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06 juillet 2008

L'incroyable charge d'un déçu de Sarkozy

351633998.jpgAlain Lambertn'est pas ce qu'on pourrait qualifier de dangereux gauchiste ni d'anti-sarkozyste primaire

Ce sénateur UMP de l'Orne, ancien ministre du budget sous le gouvernement Raffarin, est plutôt du genre grand argentier soucieux des deniers publics et des déficits publics. Ce fut, accessoirement, un soutien résolu de Nicolas Sarkozy à la dernière élection présidentielle.

Mais voilà, depuis quelques semaines, l'action du chef de l'État, loin de satisfaire notre honorable parlementaire, a plutôt le don de susciter son ire.

En témoigne, cette incroyable charge d'une rare violence à l'adresse du président de la République publiée il y a quelques jours sur son blog.

La raison de ce courroux ? L'intervention de Nicolas Sarkozy le 26 juin dernier lors d'un déplacement à Limoges. Évoquant l'extraordinaire complexité du millefeuille institutionnel français - ce en quoi il a parfaitement raison - le président de la République s'en prend vigoureusement aux collectivités locales (départements, régions...) accusées de creuser les déficits publics français.

Une saillie que l'ancien ministre du budget et toujours président de la communauté d'agglomération d'Alançon juste profondément injuste. Le vrai problème, selon Alain Lambert, c'est l'incapacité de l'État à se réformer et sa propension à transférer sans cesse de nouvelles compétences aux collectivités locales sans les moyens financiers correspondants et sans réduire pour autant ses propres services.

Les propos d'Alain Lambert sont, à ce sujet, parfaitement explicites. En voici un extrait :

"A la vérité, c'est dans les services de l'Etat, placés sous votre autorité, que vous trouverez toutes les causes de freins, d'inutiles handicaps, de procédures, de bureaucratie qui découragent les Français, étouffent la France, freinent la croissance, et ruinent les finances publiques. Les missions confiées aux collectivités par l'Etat n'ont réduit en rien les fonctionnaires en administration centrale : ils sont plus nombreux encore. Comme ils s'ennuient, et qu'ils sont de vaillants fonctionnaires, ils produisent de la norme, de la norme, de la norme, des circulaires, des arrêtés, des décrets qui ne font l'objet d'aucune étude d'impact mais dont le coût est intégralement financé par les collectivités locales dont vous critiquez ensuite l'augmentation des dépenses. Ubuesque."

Quant à la conclusion, elle est tout aussi nette :

"S'agissant des collectivités locales, laissez-leur six mois pour organiser, elles-mêmes et librement entre elles la réorganisation de leur paysage, la suppression de leurs doublons, le désenchevêtrement de leurs compétences, leurs éventuelles fusions et la mutualisation systématique de leurs services. Le succès est garanti. Je m'en porte garant ! Mais, de grâce, que le Gouvernement ne s'en mêle pas. L'Elysée pas davantage !
Hélas, cette supplique ne vous parviendra, sans doute, jamais et la France continuera de boiter, claudiquant au milieu de tous les handicaps inutiles qu'elle se dresse à elle même, quelle que soit l'énergie que vous y consacrez et les instructions incessantes que vous donnez.
Ne trouvez dans ces modestes propos aucune malveillance, ni nostalgie ou frustration, mais le dernier souffle d'un ami sincère et désintéressé qui, parfois bien seul, vous a soutenu, au début de votre carrière et au moment où l'on vous voulait tant de mal. Simplement, je ne comprends plus rien à l'action de l'homme que j'ai connu, aimé, soutenu, recommandé et dont je souffrirais profondément qu'il échouât car ce serait un péril pour la France."

Qui a dit "gardez moi de mes amis, quant à mes ennemis je m'en charge" ?

01 juin 2008

Delanoë : un temps de retard ?

546409877.jpgIl est parfois des racourcis cruels.

Dans son édition du 23 mai dernier, Le Monde publie en page 13 une publicité pour le Nouvel Obs qui fait sa une sur le nouvel ouvrage de Bertrand Delanoë avec ce titre choc : "Moi, libéral et socialiste".

Ironie du sort, juste en face, un article en pleine page intitulé : "21 sages pour une mondialisation moins sauvage" où l'on apprend qu'une commission des Nations Unies composée d'anciens chefs d'état ou directeurs de banque centrale appelle à en finir avec le "consensus de Washington" et plaide pour un monde mieux régulé et la fin du culte absolu du libre-échangisme mondial.

Du coup, cette ode assumée au libéralisme d'un des principaux responsables du Parti socialiste au moment même où de plus en plus de voix s'élèvent dans le monde pour en dénoncer les abus et en appeler à un nouvel ordre économique mondial laisse sceptique. Bertrand Delanoë n'aurait-il pas un temps de retard ?

On s'empressera de crier au faux procès et de rétorquer que le libéralisme auquel se réfère l'actuel maire de Paris, c'est bien sûr le libéralisme politique issu des lumières ou le libéralisme culturel à la mode américaine. Certes. Sauf qu'en bon communiquant, Bertrand Delanoë ne peut ignorer qu'en France lorsqu'on parle du libéralisme, c'est du libéralisme économique dont il s'agit dans tous les esprits et que revendiquer ce terme n'a rien d'anodin dans le débat politique, surtout à gauche.

Quel est, dès lors, l'objectif vraiment recherché par Bertrand Delanoë ?

Moderniser le discours socialiste et le convertir définitivement à l'économie de marché ? Mais nul besoin pour cela de s'emparer d'un terme qui ne renvoit pas seulement à l'acceptation de l'économie de marché, ce qui est le cas des socialistes français depuis de nombreuses années, mais à une idéologie - dogme du libre échange mondialisé, réduction du rôle de la puissance publique, mise en concurrence généralisée des travailleurs et des économies nationales - dont tout indique qu'elle est incompatible avec l'idéal socialiste.

Plus tactiquement, ravir les voix des partisans esseulés de Dominique Strauss Kahn en vue du prochain Congrès ? Mais Bertrand Delanoë avait déjà suffisamment fait la preuve de son "modernisme" et de son "réalisme" pour qu'il se dispense de ce nouveau gage à la frange la plus libérale du PS. A contrario, il donne ainsi l'occasion à Ségolène Royal de gauchir son discours à peu de frais tandis qu'il ne fait que conforter son image libérale-libertaire et de défenseur des bobos qui lui colle déjà à la peau. 

Sur le fond, le futur Congrès de Reims s'ouvre sur une querelle qui n'a rien de purement sémantique. Car elle pose la question fondamentale du rôle et de la place d'un parti socialiste dans une économie mondialisée. Or, on a la désagréable impression que les socialistes français réfléchissent une fois de plus à contre temps. En 1981, alors que la vague ultra-libérale commençait à déferler sur le monde entier avec l'arrivée au pouvoir d'une Thatcher ou d'un Reagan, les socialistes plaidaient encore pour la rupture avec le capitalisme et les nationalisations massives de l'appareil productif. 25 ans plus tard, alors que le compromis social-démocrate a été balayé par la mondialisation, que les crises financières à répétition, la raréfaction inéluctable des énergies fossiles, l'aggravation de la crise alimentaire et la menace climatique rendent de plus en plus urgente l'invention de nouveaux modes de régulation, les socialistes français ne semblent pas avoir compris l'ampleur des enjeux, englués qu'ils sont dans leurs luttes internes et leur souci d'obtempérer au diktat médiatique qui presse le PS de se "moderniser", c'est-à-dire d'accepeter peu ou prou l'ordre injuste du monde.

Sous prétexte qu'il y eu trop souvent par le passé un gouffre entre les discours et les actes, l'audace consisterait pour les socialistes à accepter globalement le monde tel qu'il est et à n'envisager de l'améliorer qu'à la marge. Et si, plus que d'audace, ç'était d'abord de courage dont manquaient les dirigeants socialistes ? Le courage de porter un discours à contre-emploi de la vulgate libérale dominante. Un discours qui n'aurait pas peur de remettre en cause le culte du libre-échange mondial ou de la croissance à tout crin.  Des socialistes qui, sans renoncer à agir sur le réel de façon pragmatique, n'en oublieraient pas pour autant leur vocation première : aider à penser le monde autrement et permettre, peu à peu, de le transformer.

01 mars 2008

Oui la laïcité est en danger !

10f86202af14f6c586b7a080b074df15.jpgLes coups de boutoir et les remises en cause infligées ces derniers mois par Nicolas Sarkozy à la laïcité n'auront pas tardé à produire leurs effets.

J'ai ainsi été frappé par les réactions de plusieurs représentants religieux lors d'une récente édition de l'émission Riposte sur France 5. L'un d'entre eux n'a pas hésité à parler "d'intégrisme laïc" pour décrire la situation qui prévaut dans notre pays. J'avoue que j'ai hésité dans un premier temps entre consternation et colère.

Mais doit-on vraiment être surpris de telles réactions lorsque le Président de la République lui même remet en cause cent ans de laîcité française ? Force est de le constater : comme hier les propos d'un Jean-Marie Le Pen et d'une partie de la droite avaient contribué à banaliser certains discours racistes, les critiques à peine voilées de Nicolas Sarkozy à l'encontre de la laïcité ont ouvert une brèche dans laquelle toutes les religions sont en train de s'engouffrer, au prix d'un spectaculaire et scandaleux inversement des valeurs.

Intégriste la laïcité ? On croit rêver. Surtout lorsque la critique provient de grandes religions monothéistes qui, à travers l'histoire, n'ont eu de cesse de vouloir imposer leur prosélitisme souvent dans la violence. Que je sache, la laïcité n'a jamais tué personne. Elle n'est pas responsable des guerres de religion, des croisades, des fanatismes ou du terrorisme qui ont endeuillé par million l'humanité.

Où que se tournent nos regards sur la planète, ce n'est pas, à l'évidence, de trop de laïcité dont nous souffrons dans ce monde mais de son manque cruel. Partout où elle est menacée, comme en Turquie, son recul marque un terrible retour en arrière pour les libertés individuelles, l'égalité homme/femme ou les droits démocratiques fondamentaux. Et comment justifier toute remise en cause de la laïcité lorsqu'on appelle dans le même temps la religion musulmane à trouver pleinement sa place dans la République en poursuivant son travail de sécularisation et de modernisation.

Oui, dans une société où cohabitent, et c'est heureux, les consciences et les croyances les plus diverses, la laïcité demeure le plus utile rempart contre l'intolérance, le meilleur outil pour bien vivre ensemble nos différences. La laïcité n'est pas et n'a jamais été le refus ou la négation du religieux mais l'affirmation d'une règle aussi simple qu'absolue : la conviction et la pratique religieuses doivent relever exclusivement de la sphère privée et ne jamais déborder sur l'espace public.

Lorsqu'on constate, pour ne prendre que l'exemple de l'Europe, la prétention de la religion catholique à réinvestir, parfois violemment, le débat public en Italie (où elle a réussi à empêcher l'adoption d'une union civique pour les homos) ou en Espagne (où elle défile avec le Parti populaire contre le gouvernement socialiste ), on se dit qu'il est décidément urgent de ne rien abandonner de nos principes et de nos valeurs laïcs. En s'y attaquant, Nicolas Sarkozy a pris une lourde responsabilité : celle de mettre à mal la paix civique et la cohésion nationale de notre pays. Voilà une attitude bien irresponsable de la part d'un président de la République et qui nécessite une vigilance de tous les instants de tous ceux - et ils sont nombreux - qui refusent de sacrifier ce trésor de notre République qu'est la laïcité. 

17 février 2008

Sarkozy : le début de la fin ?

add153e7e14979aa3462fe49fbc1fde3.jpgC'était le 6 mai au soir. Nicolas Sarkozy remportait une victoire nette et sans bavure au second tour de l'élection présidentielle après avoir rassemblé 31% des électeurs sur son nom au premier. Jamais depuis 50 ans la participation électorale n'avait été aussi forte. La France semblait avoir définitivement tourné une page : celle de l'immobilisme et de la crise morale et politique dans laquelle elle s'enlisait depuis 20 ans. La presse, déjà largement conquise, s'enflammait pour ce nouveau président qui, à n'en pas douter, allait débloquer cette société française qui en avait tant besoin et remettre notre beau et vieux pays en mouvement.

C'était il y a 9 mois. Autant dire un siècle. Depuis, il y eut la folle nuit du Fouquet's, la retraite à Chypre sur le yacht de l'ami Bolloré, puis la visite de Kadhafi, ce long supplice au cours duquel la France fut humiliée aux yeux du monde entier, le divorce d'avec Cécilia, l'escapade egyptienne avec Carla, la remise en cause de la laïcité à Rome et en Arabie Saoudite ou bien encore la sinistre farce des municipales à Neuilly. Et voilà que subitement l'opinion publique décroche, le candidat si talentueux, le maitre de la communication politique dévisse dans tous les sondages. Et la presse, hier complaisante et fascinée, se lance à son tour dans la curée.

Pour tous ceux qui ont dénoncé en son temps le mirage Sarkozy mais aussi le danger que celui-ci représentait pour le pays, cette chute de popularité ne constitue pas une surprise. Si surprise il y a c'est plutôt qu'un tel retournement de situation intervienne finalement aussi vite.

La vérité c'est que tout ce qui advient aujourd'hui (la personnalisation du pouvoir à outrance, l'exhibitionnisme déplacé, la consanguinité avec les milieux d'affaire et les détenteurs de médias, la fascination pour l'Amérique de Bush, l'exacerbation pathologique du Moi, la volonté de régler les problème sociaux dans certains quartiers par l'affirmation du fait religieux, l'approximation de la politique économique réduite à des slogans de campagne...) nous l'avions dénoncé hier. Lorsqu'on relit le numéro consacré par Marianne à Nicolas Sarkozy entre les deux tours, on se dit qu'il n'y a pas une phrase qui ne mériterait pas d'être republiée.

La plupart des médias et un certain nombre d'intellectuels ont cru voir dans l'élection de Nicolas Sarkozy l'avènement d'une nouvelle ère dans l'histoire de notre pays. Une nouvelle ère qui solderait la crise morale et politique dans laquelle s'embourbait la France depuis de trop nombreuses années et ouvrirait la voie à un nouveau volontarisme politique. Ce faisant, ils ont commis une profonde erreur d'anlayse. Le Sarkozysme ne marque pas la fin de la crise politique de notre pays. Il en constitue à la fois l'aboutissement et le paroxysme. En poussant très loin le feu de ses promesses - demain TOUT devient possible - le candidat Sarkozy s'est non seulement exposé à décevoir et à en sûbir les effets en matière de popularité. Mais beaucoup plus grave, il s'est exposé à décevoir ces millions de Français qui avaient pris l'habitude de se réfugier dans l'abstention ou dans le vote extrême, ces millions de Français qui pensaient pouvoir à nouveau croire en la politique et qui constituent aujourd'hui les premiers déçus du Sarkozysme.

Nicolas Sarkozy se présentait comme le président du pouvoir d'achat ? Il est obligé de reconnaître que le "travailler plus pour gagner plus" n'était qu'un slogan creux et que les heures supplémentaires ne concerneront ni les caissières de carrefour - payées 33 heures pour 35 heures de travail ! - ni les salariés d'Arcelor-Mittal menacés de perdre leur emploi, ni même les agents de la fonction publique hospitalière puisque les budgets des hopitaux sont déjà en déficit !

Il voulait réhabiliter le volontarisme en politique ? Six mois seulement après son élection, il avoue son impuissance : les caisses de l'Etat son vides paraît-il ! Faute d'améliorer leur pouvoir d'achat - mais cette question est bien trop terre à terre - les Français auront le droit à une énigmatique et bien peu rassasiante politique de civilisation.

Il prétendait lutter contre l'euro fort et refaire de l'Europe une protection face à la mondialisation ? Il fait adopter sans référendum un traité soit disant simplifié qui reprend 99% du contenu du précédent traité constitutionnel et sans avoir obtenu de nos partenaires européens aucune avancée sur la politique de la BCE ou le tarif extérieur commun de l'Union.

Il voulait mieux réguler l'immigration ? Au nom de l'immigration choisie - qui va piller les ressources intellectuelles des pays en voie de développement - il réinstitue en fait l'immigration du travail abandonnée en 1974... à la grande satisfaction d'un patronat dispensé ainsi d'augmenter ses salariés ou de former les chômeurs.

Il annonçait son intention de liquider l'héritage de mai 68 ? Il use sitôt élu du précepte "jouir sans entrave", étale sa vie privée au grand jour, divorce - une première à l'Elysée - et se remarie - encore une première à l'Elysée - deux mois seulement après !

Il prétendait réformer les régimes spéciaux ? Il ne s'attaque en fait qu'à une minorité d'entre eux, celui des cheminots et des électriciens, en épargant fort opportunément celui des marins pêcheurs, des notaires ou des parlementaires. Et promet tant de contreparties que la réforme s'avère fianlement presque aussi coûteuse que les économies générées.

Il entendait rompre avec la France-Afrique chère à ses prédécesseurs ? Il rend ses premières visites officielles auprès des chefs d'état africains les moins démocrates et prononce cet ahurissant discours de Dakar où suinte le pire des naturalismes et un écoeurant sentiment de superiorité néocolonial.

Il voulait refaire de la France l'étendard des Droits de l'homme et disait préférer serrer la main d'un Bush plutôt que d'un Poutine ? Il s'empresse de faire une balade en jeep aux côtés du nouveau tsar de Russie et déroule le tapis rouge à un Kadhafi qui pousse le vice jusqu'à humilier le président de la République en personne pendant son voyage.

Et on pourrait poursuivre encore longtemps la litanie des promesses oubliées, des engagements sacrifiés ou des simples ratés, sans compter l'image profondément ternie de la France à l'étranger.

Mais alors, pourquoi le champion de la communication, le formidable bateleur de la campagne présidentielle semble-t-il avoir subitement perdu la main ?

Il y a bien sûr le mur des réalités auxquelles se heurtent à présent les promesses sarkoziennes. Mais, là encore, la situation tient d'abord à la psychologie même du nouveau président. C'est parce qu'il s'estime surpuissant et n'ayant de compte à rendre à personne que Nicolas Sarkozy s'autorise tous les excès et refuse toutes les limites; qu'il s'accorde généreusement une augmentation de 200% - symbole terrible au moment où la plupart des Français se serrent la ceinture - qu'il remet en cause un des fondements de la République française qu'est la laïcité ou - faits moins graves mais tout aussi significatifs - qu'il fait lanterner le pape vingt minutes avant d'être reçu au Vatican ou qu'il pianote sur son téléphone portable devant le roi de Jordanie. Autant d'éléments qui ne sont nullement des erreurs ou des ratés dans la communication élyséenne mais qui traduisent le fondement même de la personnalité de Nicolas Sarkozy, son absence totale de surmoi.

Serait-ce déjà le début de la fin pour Nicolas Sarkozy ? Il serait présomptueux de l'affirmer. Car même si la gauche devait remporter les prochaines élections municipales et cantonales - ce qui est possible mais pas certain - le président de la République a un atoût maître : la durée. La seule question qui vaille est plutôt : comment tout cela va finir ? Jusqu'où ira encore ce président ivre de son propre pouvoir ? Il faut hélàs craindre le pire car il y a de fortes chances pour que la réponse de Nicolas Sarkozy après les municipales soit une nouvelle fuite en avant et une droitisation de sa politique.

Raison de plus pour que les socialistes et tous les démocrates s'attèlent dès à présent à la construction d'une véritable alternative. Pas de temps à perdre !

08 janvier 2008

Y a-t-il encore un Parlement en France ?

6af6622fbcfa2ea491137fb2f9b10aac.jpgJe reproduis ci-dessous l'excellente contribution de Julien Collette, secrétaire général de la Convention pour la sixième République (C6R) sur la volonté de Nicolas Sarkozy et de François Fillon d'engager la notation de leurs ministres par un cabinet de consultant privé.

Y a-t-il encore un Parlement en France ?

 

 

Chacun des membres du gouvernement va prochainement être reçu par le premier ministre pour se voir remettre une « feuille d’évaluation », établie par un cabinet privé de conseil en stratégie et devant permettre de juger des résultats de l’action de l’équipe de F. Fillon en fonction des objectifs assignés par le président de la République.

Cette initiative a immédiatement suscité un concert d’éloges de la part de l’UMP et de certains observateurs de la vie politique, thuriféraires des pratiques managériales en vigueur dans les grandes entreprises. On pourrait en effet croire que N. Sarkozy a trouvé là un moyen, nouveau, de rendre effectif le principe prescrit par l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, à savoir que « la Société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ».

Dans cette perspective, cette démarche ne serait critiquable qu’en tant que modalité d’application d’un principe très en vogue de l’action publique, trouvant effectivement son fondement dans l’article 15 de la Déclaration du 26 août 1789 : l’évaluation. Et le risque est bien de tomber dans le « piège » tendu par N. Sarkozy en se contentant, comme beaucoup de réactions de responsables de l’opposition l’ont laissé paraître, de ne voir qu’une mauvaise manière faite aux membres du gouvernement de les faire évaluer par des consultants privés alors que cette initiative constitue en fait une atteinte sérieuse aux prérogatives du Parlement, pour ne pas dire à son existence même.

Ministres et secrétaires d’Etat seront donc désormais comptables de leur action directement devant le président de la République, la mise en cause de la responsabilité politique des membres du gouvernement devenant ainsi une pleine prérogative du chef de l’Etat.

Il est étonnant, pour ne pas dire inquiétant, de constater que seul P. Moscovici, député socialiste, s’est souvenu que, même dans le texte de 1958, la mise en cause de la responsabilité du gouvernement, et par voie de conséquence le contrôle de son action, appartient à l’Assemblée nationale, comme en dispose l’article 49 de la Constitution.

Dans un régime parlementaire, ce que reste malgré tout la Ve République si l’on s’en tient à la lettre de la constitution de 1958, doit être regardé comme une garantie fondamentale contre l’arbitraire potentiel du pouvoir exécutif le droit inaliénable et exclusif du Parlement de mettre en cause la responsabilité politique du gouvernement.

Mais il est vrai que la présidentialisation de la Ve République, déjà bien engagée avec l’instauration du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, a trouvé une nouvelle vigueur avec l’élection de N. Sarkozy à la présidence de la République.

Le dispositif original d’évaluation des ministres annoncé ces derniers jours y participe.

Législateur déjà bien affaibli, notre Parlement se voit ainsi contrarié jusque dans l’exercice même de sa fonction de contrôle alors que tous les parlements des grandes démocraties ont trouvé dans le renforcement de celle-ci, ces dernières années, un efficace vecteur de re-légitimation de leur rôle.

Faudra-t-il voir, sur nos écrans de télévision, le chef de l’Etat fixer la feuille de route à « sa » majorité parlementaire directement depuis la tribune du Congrès pour prendre conscience du déséquilibre très profond que N. Sarkozy est en train d’installer dans le fonctionnement de nos institutions démocratiques au profit de son seul pouvoir ?

Qui garde à l’esprit que le président de la République, qui sera bientôt, de jure et non plus de facto, le chef unique de la politique étrangère et de sécurité du pays, avec la création d’un conseil national de sécurité « à la française » placé sous sa seule autorité, conserve le droit de dissoudre l’Assemblée nationale alors que les députés n’ont aucun moyen de mettre en cause sa responsabilité politique ?

Là où S. Berlusconi a échoué à concentrer tous les pouvoirs institutionnels entre ses mains car, malgré son instabilité, la IIe République italienne reste un régime parlementaire, N. Sarkozy est en train de réussir, sous le régime de notre Ve République et sous l’œil soit bienveillant soit apeuré de la classe politique.

Il faut plaindre Montesquieu, et tant d’autres penseurs français de la démocratie et de la république, dont le repos doit être bien troublé de voir Prométhée déchaîné parvenu au sommet de l’Etat…

 

 

                                                                                              Julien Collette,

 
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