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22 septembre 2007

Immigration : le scandale derrière le scandale

medium_hortefeux.jpgLe projet de loi sur l'immigration - le 4ème en 4 ans - adopté cette semaine par l'Assemblée nationale a fait couler beaucoup d'encre.

La possibilité de recourir à des tests ADN pour prouver la bonne foi des candidats au regroupement familial a légitimement concentré les critiques et suscité une vague d'ingignation jusque dans les rangs du gouvernement. Mais si, en se focalisant sur cette mesure en effet parfaitement scandaleuse, issue d'un amendement parlementaire, l'essentiel de ce projet de loi était passé inaperçu ?

La polémique née de l'amendement Mariani est évidemment justifiée. La faculté de recourir à des tests ADN pour prouver les liens de parenté des travailleurs immigrés sollicitant le regroupement familial,  outre qu'elle tend une fois de plus à désigner les immigrés comme des fraudeurs et des délinquants potentiels, crée surtout un dangereux précédent, en contradiction même avec la loi française de bioéthique. Dès lors que le recours à des tests ADN est autorisé pour ce type de procédure, plus rien n'interdira son extension progressive à tous les domaines de la vie. C'est la porte ouverte à tous les excès : assureurs s'inquiétant des riques génétiques de leurs clients, employeur vérifiant les aptitudes de son salarié etc...

Mais un scandale peut en cacher un autre. En l'occurence, le fond même de ce projet de loi qui vise, selon le fameux précepte scandé par Nicolas Sarkozy pendant toute la campagne présidentielle et mis en oeuvre par son fidèle Brice Hortefeux, à réduire "l'immigration subie" (c'est-à-dire issue du regroupement familial) pour promouvoir "l'immigration choisie" (c'est-à-dire une immigration du travail).

Comme tous les slogans de campagne de Nicolas Sarkozy, celui-ci a le mérite de la simplicité. Présentée ainsi, la situation paraît pleine de bon sens. Le clin d'oeil à l'électorat frontiste, soucieux de restreindre l'immigration en France, est évident.  Mais derrière le slogan, existe une réalité plus prosaïque qui paradoxalement ne devrait guère satisfaire ceux qui militent pour une restriction de l'immigration.

On a largement détaillé la première partie du projet de loi qui vise à poser des conditions plus strictes au regroupement familial : maîtrise de la langue française, conditions d'hébergement, niveau de revenu etc... Mais on a beaucoup moins évoqué le second volet de ce projet : la création d'un nouveau titre de séjour intitulé "compétence et talents" qui permettra d'autoriser la venue chaque année d'un certain nombre de travailleurs étrangers dans les secteurs d'activité en mal de main d'oeuvre; secteurs définis en fonction des besoins des branches professionnelles, c'est-à-dire du patronat.

En clair, trente trois ans après sa suppression officielle par Valéry Giscard d'Estaing, Nicolas Sarkozy réinstitue l'immigration du travail en France, alors même que notre pays compte encore plus de deux millions de chômeurs. On nous explique qu'il s'agit de répondre aux besoins de toute une série de secteurs d'activité (restauration, bâtiment...) où l'on peine à recruter, sans s'interroger sur les véritables raisons de ces difficultés de recrutement et les moyens d'y répondre (amélioration des conditions de travail et des rémunérations, effort de formation...). Fidèle à la fameuse théorie de l'armée de réserve du capitalisme, le gouvernement va ainsi au devant des désirs du patronat, contredisant ainsi lui même dans les faits son discours de fermeté sur le sujet.

Fausse bonne idée, "l'immigration choisie", qui n'est rien d'autre qu'une politique des quotas, va donc réussir l'exploit tout à la fois de piller les cerveaux et les compétences des pays sous développés qui seraient plus utiles dans leur propre pays et d'empêcher toute amélioration des conditions de travail en France dans les secteurs d'activité les plus difficiles.

En y regardant de plus près, cet énième projet de loi ne répondra donc ni au droit légitime pour un pays de maîtriser son immigration, ni au souci d'améliorer la situation économique et sociale des travailleurs français !

15 septembre 2007

Bertrand Delanoë : le sauveur du PS ?

medium_bertranddelanoe.jpgAvec, dans une moindre mesure, Manuel Valls, Bertrand Delanoë est, sans conteste, la révélation socialiste de l'après présidentielle. Surfant sur le lancement tambour battant de Velib et sur sa prestation remarquée à l'université d'été du PS à la Rochelle, le maire de Paris, candidat à sa propre succession, ne cache plus sa volonté de peser dans l'avenir de sa formation politique. Il réunira d'ailleurs ses troupes demain pour une journée de réflexion dont il assurera la conclusion.

Consécration suprème : on apprenait cette semaine qu'il figure désormais en tête des sondages de popularité parmi tous les hommes politiques français, devant Bernard Kouchner ou Jean-Louis Borloo et loin devant Ségolène Royal.

Alors, le parti socialiste aurait-il enfin trouvé ce leader qui lui fait si cruellement défaut pour partir à la reconquête des électeurs ? Il est evidemment encore trop tôt pour le dire. D'autant que la subite montée en puissance de Bertrand Delanoë n'est pas sans susciter un certain nombre d'interrogations.

A l'évidence, l'homme a de grandes qualités. Ignoré, voire méprisé par les siens il a su arrarcher la capitale à la droite en 2001 et a toute les chances de se faire réélire en mars prochain. C'est un bourreau de travail, toujours présent sur le terrain, ne laissant jamais rien au hasard, doté d'un sens aigü de la communication, à la fois habile et tenace, doté en outre d'un solide carnet d'adresse, ce qui peut toujours servir. Son style fait de modestie affichée, d'écoute, de modernité et de volontarisme en fait un alliage d'une vraie efficacité. Toutes ces qualités développées dans l'exercice de son mandat municipal en font-il pour autant un bon leader pour le PS ?

Soyons clair : Bertrand Delanoë jouera, à l'évidence, un rôle essentiel dans la reconstruction du parti socialiste. Le PS serait d'ailleurs stupide de se priver de l'apport d'un des rares éléphants dont l'image ne soit pas ternie aux yeux de l'opinion. Toutefois, comme l'a dit récemment Arnaud Montebourg, "Paris n'est pas la France". Le potentiel que représente Bertrand Delanoë ne doit en effet pas cacher les écueils que pourrait représenter la montée en première ligne du maire de Paris.

Qu'on le veuille ou non, l'homme est associé à la "boboisation" du parti. Or le défi pour le parti socialiste est d'abord de regagner la confiance des milieux populaires, des ouvriers, des employés, de tous ceux qui vivent loin des grandes agglomérations et des centres villes. Electorat que Ségolène Royal a contribué à ramener à gauche en mai dernier, dans des proportions malheureusement insuffisantes. Bertrand Delanoë lui même est conscient du danger de se laisser enfermer dans cette image de représentant des bobos, lui qui n'a de cesse de rappeler les efforts substanciels accomplis par sa majorité municipale en matière de logement social, de lutte contre l'habitat insalubre ou d'accueil pour la petite enfance. Rien ne serait pire pour lui que de devenir un nouveau Jack Lang dont seules "Paris plage" ou la "Nuit blanche" seraient mises à son crédit.

Quant à la subite popularité dont il dispose, chacun mesure bien ce qu'elle a d'en partie artificielle, se contentant de faire écho au ramdam médiatique de ces dernières semaines et au succès de Velib. Et puis une excellente cote de popularité n'a jamais garanti le succès électoral. Simone Veil, Bernard Kouchner ou Edouard Balladur en savent quelque chose. Après l'épisode Ségolène Royal, les socialistes devraient par ailleurs savoir qu'il est périlleux de se fier aux sondages pour construire des stratégies politiques !

S'il veut affirmer sa place au sein du PS, Bertrand Delanoë devra en outre démontrer sa capacité à élargir son camp bien au delà des fidèles jospinistes. Dans un parti balkanisé, les clefs de la direction iront à celui ou à celle qui saura reconstituer une véritable majorité apte à gouverner le PS. Malgré l'apport des partisans de Martine Aubry et d'une partie des Strauss-Kahniens, la tache est loin d'être acquise. Pour y parvenir, Bertrand Delanoë devra démontrer qu'il est capable d'offir non seulement aux militants mais surtout aux électeurs de gauche un discours structuré qui soit à la fois en prise avec le réel et capable de renouveler l'idéal socialiste. Or, pour le moment, on a guère entendu dans sa bouche d'élément réellement nouveau et mobilisateur. Le soutien affiché de Lionel Jospin à son égard aurait d'ailleurs plutôt tendance à inquiéter. Le risque existe de privilégier une fois de plus le "sociétal" sur le social ou de s'enfermer dans un discours abstrait sur les valeurs qui aurait toute les chances de faire les beaux jours du Sarkozysme. Le fait que Nicolas Sarkozy semble vouloir faire de Bertand Delanoë son principal opposant devrait d'ailleurs nous interroger.

Enfin, si Bertrand Delanoë devait prendre la tête du PS à l'issue du prochain congrès de l'automne prochain, en deviendrait-il automatiquement le candidat naturel du parti à l'élection présidentielle ? Si c'est le cas, une question ne manquera pas d'être posée, même si elle peut apparaître politiquement non correcte : les Français sont-ils prêts à élire un homo comme président de la République ? Quand on voit les propos injurieux et les coups bas dont fut l'objet Ségolène Royal au simple motif que c'était une femme, on peut hélàs sérieusement en douter !

20 juillet 2007

Institutions : vers une réforme "sarko-compatible"

medium_institutions.jpgEnfin !, serait-on tenté de dire spontanément. Après des années de constat des carences de la Vè République, voilà qu'on se décide à prendre à bras le corps la réforme de nos institutions. On devrait donc se réjouir que s'ouvre enfin un vrai et profond débat sur cette question essentielle puisqu'elle est au coeur du fonctionnement de notre démocratie et du lien entre les citoyens et leurs représentants politiques.

Sauf que les premiers pas de la commission de réflexion installée mercredi dernier par Nicolas Sarkozy suscitent davantage de réserves qu'un franc enthousiasme. Si l'on considère que les conditions d'élaboration d'une constitution ou d'une réforme institutionnelle en disent souvent plus long sur l'esprit de cette réforme que ses conclusions, alors il est à craindre que le processus engagé par le nouveau président de la République ne soit pas à la hauteur des enjeux.

Le problème n'est evidemment pas, comme feignent de le croire certains observateurs, dans la participation de personnalités "d'ouverture" à cette commission mais bien l'existence même de cette instance. Lorsqu'on prétend vouloir réhabiliter la place du Parlement - qui en a hélàs bien besoin - on devrait commencer par lui faire jouer un rôle éminent dans ce projet de réforme. Au lieu de quoi, au nom du simple bon vouloir du président de la République, on constitue un énième comité théodule composé de membres parfaitement honorables au demeurant mais qui ne représentent qu'eux mêmes ! Voilà déjà une singulière conception du débat démocratique qui devrait animer une question aussi centrale que celle des règles du jeu de notre vie politique. Comment prétendre batir une "République irréprochable" quand on contourne ainsi l'instance détentrice par essence de la souveraineté populaire ?  Que l'on constitue une grande commission  ouverte, aux côtés de parlementaires, à des représentants des formations politiques non représentées au Parlement et à des personnalités qualifiées n'aurait rien de choquant. Ce qui l'est en revanche c'est qu'en soient exclus par principe députés et sénateurs.  On rétorquera que ce sont ces derniers qui auront de toute façon le dernier mot puisque la réforme constitutionnelle devrait être soumise à l'approbation du Parlement réuni en Congrès, ce qui nécessitera de rassembler une majorité de 3/5ème des parlementaires. Certes. Mais comment nier que les grandes lignes de ce projet de réforme seront définies en fonction des conclusions de cette commission et qu'il sera difficile, voire impossible, d'aller dans un sens diamétralement opposé ? Sauf à considérer que la dite commission ne soit là que pour amuser la galerie ce qui n'est pas sérieusement envisageable compte tenu de la qualité de ses membres.

Il y a donc là tous les germes d'un grave vice de fabrication. Mais ce n'est pas tout. Ce qui est sans doute plus inquiétant, c'est la feuille de route dressée par Nicolas Sarkozy à la dite commission. Celui-ci y décrit ce qu'il souhaiterait, par exemple pouvoir intervenir une fois par an devant l'Assemblée nationale, mais aussi ce à quoi il n'est pas favorable, comme la suppression de l'article 49-3, de l'article 16 ou du droit de dissolution. De sorte que la marge de manoeuvre des membres de la commission risque d'être fort étroite.

En philigranne apparaît la véritable philosophie de la réforme souhaitée par Nicolas Sarkozy : consacrer et même renforcer la présidentialisation du régime sans en accepter les nécessaires et fortes contreparties que justifierait ce renforcement du pouvoir présidentiel.  Certes, Nicolas Sarkozy est prêt à abandonner son pouvoir discrétionnaire en ce qui concerne la nomination d'un certain nombre de hauts responsables publics  ou membres d'instances comme le CSA ou le Conseil constitutionnel , ce qui constitue en soit un progrès. Mais pas question dans son esprit de revenir pour l'essentiel sur les principes du "parlementarisme rationnalisé", véritables instruments de musellement du Parlement. Soyons clairs : celui-ci ne retrouvera son poids et sa dignité que s'il retrouve la pleine maîtrise de son ordre de jour, si ses moyens d'investigation et de contrôle de l'action du gouvernement sont considérablement augmentés, si les procédures de vote bloqués sont supprimées.

Nicolas Sarkozy a annoncé clairement la couleur : il n'est pas favorable au passage à une 6ème République. Peu importe en vérité. Je ne suis pour ma part pas un fétichiste des chiffres. Seul compte le véritable rééquilibrage de nos institutions pour les rendre plus démocratiques. Pour y parvenir, il ne suffira pas d'un simple toilettage ou de mesures purement symboliques. Même si on nous serine quotidiennement avec la désormais inéluctable suprématie du "fait présidentiel", je persiste à dire que dans un pays centralisé comme le nôtre où les contre-pouvoirs et la culture du compromis démocratique sont quasi inexistants, la présidentialisation du régime, qui n'est rien d'autre qu'une personnalisation du régime, est lourde de dangers potentiels pour l'avenir. Si la période qui s'ouvre n'est pas mise à profit pour renforcer réellement les pouvoirs du Parlement, notamment en instaurant un strict non cumul des mandats, y compris dans le temps, pour favoriser l'émergence de véritables contre-pouvoirs (CSA, CSM, Conseil constitutionnel réformés...), réformer de fond en comble le Sénat (par exemple le transformer en chambre des opinions élue à la proportionnelle intégrale), ou pour créer enfin un véritable statut de l'élu seul capable de diversifier l'origine socio-professionnelle des représentants, alors les mêmes causes produiront tôt ou tard les mêmes effets : un pouvoir qui à force d'être absolu devient excessif et/ou inefficace.

Autant dire qu'il va nous falloir demeurer extrêmement vigilants dans les semaines et mois à venir. 

09 juillet 2007

Vive l'ouverture !

medium_bockel.jpgIl paraît que ces temps ci les hauts responsables du Parti Socialiste s'inquiètent sérieusement de la stratégie d'ouverture à gauche initiée, depuis son élection, par Nicolas Sarkozy. Les hiérarques du parti n'avaient pas eu de mots assez durs pour vilipender les actes de débauchage et de traitrise que constituaient la nomination d'un Besson, d'un Kouchner ou d'un Bockel au gouvernement. Voilà même que Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, met en garde par avance Jack Lang dont on murmure qu'il serait tenté de rejoindre une commission chargée de réformer nos institutions. Et jusqu'au bras droit de DSK, notre d'habitude si flegmatique Jean-Christophe Cambadélis de s'inquiéter au cours, du dernier bureau national d'une telle hemoragie, et d'en appeler à une réaction concertée de ses camarades socialistes et du parti dans son ensemble.

Et si paradoxalement cette stratégie d'ouverture, tant décriée, pouvait rendre service au PS ? Absurde ? Pas si sûr.

On comprend bien quelles sont les intentions de Nicolas Sarkozy lorsqu'il engage une telle stratégie. D'abord donner tort à tous ceux qui le décrivent comme l'homme d'un clan, représentant d'une droite dure et intolérante. Ensuite semer le désarroi au PS, aviver ses tensions internes. Enfin, occuper à lui seul un très large spectre du champ politique.

Tout cela crée à l'évidence des effets, rendant notamment plus difficile pour la gauche la façon d'appréhender son rôle d'opposant. Cela peut même sembler de bonne stratégie au moins à court terme. Mais à court terme seulement. Car il n'est pas certain que cette stratégie soit finalement si payante pour son inspirateur.

D'abord parce qu'elle a le désavantage de contrarier un bon nombre d'elus et de responsables UMP qui sont littéralement ulcérés de voir ainsi promus ceux qu'ils ont combattu pendant tant d'années et qu'ils continuent souvent à combattre localement. Nicolas Sarkozy a beau traiter ces réactions par le mépris, elles risquent de laisser des traces et de raviver des tensions à droite; surtout lorsque la sarkomania s'érodera et que les premières vraies difficultés gouvernementales feront leur apparition.

Ensuite parce que cette stratégie est loin d'être comprise par une majorité du "peuple de droite". Celui-ci avait enfin trouvé son champion en la personne de Nicolas Sarkozy, l'homme de la rupture et de la droite "decomplexée" et que voit-il réapparaître ? Le banc et l'arrière banc des mitterandolatres tant honnis, la bien pensance généreuse d'un Kouchner, les paillettes d'un Lang ou bien encore le politiquement correct d'un Védrine. Tout ça pour ça ? Il suffit d'écouter un quart d'heure "les auditeurs ont la parole" sur RTL pour se rendre compte que cette stratégie passe mal, très mal auprès de l'électorat de droite qui ne sait décidément plus à quel saint se vouer. Et que croyez vous que pense le million d'électeurs frontistes qui ont rejoint le flambeau de Nicolas Sarkozy de telles nominations ? J'en connais qui doivent sans doute déjà se sentir une nouvelle fois trahis !

Enfin parce que passé les quelques semaines de bazar, le PS pourrait finalement trouver profit au départ de certains de ses plus illustres leaders vers la droite. Ceux qui ont franchi le rubicon savaient qu'ils n'avaient plus guère espoir, compte tenu de leur âge ou de leur position dans le parti, de revenir au pouvoir. Ils ont donc saisi l'opportunité qui leur était offerte par Nicolas Sarkozy. Cela d'autant plus aisément que la plupart d'entre eux ne cachaient pas en privé leur admiration pour le nouveau président de la République, ni leur approbation de l'essentiel de son programme. Si cette fuite des "cerveaux" permet au PS au recouvrer un peu de cohérence intellectuelle et ouvre la voie à une nouvelle génération de responsables, qui s'en plaindra ? Nicolas Sarkozy aura finalement rendu un grand service à tous ceux qui aspirent enfin à une véritable rénovation du PS.

Alors, oui, vive l'ouverture !

 

01 juillet 2007

Sarkozy fait main basse sur l'avenir de l'Ile-de-France

medium_sdrif.jpgD'un abord plutôt rébarbatif, le sujet n'est pas du genre à faire la une des journaux ou à passionner les foules. Pourtant, la révision du Schéma directeur de la région Ile-de-France (SDRIF) est tout sauf un dossier technique. C'est même l'avenir et le visage de la région capitale pour les vingt prochaines années qui doit se dessiner avec ce nouveau document d'urbanisme. Autant dire que l'enjeu est essentiel et que les choix opérés à l'occasion de la révision de ce schéma auront des conséquences directes sur la vie quotidienne des 12 millions de Franciliens.

Or, novation notable, pour la première fois depuis l'existence d'un schéma d'aménagement de la région parisienne, ce n'est plus l'Etat qui est chargé de mener la procédure de son élaboration mais le Conseil régional lui même. Une décision somme toute cohérente 25 ans après les débuts de la décentralisation mais pour autant loin d'être évidente compte tenu des enjeux considérables que représente l'aménagement d'une région aussi peuplée et aussi puissante économiquement que l'Ile-de-France.

Le Conseil régional a donc engagé il y a environ deux ans un long processus de concertation associant toutes les collectivités locales concernées mais aussi les chambres consulaires, les associations d'usagers et de défense de l'environnement ainsi que des citoyens. Un processus plutôt révolutionnaire quant on sait que les précédents schémas avaient été rédigés dans le secret de quelque cabinet ministériel et presque aussitôt imposés aux collectivités locales. A tel point que les élus régionaux avaient refusé d'adopter le précédent schéma datant de 1994.

Après des mois de discussions et de rencontres, le Conseil régional a donc adopté en mars dernier un projet de nouveau SDRIF qui s'articule autour de quelques objectifs phares : construire 60 000 nouveaux logements par an dont un tiers de logements sociaux pour résorber la grave crise de l'habitat que connaît aujourd'hui l'Ile-de-France ; privilégier les constructions de logement ou d'activités autour des zones déjà urbanisées et bien desservies en transports en commun afin de limiter l'extension continue de l'urbanisation coûteuse tant sur le plan social, économique qu'écologique ; rééquilibrer le développement économique de la Région en faveur de l'Est francilien ; améliorer les transports en commun plutôt que de développer de nouvelles infrastructures routières et enfin protéger les espaces naturels et agricoles existants.

Selon la procédure prévue, les 8 départements qui composent l'Ile-de-France doivent maintenant se prononcer sur ce schéma avant que ne s'engage une enquête publique au cours de laquelle chaque citoyen pourra s'exprimer.

Mais, patatras, voilà qu'à l'occasion d'un déplacement à Roissy pour l'inauguration d'un nouveau terminal de l'aéroport Charles-de-Gaulle, Nicolas Sarkozy s'invite inopinément dans le débat et annonce la réunion d'un conseil interministeriel sur l'avenir de l'Ile-de-France fin 2008, faisant ainsi fi de tout le travail mené depuis 2 ans par l'exécutif régional.

Que l'Etat ait son mot à dire dans l'avenir de l'Ile-de-France, rien de plus normal. Le Préfet de région a d'ailleurs été associé, tout au long de ces deux dernières années, à la procédure et il n'a pas hésité à faire entendre sa voix, parfois divergente. Au final, l'adoption du SDRIF passe forcément par un accord avec l'Etat puisque c'est ce dernier qui lui donnera "force de loi" via un décret.

Toute autre est la démarche dans laquelle semble engager le nouveau président de la République et ancien président du Conseil général des Hauts-de-Seine. Difficile, en effet, de ne pas y voir un véritable bras de fer engagé avec la majorité de gauche du Conseil régional à quelques mois des élections municipales et cantonales. Il y a certes des divergences de fond entre la droite et la gauche sur l'aménagement futur de la Région. Ainsi, la gauche s'oppose au projet de densification de la Défense qui fait une fois de plus la part belle à l'Ouest parisien en matière de développement économique quand il est urgent de mettre enfin en oeuvre l'indispensable rééquilibrage en faveur de l'Est francilien. La gauche refuse également le projet pharaonique cher à Nicolas Sarkozy d'enterrer la RN 13 qui relie, au coeur de Neuilly-sur-Seine, la porte Maillot à la Défense, arguant du fait que l'Ouest parisien a toujours été privilégié en matière d'environnement et qu'il est temps de s'occuper davantage de l'Est ou du Nord de Paris. Enfin, la droite ne veut à l'évidence pas d'un schéma directeur qui soit trop contraignant et qui oblige toutes les communes à construire du logement social. Si la gauche revendique une certaine "densification" - certes maîrisée - autour des pôles urbains déjà existants, la droite agite la menace d'un retour des grands ensembles - ce sont il n'est pourtant pas question - tout en voulant garder les mains libres pour "tartiner" des zones pavillonaires sur des kilomètres. Au delà des différences bien réelles de conception de la ville, on est pas loin bien souvent de la simple défense de ses intérêts électoraux.

Mais au delà de ces considérations, ce qu'il y a peut-être de plus choquant c'est le mépris total avec lequel l' hyper-président Sarkozy entend, une fois de plus, se saisir d'un projet pour le mener à sa guise, balayant d'un revers de main toute autre considération que son bon plaisir et sa volonté de tout maîtiser, de tout décider. Ce retour de la toute puissance étatique n'est pas seulement antidémocratique ; elle est également vouée à l'échec car cette façon de vouloir imposer d'en haut sa volonté à une multitude d'acteurs - et dieu sait s'ils sont nombreux en Ile-de-France - ne peut qu'aboutir à la paralysie. Or, ce dont souffre l'Ile-de-France depuis 30 ans c'est bien d'une certaine paralysie faute de véritable gouvernance politique cohérente. Ce n'est pas en ranimant une hypothétique recentralisation - ou alors autant recréer le département de la Seine ! - que Nicolas Sarkozy y parviendra, d'autant que l'Etat n'a plus les moyens de ses ambitions. Nous ne sommes plus, qu'on le veuille ou non, au temps où le Général de Gaulle pouvait dessiner d'un trait de plume des villes nouvelles.

Si nous voulons que l'Ile-de-France affronte efficacement ses nouveaux défis (compétition internationale, crise du logement, préservation de l'environnement, rééquilibrage entre les territoires...) il faudra bien que toutes les parties prenantes (agglomérations, départements, région, Etat...) dialoguent et se concertent. Mais cela ne peut se faire que si chacun respecte ses partenaires et que les considérations partisanes passent au second plan. Pas sûr qu'on en prenne le chemin...

 
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