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16 juin 2007

De bien belles chansons d'amour

medium_chansons_d_amour.jpgProfitez de ce week end qu'on nous annonce pluvieux et sans finale à Roland Garros, pour aller voir au cinéma "Les chansons d'amour", comédie musicale de Christophe Honoré, sélectionnée au dernier festival de Cannes.

Quand on parle de "comédie musicale", on songe tout de suite à Demy et à ses inoubliables "Demoiselles de Rochefort" ou "Parapluies de Cherbourg". Honoré ne démentirait sans doute pas l'illustre parenté mais on est assez loin en réalité du mélange de gaité, de légereté et de gravité qui faisait les films de Demy. Peut-être aussi parce que Demy faisait d'abord dans la simplicité et dans le quotidien quand Honoré réalise un film plus recherché et plus intello. 

Soyons franc : le premier quart d'heure on craint le pire car Honoré n'évite pas les clichés furieusement bobos et le discours un brin trop appuyé. La scène où les trois amants partagent le même lit en lisant chacun un ouvrage des éditions de l'Olivier (éditeur d'Honoré) est un modèle du genre... et autant dire qu'elle agace prodigieusement.

Et puis progressivement le charme opère. D'abord et avant tout grace au formidable jeu des acteurs. On pense bien sûr au très bon Louis Garrel (ce film marque incontestablement un tournant dans sa carrière), à la toujours charmante et fraîche Ludivine sagnier ou bien encore à la toujours attachante Brigitte Rouän. Même Chiara Mastroiani, que je ne goute guère d'habitude, a pris une réelle densité dans son rôle de grande soeur grave qui ne parvient pas à assumer la douleur de la perte.

Honoré filme tout ce petit monde avec une certaine grâce, usant sans en abuser de quelques originales figures de style. Il se plaît surtout à revisiter Paris en véritable amoureux de la capitale. Demy ne désavouerait sans doute pas l'exercice ! 

18 mars 2007

"Music hall 56" au cdn de montreuil

medium_musichall56.jpgA voir, jusqu'au 31 mars, au Centre dramatique national de Montreuil, une pièce indéite en France du dramaturge anglais John Osborne : "Music hall 56". Sur fond de guerre de Suez, les douleurs et les errements d'une famille d'artistes plus ou moins déjantés.

Allez y ne serait-ce que pour les comédiens qui sont absolument excellents. Vous découvrirez un univers tragi-comique tout à fait singulier aux etranges résonances avec l'actualité nationale et internationale. Le tout au rythme réjouissant du music hall.

17 mars 2007

"Les Témoins" ou le miracle de la vie

medium_lestémoins.jpgAvec "Les Témoins", André Téchiné réalise sans doute son plus beau film depuis "Les roseaux sauvages".  Un film dense, profond, parfois dur mais où s'exprime à chaque instant le souffle de la vie et de la liberté.

Témoins de quoi au fait ? De l'arrivée du SIDA au milieu des années 80, de la précarité de nos existences, de la fragilité et de la versatilité de nos amours, de l'urgence qu'il y a, malgré tout, à vivre pleinement, passionnément sa vie.

Comme il sait si bien le faire, Téchiné filme avec bonheur et sensualité cette nature qu'il aime tant : les rayons du soleil au temps de l'insouciance; le frisson imperceptible du vent dans les prés annonciateur du pire; la solitude enneigée du deuil. Téchiné excelle dans ces petits riens, ces signes qui disent tant sur la vérité des personnages et l'incertitude de leur destin : un hélicoptère qui déchire le ciel juste avant que Medhi ne succombe aux charmes de Manu comme un coup de tonnerre dans un ciel radieux annonciateur de l'orage ; un autre hélico qui s'envole vers le ciel porter secours et - peut-être - sauver une vie ; un ciel tumultueux où les nuages dessinent un avenir incertain, entre joie et peine, espoir et renoncement.

Et puis il y a partout le rouge de la passion : la passion amoureuse, la passion créatrice ; le rouge du sang aussi où s'est instilé la mort peut-être. Jamais Téchiné ne sombre dans le pathos, dans la commémoration ou le documentaire. Tous les acteurs sont prodigieux de justesse et de sensibilité. Tous illustrent à leur façon cette formidable leçon de vie. Du grand, du très grand Téchiné !

10 mars 2007

Polnareff ou la nostalgie des seventies

medium_polnareff.jpgDonc, il est revenu. 10 concerts complets à Bercy et puis dans toute la France. 10 Bercy ça fait du monde :  environ 100 000 personnes pour écouter celui qui avait déserté la scène depuis plus de 30 ans. C'est en soi un événement. On avait tellement déblatéré sur son compte, ce pauvre Polnareff ; tellement dit qu'il ne reviendrait jamais, qu'il avait perdu toute inspiration, toute énergie. Et bien non, il est là et affiche complet... qui peut en dire autant ?

Alors, comme tant d'autres, je me suis pressé ce vendredi soir pour découvrir sur scène celui que je n'ai jamais connu que comme un exilé. Dans la salle comble, un public populaire et familial, des parents, des grands parents, des trentenaires mais pratiquement pas un black ou un arabe. Sentiment étrange et diffus d'une grande homogénéité sociale, à travers les âges.

Et puis voilà qu'apparaît l'icone - comment le qualifier autrement ? - dans un décor où trone la célèbre paire de lunettes blanches. Une certaine fébrilité s'est emparée de la sallle : va-t-on le retrouver tel qu'on l'aime depuis tant d'années notre Polnareff ou le poids des ans aura-t-il fait son oeuvre ? Au premier titre, on s'inquiète un peu et puis très vite notre Michel national retrouve sa voix inimitable et ses envolées dans les aigües. Ouf, on est soulagé ! Les titres s'enchainent et le charme opère grâce à une scénographie suffisamment économe en effets pour ne pas tirer la couverture à elle mais mettre en valeur l'univers de chaque chanson.  Polnareff n'est jamais aussi bon que lorqu'il se retrouve au piano pour ses titres phares comme Good bye Marylou. La salle communie, sans excès, comme s'il elle retrouvait une vieille connaissance avec une émotion contenue.

Alors, on songe que c'est peut-être cela le succès du come-back de Michel Polnareff : un public de "français moyens" venus retrouver une petite parcelle d'un paradis perdu, celui de la France des années d'avant la crise, où la légereté et la provocation avaient encore un sens, où le chômage, la précarité et le sida n'avaient pas encore complètement obscurci l'horizon. Un public venu renouer, l'espace d'un concert, avec ses souvenirs et tenter de se convaincre que malgré les années qui passent, il n'a pas tant vieilli. La preuve, Polnareff, lui, est toujours là ! Après tout, à la veille de tourner définitivement la page des seventies avec la retraite de Chirac et alors que dehors la mondialisation menace, voilà quelque chose de rassurant.

26 février 2007

La vie des autres : un oscar mérité

medium_laviedesautres.jpg1984, en Allemagne de l'Est. Dans moins de cinq ans, avec le mur de Berlin c'est tout un monde qui s'effondrera. En attendant, le système de surveillance mis en place par le régime communiste bat son plein. Dans ce pays d'un peu plus de 16 millions d'habitants qui vit comme séparé du monde, c'est jusqu'à 100 000 personnes qui ont appartenu à la Stasi et 300 000 autres qui y ont collaboré en tant qu'informateur.

Le réalisateur allemand Florian Henckel von Donnersmarck décrit, sur un mode à la fois intimiste et didactique, la mécanique de précision d'un système totalitaire qui broit les individus et fait de chacun à la fois une victime et un acteur du système. Un propos parfaitement illustré par la mise en image d'une RDA livide, glacée et oppressante où tout le monde - même les puissants - semble avoir perdu le goût de vivre et le sens réel de la vie ; où à force d'épier chacun la vie des autres, tout le monde semble réduit à voir échapper la sienne.  

Sauf que... au centre de cette mécanique apparemment sans défaut subsistent des hommes avec leur part d'ombre, leur lâcheté, leur obéissance mais aussi leur conscience, leur humanité et leur bonté qui viendra dérégler la mécanique.

Depuis quelques années, le cinéma allemand nous a habitué à revisiter avec beaucoup de profondeur et de sensibilité les pages les plus sombres de son histoire que ce soit avec La chute sur les derniers moments d'Hitler ou, dans un registre plus léger, avec Good Bye Lenine sur la fin de la RDA. La qualité de La vie des autres c'est qu'il ne tombe pas dans les travers de la pure dénonciation politique, avec ses méchants et ses gentils, ou dans la tentation du film historique si souvent pesant. Pourtant avec cette histoire singulière, le réalisateur parvient de façon très subtile à nous montrer à la fois comment un régime comme celui de la RDA a pu subsister, au coeur de l'Europe, pendant plus de 40 ans, et comment, à force d'etouffer tout espoir chez son peuple, il a conduit à sa propre perte.

Instructif et édifiant !

La vie des autres vient par ailleurs d'obtenir l'oscar du meilleur film en langue étrangère.

 
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