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27 janvier 2010

Sondages : comment dire tout et son contraire !

leparisien.jpgUne nouvelle et éclatante illustration de l'inanité des sondages ce matin dans le Parisien qui affiche en une : "57% des téléspectateurs convaincus par Sarkozy".

Sauf que dans les pages intérieures ça se complique. En découvrant le détail de cette enquête on apprend que 60% des personnes interrogées n'ont pas été convaincues par le président de la République sur l'emploi; 58% n'ont pas été convaincues sur les retraites; 51% pas convaincues sur l'affaire Proglio; 61% pas convaincues sur le pouvoir d'achat; 45% pas convaincues sur le débat sur l'identité nationale et 45% pas convaincues sur la réduction du nombre de fonctionnaires !

Dans ces conditions, comment peut-on en arriver à un résultat global de 57% de téléspectateurs convaincus par Sarkozy ? Les Français manqueraient-ils à ce point de cohérence ?

La réponse relève de la nuance. Dans les personnes que l'institut CSA a interrogées, certaines ont vu l'émission de TF1 lundi soir, d'autres non. La question globale se réfère ainsi aux seuls téléspectateurs présents devant leur poste tandis que les questions thématiques englobent ceux qui ont vu l'émission ou ceux qui en ont seulement entendu parlé !

Subtile mais importante nuance en effet ! Sauf que ce matin la plupart des médias - RTL par exemple - oubliaient ces subtilités en retenant que 57% des Français avaient été convaincus par Sarkozy. Dans le corps de l'article, le journal commence d'ailleurs par indiquer que "49% des Français n'ont pas été convaincus par Sarkozy". Pourquoi, dès lors, titrer sur un résultat tout autre et en apparence plus favorable au président de la République ?

De là à penser que c'est cette confusion qui était savamment recherchée...

Some explicit polaroids, au vingtième théâtre

someexplicit.jpgImaginez un militant d'extrême gauche anglais qui passe plusieurs années en prison pour séquestration et violence et recouvre la liberté au début des années 2000 redécouvrant un Royaume Uni profondément transformé par la révolution thatcherienne. Y a-t-il encore une place pour l'engagement collectif et la conscience politique à l'heure de la société de consommation à tout crin, du culte de l'apparence et du triomphe du cynisme ?

Tel est le thème de cette création adaptée d'une pièce du dramaturge anglais Mark Ravenhill. Dans la veine du cinéma social et engagé à la manière d'un Ken Loach, Some explicit polaraoids dépeint l'errance de 6 personnages revenus de toute certitude et qui essaient tant bien que mal - et plutôt mal que bien - de s'accommoder d'une époque où le bonheur et l'épanouissement individuels semblent devenus des impératifs d'autant plus inaccessibles qu'il se heurtent à la perte de tout projet collectif et à une société profondément anomique.

Les dialogues et les situations sont tantôt crus, tantôt violents mais toujours justes et profonds; sans complaisance inutile. La mise en scène est particulièrement inventive et il émane du jeu des acteurs - remarquable - une authentique et émouvante humanité.

A voir jusqu'au 28 février au Vingtième théâtre.

26 janvier 2010

Oui il faut une loi contre la burqa !

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Désolante. Voilà comment qualifier la position du Parti socialiste sur la burqa,  incapable, une fois de plus, d’émettre un avis clair et net sur une question ô combien sensible. C’était pourtant l’occasion idéale, après les dérives de Sarkozy à Latran, de s’emparer du combat pour la laïcité et la défense de nos principes républicains. Las. Le Parti socialiste aura, encore une fois, cédé à la facilité d’une position médiane donc illisible, prisonnier sans doute de cet insupportable relativisme qui lui fait tourner le dos, lui et une grande partie de la Gauche, aux valeurs des Lumières. Cette nouvelle version du « ni-ni » repose en outre sur des arguments profondément erronés, pour ne pas dire viciés.

 

Le pire argument que j’ai pu entendre pour s’opposer à une loi contre la burqa c’est qu’on prendrait le risque de stigmatiser, une nouvelle fois, les musulmans. Terrible et insupportable contre sens ! Car on ne peut pas dire à la fois que la burqa ne répond à aucun des préceptes de l’islam et renvoyer en même temps au visage des musulmans cette assimilation insupportable du voile intégral à leur religion. Prétendre qu’interdire la burqa aurait des relents de stigmatisation des musulmans a donc quelque chose de profondément insultant !

 

Redisons-le : la burqa n’a rien à voir avec la pratique de l’islam et tout à voir avec  une dérive sectaire. La burqa n’est pas seulement un signe d’avilissement et d’emprisonnement – fut-il volontaire – de la femme. C’est surtout un refus de l’Autre, une volonté de faire sécession d’avec la société en se soustrayant aux regards des autres ; toutes dimensions particulièrement caractéristiques des sectes. C’est aujourd’hui le fait d’une minorité de musulmans – français pour la plupart voire bien souvent convertis – mais qui dit que d’autres formes de ce refus du monde n’émergeront pas demain, venant d’autres religions ou d’autres mouvements sectaires ?

 

Le deuxième argument, à mes yeux tout aussi irrecevable, c’est qu’une loi serait inapplicable, voire anticonstitutionnelle. Que les libéraux-libertaires, réticents par définition à toute intervention de l’Etat dans les pratiques individuelles, usent de tels arguments, passe encore. Mais que la Gauche et les socialistes s’en fassent également les relais est proprement incroyable. Avec de tels raisonnements, on n’aurait jamais adopté la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat dans un contexte autrement plus tendu. On n’aurait pas davantage légiféré contre le travail des enfants ou pour les congés payés. Comment la Gauche, qui devrait croire dans la force émancipatrice de la loi, peut-elle relayer de tels discours de renoncement, elle dont la mission est de faire que la loi soit du côté de ceux qui n’ont qu’elle pour les protéger ?

De surcroît, il est faux de prétendre a priori que la loi serait inapplicable. N’est-ce pas ce qu’on disait déjà de la loi contre les signes religieux ostensibles à l’école ? Or, la simple adoption de la loi a permis de régler le problème, sans qu’il soit besoin de recourir à la force.

 

Comment, dès lors, procéder pour inscrire ce principe dans un texte qui ne soit pas susceptible de recours pour anti-constitutionnalité ? La solution est très simple : il suffit de prescrire que nul ne peut circuler dans l’espace public qu’à visage découvert ! On interdit bien de se promener nu comme un vert ; je ne vois pas que cette interdiction pose un tel problème de liberté publique !

 

Enfin, troisième et dernier argument : il serait inutile, voire dangereux de vouloir légiférer pour un phénomène marginal. Soulignons d’abord l’impossibilité dans laquelle nous sommes de quantifier ce phénomène. On parlait au départ de 400 femmes porteuses de la burqa puis de 2000. Personne ne connaît les chiffres exacts mais ce qui est certain c’est que cette pratique était quasi inexistante il y a vingt ans et qu’elle s’est développée de façon sensible ces dernières années. Il suffit pour s’en convaincre et éviter de nier l’évidence de se promener dans certains quartiers. Mais, à vrai dire, peu importe le nombre de femmes concernées. La défense de nos principes républicains ne souffre pas d’être réduite à une approche purement quantitative. Quand bien même il n’y aurait qu’une dizaine de cas concernés que la question de l’interdiction de la burqa mériterait d’être posée.

 

Non seulement on ne transige pas avec les principes de la République mais il est nécessaire de les défendre fermement contre toutes les formes d’intolérance, de totalitarisme et de sectarisme. Parce qu’elle fait de la liberté individuelle et du droit d’expression des principes fondamentaux, la République porte en elle sa propre faiblesse. Raison de plus pour sache, dans le même temps, fixer des limites et rappeler à chacun, de façon claire, les règles indispensables au bien vivre ensemble.

 

A cet égard, une simple résolution sans force obligatoire, comme le proposent certains, constituerait sans doute un signe de faiblesse. Souvenons nous du passé : à ne pas avoir voulu régler la question du voile à l’école dès son apparition au début des années 90 – Lionel Jospin était alors ministre de l’éducation et avait courageusement renvoyé le bébé sur le Conseil d’Etat – on a trainé ce problème pendant quinze ans, avant qu’on ne se décide enfin à légiférer !

 

Une conclusion s’impose : légiférons donc vite et passons – enfin – à un autre sujet !

25 janvier 2010

Peillon ou le crime de lèse majesté médiatique

peillon.jpg

 

 Ils passent leur journée à critiquer, à commenter, à juger, à nous dire ce qu’il faut penser de l’actualité mais ils ne souffrent eux même aucune critique, aucune remise en question. Tel est le petit monde des quelques journalistes et éditorialistes influents qui par leur force de frappe – ils couvrent à une dizaine l’ensemble du spectre médiatique – font et défont les réputations, encensent ou assassinent, disent ce qui est bien et ce qui est mal.

 

« L’affaire Peillon » aura été une nouvelle démonstration de ce qu’il faut bien qualifier de « crime de lèse majesté médiatique ». Vincent Peillon, invité à débattre sur France 2 de l’identité nationale, fait faux bond au dernier moment et dénonce un service public complaisant vis-à-vis du pouvoir ? Voilà qui lui vaut la fureur du tout Paris médiatique qui dénonce un « coup politique » sur le dos de la chaîne publique.

 

Coup médiatique ? La belle affaire ! Bien sûr que Peillon s’est essayé à un coup médiatique. Comme si France 2 elle n’avait pas cherché à faire également un coup en organisant un débat  Eric Besson/Marine Le Pen à une heure de grande écoute ! Que serait-il arrivé si Vincent Peillon avait décliné la veille ou quelques heures auparavant ? France 2 aurait à tous les coups trouvé un autre « client » pour venir cautionner sa mise en scène. Et personne n’aurait parlé de la véritable question que pose la ligne éditoriale de France 2 si prompte à relayer les stratégies de com du gouvernement. Car qui ne voit que ce débat Besson/Le Pen servait évidemment les intérêts du ministre de l’immigration soucieux de se refaire une virginité, face à la vice-présidente du Front National et d’apparaître ainsi sous un visage plus modéré ?

 

Je ne suis pas de ceux qui estiment que le Front National ne devrait pas avoir droit de cité à la télévision ; après tout c’est un parti politique légal. Mais quel besoin de lui offrir une telle tribune ? Pourquoi, plutôt qu’un duel, ne pas élargir le débat à des représentants des autres formations politiques si ce n’est justement pour faire un « coup médiatique ».

 

Enfin est-ce le rôle d’une chaîne publique de se laisser imposer les termes du débat public et de relayer, sans aucune distance, la volonté du gouvernement d’imposer le thème de l’identité nationale ? A l’heure où l’on annonce qu’un million de chômeurs vont se trouver cette année en fin de droit, on attend toujours du service public un grand débat sur la politique économique et sociale du Gouvernement !

 

Dans ce contexte,  le « coup médiatique » de Vincent Peillon, qui aura d’ailleurs sans doute un « coût médiatique » en le privant de pas mal d’invitation les prochains mois, aura eu le mérite de poser un vrai débat sur le rôle et la place des chaînes publiques de télévision. Un débat malheureusement occulté par ceux là même qui prétendent l’animer et le promouvoir ! Vraisemblablement de peur du jugement sévère des Français, lesquels – et c’est finalement une bonne nouvelle – ont d’ailleurs largement boudé la désormais fameuse émission !

13 janvier 2010

Séguin : pourquoi tant d'hommages ?

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Grand serviteur de l’Etat, homme d’exception, Républicain hors pair… depuis le décès de Philippe Séguin jeudi dernier un déluge d’hommages s’est abattu sur la France dans une belle et émouvante unanimité médiatique.

 

Difficile de ne pas sourire – jaune – devant ce qu’il faut bien qualifier de vaste bal des faux culs venant de responsables politiques qui ont méthodiquement trahi ou tourné le dos à presque tous les idéaux défendus par Philippe Séguin – avec un succès électoral tout relatif – depuis 15 ans.

 

Reste que même si elles relèvent en partie d’une construction médiatique,  la considération pour l’homme et l’émotion liée à sa mort étaient palpables ces derniers jours chez la plupart de nos concitoyens – je me range d’ailleurs bien volontiers dans le lot.

 

Je vois au moins deux raisons pour expliquer cette émotion populaire sincère (en comparaison aux larmes de crocodiles de bien de nos politiques) : l’une bonne, l’autre moins.

 

La première : le goût prononcé des Français pour la nostalgie des Grands Hommes et un prétendu âge d’or de la politique, sur le registre du « c’était mieux avant », « il n’y a plus de véritable homme d’Etat en France »… Cette nostalgie n’est sans doute pas nouvelle mais elle est exacerbée depuis quelques années. Il suffit de voir la passion des Français pour leur patrimoine, leur généalogie et leur passé glorieux pour s’en convaincre. Un pays qui dépense plus d’énergie et d’argent public pour restaurer ses églises plutôt que pour créer des équipements pour la jeunesse n’est-il pas symptomatique de cette dérive ?

 

Deuxième raison : le rejet en creux de la façon dont le pouvoir est incarné aujourd’hui dans notre pays et singulièrement par Nicolas Sarkozy. Comment, en effet, ne pas voir dans l’émotion suscitée par la mort de Philippe Séguin une sorte de long remords de Français qui aimeraient trouver dans leur chef d’Etat rigueur, probité et intransigeance sur les valeurs quand ils ne voient dans l’actuel président de la République qu’agitation, compromission et soumission aux forces de l’argent.

 

Alors, nostalgiques les Français ? Peut-être bien, oui mais on les comprend…

 
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