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20 juin 2007

Il faut sauver Arrêt sur images !

medium_asi.2.jpgChaque année ou presque, des rumeurs évoquaient une possible suppression d'Arrêt sur images, l'émission produite et présentée par Daniel Schneidermann sur France 5. Chaque année, depuis douze ans, l'émission était finalement reconduite.

Cette fois ci c'est officiel : ces cinquantes minutes hebdomadaires d'analyse critique de la télévision et des médias ne reprendront pas à la rentrée. Bien qu'il vante un devoir de transparence vis-à-vis des téléspectateurs, le communiqué de France 5 est plutôt laconique, se contentant d'informer que 6 émissions sur 26 ne seront pas reconduites en septembre dans un souci de "renouvellement" de la grille des programmes et de concurrence exacerbée avec l'essor des nouvelles chaînes de la TNT. Une information que l'animateur-producteur avait annoncé il y a plusieurs jours sur son blog et qui se voit donc aujourd'hui confirmée.

Nul doute que cette annonce devrait susciter pas mal de polémique dans les jours à venir, tant la question d'une éventuelle mainmise des pouvoirs politique et économique sur la liberté d'informer est devenue criante dans notre pays.

Alors, sommes nous en face d'une décision légitime d'une chaîne de télévision dans le cadre de sa responsabilité éditoriale ou faut-il voir dans cette suppression les premiers signes d'une forme de censure ou d'autocensure ?

Soyons clairs : qu'une émission soit appelée, après 12 ans, à évoluer plus ou moins profondément n'a rien de choquant. Surtout si, comme l'indique la chaîne, son audience s'effrite régulièrement. Sauf qu'à ma connaissance aucune proposition d'évolution n'a été faite à Daniel Schneidermann. Un changment de format ou d'horaire de l'emission aurait pû être envisagé et discuté. Or, c'est une décision brutale de suppression pure et simple qui a été préférée par la direction de la chaîne.

Concrètement, si cette décision devait être confirmée - ce qu'il y a malheureusement tout lieu de craindre - il n'y aurait plus sur la télévision française une seule émission d'analyse et de critique des médias. Au moment où chacun s'accorde à reconnaître le poids de plus en plus important des images dans la construction et le fonctionnement de notre société ; où la maîtrise de ces images constitue un élément de plus en plus déterminant pour la conquête et l'exercice du pouvoir et où les citoyens croulent de plus en plus sous le flot d'images et d'informations aux sources les plus diverses et souvent confuses, l'existence d'une émission de décryptage des médias comme l'est Arrêt sur images est absolument indispensable. C'est même une question de salubrité publique et démocratique.

On peut ne pas être toujours en accord avec le contenu ou le traitement de l'émission, on peut contester certains choix ou certaines lectures, on peut même goûter avec modération la personnalité - controversée - et le côté un peu Saint Just de Daniel Schneidermann. Mais on ne peut nier que cette emission est un formidable espace de liberté, comme il en existe peu dans notre paysage médiatique. Comment ne pas constater, en effet, que l'augmentation quantitative de l'offre télévisuelle à laquelle on assiste depuis ces dernières années, notamment avec la TNT, s'accompagne malheureusement trop souvent d'une diminution de la qualité et de la diversité réelle des programmes, au nom de prétendus impératifs d'audience. N'est-ce pas précisément la mission première d'une chaîne de service public comme France 5, financée en grande partie sur des deniers publics c'est-à-dire par nous tous, de ne pas tout sacrifier à l'audience et de jouer ce rôle à la fois civique et pédagogique ? Et comment ne pas constater le divorce qui s'installe chaque jour un peu plus entre les citoyens et les journalistes faute de la part de ces derniers d'accepter une quelconque autocritique ou tout le moins un quelconque ragard introspectif sur leur travail et les conditions de production de l'information dont ils sont eux-même bien souvent prisonnier ?

Autant par sa brutalité que sur le fond, la décision de France 5 est donc inacceptable. Qu'on le veuille ou non, Arrêt sur images est devenu aujourd'hui le symbole des trop rares espaces de liberté, d'intelligence, de débat, de confrontation et d'anlayse critiques qui subsistent dans notre société médiatique. Sa suppression, quelques semaines seulement après l'entrée en fonction d'un nouveau président de la République sur lequel pèse - à tort ou à raison - de lourds soupçons de contrôle ou de connivence avec les médias, ne pourra qu'alimenter la défiance de plus en plus forte qui existe entre les citoyens français et leur appareil médiatique.

A la direction de France 5, je le dis simplement : il serait sage de renoncer. Mais si celle-ci devait perceverer, il faudrait tout mettre en oeuvre pour qu'Arrêt sur images renaisse rapidement de ses cendres. Et pourquoi pas en appeler à notre nouveau président de la République qui semble tout puissant et si enclin à l'ouverture ces derniers jours ?

06 juin 2007

Des élections pour rien ?

medium_assemblee_nationale.jpgComme sans doute beaucoup d'entre vous, je ne parviens pas à m'intéresser vraiment à ces élections législatives.  Est-ce la lassitude après une campagne présidentielle qui aura duré de si longs mois ? Est-ce la perspective, que les sondages nous annoncent comme inéluctable, d'une vague bleue déferlant sur l'Assemblée nationale ? Est-ce l'appel des beaux jours et des longs week end de mai qui auraient détourné notre esprit ? Ou est-ce tout simplement parce qu'en réalité la campagne des législatives n'a jamais vraiment débuté et qu'elle pourrait s'achever avant même d'avoir commencé ?

Un peu de tout cela sans doute et l'impression - fausse au demeurant - que les dés sont jetés et l'affaire entendue. Difficile de s'oter de l'idée que tout ce à quoi l'on assiste depuis le 6 mai n'est qu'une vaste farce dont la démocratie sort singulièrement abimée. Un gouvernement qui, pour occuper le terrain, multiplie les effets d'annonce et les gesticulations médiatiques alors qu'il ne peut pas faire grand chose tant que le Parlement n'est pas renouvelé et à nouveau réuni. Une gauche qui en est réduite à quémander les suffrages des citoyens pour tenter de limiter les effets d'une défaite annoncée. Voilà qui n'honore guère le débat démocratique dans notre pays.

Dès lors, est-il bien utile d'aller voter les 10 et 17 juin prochains s'interroge une grande partie des électeurs ? Et l'on comprend leur interrogation devant la vacuité des (rares) débats ou des arguments échangés de part et d'autre.

A qui la faute ? A la suprématie de l'élection présidentielle, à l'inversion du calendrier électoral et au quinquennat bien sûr qui annihilent tout véritable enjeu de ces élections législatives réduites à une simple confirmation du second tour de l'élection présidentielle. Du coup, on assiste à une parodie de campagne électorale où la majorité sortante, qui devrait normalement répondre de son bilan s'en exonère totalement et ne jure que par la rupture et où la gauche n'est même pas en mesure de faire entendre des propositions alternatives à la droite et en est réduite à une simple stratégie défensive.

Tout à l'euphorie liée à l'état de grace du nouveau pouvoir, on ne mesure pas assez la gravité d'une telle situation sur la vitalité démocratique et les équilibres politiques de notre pays. Dans aucune démocratie au monde on assiste à une telle concentration des pouvoirs dans les mains d'un seul homme et à une telle négation des pouvoirs du Parlement.

On aurait ces derniers temps tendance à l'oublier : les élections législatives n'ont pas seulement pour fonction de dégager une majorité de gouvernement ; elles ont aussi pour vocation de représenter les Français dans leur diversité politique, sociale, culturelle. A quoi peut bien rimer une Assemblée nationale qui exclut de toute représentation ou presque 40% du corps électoral (si l'on additionne l'extrême gauche, l'extrême droite, le PC, les Verts et le Modem) ? A quoi peut bien rimer une Assemblée nationale où les 47 % de Français qui se sont prononçés pour Ségolène Royal au second tour de la présidentielle se voient représentés par à peine 20% des députés ? A rien si ce n'est à approfondir un peu plus le fossé qui s'est creusé entre les citoyens et leurs représentants.

On rique également d'avoir d'amères surprises en découvrant le visage de notre nouvelle Assemblée au soir du 17 juin. Il y a fort à parier que celle-ci sera à peine moins masculine, à peine moins âgée, à peine moins blanche, à peine moins issue des catégories sociales supérieures qu'elle ne l'est aujourd'hui. La parité et la diversité tant vantées par Nicolas Sarkozy n'y changeront rien puisque la plupart des sortants ont de grandes chance d'être reconduits et que l'UMP a investi moins d'un tiers de femmes, préférant payer les amendes prévues par la loi !

Quant aux belles paroles sur la "République irréprochable" et les droits de l'opposition que voudrait promouvoir notre nouveau président, il y à la aussi fort à parier qu'elles résistent mal aux assauts de quelques 400 députés UMP avides de toujours plus de pouvoir et fort peu enclins à faire cadeau à l'opposition de précieux postes, comme celui de président de la commission des finances.

Voilà qui pourrait doucher quelque peu les enthousiasmes de nos émérites commentateurs qui s'extasient depuis trois semaines sur le retour de flamme des Français pour leur système politique et remettre à l'ordre du jour la nécessité d'une réforme profonde de nos institutions, laquelle passe prioritairement par l'instauration d'une dose de proportionnelle aux législatives. Voilà qui rend en tous cas, pour l'heure, indispensable une forte mobilisation de tous les électeurs qui refusent cette détestable inclinaison de notre vie politique.

Au delà, il appartiendra à tous les démocrates authentiques, à ceux qui réprouvent le bonapartisme dans lequel l'élection de Nicolas Sarkozy nous à fait entrer, et à la gauche en particulier, de réfléchir de façon précise et profonde aux contours d'une 6ème République à la fois plus que jamais nécessaire mais qui devra savoir s'adapter et répondre aux défis nés de cette situation politique inédite pour notre pays.

31 mai 2007

Les premiers couacs de l'ère Sarkozy

medium_diapo_sarkozy.2.jpgEst-il encore permis de s'opposer au pouvoir en place dans notre beau pays ? On peut légitimement en douter à écouter les vociférations du nouveau président de la République lors du meeting - pardon de la rencontre républicaine ! - qu'il tenait au Havre mardi soir.

Non content de favoriser la création d'un "Nouveau Centre" tout acquis à sa cause ou de prétendre choisir son futur adversaire socialiste en la personne de Bertrand Delanoë, voila que Nicolas Sarkozy accuse de "pensée unique" quiconque ose émettre la moindre critique ou interrogation sur le bien fondé des mesures qu'il s'apprête à faire adopter.

Personne ne prétend contester la légitimité du tout nouveau président élu ni sa volonté de mettre en oeuvre rapidement les engagements qu'il a pris pendant la campagne. Mais ce serait une singulière conception de la démocratie que de considérer pour autant comme illégitime toute critique des agissements du nouveau pouvoir. Certes, la voie est étroite en ces temps de "sarkomania". Quiconque tente d'émettre un bémol sur la formidable "succès story" qui est en train de s'écrire chaque jour sous nos yeux ébahis est aussitôt accusé par la nouvelle Cour médiatico-politique de non respect de la démocratie. Comme si la victoire - nette - de Nicolas Sarkozy devait avoir pour conséquence de banir de toute expression politique et démocratique la petite moitié des Français qui ont fait un autre choix le 6 mai dernier. Comme si, tout à l'onction du nouveau pouvoir suprême, il fallait renoncer aux convictions et aux idées défendues des mois durant pour se ranger à ce si bel enthousiasme national qui semble agiter la France depuis un peu moins d'un mois.

Et bien, n'en déplaise à notre nouveau président de la République, et au risque de figurer au rang des mauvais patriotes ou des odieux militants (je sais qu'aux yeux de certains c'est une insulte !), je refuse de céder à cette sarkomania, qui n'est rien d'autre qu'une anesthésie voulue et acceptée comme telle de tout esprit critique et civique.

Cela ne veut pas dire critiquer pour critiquer ou tirer à boulet rouge sur le nouveau président sous prétexte qu'il n'est pas issu de mes rangs. A cet égard, je n'ai guère apprécié la critique en règle faite par François Hollande sur la composition du gouvernement. L'ouverture ? Certes, il s'agit d'une pure manoeuvre tactique qui vise à dérouter l'électorat socialiste et à prendre à contrepied la diabolisation dont Nicolas Sarkozy s'est dit victime pendant la campagne. Mais est-ce infamant de rappeler qu'en son temps, François Mitterrand s'adonna lui aussi à ce type de "débauchages" individuels aux lendemains de sa réélection en 1988 ? Je refuse donc de porter quelque jugement que ce soit sur la nomination d'un Kouchner ou d'un Jouyet. Tout est affaire de conscience personnelle. Peut-être que si nous avions, en son temps, fait un meilleur "usage" de ces personnalités talentueuses, et pour le moins populaires, nous n'aurions pas forcément à déplorer aujourd'hui leur départ vers d'autres rives. Quant à la nomination de Rachida Dati à un ministère aussi important que la Justice, je ne peux que saluer le geste politique et regretter amèrement que la gauche n'ait pas été en mesure d'en faire autant. Désigner comme ministre une femme, une jeune, originaire du Magrheb, compétente de surcroît et ne pas la cantonner, une fois de plus, dans un sous secrétariat d'état à l'intégration, franchement je dis chapeau. Ce serait tout à l'honneur du PS d'avoir la bonne foi de saluer également l'événement et de souhaiter bonne chance à la jeune promue.

Ceci étant dit, il est permis de ne pas sacrifier à l'enthousiasme général, notamment en ce qui concerne les multiples annonces qui s'amoncellent en ce début de quinquennat.

Quelles qu'aient pu être les dénégations du ministre concerné, la promesse de déduction des intérêts d'emprunt pour l'acquisition d'une résidence principale a donné lieu, ces derniers jours, à un sacré cafouillage. Nicolas Sarkozy a beau préciser que tous les emprunts en cours seront concernés, bien des interrogations restent en suspens, notamment sur le volume réel des intérêts qui pourront être déduits et sur la durée du dispositif. Selon les critères qui seront finalement retenus, le bénéfice des heureux propriétaires variera considérablement ainsi que le coût de la mesure pour le budget de l'Etat. Certains parlent de 4 milliards d'euros par an ; d'autre de 20 milliards. Des chiffres qui sont, quoi qu'il en soit, exhorbitants et qui vont peser lourdement sur le niveau des déficits publics. Sur le fond, l'intérêt économique d'une telle mesure est contesté par les plus éminents spécialistes, sans parler de son caractère peu équitable socialement. Le dispositif va entrainer d'indéniables effets d'aubaine qui profiteront prioritairement aux ménages les plus aisés ; lesquels profiteront de cette plus value fiscale non pour consommer mais pour épargner. Le bénéfice en terme de croissance économique risque donc d'être nul. Un tel cadeau fiscal a par ailleurs toutes les chances d'être rapidement absorbé par une nouvelle hausse des prix de l'immobilier et/ou un renchérissement du crédit. En bout de course, la mesure risque donc d'être de peu d'effet pour contrer l'actuelle crise du logement et favoriser l'accès des ménages modestes ou moyens à la propriété. Consacrer ces milliards d'euros au financement de nouveaux logements à loyer modérés serait donc plus judicieux.

La mise en oeuvre de la seconde promesse du candidat Sarkozy, sur la défiscalisation des heures supplémentaires risque, là encore, de faire rapidement déchanter ceux qui éspéraient "travailler plus pour gagner plus". Le gouvernement est ici confronté à un véritable casse tête car sa mesure pourrait bien s'avérer anticonstitutionnelle en remettant en cause l'égalité des citoyens devant l'impôt. Pour les salariés rémunérés autour du SMIC, la difficulté tient au fait que les entreprises ne payent déjà presque plus de charges patronales. Ca se complique encore plus pour les salariés à temps partiel subi (par exemple la caissière employée 30 heures par semaine) qui risquent également de ne pas pouvoir bénéficier d'un tel dispositif. Comment, en effet, parler d'heures sup lorqu'on est en deça du seuil du temps de travail légal ? Enfin, les cadres payés au forfait devront sans doute faire leur deuil d'un peu de beurre dans les épinards puisque, par définition, ils ne font pas d'heures supplémentaires ! La mesure phare du nouveau président censée relancer le pouvoir d'achat des Français a donc toutes les chances de se dégonfler comme une malheureuse bodruche. Surtout si on ajoute à cela que les entreprises n'auront aucune faculté d'octroyer des heures supplémentaires à leurs salariés si leurs carnets de commande ne sont pas mieux remplis. A moins que certains petits malins ne déclarent des heures supplémentaires fictives pour bénéficier des déductions fiscales et de cotisations... ce qui agraverait un peu plus les déficits publics sans améliorer en quoi que ce soit la situation économique et sociale du pays.

Enfin, dernier miroir aux alouettes du président Sarkozy : la mise en place d'un service minimum dans les transports. Là aussi, le cafouillage a été de rigueur ces derniers jours, notamment en ce qui concerne le calendrier de mise en place de cette réforme. Loi ou pas loi ? En septembre ou en décembre ? Les choses ne semblent pas encore clairement tranchées. Mais l'idée d'une simple "loi cadre" qui fixerait le principe du service minimum et en renverrait la mise en oeuvre concrète aux collectivités locales et aux autorités organisatrices de transports comme le STIF en région parisienne sent bigrement l'entourloupe. Le nouveau président s'exonererait ainsi à peu de frais de sa promesse électorale tout en en renvoyant la responsabilité sur les régions. Ce qui aura pour principale conséquence de ne rien changer concrètement pour les usagers !

Bref, sur tous ces sujets, les premières contradictions du candidat Sarkozy apparaissent déjà. C'est le rôle d'une opposition intelligente de les souligner. N'en déplaise aux "sarkomaniaques" !

22 mai 2007

La 6ème République, morte et enterrée ?

medium_Carte_5.jpgLa 6ème République, chère au député socialiste Arnaud Montebourg et que Ségolène Royal, comme François Bayrou avaient inscrite au coeur de leur projet présidentiel, est-elle morte et enterrée avant même d'avoir vu le jour ?

Indéniablement, l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République change aujourd'hui profondément la donne et pourrait, tout du moins en apparence, rendre plus difficile une critique radicale des institutions de la Vème République. Pourtant, les mêmes causes ( concentration et personnalisation du pouvoir, asservissement du Parlement, non représentation des minorités politiques) produisant le plus souvent les mêmes effets (excès de pouvoir, coupure du lien avec les citoyens, défiance vis-à-vis du sytsème de représentation), la question d'une réforme profonde de notre système politique pourrait revenir au devant de la scène politique plus vite qu'on ne peut le penser.

Lorsqu'il fonde en 2000 la Convention pour la sixième République, Arnaud Montebourg appuie sa revendication d'un changement de constitution sur un constat sans concession du fonctionnement des institutions actuelles. Abstention record, montée des votes extrêmes, irresponsabilité politique et pénale du président de la République, confusion des pouvoirs à la tête de l'exécutif, non représentation à l'Assemblée nationale de la diversité de la société française... autant d'éléments qui concourent au délitement du lien de confiance qui devrait exister entre les citoyens et leur système politique. Une analyse qui va trouver sa concrétisation la plus criante dans l'élimination de la gauche au second tour de l'élection présidentielle de 2002 et va se voir confirmée lors des régionales de 2004 ou à l'occasion du référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005. A tel point, qu'un large spectre du paysage politique français, de la LCR à l'UDF en passant par les Verts, le PCF et le PS, va progressivement reprendre à son compte l'avènement d'une 6ème République, même si ce vocable renvoie à des réalités différentes selon les partis.

Et puis, voici qu'arrive l'élection présidentielle de 2007. On redoutait un énième séisme politique et que constate-t-on finalement ? Un taux de participation record, une baisse des extrêmes et singulièrement du Front National ainsi qu'un retour en grâce des candidats issus des partis de gouvernement. Il n'en faut pas plus pour que la plupart des commentateurs célèbrent la subite et éclatante réconciliation des Français avec leur système politique et par voie de conséquence avec leurs institutions. Evanouie la crise de la représentation, la défiance des citoyens vis-à-vis de leurs élites en général et de leurs élus en particulier. Lavé l'affront démocratique du 21 avril 2002. Bref, tout irait à nouveau pour le mieux dans le meilleur des mondes institutionnels. Dès lors à quoi bon élucubrer encore sur une improbable 6ème République ? Surtout quand le nouveau président élu annonce son intention d'oeuvrer à une "République irréprochable" et incarne, jusque dans ses joggings matinaux, une nouvelle façon d'habiter la fonction présidentielle, plus simple, plus directe, plus moderne en somme.

Au delà de la mise en scène, très étudiée, par le nouveau pouvoir de son accession aux responsabilités - exercice auquel se sont adonnées avec plus ou moins de succès toutes les équipes qui s'y sont succédé - il est permis de douter de la profondeur et surtout de la perennité de ce subit retour de flamme de nos compatriotes pour leur système politique.

Certes, la participation aux deux tours de l'élection présidentielle a battu des records, attestant d'un intérêt bien vivant pour la politique. Mais, outre que les régionales de 2004 ou le référendum de 2005 avaient déjà été marqué par un net reflux de l'abstention, la configuration particulière de cette élection (peur d'un nouveau 21 avril et renouvellement de génération) a sans doute fortement contribué à la mobilisation. De même que le réflexe du "vote utile" a permis aux candidats issus des deux principaux partis de gouvernement (PS et UMP) de réaliser des scores qui n'avaient plus été atteints depuis longtemps. Il serait toutefois abusif de parler d'un retour à la bipolarisation quand près d'un électeur sur deux s'est prononcé pour un candidat non issu de ces deux grandes formations. Le succès de la démarche de François Bayrou est d'ailleurs là pour rappeler la forte attente d'une offre politique nouvelle. Le déclin de l'extrême droite, quant à lui, est très relatif et dû pour l'essentiel à la très forte participation. En nombre de voix, le FN demeure à un niveau sensiblement équivalent aux présidentielles de 1988 et de 1995 tandis qu'il confirme sa forte implantation dans certaines régions, comme le Nord de la France, marquées par la désindustrialisation. Autant d'éléments qui nuancent sérieusement les discours sur une subite réconciliation des Français avec leur système politique. Les élections législatives des 10 et 17 juin prochains seront d'ailleurs un premier test. Conforteront-elles les mouvements constatés à l'occasion de la présidentielle ? Rien n'est moins sûr. Souvenons nous, en effet, qu'un mois seulement après le "choc" du 21 avril 2002 et la mobilisation citoyenne, notamment de la jeunesse, qui s'était exprimée entre les deux tours, les législatives avaient été marquées par une participation très moyenne. Gardons-nous donc de conclusions trop hatives en la matière.

Néanmoins, la pratique nouvelle des institutions que semble esquisser Nicolas Sarkozy n'est-elle pas de nature à remettre sérieusement en cause les arguments des partisans d'une sixième république ? Sans doûte mais en apparence seulement.

En optant pour une présidence hyperactive, présente sur tous les fronts, Nicolas Sarkozy répond à l'évidence à une attente des citoyens las pour la plupart de désigner un chef de l'Etat qui, sitôt élu, se retirait sur son Aventin ou se désinteressait des affaires intérieures pour leur préférer celles du monde. Par la même, Nicolas Sarkozy entend donner l'image d'un président qui assume pleinement ses responsabilités, à rebours de l'irresponsabilité politique qui caractérisa la présidence Chirac (si l'on entend par irresponsabilité politique le fait de ne jamais tirer aucune conséquence des messages adressés par les électeurs tant aux législatives, qu'aux régionales ou lors du référendum). Cette posture - car il s'agit avant tout d'une posture - apparaît également comme une conséquence directe de la présidentialisation accrue du régime et de l'accélaration du rythme de la vie politique française induites par la mise en oeuvre du quinquennat et de l'inversion du calendrier électoral.

Ainsi, dans les premiers actes posés par Nicolas Sarkozy, tout va bien dans le sens d'un renforcement des pouvoirs du président de la République autour duquel s'organisent l'ensemble des acteurs du nouveau pouvoir. Qu'il s'agisse de la nomination d'un premier-ministre que les commentateurs qualifient déjà de "super directeur de cabinet" pour désigner son peu de marge de manoeuvre; du renforcement du poids du cabinet de la présidence appelé à encadrer étroitement le travail des ministres, notamment d'ouverture ; de l'annonce de la création d'un Conseil de la sécurité intérieure rattaché, sur le modèle américain, directement au président de la République; ou bien encore du remplacement du poste de président de l'UMP par un simple secrétaire-général non élu par les militants, ce qui laisse planer peu de doûte sur le soutien indéféctible au gouvernement attendu du parti majoritaire.  Si l'on ajoute à cela, le contrôle de la majorité de l'Assemblée nationale et du Sénat, celui du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de l'audiovisuel, jamais un président de la République n'aura disposé de tels pouvoirs.

Or, cette "hyperprésidentialisation" n'est compensée par aucun réel contre-pouvoir. Et c'est bien là que la critique des institutions de la Vème République et la promotion d'une 6ème République plus démocratique ont encore tout leur sens. En effet, dans n'importe quel pays démocratique digne de ce nom, de tels pouvoirs laissés au chef de l'Etat s'accompagneraient de réelles et sérieuses contreparties, notamment en matière de contrôle de l'action de l'exécutif par le Parlement. Rien de tel avec la Vème République. Et ce n'est pas les timides promesses faites par Nicolas Sarkozy de soumettre les principales nominations aux commissions parlementaires ou de laisser la présidence de la commission des finances de l'Assemblée nationale à un député de l'opposition qui changeront grand chose à ce déséquilibre.

Dès lors, il ne fait guère de doute que sans un profond rééquilibrage de nos institutions, les maux et dérives de notre système politique ne pourront que réapparaître tôt ou tard. Passés les premiers mois et la séduction exercée par le changement de style et l'activisme du nouveau président, comment évolueront les choses dans la durée ? En étant en permanence en première ligne, Nicolas Sarkozy ne prend-il pas le risque, en cas de conflit, de bloquer tout le système ? Son volontarisme affirmé peut-il suffire durablement pour mener des réformes complexes et ardues ? Sans contre-pouvoirs, n'est-il pas condamné, comme beaucoup de ses prédecessurs, à s'enfermer dans une tour d'ivoire et à ne plus prendre la juste mesure des attentes de la société ? Les pleins pouvoirs donnés au président et à son parti, ainsi que sa proximité affichée avec les milieux d'affaires et ceux des médias, n'entraineront-ils pas inévitablement un retour aux excès du passé si souvent dénoncés mais jamais vraiment sanctionnés ?

Il faut, bien sûr, se garder de tout procès d'intention. Mais le passé récent enseigne que les institutions imposent généralement leur logique aux hommes les mieux intentionnés et que sans gardes fous les meilleurs volontés ne résistent pas longtemps à la tentation d'user et d'abuser d'un pouvoir sans limite. C'est parce que l'homme est faible par nature qu'il est dangereux de se reposer sur ses seules vertus et qu'il est préférable de s'en remettre à des règles bien établies. Ainsi, loin d'être enterré, le projet d'une réforme profonde de nos institutions pour les rendre plus équilibrées, plus pacifiées, plus démocratiques, plus participatives mais aussi plus efficaces ne devrait pas tarder à s'imposer à nouveau dans le débat politique. Au nom d'un idéal ou peut-être par nécessité.

15 mai 2007

Vers des élections municipales dès l'automne ?

medium_mairie.jpgA peine Nicolas Sarkozy investi comme nouveau président de la République, voici que ressurgit la rumeur selon laquelle les élections municipales et cantonales pourraient être avançées à l'automne prochain.

Petit rappel : fin 2005, le gouvernement Villepin fait adopter une loi qui proroge d'un an le mandat des conseillers municipaux et des conseillers généraux renouvelables en 2007. Raison invoquée : la multiplicité des scrutins électoraux en cette année de présidentielle et de législatives. C'est Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, qui défend le texte de loi au Parlement. Celui-ci est adopté par une large majorité, opposition et majorité confondues.

Cela n'empêche pas le candidat UMP à la présidentielle de multiplier par la suite les sorties sur son intention, s'il est élu président, de modifier ce calendrier. En organisant les élections municipales et cantonales dès l'automne, le nouveau gouvernement aurait ensuite la voie libre pendant un an et demi avant les prochaines échéances électorales (les européennes de juin 2009)  pour mener à bien ses réformes. Mais les associations d'élus locaux montent à la charge contre cette idée et finalement, lors du dernier Congrès des Maires de France, Nicolas Sarkozy annonce qu'il y renonce.

Sauf que depuis, Nicolas Sarkozy a été élu président de la République avec plus de 53% des suffrages, ce qui lui confère une idéniable légitimité qu'il pourrait utiliser pour modifier une nouvelle fois le calendrier électoral.

Sur le plan technique, la chose est faisable, même si elle pose un certain nombre de problèmes. Après tout, ce qu'une loi a fait, une autre loi peut le défaire. A condition toutefois que celle-ci soit adoptée dès la session extraordinaire du Parlement prévue cet été. Il y a bien une difficulté en ce qui concerne le respect de la législation sur le financement des campagnes électorales et la limitation de la communication des collectivités territoriales qui prennent théoriquement effet un an avant l'échéance. Mais rien n'empêche que la nouvelle loi prévoit des dispositions spécifiques à cet égard et après tout nous sommes d'ores et déjà rentrés dans cette période pré-électorale d'un an.

Sur le plan politique, en revanche, la manoeuvre risque d'être plus délicate à faire accepter. Comment, en effet, justifier un telle remise en cause de la parole donnée par le nouveau président de la République et comment expliquer aux Français que la priorité du nouveau gouvernement réside dans une énième modification du calendrier électoral ? Le côté "tripatouillage politicien" pourrait s'avérer dévastateur pour le pouvoir en place.

Certains imaginent déjà que l'Association des Maires de France pourrait réclamer une telle modification ; ce qui aurait le mérite de faciliter la tache de Nicolas Sarkozy. Il ne reviendrait plus sur une promesse émise publiquement mais répondrait à une demande des élus locaux eux mêmes ! Mais c'est oublier un peu vite le caractère pluraliste de l'AMF. Or, il est douteux que les élus de gauche ne fassent pas entendre leur voix dans une telle hypothèse... ce qui rendrait la manoeuvre un peu trop voyante et susciterait, à l'évidence, la polémique.

Reste qu'un passage en force n'est pas à exclure venant d'un nouveau président qui semble bien décidé à aller vite dans la mise en oeuvre de ses réformes et à être présent sur tous les fronts. Nul doute que Nicolas Sarkozy et son équipe prendront la décision d'avancer ou non les élections municipales et cantonales au regard d'un principe simple : quel en sera le gain politique ? Certains édiles mis en difficulté dans leur commune, comme les maires de Bordeaux ou de Toulouse où Ségolène Royal est arrivée nettement en tête le 6 mai dernier, pourraient être tentés d'avancer les échéances pour couper l'herbe sous le pied de leur opposition municipale et bénéficier des avantages supposés d'être sortant. Un Dominique Perben à Lyon pourrait également avoir intérêt à capitaliser les bons résultats obtenus par la droite dans la capitale rhône-alpienne et à empêcher que se développe l'alliance entre socialistes et centristes que Gérard Collomb appelle de ses voeux. A contrario, il n'est pas sûr qu'un Jean-Claude Gaudin à Marseille, encore en plein travaux du tramway, ou une Françoise de Panafieu à Paris, qui cherche encore à s'imposer comme véritable opposante à Bertrand Delanoë, trouvent leur compte dans un tel avancement des échéances.

En outre, le passé récent démontre qu'il est particulièrement incertain de dresser des paris sur des échéances locales au regard des résultats de la présidentielle, tant les enjeux de ces deux types de scrutins sont différents. En 1995, la droite avait déjà espéré capitaliser sur sa victoire à l'élection présidentielle en reportant les municipales au mois de septembre. Or, la gauche avait remporté plutôt de bons résultats, mettant notamment fin à la suprématie du RPR dans la capitale.

Autant dire que l'exercice s'avère périlleux ! Il serait, en tout état de cause, parfaitement contraire au respect des principes démocratiques les plus élémentaires puisqu'il aurait pour conséquence directe de réduire la campagne électorale à sa plus simple expression. Ce ne serait pas le moindre des paradoxes au moment où l'on a tant vanté le retour de flamme démocratique des Français à l'occasion de ce scrutin présidentiel.

 
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