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13 février 2007

Le hold-up de Sarkozy sur la Défense

medium_ladéfense.jpgL'affaire est passée (presque) inaperçue. Elle aura pourtant des conséquences importantes sur le développement et les équilibres à venir de l'Ile-de-France.

La semaine dernière, l'Assemblée nationale a adopté en urgence et avec l'avis favorable du gouvernement, une proposition de loi du sénateur UMP Roger Karoutchi - un proche de Nicolas Sarkozy - qui confie l'aménagement de la Défense au seul Conseil général des Hauts-de-Seine, présidé par vous savez qui.

Un peu comme les villes nouvelles, le plus important quartier d'affaire de France était jusqu'à présent placé sous le pilotage d'un Etablissement public d'aménagement, l'Epad (établissement public d'aménagement de la défense) au sein duquel siégeaient des représentants de l'Etat, de la Région, du Département et des collectivités locales concernées.

Avec cette nouvelle loi, adoptée en un temps record s'agissant d'une initiative parlementaire, ce qui est rarissime, l'Epad est purement et simplement supprimé et remplacé par un établissement public où ne siègeront plus que le Conseil général des Hauts-de-Seine et les communes UMP de Puteaux et Courbevoie.  Autant dire que le département du ministre-candidat aura désormais les mains libres sur cette formidable mine d'or que constitue la Défense. Une mofification législative particulièrement bienvenue pour Nicolas Sarkozy alors que le gouvernement a récemment autorisé un programme de densification de ce quartier avec la construction de 400 000 mètres carrés de bureaux supplémentaires.

Une telle opération est proprement scandaleuse à plus d'un titre.

D'abord parce qu'elle constitue un dévoiement du rôle du Parlement dont la vocation n'est pas de servir les intérêts de telle ou telle catégorie de collectivité mais de légiférer dans le sens de l'intérêt général.

Ensuite parce que la Défense, en raison de son caractère stratégique, ne peut pas être considéré comme un quartier comme un autre. C'est d'ailleurs l'Etat qui a été à l'origine de la création de ce grand centre d'affaire. Son caractère d'intérêt national et régional est incontestable et justifie donc pleinement que l'Etat et la Région aient leur mot à dire sur son développement.

Enfin parce qu'une telle disposition est contraire en tous points à un indispensable aménagement du territoire dont le ministre de l'intérieur est censé avoir également la charge.

A l'heure où chacun s'accorde à reconnaître qu'il faut opérer un véritable rééquilibrage de l'Ile-de-France en faveur de l'Est parisien, le projet de densification de la Défense - qui concentre déjà le plus grand nombre de sièges sociaux en France - est pour le moins contestable. Sa captation par trois collectivités va à l'encontre de la nécessaire solidarité régionale et marque au contraire un insupportable repli sur des égoismes locaux.

Une nouvelle majorité parlementaire devra, à l'évidence, revenir sur cette loi de complaisance et remettre en cause le projet de densification de la Défense tel qu'il est ficelé actuellement. Puisqu'il n'est pas possible d'obliger les sociétés à fixer leur siège social dans une collectivité plutôt qu'une autre, le seul moyen d'influer sur leur installation est d'user massivement des pouvoirs réglementaires en matière d'urbanisme pour favoriser le développement de nouveaux quartiers d'affaire à l'Est de la capitale.

Il faudra également agir de façon résolue pour améliorer la solidarité financière entre collectivités franciliennes. Un dispositif de péréquation existe bien avec le Fonds de solidarité de la région île-de-france (FSRIF) mais les montants concernés restent trop limités pour être efficaces et devront sans aucun doute être pour le moins doublés, voire triplés.

Ce n'est qu'à ce prix que l'on parviendra à atténuer les scandaleuses inégalités qui existent aujourd'hui en Ile-de-France et qui menacent clairement tant sa cohésion que son attractivité d'ensemble.

07 février 2007

Des médecins et de nos finances publiques...

medium_images.jpgPour la deuxième fois en moins d'un an, le ministre de la santé et porte-parole du candidat UMP à la présidentielle, Xavier Bertrand, va-t-il céder aux demandes pressantes des médecins généralistes  d'une revalorisation de leurs honoraires pour atteindre, comme les spécialistes, 23€ la consultation ? 

Sur le fond, je ne suis pas opposé par principe à toute revalorisation des honoraires des médecins même si beaucoup de salariés en France aimeraient pouvoir bénéficier ainsi de substantielles augmentations en si peu de temps. Je ne tomberai pas non plus dans la caricature qui consiste à dire que tous les médecins sont d'horribles privilégiés qui roulent tous sur l'or. La plupart s'en sortent bien mais ce n'est pas le cas de tous, surtout chez les généralistes, "parent pauvre de la profession".

Non, ce que je déplore c'est la méthode. D'abord parce qu'une tellee revalorisation, si elle devait se confirmer, sonnerait evidemment comme une mesure purement clientéliste à quelques semaines de l'élection présidentielle. Aussi et surtout parce qu'une fois de plus cette mesure risque de ne s'accompagner d'aucune contrepartie réelle, en dehors de vagues promesses de portée très générale et dont le respect est rarement évalué avec rigueur et impartialité.  Or, on sait que notre pays est confronté à des questions essentielles en matière d'accès aux soins. L'actualité récente l'a illustré à travers par exemple les refus de prise en charge des bénéficiaires de la CMU ou la désertification du corps médical dans certaines régions de France. Sans compter bien sûr le problème récurrent du déficit de la sécurité-sociale, même si celui-ci ne relève pas il est vrai pour l'essentiel de la médecine de ville mais dantage des dépenses hospitalières.

Dans un souci de "bonne gouvernance" comme on dit, ces revalorisations devraient être l'occasion de véritables négociations avec les représentants de médecins pour avancer sur ces questions. Or rien de tel. D'un côté on refuse de s'engager dans des sanctions à l'encontre de ceux - et ils sont nombreux - qui refusent de soigner les bénéficiares de la CMU. De l'autre côté, on ne profite pas davantage de la possibilité qui serait offerte de subordonner ces revalorisations à des engagements clairs en matière de santé. Où est la saine gestion de l'argent public ? Et que fait Xavier Bertrand du précepte cher à Nicolas Sarkozy sur "travailler plus pour gagner plus" ? On oublie un peu souvent, me semble-t-il, que les médecins s'ils se disent attachés à leur statut de profession libérale sont en réalité plus proches du statut de fonctionnaire. Que serait, en effet, leur situation s'il n'existait pas une généreuse sécurité sociale qui permet de "solvabiliser" leur clientèle ? Et que font-ils des milliers d'euros investis par l'Etat pour leur formation, l'Université étant en France quasiment gratuite ? Cet investissement public ne justifierait-il pas en échange que les jeunes diplômés s'engagent, au moins pour une période de 5 ou 10 ans, à s'installer dans les zones qui manquent de médecins ? Enfin pourquoi les médecins devraient systématiquement être exonérés des efforts demandés à tous pour tenter de réduire le déficit de l'assurance maladie ? Comme par hasard, Nicolas Sarkozy n'a pas dit un mot à ce sujet lundi soir sur TF1. 

Cette décision, si elle devait être prise par le gouvernement, poserait un autre problème de "gouvernance"; c'est celui de la sécurité sociale censée s'administrer  librement et paritairement. Fiction pure puisque c'est le gouvernement qui décide d'accroître les charges qui pèseront sur son budget sans que les partenaires sociaux qui gèrent la sécurité sociale n'aient leur mot à dire. C'est exactement le même problème lorque le gouvernement décide des exonérations de charges sociales pour les entreprises sans les compenser pour le budget de la sécu dont on s'étonnera ensuite qu'il soit systématiquement en déficit !

Voilà en tous cas de quoi donner singulièrement à réfléchir sur la gestion de nos politiques publiques en matière de santé ! 

04 février 2007

Sarko et la banlieue

medium_SGE_BBK67_020806105305_photo00.jpgQue serait un jour sans sondage ? Ce serait comme un Noël sans chocolat, des vacances sans soleil, un hiver sans neige ou un 13 heures sans Pernot. Selon le sondage du jour donc, la "banlieue" (laquelle ? Neuilly ou Bondy ?) aurait - enfin ! - succombé aux charmes de Nicolas Sarkozy. "La banlieue vote Sarko" écrit ainsi sans détour 20 minutes sur la foi d'un sondage BVA paru dans le Journal du dimanche d'aujourd'hui. Une fois de plus, à la lecture détaillée du sondage, on est stupéfait d'un tel raccourci.  

En effet, selon l'enquête 27% des personnes interrogées (un échantillon soi disant représentatif de seulement 600 personnes habitant dans des quartiers classés zones urbaines sensibles ) disent que c'est le candidat UMP qui prend le mieux en compte leurs problèmes (ce qui n'a strictement rien à voir avec des intentions de vote) mais leur préférence va à 45% à un candidat de gauche pour la présidentielle ! C'est sur la foi de ces mêmes chiffres que Libération prétend titrer que "la banlieue plébiscite Sarkozy"... ah bon parce que 27% c'est un plébiscite ??

Il est par ailleurs  permis de douter du sérieux d'une telle enquête et pas seulement à cause de son échantillon très restreint. Jean-Marie Le Pen y réalise en effet un bien piètre score (1% seulement des personnes interrogées considèrent qu'il prend le mieux en compte leurs problèmes), sans commune mesure avec les résultats électoraux généralement enregistrés par le patron du FN dans ces quartiers. 

Comme d'habitude, on fait dire ce qu'on veut aux chiffres. Dans sa volonté de séduction tous azimut de l'électorat de gauche, Sarkozy trouve ici de nouveaux arguments censés valider sa stratégie et prouver qu'il rassemble bien au delà de son camp. CQFD.

20 janvier 2007

Sarkozy champion des catégories populaires ?

medium_nicolas-face-avec-cravate.jpgAu lendemain de l’intronisation de Nicolas Sarkozy comme candidat à l’élection présidentielle, Libération annonçait en pleine une que, selon une étude de l’institut de sondage LH2, le champion de l’UMP arrivait désormais en tête pour défendre les intérêts des classes populaires. Etonnant quand on sait qu’un mois plus tôt le même journal désignait la candidate socialiste loin devant Nicolas Sarkozy comme représentant le mieux les catégories populaires. Mais en ouvrant le journal et en lisant plus en détail le sondage considéré, on comprenait d’où venait cette subite transformation. Pas seulement du silence supposé de Ségolène Royal sur la question des sans logis comme l’analysait Libération mais bien plutôt par un étrange et singulier changement dans le mode d’administration du sondage. En décembre, les personnes intérrogées n’étaient appelées à choisir qu’entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal pour désigner le candidat représentant le mieux les aspirations des catégories populaires. La candidate socialiste était alors sortie grande gagnante. Dans cette nouvelle édition du baromêtre de Libération, la plupart des candidats déclarés ont été testés. Résultat : si Nicolas Sarkozy arrive en tête c’est avec seulement 19% (de personnes qui considèrent qu’il défend le mieux les intérêts des catégories populaires), Ségolène Royal arrive en deuxième position avec 15% ; les autres candidats suivent dans un étiage sensiblement proche. Si l’on tient compte des marges d’erreur dans ce type d’enquête ( plus ou moins 2% ), les deux candidats apparaissent en réalité à égalité. Autant dire qu’il est bien difficile de tirer une quelconque conclusion sérieuse d’un tel sondage. Cela n’a pourtant pas empêché Libération - journal pourtant censé être de gauche - d’annoncer en une que Nicolas Sarkozy était désormais le champion des catégories populaires. Les journalites de Libé auront sans doute été impressionnés par la démonstration de force du ministre de l’intérieur lors du congrès de l’UMP. Un membre éminent de la rédaction n’indiquait-il pas d’ailleurs le soir même sur une chaîne du câble que Nicolas Sarkozy avait désormais rattrapé son supposé retard sur Ségolène Royal et que cette dernière allait devoir désormais répondre sans tarder si elle ne voulait pas être durablement distancée distancée  ? Une analyse d’ailleurs reprise dès le lendemain par Libé et la plupart des éditorialistes. Sur le fond en revanche, on regrettera que ces mêmes journalites n’aient guère décortiqué lesles propositions du candidat de l’UMP et surtout qu’ils ne les aient pas confrontés aux déclarations et aux actes souvent contradictoires du ministre de l’intérieur tout au long de ces 4 dernières années !

 
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