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15 avril 2007

Vers une révolution conservatrice à la française ?

medium_sarkoescalier_1.jpgFinis les simples clins d'oeil en direction de l'électorat frontiste. L'heure est désormais aux franches offres de service. Car c'est bien ainsi qu'il faut interpréter la sortie de Brice Hortefeux, fidèle des fidèles de Nicolas Sarkozy, sur l'introduction d'une dose de proportionnelle aux législatives.  Le candidat UMP a beau multiplier depuis les dénégations évoquant les propos "personnels" du ministre délégué aux collectivités locales, personne n'est dupe. En effet, qui peut croire un instant que le bras droit de Sarkozy ait lancé une telle proposition sans en avoir discuté préalablement avec son champion ? Et pourquoi évoquer subitement cette idée, à une semaine du premier tour de la présidentielle, alors qu'elle n'a jamais figuré dans le projet du candidat, et qu'officiellement elle n'y figure toujours pas ?

Ni bévue, ni ballon d'essai, les propos de Brice Hortefeux s'inscrivent dans une stratégie parfaitement délibéree. Nicolas Sarkozy sait, en effet, qu'il ne peut espérer l'emporter le 6 mai prochain sans l'appui massif des électeurs de Jean-Marie Le Pen. Voilà la raison de la course folle qu'il a engagée pour s'affirmer toujours plus à droite, avec un objectif clair : rallier sur son nom, dès le 1er tour, une partie de l'électorat frontiste et s'assurer, au second tour, un excellent report de voix propre à le faire accéder à la présidence de la République.

Nicolas Sarkozy rêve en vérité de rééditer l'exploit de Georges W. Bush qui a su se maintenir au pouvoir grâce à une alliance inédite de l'électorat populaire et de la frange la plus favorisée de la société, le tout sur fond d'idéologie conservatrice très marquée à droite, mêlant valeurs morales et culte de la réussite individuelle. Une stratégie d'autant plus aisée à mettre en oeuvre pour le candidat UMP qu'elle correspond parfaitement à ses convictions profondes.

La cohérence et la profondeur idéologique, c'est sans doute ce qui caractérise le mieux Nicolas Sarkozy. Certes, ces dernières semaines, il n'a pas hésité à multiplier les discours contradictoires, au grand dam de certains de ses amis qui lui reprochent son flou doctrinal. Il ne faut y voir que de simples contorsions de campagne électorale. Après tout, l'élève Sarkozy ne renie pas complètement son ancien maître Chirac et une élection vaut bien quelques promesses non tenues. Le vrai Sarkozy, lui, ne change pas : libéral pur jus, atlantiste patenté et autocrate à peine bridé.

Les propos de Sarkozy sur le caractère "génétique" de la pédophilie ou du suicide n'ont rien du dérapage. Ils reflètent le fond de sa pensée et cadrent parfaitement avec l'idéologie libérale à laquelle il souscrit. Qu'est-ce qu'être libéral, si ce n'est croire en l'existence d'un "ordre naturel" qu'il ne serait ni possible, ni souhaitable de dépasser ? Si on naît pédophile, suicidaire ou hétérosexuel, on naît donc aussi doté de telle ou telle aptitude, winner ou looser ; ce qui permet de faire passer au second plan les questions d'inégalité dans la répartition des richesses ou de conflits entre les catégories sociales. L'ordre et la dénonciation de l'assistanat pour les classes populaires. Le laisser s'enrichir tranquille pour les rares privilégiés qui tirent leur épingle du jeu de l'économie mondialisée. Voici la formule magique de Sarkozy.

Cette "droitisation" du candidat UMP, particulièrement exacerbée en cette fin de campagne mais qui s'inscrit dans la droite ligne de la politique menée par l'ex ministre de l'intérieur depuis 2002, n'est d'ailleurs pas sans rapport avec la montée en puissance de François Bayrou. Celui-ci engrange les soutiens de la droite modérée, rétive à cette dérive droitière de l'UMP, entamée il est vrai du temps du RPR mais aboutie avec l'accession de Sarkozy à sa présidence. Et s'il devient plus difficile de prendre des voix au centre, alors il faut bien regarder du côté de l'extrême droite !

Surtout si tout cela s'inscrit dans une stratégie à moyen et  long terme de réintégration du FN dans le jeu politique, sur le modèle éprouvé avec succès par Berlusconi en Italie, pour maintenir durablement la droite au pouvoir. Dés lors, la nomination, dans un avenir pas si lointain, de ministres frontistes - pour peu que le parti ait donné d'ici là quelques gages de respectabilité - est plus qu'une simple hypothèse. Avec Sarkozy, la droite aurait ainsi achevée sa mue néo-conservatrice. C'est peu dire que l'avenir de la France en serait profondément bouleversé.

Ce scénario se réalisera-t-il les 22 avril et 6 mai prochains ? Ce n'est pas impossible, même si je continue à penser qu'il existe dans notre pays une majorité - certes disparate, rassemblant communistes, socialistes, gaullistes authentiques, radicaux ou chrétiens démocrates - pour refuser une telle évolution. Tout dépendra donc de la mobilisation dès le 1er tour pour faire échec à cette stratégie et empêcher, au soir du second, que la France ne s'engage dans cette funèste direction, aussi contraire à ses valeurs qu'à son histoire.

 

 

 
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