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17 janvier 2009

Peut-être une histoire d'amour, de Martin Page

martinpage.jpgPublié en 2001, le premier roman de Martin Page, Comment je suis devenu stupide, avait été une vraie bonne surprise.

Les suivants comme La libellule de ses huit ans étaient moins convaincants.

Bonne nouvelle : avec ce nouveau cru, Peut-être une histoire d'amour, on a plaisir à retrouver l'auteur qu'on avait aimé il y a 7 ans. Même fausse naïveté, même fantaisie, même univers entre enfance, adolescence et âge adulte, avec sans doute une pointe de gravité en plus.

Peut-être une histoire d'amour raconte l'histoire de Virgile, jeune homme toujours un peu à côté de ses pompes, qui découvre un soir sur son répondeur le message d'une jeune femme, Clara, lui annonçant qu'elle le quitte. Sauf que Virgile n'a plus aucun souvenir de l'identité de cette Clara. Virgile se met alors en tête de retrouver cette femme énigmatique.

Entre comédie romantique et conte initiatique, Martin Page déroule une histoire souvent drôle, pleine de fantaisie, toujours légère et parfois profonde. L'écriture simple et fluide n'empêche pas le sens de la formule comme celle-ci : "Dans la vie, nous naviguons entre les douleurs que l'on nous fait et celles que nous nous faisons nous mêmes. Un jour, nous nous apercevons que ce sont les mêmes". Ou bien encore : "J'ai toujours considéré que les enfants ne méritaient pas d'être enfants. Les adultes profiteraient beaucoup mieux de l'enfance qu'eux. Les enfants sont si sérieux, si plein de certitudes : ils feraient de très bons adultes".

Bref, content de vous retrouver Martin Page !

16:07 Publié dans livres | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : livres, martin page

09 décembre 2008

Des accomodements pas si raisonnables

accommodements.jpgIl faut parfois traverser les océans et parcourir plusieurs milliers de kilomètres pour retrouver la femme qu'on aime et finalement se retrouver soi même.

C'est, en substance, ce qui pourrait résumer le dernier roman du très prolifique Jean-Paul Dubois. Dans  Les accomodements raisonnables on retrouve son éternel anti-héros en proie permanente au doute face aux absurdités et aux tourments de l'existence.

Moins sombre que son précédent opus, Hommes entre eux, ce nouveau roman renoue avec l'humour décalé et la dérision chères à l'auteur mais qui ne l'empêchent pas d'aborder ses thèmes de prédilection : la peur du temps qui passe et l'angoisse de subitement ne plus rien connaître des êtres qui nous sont les plus proches : une femme qu'on a aimé mais qui semble définitivement avoir quitté le monde des vivants ; des enfants qu'on a élevés et qui nous paraissent presque étrangers ; un père dont on découvre estomaqué que toute sa vie il n'a fait que tricher.

On se laisse gentiment porter par l'écriture souple et fluide de Jean-Paul Dubois et c'est avec un vrai plaisir qu'on suit, mi amusé, mi attendri, le parcours de son personnage balloté au gré des vents et surnageant dans la tempête, si proche de nous en fait. Alors oui, il en faut bien des accomodements raisonnables dans cette vie en proie à l'excès et à la déraison, à la fuite et au déni. Et tant pis si ces accomodements ne sont finalement que provisoires... comme le sont chacune de nos existences.

 

Les accomodements raisonnables, de Jean-Paul Dubois, éditions de l'Olivier. 

 

 

 

 

28 septembre 2008

Sarkozy : l'erreur historique

sarkoerreurhisto.jpgC'est à un véritable réquisitoire de la politique économique menée par Nicolas Sarkozy que se livre Jean Peyrelevade, ancien dirigeant du Crédit Lyonnais devenu proche conseiller de François Bayrou, dans ce court essai, aussi brillant qu'irritant.

Brillant, Jean Peyrelevade l'est incontestablement lorsqu'il décrit l'impasse d'un pouvoir ultra-personnalisé. Même s'il s'en défend, l'auteur s'en prend directement à la personnalité du président de la République, impérieux et sûr de lui au point d'imaginer que la volonté d'un seul homme pourrait venir à bout de toutes les difficultés et de tous les blocages de la société française.

Irritant lorsqu'il assène ses vérités avec l'arrogance de la Noblesse d'Etat, renvoyant la plupart de nos gouvernants à leur ignorance économique. "Laissez faire ceux qui savent" pourrait résumer cet ouvrage aux relents aristocratiques.

Sur le fond, la thèse de Peyrelevade est assez simple : loin d'être le Grand Réformateur devant l'Eternel que la presse nous présente, Nicolas Sarkozy ne fait que reproduire les erreurs du passé et conforter les Français dans l'illusion que réforme ne rime pas forcément avec sacrifices. A ne pas vouloir engager la France dans une véritable cure d'austérité, comme a pu le faire l'Allemagne sous Schroeder, Sarkozy, par démagogie, ne ferait que retarder un peu plus le nécessaire redressement du pays. Bref, en lieu et place de réformes profondes, le président de la République n'aurait engagé que des mesurettes cosmétiques.

Du sang et des larmes ! C'est la potion amère que prescrit Peyrelevade dans son ouvrage.  L'urgence : rétablir la compétitivité des entreprises françaises en chute libre depuis la fin des années quatre-vingt-dix sous le double effet des 35 heures et de l'augmentation continue des dépenses publiques. La recette : un plan drastique de diminution des dépenses de l'Etat et un allègement des charges qui pèsent sur les entreprises. Comment y parvenir ? En mettant l'Etat au régime sec et en augmentant les impôts qui pèsent sur les seuls ménages. Une façon de confirmer le vieil adage selon lequel "la France vit au dessus de ses moyens".

Dès lors, on comprend que les premières mesures économiques prises par Nicolas Sarkozy n'aillent pas dans le sens souhaité par l'ancien pdg du Crédit Lyonnais. La loi TEPA ? Ruineuse pour nos finances publiques, elle constitue une inutile relance de l'économie quand c'est une politique de l'offre qu'il faudrait développer. Et que dire de la dizaine de taxes nouvellement créées qui ne font que dégrader un peu plus la compétitivité des entreprises ?

Alors bien sûr on sursaute lorsque Jean Peyrelevade semble nier l'évidence, notamment l'accroissement des inégalités au sein de la société française ou la lente et régulière érosion du partage de la valeur ajoutée entre travail et capital au profit de ce dernier.

Pour autant, comment lui donner tort lorsqu'il appelle à un effort sans précédent en faveur de la recherche ou de l'éducation afin de moderniser notre appareil productif et générer des emplois mieux qualifiés ? Comment lui donner tort lorsqu'il estime que ces investissements indispensables ne pourront s'opérer qu'au prix d'une véritable réforme de l'Etat qui permette de générer des moyens adaptés ?

C'est donc avec intérêt qu'on lira cet essai stimulant pour contribuer - peut-être - à imaginer l'après Sarkozy.

11 août 2008

Un bon livre sur le Grand Paris

1954730299.jpgDepuis quelques mois, la question du Grand Paris agite le débat public. Véritable serpent de mer de l’actualité institutionnelle française, évoquée par Michel Rocart à la fin des années quatre-vingt, elle a resurgit il y a un peu plus d’un an à la faveur de Nicolas Sarkozy et a pris un peu plus de consistance avec la nomination, en mars dernier, d’un secrétaire d’Etat à la Région capitale, Christian Blanc.

 

Mais entre vrais enjeux et arrière-pensées politiques, il n’est pas toujours facile de voir clair dans ce débat appelé à connaître de multiples rebondissements dans les semaines et les mois à venir. Un livre vient de paraître aux éditions de la Villette qui a le mérite de dresser un vaste panorama, dénué de toute prise de position partisane, sur cette question. C’est celui de l’architecte et urbaniste Philippe Panerai, intitulé Paris métropole, formes et échelles du Grand Paris.

 

Richement illustré, notamment par différentes cartes de l’agglomération parisienne qui donnent à voir à la fois les changements et la persistance de certaines données à travers le temps, cet ouvrage a le mérite d’être écrit dans un langage accessible au néophyte.

 

Ancré dans l’actualité la plus récente (figure notamment une analyse sans concession du projet de Schéma Directeur de la Région Ile-de-France en cours d’adoption) mais non dénué d’éclairage historique, il se compose  de sept chapitres qui permettent d’aborder, tour à tour, les différents volets qui structurent le débat sur le Grand Paris :

- la question de la densité, où l’on apprend que la densité est une notion éminemment subjective, selon que l’on est Français, Américain ou Chinois, que l’on habite dans les tours du Front de Seine, des Olympiades ou de Clichy Montfermeil ;

- la question des échelles et des limites, où l’on comprend que ce qui fait une ville ce sont ses limites mais que celles-ci ne peuvent plus s’entendre aujourd’hui comme des frontières infranchissables ;

- la question des géographies, où l’on voit qu’un territoire ce sont d’abord ses paysages  et qu’il est toujours vain de vouloir tourner le dos à ces vérités géologiques ;

- la question des pavillons et des grands ensembles, ou comment réconcilier deux formes urbaines apparemment inconciliables ;

- la question de la mobilité et des centralités, où l’on se rappelle qu’une ville ce sont d’abord des espaces de rencontre et d’échange et des liens entre ces espaces ;

- enfin la question de la gouvernance métropolitaine, où l’auteur propose de dépasser le traditionnel modèle radioconcentrique du développement urbain pour une polycentralité hiérarchisée ;

- sans oublier – septième et dernier chapitre – un regard comparé sur le fonctionnement de quatre villes-monde : Paris, Londres, New-York et Shanghai.

 

Une comparaison fort utile et qui permet de cerner, en quelques chiffres seulement, cette « exception francilienne » qui est aussi une de nos « exceptions françaises ». Pour une métropole au poids de population à peu près équivalent (environ 8 millions d’habitants), c’est-à-dire pour Paris ce qu’on appelle la zone dense, nous comptons 200 organes de décision politique (communes), Londres 33 (boroughs), New-York  City 5 (boroughs) et Shanghai 10 (districts). Et encore ces chiffres – qui justifient par eux même qu’on se penche sur la question de la gouvernance de la métropole parisienne – ne rendent-ils pas compte de la répartition réelle des pouvoirs entre ces différents organes politiques (non seulement ceux-ci sont en nombre nettement inférieurs à Londres, New-York ou Shanghai mais en outre leurs pouvoirs de décision et leurs compétences sont nettement réduits comparés à nos communes).

 

Autre enseignement de cette comparaison internationale : les plans des transports en commun en disent souvent plus long sur l’organisation d’une métropole que bien des discours. Et en la matière, Paris fait là encore tristement exception, souffrant encore du refus des décideurs d’alors – c’était à la fin du XIXème siècle – de prolonger le métropolitain au-delà des fortifications. Un refus timidement réparé à partir de 1924 mais qui ne sera jamais vraiment à la hauteur d’une véritable ambition… métropolitaine.

 

Et Philippe Panerai de conclure – à raison – que « la carte d’un Grand-Paris plus juste et plus solidaire sera le plan de ses transports en commun » !

 
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