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27 avril 2007

Sarko calimero

medium_calimero.jpgIl est incroyable Nicolas Sarkozy. Toute sa carrière, il a fait de l'affirmation des clivages politiques la pierre angulaire de son discours et de sa stratégie. Il fallait "décomplexer" la droite, faire "sauter" les tabous, en finir avec la "bien pensance" de gauche, rompre avec la "pensée molle" et engager une véritable "rupture" fut-elle tranquille.

Pour mener à bien sa stratégie, l'homme n'a jamais manqué de talent, ni de bagout. Et dieu sait s'il en fallait pour récupérer à l'âge de 28 ans la mairie de Neuilly au nez et à la barbe de Charles Pasqua. Dieu sait s'il en fallait pour revenir en cours auprès de Jacques Chirac après l'avoir trahi pour Balladur. Dieu sait s'il en fallait pour dérober à ce même Chirac le parti qu'il avait fondé 30 ans plus tôt et en faire une formidable machine de guerre présidentielle avec le succès que l'on sait. 

Tout ceci, Nicolas Sarkozy le doit à sa détermination, à son ambition démesurée, à son tempérament, à son goût affiché du combat politique et des épreuves de force. Et au moment où il arrive à la dernière marche de sa destinée, pour reprendre une de ses expressions, voilà qu'il entonne le refrain de la victimisation. Ses adversaires se rendraient coupables d'odieuses manoeuvres de diabolisation, il croulerait sous les discours de haine, sa pensée serait honteusement travestie et ses prises de position caricaturées à l'excès. Bref, lui qui n'a jamais figuré au rang des modérés ou des tendres dans son combat politique et qui revendiquait précisément cette façon de faire, crie aujourd'hui au procès en sorcellerie ! On en verserait presque une larme... de crocodile ! 

Soyons clairs : ceux qui veulent réduire cette campagne d'entre deux tours à une réthorique anti-sarkozy se fourvoient. Le TSS n'est pas seulement stupide ; il est surtout inopérant.  D'ailleurs, il n'est nul besoin d'user de la caricature pour dénoncer les dangers que l'élection de Nicolas Sarkozy ferait courir à notre pays. Il suffit d'observer les faits.

Ainsi, l'inquiétude qu'il suscite quant à la préservation du pluralisme et de l'indépendance des journalistes ne repose pas sur de vagues rumeurs mais sur des faits avérés : c'est Jean-Pierre Elkabach, directeur de la rédaction d'Europe1, qui le consulte pour choisir le journaliste qui aura la charge de le suivre pendant la campagne ; c'est le rédacteur en chef de Paris-Match qui est démi de ses fonctions à la suite d'une couverture montrant Cécilia et son amant ; c'est Nicolas Sarkozy lui même qui s'emporte devant la rédaction de France 3 et promet de virer la direction sitôt élu ; c'est enfin son amitié affichée pour des grands patrons de presse au premier rang desquels figure Arnaud Lagardère. Est-il infamant ou irrespectueux d'interroger un candidat à la présidentielle sur de telles questions, au moment où l'organe de régulation de l'audiovisuel qu'est le CSA est composé presqu'exclusivement de membres issus de l'actuelle majorité et que son président n'est autre que l'ancien directeur de cabinet de Jean-Pierre Raffarin ?

Même chose sur le respect du principe constitutionnel de séparation des pouvoirs. C'est bien au moment où Nicolas Sarkozy officiait comme ministre de l'intérieur que le premier magistrat de France, Guy Canivet, pourtant pas réputé pour être un homme de gauche, ressenti le besoin, pour la première fois dans l'histoire de la Vè République, d'en appeler publiquement au président de la République afin qu'il se porte garant de l'indépendance du pouvoir judiciaire par rapport au pouvoir exécutif. Mais sans doute avons-nous rêvé ou accordé trop d'importance à un événement parfaitement anodin !

Lorsque le candidat UMP se prononce pour la détection des signes avant-coureurs de délinquance dès l'âge de 3 ans (!), sans expliquer d'ailleurs par qui et sur quelle base, qu'il incline à penser qu'on naît pédophile, que 1200 ou 1300 jeunes se suicident en France chaque année parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable et que la part de l'inné dans ces phénomènes est immense, est-ce faire preuve de mauvaise foi ou de bien pensance que de s'inquiéter sérieusement de la philosophie qui sous tend de tels discours ?

Enfin, l'attitude de Nicolas Sarkozy pendant cet entre-deux tours est, une fois de plus, caractéristique de sa conception pour le moins singulière de la démocratie. Libre à lui de refuser tout débat avec François Bayrou. Mais au nom de quoi prétend-il interdire à d'autres de le faire ? Au nom de quoi entend-il dénier toute légitimité à un débat entre Ségolène Royal et François Bayrou alors que tout le monde sait parfaitement que ce sont les électeurs du candidat centriste qui détiennent la clef du second tour ? N'est-il pas démocratiquement sain que ceux là puissent faire leur choix en toute conscience, en toute connaissance de cause ? Cela ne retire en rien à la légitimité des deux seuls candidats encore en lice. On demeure, par ailleurs, stupéfait de l'annonce faite par Nicolas Sarkozy selon laquelle il "favorisera" la création d'un nouveau parti centriste UMP-compatible et même d'un "pôle de gauche" animé par ce pitoyable Eric Besson, lequel s'est adonné en plein meeting à une écoeurante séance publique de contrition digne des pires procès staliniens. C'est vrai que la vie serait plus simple s'il suffisait pour le président nouvellement élu de créer de toute pièce les organisations politiques appelées à participer au débat démocratique et d'en désigner les représentants !

Alors, caricaturaux les opposants de Sarkozy ? Malheureusement, en matière de caricature, le candidat de l'UMP n'a besoin de personne pour réaliser des prouesses. Alors qu'il arrête au moins de se poser en victime et qu'il assume enfin ses positions dans un débat authentiquement démocratique !   

 
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