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10 avril 2007

Pourquoi Ségolène peut (encore) gagner

medium_ségo.jpgA moins de deux semaines du premier tour de l'élection présidentielle, n'en déplaise à ceux qui pensent que les jeux sont faits, je persiste et signe : la victoire de Ségolène Royal est non seulement possible ; elle est même probable.

Voici pourquoi.

1. Elle tient bon.

J'ai déjà eu l'occasion de dire ici que la stratégie de dénigrement systématique initiée par Nicolas Sarkozy et ses partisans à l'encontre de la candidate socialiste pouvait paradoxalement la renforcer dans l'image d'une femme forte et courageuse. Bravant les embuches de toute sorte et les pronostics plus sombres les uns que les autres des analystes politiques, Ségolène Royal , malgré les critiques et les fluctuations, a su, tout au long de cette longue campagne, se maintenir à flot et surtout maintenir un certain nombre de ses positions, contre l'avis même de certains ténors socialistes.

2. La peur d'un 21 avril bis va jouer en sa faveur

Nul doute qu'une grande partie des électeurs de gauche ne prendra pas à nouveau le risque d'une qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour. Or, rien aujourd'hui ne permet d'affirmer avec certitude l'absence d'un tel risque. Ségolène Royal devrait donc largement profiter de ce réflexe du "vote utile"; lequel sera martelé jusqu'aux dernières heures de la campagne par le PS et certains médias.

3. Nicolas Sarkozy est surestimé

Je suis prêt à prendre tous les paris : Nicolas Sarkozy sera, au soir du 22 avril, plus proche des 20% que des 30%. D'abord parce que s'il a su rassembler son camp, le candidat UMP suscite beaucoup de réserves y compris auprès des électeurs traditionnels de droite ; lesquels viennent alimenter le vote Bayrou. Ensuite parce que nombre de sondés qui annoncent vouloir voter pour Sarkozy s'apprêtent en réalité à voter Le Pen. En ce sens, la stratégie de virage à droite initiée ces dernières semaines par le candidat UMP après ses appels du pied à la gauche, est une erreur. Elle vient renforcer les inquiétudes qu'il suscite auprès de l'électorat modéré et conforte les électeurs frontistes dans leur choix, selon le vieil adage que les électeurs préfèrent toujours l'original à la copie. Par ailleurs, tout à l'activisme de l'ex ministre de l'interieur, on en oublierai presque les piteux résultats électoraux réalisés ces dernières années par Nicolas Sarkozy : il mena à la déroute la liste RPR aux européennes de 1999, n'empêcha nullement le "21 avril à l'envers" des régionales de 2004, tandis que sa contribution à la campagne référendaire en mai 2005 ne fit pas gagner une voix au oui. Alors, prudence...

4. Jean-Marie Le Pen est sous-estimé

Là aussi, je suis prêt à prendre tous les paris : Le Pen fera le 22 avril au moins autant de voix qu'en 2002. Tout simplement parce qu'aucune des causes de son accession au second tour il y a cinq ans n'ont disparues ; la situation a même eu tendance à s'aggraver. Les électeurs du FN sont parmi les plus sûrs de leur choix et ils revendiquent de plus en plus ouvertement leur vote. Le score en pourcentage du FN dépendra donc du niveau de mobilisation et de celui des autres candidats.

5. Il demeure 18 millions d'indécis

Autant dire que cela relativise complètement les chiffres des sondages qui nous annoncent à longueur de journée la future et inéluctable victoire de Nicolas Sarkozy. En vérité, la clef du scrutin réside principalement dans la capacité des candidats à mobiliser leur camp. Le déplacement de quelques centaines de milliers de voix peut donc changer complètement l'issue du scrutin et en particulier la physionomie du second tour, puisque la qualification se jouera entre 20 et 25 %.

6. La peur de Sarkozy

Rarement un candidat sérieux à l'élection présidentielle n'aura suscité autant de craintes, de réprobations, voire de haine de la part de toute une partie des citoyens. Une image dont Nicolas Sarkozy, malgré ces efforts, ne parvient pas à se défaire. Dès lors, dans une configuration où il accéderait au second tour, l'appel à un "tout sauf sarkozy" pourrait se révéler redoutablement efficace. Là encore, n'en déplaise aux sondages, je suis convaincu que Ségolène Royal peut battre Nicolas Sarkozy au second tour parce qu'elle incarne beaucoup plus le rassemblement et la confiance que le candidat UMP. En fonction des résultats au soir du 22 avril, c'est une tout autre campagne qui va s'engager pendant les quinze jours de l'entre deux tours. Autant dire que les sondages sur le second tour n'ont aucun sens tant qu'on ne connaît pas les résultats du premier. Ségolène Royal première au premier tour et enclanchant ainsi une nouvelle dynamique de second tour ? Rien d'invraisemblable... Lionel Jospin arriva bien en tête lors du 1er tour en 1995 alors que la gauche n'était même pas sûre d'être présente au second tour. Ségolène pourrait en tous cas bénéficier du report de voix de certains électeurs de François Bayrou, effet là encore du "tous sauf sarko".

Bref, tous ceux qui pensent que l'élection est pliée feraient mieux de se méfier... et de voter, car jamais l'expression "chaque voix comptera" n'aura été si exacte.

04 avril 2007

Oui il faut supprimer la carte scolaire

medium_cartescolaire.jpgLa question de la carte scolaire fait partie de ces débats récurrents qui reviennent régulièrement au premier plan dans la campagne. Libération, dans son édition du 3 avril, consacre ainsi une pleine page aux propositions des candidats en la matière. Où l'on apprend, pour faire court, que Nicolas Sarkozy veut la supprimer purement et simplement et laisser ainsi le libre choix aux familles ; que Ségolène Royal veut simplement la réformer avec des périmètres élargis pour que les familles puissent choisir entre 2 ou 3 établissements ; enfin que François Bayrou refuse d'y toucher, ne serait-ce que pour en respecter le symbole.  

A mon sens, aucune de ces approches n'est réellement satisfaisante. Celle de Nicolas Sarkozy ne ferait qu'accentuer la concurrence et donc les inégalités entre établissements. Celle de Ségolène Royal ne prend pas la juste mesure du problème et risque donc de ne pas répondre pleinement à l'enjeu de la préservation, voire de la restauration de la mixité sociale. Celle de François Bayrou enfin semble davantage dictée par des considérations de marketing politique : ne pas effaroucher le milieu enseignant et donc surtout ne toucher à rien, au risque de laisser la situation empirer.

Je reste, pour ma part, convaincu qu'il faut supprimer la carte scolaire. Née d'une belle idée, elle ne fait aujourd'hui qu'entériner les ghettos qui se sont constitués dans les différents quartiers de nos villes. Or, on sait que mettre à bas ces processus de ségrégation spatiale mettra de nombreuses années et nécessitera d'énormes efforts. Autant dire que pendant ce temps, la carte scolaire ne fait que renforcer ce phénomène d'apartheid et de reproduction sociale. D'où l'absolue nécessité d'en sortir rapidement.

Bien sûr, il ne suffit pas de réclamer la suppression de la carte scolaire. Il faut dire par quoi la remplacer (sinon c'est la loi de la libre concurrence appliquée au marché scolaire) pour promouvoir une véritable mixité sociale.

Le seul système qui me semble à la fois juste, efficace, pragmatique et aisément applicable, c'est le tirage au sort. Les périmètres d'affectation des collèges et surtout des lycées seraient considérablement élargis, y compris en mêlant établissements de centre ville et établissements situés en périphérie. A charge pour les collectivités locales de mettre en place les systèmes de transport scolaire idoines. Mais soulignons que là où le problème se pose avec le plus d'acuité, c'est-à-dire en région parisienne, il existe déjà un réseau de transports en commun très dense et donc largement accessible. Il va de soi que la mise en place de ce système (déjà expérimenté dans d'autres pays comme en Grande-Bretagne) irait de pair avec l'interdiction claire et nette de procéder à toute sélection d'entrée dans les lycées publics. La façon dont des établissements comme Henry IV ou Louis Le Grand choisissent littérralement leurs élèves est tout simplement inacceptable et par ailleurs contraire à la loi.

Une autre solution pour réinstaurer de la mixité sociale consisterait à doter les établissements aujourd'hui dévalorisés de filières d'excellence (options valorisées, classes prépa...). Cette solution, préconisée par plusieurs candidats, n'est évidemment pas à négliger. Sous réserve qu'elle corresponde à de vraies filières, répondant à des besoins spécifiques. En clair, qu'il ne s'agisse pas d'ouvrir, par exemple, des prépas de second rang tout en maintenant le même type de classe dans l'établissement voisin de centre-ville !

Bref, ici comme ailleurs, il faudra plus que de simples bonnes intentions et aussi beaucoup de courage politique pour engager les réformes efficaces dont nous avons besoin.

16 mars 2007

Bayrou l'imposture

medium_bayrou2.jpgC'est vrai que sous ses airs de paysan plein de bon sens, il a l'air fort sympathique François Bayrou. L'homme est d'ailleurs parfaitement estimable, de cette droite authentiquement humaniste et lettrée, ce qui ne gache rien.

Mais il faudrait avoir chaussé de drôles de verres correcteurs ou être atteint de cécité pour croire un seul instant à son discours. Voici quelques rappels...

1. François Bayrou aime l'école... privée !

Ministre de l'éducation nationale d'Edouard Balladur en 1993, Bayrou a réussi l'exploit de jeter dans la rue 1 million de manifestants contre la réforme de la loi Falloux. Bayrou voulait à l'époque permettre aux collectivités locales de financer l'enseignement privé. Heureusement il a été contraint d'y renoncer. Pour le reste, il ne s'est guère illustré dans ses fonctions, s'enferrant peu à peu dans l'immobilisme et la cogestion avec les organisations syndicales. Les hommages appuyés du Bayrou 2007 à ces dernières montrent qu'il n'a pas changé de ligne à ce sujet. Ajoutons que le candidat UDF, pourtant chantre de nos grands principes républicains, a refusé d'approuver la loi contre les signes religieux à l'école. Mais ceci n'est peut-être pas étranger à cela.

2. François Bayrou est enraciné... à droite !

L'homme a beau clamer le dépassement du clivage gauche/droite, tous ses actes politiques depuis 25 ans sont en contradiction avec cette posture. Il ne suffit pas de voter la censure une fois contre le gouvernement pour effacer cette fidélité à un camp. Concrètement, au cours de l'actuelle législature, François Bayrou a approuvé 90% des projets de loi des gouvernements Raffarin et De Villepin. Par ailleurs, il n'est pas une seule collectivité locale en France (commune, département, région) où l'UDF ne soit pas alliée avec l'UMP dans l'exercice du pouvoir. Rappelons enfin qu'au temps de "l'ouverture" pronée par François Mitterrand lors de sa réélection en 1988, François Bayrou en fut un des plus farouches adversaires et qu'il sanctionna les rares élus (Stoléru, Soisson...) qui accepterent la main tendue par Mitterrand.

3. François Bayrou est un fervent supporter de la Constitution européenne

Certes, il ne propose pas comme Nicolas Sarkozy de faire adopter par le Parlement un nouveau texte, méprisant ainsi le vote des français. Mais c'est peu dire qu'il fut un supporter farouche du TCE et qu'il semble n'avoir tiré aucune conséquence du non au référendum. Pas un mot sur la nécessité de modifier les statuts de la BCE pour qu'elle tienne compte de l'emploi et de la croissance ; pas un mot sur les protections que l'Europe doit mettre en oeuvre contre les phénomènes de concurrence déloyale ; pas un mot sur un traité harmonisant les droits sociaux des travailleurs ; pas un mot sur une grande politique industrielle européenne... on en reste donc dans un éspèce d'eurooptimisme béat complètement déconnecté de la réalité. Ségolène Royal elle aussi fut une fervente supportrice du oui mais elle a su, dès le début de sa campagne, s'entourer de soutiens éminents du non comme Arnaud Montebourg et développer une vraie vision alternative de la politique européenne.

4. François Bayrou en héros de la Vè République

Enfin, Bayrou prétend vouloir changer de fond en comble notre système politique pour le démocratiser et le rendre vraiment représentatif des citoyens. Il fut même un des défenseurs d'une 6ème République. Le hic c'est qu'en vérité Bayrou propose tout le contraire d'une démocratie parlementaire, telle qu'elle existe dans la plupart des pays européens. Son projet : aller vers un régime présidentiel c'est-à-dire renforcer encore la dérive présidentialiste de nos institutions. La façon dont François Bayrou conduit cette campagne atteste bien de ce virage idéologique. Dans la droite ligne de la Vème république, le candidat UDF ranime le mythe de la rencontre entre un homme et le peuple français et se pose en candidat providentiel au dessus des partis. Une attitude lourde de dangers et finalement anti-démocratique. Sans compter qu'elle suppose l'obtention par le président nouvellement élu d'une majorité parlementaire le soutenant, ce qui est loin d'être acquis. Qui peut sérieusement croire que les partis comme le PS ou l'UMP accepteront ainsi de se saborder ? Qui peut sérieusement croire que l'UDF qui compte aujourd'hui une trentaine de députés - dont une bonne moitié a d'ailleurs refusé de voter la censure - puisse obtenir d'un coup d'un seul une majorité absolue à elle toute seule à l'Assemblée nationale ? Rappelons à ce sujet que tous les députés UDF actuels sont issus de circonscriptions de droite. Enfin, c'est le mode de scrutin actuel, c'est-à-dire uninominal majoritaire à deux tours, qui s'appliquera quoi qu'il arrive pour les législatives de juin prochain. Voilà qui rendra la recherche d'une majorité UDF d'autant plus illusoire...

12 mars 2007

Bayrou dans les pas de Chirac

medium_bayrou.2.jpgLa bienveillance appuyée avec laquelle François Bayrou a parlé de Jacques Chirac hier soir au Grand Jury RTL traduit parfaitement la stratégie du candidat UDF.

Qu'il semble loin le temps où Bayrou dénonçait les turpitudes et les dérives d'un système monarchique finissant si bien incarné par un Jacques Chirac refusant systématiquement d'endosser toute responsabilité politique. Qu'il semble loin le temps où Bayrou vociférait contre le choix du président de la République de créer un grand parti de droite aux lendemains du 21 avril 2002 plutôt que d'ouvrir largement sa majorité, au regard des conditions si particulière de son élection au second tour.

C'est que derrière les postures sur la rénovation de la vie politique, François Bayrou est passé maître dans l'usage des vieilles ficelles de la stratégie politique. L'hommage a peine voilé au président sortant a tout de l'appel du pied aux derniers chiraquiens qui répugnent, malgré les discours officiels, à soutenir Nicolas Sarkozy, surtout à un moment où ce dernier donne un coup de barre à droite, avec les signaux à peine subliminaux en direction de l'électorat FN que constitue le rapprochement entre immigration et identité nationale.

Voilà qui jette un regard cru sur la réalité de l'engagement politique de François Bayrou. L'homme prétend s'être extrait de tout camp mais il apparaît de plus en plus comme ce qu'il n'a jamais cessé vraiment d'être : un homme fidèle à la droite et prêt, y compris, à endosser le piteux bilan de douze ans de chiraquisme.

Voilà qui devrait en faire réfléchir plus d'un. Surtout parmi les sympathisants de gauche séduits par le positionnement au dessus des partis du candidat UDF.

 
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