas tournée. Il faudra bien y revenir, par exemple lors du prochain Congrès...

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu