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05 janvier 2008

Arnaud Montebourg a-t-il retourné sa veste ?

7cc09c720209a344da2e80fddc9e9350.jpgEn annonçant sa décision de se porter candidat aux prochaines élections cantonales, en vue, le cas échéant, de briguer la présidence du Conseil général de Saône-et-Loire, le député socialiste Arnaud Montebourg a suscité une vague de commentaires entre moquerie, stupeur et indignation plus ou moins sincère.

Quoi donc ? Le héros de la 6ème République, le pourfendeur du cumul des mandats, le tenant de la rénovation du PS et de la vie politique française foulerait ainsi au pied tous ses grands principes ? L'homme à qui on avait volontiers accordé le crédit de vouloir faire de la politique autrement ne vaudrait finalement guère plus que ses congénères ?

Pour ses contempteurs, l'affaire est entendue : Montebourg ne serait qu'un ambitieux de plus et sa décision de cumuler deux mandats, si les électeurs le veulent bien, une énième illustration du vieux principe "faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais". 

Soyons francs : il faudrait beaucoup de mauvaise foi pour rejeter d'un simple revers de main les remarques tantôt acides, tantôt sincèrement déçues de tous ceux qui n'approuvent pas la décision du député de Saône-et-Loire. Arnaud Montebourg lui même est trop fin politique pour ignorer les critiques que sa décision susciterait. Ses opposants en font naturellement leurs choux gras. D'ailleurs, lorsqu'on se veut volontiers moralisateur, on s'expose évidemment davantage à la critique au moindre faux pas supposé.

Sur le fond, que penser de ce nouvel épisode de notre vie politique et quelles conséquences en tirer ? J'en vois au moins deux possibles.

On peut évidemment camper sur un discours purement moral, dénoncer haut et fort une attitude contraire aux engagements de toujours de l'intéressé et déplorer cette nouvelle victoire du cynisme et de l'ambition sur les idéaux et la morale politique. Une variante, en somme, du "tous pourris" selon laquelle il n'y aurait décidément aucun homme politique capable de rester fidèle à ses principes. Attitude hautement respectable en soi mais, reconnaissons-le, un brin désespérante et, au fond, pas vraiment constructive.

On peut aussi faire simplement le constat de la difficulté, pour ne pas dire de l'impossibilité qu'il y a en effet dans notre système politique français de rompre avec cette vieille pratique du cumul des mandats, sans qu'il soit pour cela besoin de dresser je ne sais quel acte d'accusation pour haute trahison ou de se livrer à des attaques ad hominem.

Car enfin, sous prétexte qu'Arnaud Montebourg annonce sa volonté de briguer un mandat local, ses dix ans de combat en faveur du mandat unique n'auraient aucune valeur et seraient à rayer d'un trait de plume ? A qui la faute si ce combat n'a pas été aussi relayé qu'il aurait fallu à l'intérieur même du parti socialiste ? Peut-on faire sérieusement ce reproche à Arnaud Montebourg lui qui a bataillé dix ans durant, prêchant très souvent dans le désert ? A l'heure où le pouvoir sarkozyste renoue avec les pires pratiques en la matière, devrait-il être le seul à se priver de pouvoir influer davantage sur le cours du combat politique, au nom de principes et d'idéaux qu'il est visiblement un des seuls à porter ? Devrait-il continuer à être quasiment le seul à appliquer une règle à laquelle la plupart se soustraient ? Devrait-il faire semblant que Ségolène Royal l'ait emporté face à Nicolas Sarkozy et ait pu mettre en oeuvre une ambitieuse réforme institutionnelle comportant, comme promis, le mandat unique ?

Que cette décision soit regrettable, certes. Mais elle témoigne d'abord de l'urgence de changer un système, bien plus que du manquement ou de la trahison d'un homme. Que je sache, Arnaud Montebourg ne renonce d'ailleurs pas à porter à l'Assemblée et dans le débat politique nationale cette necessité du mandat unique.

Si l'on voulait en effet une preuve supplémentaire de l'ardente nécessité d'une réforme profonde de nos institutions, ce nouvel épisode en est une illustration accablante. La vertu ou la bonne volonté seules des hommes ne suffisent pas à faire les comportement vertueux. C'est pourquoi il y faut les limites et les garde-fous d'institutions garantes d'une authentique démocratie. Sinon, le système en place finit par broyer les meilleures volontés.

Alors, Arnaud Montebourg traitre à ses idéaux ? La belle affaire ! S'il était tout simplement un homme, avec ses failles et ses faiblesses ?

Pour le reste, le combat pour une 6ème République demeure, plus que jamais, d'actualité !

 

15 mai 2007

Vers des élections municipales dès l'automne ?

medium_mairie.jpgA peine Nicolas Sarkozy investi comme nouveau président de la République, voici que ressurgit la rumeur selon laquelle les élections municipales et cantonales pourraient être avançées à l'automne prochain.

Petit rappel : fin 2005, le gouvernement Villepin fait adopter une loi qui proroge d'un an le mandat des conseillers municipaux et des conseillers généraux renouvelables en 2007. Raison invoquée : la multiplicité des scrutins électoraux en cette année de présidentielle et de législatives. C'est Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, qui défend le texte de loi au Parlement. Celui-ci est adopté par une large majorité, opposition et majorité confondues.

Cela n'empêche pas le candidat UMP à la présidentielle de multiplier par la suite les sorties sur son intention, s'il est élu président, de modifier ce calendrier. En organisant les élections municipales et cantonales dès l'automne, le nouveau gouvernement aurait ensuite la voie libre pendant un an et demi avant les prochaines échéances électorales (les européennes de juin 2009)  pour mener à bien ses réformes. Mais les associations d'élus locaux montent à la charge contre cette idée et finalement, lors du dernier Congrès des Maires de France, Nicolas Sarkozy annonce qu'il y renonce.

Sauf que depuis, Nicolas Sarkozy a été élu président de la République avec plus de 53% des suffrages, ce qui lui confère une idéniable légitimité qu'il pourrait utiliser pour modifier une nouvelle fois le calendrier électoral.

Sur le plan technique, la chose est faisable, même si elle pose un certain nombre de problèmes. Après tout, ce qu'une loi a fait, une autre loi peut le défaire. A condition toutefois que celle-ci soit adoptée dès la session extraordinaire du Parlement prévue cet été. Il y a bien une difficulté en ce qui concerne le respect de la législation sur le financement des campagnes électorales et la limitation de la communication des collectivités territoriales qui prennent théoriquement effet un an avant l'échéance. Mais rien n'empêche que la nouvelle loi prévoit des dispositions spécifiques à cet égard et après tout nous sommes d'ores et déjà rentrés dans cette période pré-électorale d'un an.

Sur le plan politique, en revanche, la manoeuvre risque d'être plus délicate à faire accepter. Comment, en effet, justifier un telle remise en cause de la parole donnée par le nouveau président de la République et comment expliquer aux Français que la priorité du nouveau gouvernement réside dans une énième modification du calendrier électoral ? Le côté "tripatouillage politicien" pourrait s'avérer dévastateur pour le pouvoir en place.

Certains imaginent déjà que l'Association des Maires de France pourrait réclamer une telle modification ; ce qui aurait le mérite de faciliter la tache de Nicolas Sarkozy. Il ne reviendrait plus sur une promesse émise publiquement mais répondrait à une demande des élus locaux eux mêmes ! Mais c'est oublier un peu vite le caractère pluraliste de l'AMF. Or, il est douteux que les élus de gauche ne fassent pas entendre leur voix dans une telle hypothèse... ce qui rendrait la manoeuvre un peu trop voyante et susciterait, à l'évidence, la polémique.

Reste qu'un passage en force n'est pas à exclure venant d'un nouveau président qui semble bien décidé à aller vite dans la mise en oeuvre de ses réformes et à être présent sur tous les fronts. Nul doute que Nicolas Sarkozy et son équipe prendront la décision d'avancer ou non les élections municipales et cantonales au regard d'un principe simple : quel en sera le gain politique ? Certains édiles mis en difficulté dans leur commune, comme les maires de Bordeaux ou de Toulouse où Ségolène Royal est arrivée nettement en tête le 6 mai dernier, pourraient être tentés d'avancer les échéances pour couper l'herbe sous le pied de leur opposition municipale et bénéficier des avantages supposés d'être sortant. Un Dominique Perben à Lyon pourrait également avoir intérêt à capitaliser les bons résultats obtenus par la droite dans la capitale rhône-alpienne et à empêcher que se développe l'alliance entre socialistes et centristes que Gérard Collomb appelle de ses voeux. A contrario, il n'est pas sûr qu'un Jean-Claude Gaudin à Marseille, encore en plein travaux du tramway, ou une Françoise de Panafieu à Paris, qui cherche encore à s'imposer comme véritable opposante à Bertrand Delanoë, trouvent leur compte dans un tel avancement des échéances.

En outre, le passé récent démontre qu'il est particulièrement incertain de dresser des paris sur des échéances locales au regard des résultats de la présidentielle, tant les enjeux de ces deux types de scrutins sont différents. En 1995, la droite avait déjà espéré capitaliser sur sa victoire à l'élection présidentielle en reportant les municipales au mois de septembre. Or, la gauche avait remporté plutôt de bons résultats, mettant notamment fin à la suprématie du RPR dans la capitale.

Autant dire que l'exercice s'avère périlleux ! Il serait, en tout état de cause, parfaitement contraire au respect des principes démocratiques les plus élémentaires puisqu'il aurait pour conséquence directe de réduire la campagne électorale à sa plus simple expression. Ce ne serait pas le moindre des paradoxes au moment où l'on a tant vanté le retour de flamme démocratique des Français à l'occasion de ce scrutin présidentiel.

 
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