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06 mai 2007

Demain, la gauche...

medium_mitterrand.jpgPour la troisième fois consécutive, la gauche a donc perdu l'élection présidentielle.  Même si le bon score réalisé par Ségolène Royal le 22 avril dernier a permis d'éviter l'humiliation d'une nouvelle élimination de la gauche au second tour, cette défaite est sans doute encore plus grave que celle survenue en 2002. Parce qu'il y a cinq ans, l'échec de Lionel Jospin pouvait être mis sur le compte de la dispersion des voix ou d'un simple "accident électoral" et parce que Jacques Chirac avait rassemblé un peu moins de 20% des suffrages. Parce que ce nouvel échec survient alors que la droite a gouverné ces 5 dernières années et que la gauche aurait dû théoriquement en tirer parti.

Depuis l'avènement de la Vème République, il y a un peu moins de cinquante ans, seul François Mitterrand sera ainsi parvenu à hisser la gauche au pouvoir à l'issue d'une élection présidentielle. Preuve, s'il en était encore besoin, que les institutions construites par le général De Gaulle, et en particulier l'élection du président au suffrage universel direct, sont profondement conçues pour favoriser la droite, du fait de leur conception bonapartiste. Une leçon que les socialistes n'ont malheureusement jamais sû réellement apréhender, comme s'ils étaient hypnotisés par la logique présidentialiste de la Vè République. A cet égard, on ne redira jamais assez la grave erreur, pour ne pas dire la faute politique majeure, que constitua la décision par Lionel Jospin d'inverser le calendrier électoral en 2002 et de renforcer ainsi, quinquennat aidant, la dérive présidentialiste de notre système politique. Certes, en faisant de la réforme des institutions un des axes fort de son projet, Ségolène Royal a cherché à sortir de cette dérive mortelle pour les idéaux de gauche qui s'accordent si mal avec la personnalisation et la simplification des discours politique qu'elle engendre. Mais cette orientation fut sans doute trop tardive et trop partielle pour prendre sa pleine mesure face à un Nicolas Sarkozy excellant dans un tel système.

Ségolène Royal justement dont les amis ne manqueront pas, dès demain matin, de faire le procès. Pas assez à gauche pour certains. Pas assez au centre ou pas assez crédible pour d'autres. La vérité c'est que même si elle a pu commettre des erreurs au cours de cette campagne, le défi qu'a tenté, avec une formidable détermination, de relever Ségolène Royal s'assimilait , à bien des égards , à une mission impossible. Comment, en effet, parvenir à prendre les rennes d'un parti dont l'appareil lui était largement résistant et mener la rénovation du PS en quelques mois seulement quand son adversaire Nicolas Sarkozy a mis à profit ces cinq dernières années pour s'emparer de l'ex parti chiraquien et rénover son corpus idéologique ?

Force est de pointer les graves insuffisances de l'actuelle direction du PS. Plutôt que d'engager, aux lendemains de la défaite de 2002, une véritable réflexion sur le positionnement idéologique et stratégique du parti, elle a préféré s'enfermer dans des manoeuvres d'appareil - manoeuvres dans lesquelles François Hollande excelle - propres à assurer son maintien à la tête du PS et quitte à empêcher l'émergence de toute idée nouvelle. Une stratégie dans laquelle la direction s'est sentie confortée après le prétendu succès des régionales de 2004 ; lequel n'avait constitué en vérité qu'une sorte de 21 avril à l'envers. Las, ce n'était que reculer pour mieux sauter. Il faudra bien, cette fois, que la rénovation tant différée ait lieue. Que tout soit mis sur la table. Et que l'on réponde enfin à quelques questions taboues comme celles là : allons nous encore longtemps maintenir en vie artificielle des "partenaires" (PC, MDC, Verts...) qui souvent ne représentent plus qu'eux mêmes ? l'heure n'est-elle pas venue de constituer une grande formation de gauche dans laquelle chacune de ces sensibilités serait dûment représentée ? J'ai en effet la conviction que les verts ou les communistes authentiquement attachés à leurs valeurs auraient bien plus intérêt à rejoindre un grand parti de gauche pour peser sur ses orientations plutôt que de maintenir, de façon purement artificielle, des appareils dont le seul but est leur propre survie et qui sont néanmoins promis à un inéluctable déclin. Enfin, l'heure n'est-elle pas venue d'engager un vrai dialogue avec toutes les forces républicaines modérées qui ne se reconnaissent pas dans Nicolas Sarkozy et sans lesquelles il n'y aura pas de reconquête ?

Oui, pour la gauche, pour les démocrates, pour toutes celles et tous ceux qui croient encore et toujours aux valeurs de justice sociale, de solidarité et d'humanité, l'heure doit être au courage et à la lucidité pour reconstruire demain l'espoir.

05 mai 2007

Vers un raz-de-marée Sarkozy ?

medium_sarko.jpgA en croire les derniers sondages, Nicolas Sarkozy pourrait l'emporter nettement devant Ségolène Royal demain soir, à l'issue du second tour de l'élection présidentielle. L'écart entre les deux candidats aurait même tendance à se creuser, toujours si l'on se fie à ces mêmes enquêtes d'opinion.

A moins de 24 heures d'un moment décisif pour l'avenir de notre pays, je crois utile de rappeler quelques éléments de bon sens.

D'abord, à l'intention des partisans de Ségolène Royal et de tous ceux qui ne veulent pas de Nicolas Sarkozy comme président, qu'une élection n'est jamais jouée d'avance et que les dernières heures peuvent toujours révéler de divines surprises. Malgré les pronostics pessimistes des sondages, l'heure doit donc être plus que jamais à la mobilisation; tant il est vrai que le niveau de participation ce dimanche peut changer considérablement la face de l'élection.

Ensuite, à l'intention de tous les électeurs de gauche mais aussi de tous ceux qui redoutent les excès d'un pouvoir laissé dans les mains d'un seul homme et d'un seul parti, que l'élection en elle même est certes essentielle mais que les conditions de cette élection le sont tout autant.  Si, comme c'est à redouter, Nicolas Sarkozy l'emportait avec plusieurs points d'avance, il aurait les coudées d'autant plus franches pour mener, en toute liberté, sa politique. Il n'hésitera pas à user et à abuser dès les premières semaines de sa toute fraîche légitimité pour imposer ses mesures les plus radicales (réforme du code du travail, lois toujours plus répressives, traitement de faveur pour les contribuables aisés...). Un fort écart avec sa concurrente socialiste rendrait également plus difficile la nécessaire remobilisation politique et sociale pour les 5 prochaines années. A contrario, plus le score de Nicolas Sarkozy sera faible, plus il devra tenir compte de la forte opposition qui sera exprimée le 6 mai à l'encontre de sa politique, moins il pourra brandir son élection comme un blanc seing délivré par le peuple français.

Enfin, à l'intention des électeurs de François Bayrou, il faut redire que l'élection de Nicolas Sarkozy mettrait un terme définitif à tout espoir de voir émerger une troisième force démocratique au centre de la vie politique française. Le candidat de l'UMP ne s'en cache pas : il présentera des candidats UMP aux législatives contre tous ceux qui ne se seront pas ralliés à lui ; il s'apprête d'ailleurs à constituer un nouveau parti centriste qui sera inféodé à l'UMP. Le rouleau compresseur du scrutin majoritaire aidant, ce sera fini de tout espoir de recomposition de la vie politique française pour sortir du bloc contre bloc.

Plus que jamais il faut donc voter et faire voter pour Ségolène Royal ce dimanche. Pour tenter d'éviter ce qu'on nous présente comme inévitable. Et pour, le cas échéant, créer les conditions du rebond et de la reconstruction dans les semaines et les mois à venir.

03 mai 2007

Ségo / Sarko : retour sur le débat

medium_ledébat.jpgOn attendait un Sarkozy dominateur et agressif : on eu droit à un homme consensuel en diable au calme olympien.

On redoutait que Ségolène Royal ne résiste pas au rouleau compresseur du candidat de l'UMP : on eu droit à une femme d'une pugnacité redoutable dirigeant le débat de bout en bout.

Visiblement, les deux finalistes de l'élection présidentielle avaient décidé de jouer à contre-emploi hier soir afin de déjuger tous les préjugés sur leur personne : inconsistance pour l'une ;  extrêmisme pour l'autre. 

Qui sort victorieux de l'exercice ? Toute la journée, les commentaires se sont multipliés de façon assez attendue ; chaque camp criant à la victoire de son (sa) champion(ne). En vérité, il est peu probable que le débat est fait bouger considérablement les lignes. Il aura davantage conforté et (re)mobilisé les partisans de chacun des deux finalistes même si, à l'evidence, Ségolène Royal peut espérer en tirer un (petit ?) avantage supplémentaire en tant que challenger et dont on a dit si souvent qu'elle ne tiendrait pas le choc de la campagne sur la durée.

Au delà de la forme, deux éléments me semblent ressortir particulièrement de cette confrontation.

C'est d'abord l'absence totale de réaction des deux journalistes - PPDA et Arlette Chabot - censés animer le débat.  Fondus dans le décor, apparaissant subrepticement face à la caméra l'air hagar, nos deux journalistes vedettes de TF1 et de France 2 ont brillé par leur absence, incapables même de mener le fil du débat tel qu'il avait été conçu initialement. Nicolas Sarkozy cherchait bien à les prendre régulièrement à témoin, comme implorant qu'ils interviennent dans le cours du débat. Ségolène Royal, elle, n'avait manifestement aucune intention de leur laisser un quelconque espace, bien décidée à mener la discussion telle qu'elle l'entendait. Bref, des speakrin(es) auraient sans doute suffi pour remplir l'exercice ; faute d'avoir pu ou voulu organiser, je dirais même scénariser autrement l'emission.

C'est ensuite l'impressionnante propension de Nicolas Sarkozy à se présenter comme s'il n'avait pas été aux plus hautes responsabilités depuis 5 ans. C'est d'ailleurs, reconnaissons-le, une des clefs de son succès au premier tour. Mais j'avoue que je n'arrive toujours pas à comprendre comment tant de Français - et demain peut-être une majorité d'entre eux - peut accorder tant de crédit à ses promesses de changement alors qu'il avait tout de même bien des manettes (n°2 du gouvernement, ministre de l'interieur et de l'économie, président du parti ultramajoritaire à l'Assemblée) ces cinq dernières années. Cette capacité à incarner le changement et l'action, à faire abstraction de ces cinq années gouvernementales alors qu'il est formellement représentant de la majorité sortante reste un mystère. Un mystère qui trouve sans doute sa source dans la capacité du candidat à asséner une série de déclarations de principe aussi simplistes que détachées de toute action concrète. Comme si, sous l'effet de son activisme, Nicolas Sarkozy n'avait qu'à parler pour donner le sentiment d'agir. Comme si il lui suffisait de mettre en mot - de façon d'ailleurs fort habile- les symptomes du mal français pour prétendre les guérir. C'est cette forme de "déréelisation" du débat politique qui a quelque chose de stupéfiante et d'inquiétante car elle est contraire à l'essence même du débat démocratique, lequel suppose des représentants qu'ils assument et soient jugés sur leurs actes.

 Dans les discussions que j'ai pu avoir ces dernières semaines avec des partisans de Nicolas Sarkozy, je suis en effet frappé par cette incapacité à envisager et à discuter sereinement et de façon raisonnée des faits. 45 000 voitures brûlent chaque année en moyenne depuis 2002 contre 20 000 en moyenne avant ? Les violences aux personnes (c'est-à-dire les actes de délinquance les plus traumatisants) augmentent de 30% en 5 ans ? Ce n'est pas un échec de Nicolas Sarkozy mais cela prouve au contraire qu'il faut être plus ferme. A ce stade, on n'ose demander jusqu'où il faudra aller dès lors dans la fermeté pour inverser la tendance...

L'absence de "raisonnement" est encore plus flagrante avec le discours sur  la "valeur travail"  que Nicolas Sarkozy veut revaloriser. Sur le principe on ne peut qu'être d'accord mais que propose le candidat UMP comme unique mesure emblématique à ce sujet ? Décontingenter complètement le nombre d'heures supplémentaires et en supprimer toute imposition, que ce soit pour les entreprises comme pour les salariés. C'est le fameux "travailler plus pour gagner plus". Mesure complètement absurde. Car depuis quand les salariés peuvent choisir leur emploi du temps ?  Et croit-on que les entreprises feront faire des heures supplémentaires si leur carnet de commande n'est pas mieux rempli ? J'ajoute que les possibilités de recourir aux heures supplémentaires sont déjà très importantes (220 heures par an). Bref, on voit bien que la mesure ne tient techniquement pas la route. C'est donc que sa portée réelle est symbolique. En réalité, peu importe la mesure en elle même ; c'est son caractère presque subliminal qui compte, c'est-à-dire la dénonciation , répétée sur tous les tons et de façon quasi obsessionnelle, des méfaits des 35 heures, accusées d'être la cause de tous les maux économiques et sociaux de la France.

Là encore, Nicolas Sarkozy ne répond pas sur les faits : notamment, si les 35 heures étaient si nocives pour le pays, pourquoi la droite ne les a pas purement et simplement abrogées depuis 2002 et pourquoi ne propose-t-il pas leur abrogation ? C'est peut-être parce qu'en définitive les 35 heures servent d'utile épouventail dans l'argumentaire de Nicolas Sarkozy. Et là encore, on retrouve toute la force du symbole que manie habilement et à dessein le candidat UMP. Il ne faut pas être grand clerc pour voir que derrière la dénonciation des 35 heures s'inscrit en filigrane une réthorique bien huilée sur la France qui ne travaille pas assez ou les chomeurs qui ne veulent pas vraiment retrouver du boulot.

Ce discours n'est d'ailleurs pas nouveau, même si en France on était moins habitué à l'entendre de façon aussi directe ; il est même aussi vieux que la droite et les mouvements réactionnaires. Aux lendemains du Front Populaire, la droite et une grande partie des élites ne vociféraient-elles pas déjà sur l'effet désastreux des 40 heures ou des congés payés ? A rémunérer les gens à ne rien faire on allait engendrer les pires calamités sociales (violence, alcoolisme, oisiveté...) et finalement entraîner la France à sa perte. Déjà à l'époque on nous expliquait qu'il n'y avait pas d'autre choix que de nous aligner sur la principale puissance économique et militaire du moment (en l'occurence l'Allemagne) et qu'il fallait en finir avec la singularité française. Force est de constater qu'il y a de fortes résonnances avec le discours de Nicolas Sarkozy et qu'une partie des Français s'y retrouvent. Très vite en effet quand on discute avec ses partisans c'est ce fond très idéologique qui ressort : marre de travailler pour les autres , trop de social en France , trop de personnes qui profitent du système , beaucoup de chômeurs ne veulent pas vraiment travailler etc... Et pas moyen de véritablement discuter. Si vous affirmez que certes il peut y avoir quelques tricheurs mais que ce n'est qu'une petite minorité (chiffres à l'appui), vous êtes automatiquement accusés de ne pas voir la réalité en face ou figurez au rang des dangereux socialo-laxistes !

Preuve, et c'est sans doute cela le plus inquiétant, qu'il existe bien deux France, de plus en plus hermétiques l'une à l'autre, de plus en plus étrangères l'une à l'autre, de plus en plus radicalisées l'une comme l'autre, de plus en plus incapables de se parler, de s'écouter, de partager une vision commune non seulement de la réalité (ce qui serait déjà un bon début) mais a fortiori de l'avenir. La lecture des résultats du premier tour de l'élection présidentielle est à cet égard édifiante tant elle dessine, de façon presque caricaturale, une sociologie électorale calque de la fracture sociale et urbaine qui s'approfondit de jour en jour dans notre pays entre les centre-ville bourgeois et la périphérie, entre les quartiers pavillonaires et les quartiers HLM, entre la ville et la campagne... En exacerbant la peur du déclassement social et en misant sur la seule réussite individuelle plutôt que sur l'élaboration de nouvelles solidarités collectivites, Nicolas Sarkozy est à la fois le produit et sera peut-être demain le promotteur de ce "ghetto français". Sauf si dimanche... 

27 avril 2007

Sarko calimero

medium_calimero.jpgIl est incroyable Nicolas Sarkozy. Toute sa carrière, il a fait de l'affirmation des clivages politiques la pierre angulaire de son discours et de sa stratégie. Il fallait "décomplexer" la droite, faire "sauter" les tabous, en finir avec la "bien pensance" de gauche, rompre avec la "pensée molle" et engager une véritable "rupture" fut-elle tranquille.

Pour mener à bien sa stratégie, l'homme n'a jamais manqué de talent, ni de bagout. Et dieu sait s'il en fallait pour récupérer à l'âge de 28 ans la mairie de Neuilly au nez et à la barbe de Charles Pasqua. Dieu sait s'il en fallait pour revenir en cours auprès de Jacques Chirac après l'avoir trahi pour Balladur. Dieu sait s'il en fallait pour dérober à ce même Chirac le parti qu'il avait fondé 30 ans plus tôt et en faire une formidable machine de guerre présidentielle avec le succès que l'on sait. 

Tout ceci, Nicolas Sarkozy le doit à sa détermination, à son ambition démesurée, à son tempérament, à son goût affiché du combat politique et des épreuves de force. Et au moment où il arrive à la dernière marche de sa destinée, pour reprendre une de ses expressions, voilà qu'il entonne le refrain de la victimisation. Ses adversaires se rendraient coupables d'odieuses manoeuvres de diabolisation, il croulerait sous les discours de haine, sa pensée serait honteusement travestie et ses prises de position caricaturées à l'excès. Bref, lui qui n'a jamais figuré au rang des modérés ou des tendres dans son combat politique et qui revendiquait précisément cette façon de faire, crie aujourd'hui au procès en sorcellerie ! On en verserait presque une larme... de crocodile ! 

Soyons clairs : ceux qui veulent réduire cette campagne d'entre deux tours à une réthorique anti-sarkozy se fourvoient. Le TSS n'est pas seulement stupide ; il est surtout inopérant.  D'ailleurs, il n'est nul besoin d'user de la caricature pour dénoncer les dangers que l'élection de Nicolas Sarkozy ferait courir à notre pays. Il suffit d'observer les faits.

Ainsi, l'inquiétude qu'il suscite quant à la préservation du pluralisme et de l'indépendance des journalistes ne repose pas sur de vagues rumeurs mais sur des faits avérés : c'est Jean-Pierre Elkabach, directeur de la rédaction d'Europe1, qui le consulte pour choisir le journaliste qui aura la charge de le suivre pendant la campagne ; c'est le rédacteur en chef de Paris-Match qui est démi de ses fonctions à la suite d'une couverture montrant Cécilia et son amant ; c'est Nicolas Sarkozy lui même qui s'emporte devant la rédaction de France 3 et promet de virer la direction sitôt élu ; c'est enfin son amitié affichée pour des grands patrons de presse au premier rang desquels figure Arnaud Lagardère. Est-il infamant ou irrespectueux d'interroger un candidat à la présidentielle sur de telles questions, au moment où l'organe de régulation de l'audiovisuel qu'est le CSA est composé presqu'exclusivement de membres issus de l'actuelle majorité et que son président n'est autre que l'ancien directeur de cabinet de Jean-Pierre Raffarin ?

Même chose sur le respect du principe constitutionnel de séparation des pouvoirs. C'est bien au moment où Nicolas Sarkozy officiait comme ministre de l'intérieur que le premier magistrat de France, Guy Canivet, pourtant pas réputé pour être un homme de gauche, ressenti le besoin, pour la première fois dans l'histoire de la Vè République, d'en appeler publiquement au président de la République afin qu'il se porte garant de l'indépendance du pouvoir judiciaire par rapport au pouvoir exécutif. Mais sans doute avons-nous rêvé ou accordé trop d'importance à un événement parfaitement anodin !

Lorsque le candidat UMP se prononce pour la détection des signes avant-coureurs de délinquance dès l'âge de 3 ans (!), sans expliquer d'ailleurs par qui et sur quelle base, qu'il incline à penser qu'on naît pédophile, que 1200 ou 1300 jeunes se suicident en France chaque année parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable et que la part de l'inné dans ces phénomènes est immense, est-ce faire preuve de mauvaise foi ou de bien pensance que de s'inquiéter sérieusement de la philosophie qui sous tend de tels discours ?

Enfin, l'attitude de Nicolas Sarkozy pendant cet entre-deux tours est, une fois de plus, caractéristique de sa conception pour le moins singulière de la démocratie. Libre à lui de refuser tout débat avec François Bayrou. Mais au nom de quoi prétend-il interdire à d'autres de le faire ? Au nom de quoi entend-il dénier toute légitimité à un débat entre Ségolène Royal et François Bayrou alors que tout le monde sait parfaitement que ce sont les électeurs du candidat centriste qui détiennent la clef du second tour ? N'est-il pas démocratiquement sain que ceux là puissent faire leur choix en toute conscience, en toute connaissance de cause ? Cela ne retire en rien à la légitimité des deux seuls candidats encore en lice. On demeure, par ailleurs, stupéfait de l'annonce faite par Nicolas Sarkozy selon laquelle il "favorisera" la création d'un nouveau parti centriste UMP-compatible et même d'un "pôle de gauche" animé par ce pitoyable Eric Besson, lequel s'est adonné en plein meeting à une écoeurante séance publique de contrition digne des pires procès staliniens. C'est vrai que la vie serait plus simple s'il suffisait pour le président nouvellement élu de créer de toute pièce les organisations politiques appelées à participer au débat démocratique et d'en désigner les représentants !

Alors, caricaturaux les opposants de Sarkozy ? Malheureusement, en matière de caricature, le candidat de l'UMP n'a besoin de personne pour réaliser des prouesses. Alors qu'il arrête au moins de se poser en victime et qu'il assume enfin ses positions dans un débat authentiquement démocratique !   

23 avril 2007

Ouf, la Vème République est sauvée !

medium_Vèrépublique.jpgA entendre les commentateurs politiques, depuis hier, tout est rentré dans l'ordre dans notre beau pays.

Evanouie la crise de la représentation politique, la défiance des Français vis-à-vis de leur système politique ; lavé l'affront démocratique du 21 avril 2002. Nos compatriotes ont - enfin - retrouvé la raison. La participation bat des records, la bipolarisation triomphe, les extrèmes sont en perte de vitesse et la floppée de petits candidats - cet archaïsme national - renvoyée aux oubliettes.

Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes institutionnels. A l'occasion de ce scrutin historique, les Français n'ont-ils pas ainsi voulu exprimer leur attachement à la Vème République et renvoyer à leurs chères études les apprentis sorciers adeptes du passage à la 6ème ?

Comme vous allez vite en besogne messieurs-dames.

Certes, la peur du 21 avril a produit à plein son effet : pousser à une forte mobilisation et inciter au "vote utile" en faveur des deux principaux candidats. Il n'en reste pas moins que plus de 4 électeurs sur 10 ont fait un autre choix. Près de 7 millions (soit 18,5% des suffrages exprimés) se sont prononçés pour un candidat s'affichant clairement comme "hors système" et pronant une rupture avec les deux grands partis de gouvernement existants.

Le Front National, qu'on dit terrassé et dont certains annoncent déjà l'inéluctable déclin, a certes perdu 1 millions de voix par rapport au premier tour de 2002, mais il reste dans un étiage proche des présidentielles de 1988 et 1995 et sa contre-performance tient d'abord à la très forte participation.  Si celle-ci avait été du même niveau qu'en 2002, le score de Jean-Marie Le Pen aurait avoisiné les 13 % ce qui demeure loin d'être négligeable. Surtout, les électeurs frontistes n'ont pas disparu comme par magie. Rien ne prouve que ceux qui se sont laissé séduire par Nicolas Sarkozy lors de ce premier tour présidentiel lui resteront fidèle lors des prochains scrutins, notamment aux législatives (même si ces dernières sont généralement moins favorables au FN). Le leader frontiste peut en outre se réjouir, non sans raison, que ses idées aient été largement reprises par le candidat UMP. 

Il suffit, par ailleurs, de tendre l'oeille pour s'apercevoir que beaucoup d'électeurs, notamment à gauche, ont exprimé un vote de raison plus que de réelle adhésion. C'est souvent le cas me direz-vous. Certes mais cela relativise beaucoup les commentaires sur la supposée réconciliation des Français avec leur système politique. Il faudrait être naïf pour penser que les résultats extrêmement faibles d'une Dominique Voynet ou d'une Marie-George Buffet reflètent la réalité de l'état du paysage politique français (sans compter ceux qui ont été tout simplement empêché de concourir comme Nicolas Dupont Aignant, seul représentant des souverainistes d'inspiration gaulliste). Combien de temps leurs électeurs accepteront-ils de ne pouvoir faire entendre leur voix ni au premier tour de l'élection présidentielle, pour cause de "vote utile", ni aux élections législatives, en raison du mode de scrutin majoritaire ?

Enfin, la radicalisation du débat entre deux camps très antagonistes qui peinent de plus en plus à se comprendre -radicalisation entretenue par la personnalité et la stratégie de Nicolas Sarkozy - risque de ne pas faciliter la tâche du futur ou de la future président(e) pour entreprendre les réformes dont le pays a besoin (lire à ce sujet le très pertinent éditorial du journal suisse le Temps). S'il est élu, Nicolas Sarkozy ne pourra pas éternellement s'en tenir à ses discours bonapartistes mêlant volontarisme et autorité, sauf à bloquer complètement le pays. Si elle parvient à l'Elysée, Ségolène Royal ne pourra asseoir sa "nouvelle donne" économique et sociale que sur une réforme profonde de notre système de décision politique et de délibération sociale. Autant dire que, n'en déplaise aux thuriféraires de la Vème République, un changement profond de nos institutions demeure, à plus ou moins court terme, le passage obligé de tout véritable changement dans notre pays.

Et puis, n'oublions pas qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. On a connu des sursauts civiques aussi vite disparus qu'apparus. Par exemple lors des élections législatives de juin 2002 dont le niveau de participation fut très médiocre en dépit du souvenir encore frais du 21 avril. La participation record de ce 22 avril 2007 peut-elle se réduire à un feu de paille ? Ce n'est pas impossible et le passé devrait nous inciter à la prudence.

Sans doûte bien des commentateurs politiques croient-ils aujourd'hui la fièvre contestatrice des Français retombée. Mais le feu pourrait bien couver sous la cendre. Alors, gardons nous de toute conclusion hâtive...

 

 
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