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12 avril 2007

De l'égalité des temps de parole

medium_csa.jpgDepuis lundi dernier, date d'ouverture de la campagne officielle, une nouvelle polémique fait rage et agite le petit monde politico-médiatique. Il ne s'agit ni de la situation au Darfour, ni de la réalité des chiffres du chômage ou de la délinquance, ni même des propos récents de Nicolas Sarkozy sur le caractère génétique de la pédophilie, autant de sujets aussi vite zappés qu'abordés, mais de la grave question de l'égalité des temps de parole des douze candidats au premier tour de l'élection présidentielle.

En simple citoyen, vous vous dîtes qu'imposer, pendant les quinze derniers jours de la campagne, une stricte égalité de traitement entre les différents candidats en présence apparaît comme une évidence démocratique pleine de bon sens, surtout après des mois de matraquage autour des seuls deux ou trois "grands" candidats autodésignés. Sauf que vous n'êtes qu'un pauvre simple citoyen auquel échappent bien des subtilités. En vérité ce principe n'est, au mieux, qu'une triste mascarde, au pire, un grave danger pour notre démocratie. Vous êtes sceptique ? C'est pourtant ce qu'affirment cette semaine plusieurs de nos éminents commentateurs qui ont pris leur baton de pelerin pour dénoncer cette grave et déplorable situation. 

Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l'Express n'hésite pas une seconde sur son blog : pour lui, "rare sont les dispositions législatives plus idiotes que la règle instaurant l'égalité absolue de temps de parole et de temps d'antenne entre les candidats à la présidentielle". Et de qualifier cette période de "temps mort" dûe à une "méthode stupide".

Profitant d'une de ses multiples chroniques, Alain Duhamel fustige également dans Libération "l'absurde réglementation du CSA" accusée selon lui de contribuer au triomphe de la "démocratie d'opinion" dénoncée avec constance par notre politologue depuis le début de cette campagne.

D'ailleurs, souligne le quotidien dans son édition du 9 avril, cette réglementation très stricte figure une fois de plus au rang des "exceptions françaises" observée avec amusement et ironie par les journalistes étrangers. Or qui dit "exception" dit généralement "insupportable ringardise à abandonner d'urgence" dans le vocable journalistique de la pensée unique. Et Renaud Dely de fustiger également le "système absurde" mis en place par le CSA dans son éditorial.

Il y a même des blogueurs pour dénoncer sur agoravox une "démagogie égalitaire". Surprenant qu'on ne nous ait pas gratifié du terme "populiste" si souvent utilisé, à tort et à travers, ces dernières années pour disqualifier tout ce qui dévie un tant soit peu de la pensée légitime... mais en cherchant un peu, sait-on jamais.

Je reste pour ma part stupéfait devant cet amoncellement de critiques, largement unanimes, de la part du corps journalistique face à ce que je considère comme une règle fondamentale et nécessaire à tout débat démocratique, digne de ce nom. Qu'un tel principe soit ainsi mis en cause traduit bien, à mon sens, le terrible déni démocratique dans lequel s'est installée toute une partie de ce qu'on appelle les "leaders d'opinion". Est-il aussi insupportable à ces bien-pensants que pendant 15 petits jours nous puissions entendre des propos aussi différents que ceux d'Arlette Laguillier, de Philippe De Villiers, d'Olivier Besancenot ou de Frédéric Nihous ? Ces propos, parfois baroques, souvent radicaux, menaçent-ils à ce point notre démocratie qu'ils ne devraient pas avoir voix au chapitre ne serait-ce que tous les 5 ans ?

Ou alors, qu'on aille jusqu'au bout de la logique que sous-tend ce type de réactions, qu'on dise clairement qu'on veut empêcher l'expression de ces courants d'opinion que sont le troskisme ou le souverainsime et que l'on supprime le 1er tour de l'élection présidentielle ! On en arrivera alors à ce que bien des observateurs appelent de leurs voeux en vérité : le bipartisme. Mais ce serait, je crois, au prix d'un nouveau et profond rejet de la politique de la part de plus en plus de citoyens. Quel mépris de la diversité et du pluralisme qui devraient pourtant animer ces honorables plumes, lesquelles n'ont par ailleurs de cesse de crier à la défense de la liberté de la presse. Mais de quelle liberté s'agit-il au fond ? De celle des journalistes eux-mêmes ou de quelques censeurs seuls habilités à faire le tri entre bons et mauvais, petits et grands candidats ? Liberté au nom de laquelle Arlette Chabot impose d'inviter Nicolas Sarkozy au journal de 20 heures de France 2  juste avant cette période d'égalité parfaite ou qu'elle lui déroule le tapis rouge pendant 3 heures dans "A vous de juger", là aussi juste avant que ne s'ouvre une période de contrôle par le CSA des temps de parole ?

Je ne crois pas qu'en cette période de concentration inédite de la presse nationale et régionale aux mains de quelques grands groupes industriels, la liberté et le pluralisme soient des valeurs si bien ancrées que nous puissions nous dispenser de ces 15  jours d'égalité absolue. Je suis même sûr du contraire. N'en déplaise à ceux qui nous expliquent que , ce faisant, la démocratie est en danger !

23 février 2007

Et si on supprimait les journalistes politiques ?

medium_sarkoetlesjournalistes.jpgJe vous rassure tout de suite, je ne veux rien faire de répréhensible pénalement.

Seulement l'idée m'est venue comme une évidence en regardant il y a quinze jours l'emission "Arrêt sur images" consacrée aux liens entre Nicolas Sarkozy et les journalistes. Et franchement il y avait de quoi frémir.

Non pas tellement de l'attitude de Nicolas Sarkozy qui sait si bien s'y prendre pour jouer de la connivence avec les journalistes, dans un subtil mélange de sympathie et de tension melées. Après tout c'est son job. Non, ce qu'il y avait d'atterrant c'est l'attitude pour le moins désinvolte et détachée des journalistes "accrédités" qui suivent à longueur de temps le ministre-candidat.

Celui-ci monte de toute pièce des voyages de presse pour mettre en scène sa réconciliation avec Cécilia. Ben oui mais bon on y va quand même et donc faut bien en parler. Il refuse de répondre à des questions génantes sur son patrimoine ? Ben on peut pas y faire grand chose, on va quand même pas le harceler. Il tutoie chacun ? Que voulez vous y faire ? Le must du cynisme assumé, c'est encore cette parole lachée par le journaliste du Monde Philippe Ridet : "le fond, je m'en fous" ! C'est vrai qu'on est trop occupé à relater les "états d'âme" plus ou moins spontanés du président de l'UMP ou à quémander aux conseillers en commuication un entretien en "off", histoire de pouvoir distiller dns ses papiers quelques confidences.

Est-ce parce qu'il a compris l'effet délétère de son attitude sur ses lecteurs que le même Philippe Ridet a tenté de se rattraper dans un long papier paru le 20 février et intitulé "Ma vie avec Sarko" ? Article qui s'apparente à un laborieux et peu convaincant plaidoyer sur le difficile métier de journaliste accrédité ou "embarqué" comme on dit pour les journalistes couvrant la guerre en Irak.

Oui, je me doute que ça doit pas être facile tous les jours le métier de journaliste accrédité auprès de Nicolas Sarkozy ou auprès de n'importe quel homme politique d'envergure d'ailleurs (encore que notre Sarkozy national soit un maître en la matière). Pas facile de résister à la machine bien huilée du marketing électoral et de la communication politique. Pas facile de s'extraire de ce microcosme si près du pouvoir et pourtant si loin du réel. Pas facile, si ce n'est impossible, de prendre du recul pour analyser, disséquer, "décrypyter" comme on dit dans le milieu médiatique, les déclarations de celui qu'on suit au jour le jour et dont on partage finalement un peu de la vie (à cet égard, le titre du papier de Philippe Ridet n'est pas innocent).

Alors, comme à l'impossible nul n'est tenu et que pour être journaliste on n'en est pas moins homme, je propose tout simplement que l'on supprime ces fameux "journalistes accrédités" dont on se demande parfois s'ils ne sont pas devenus de simples faire-valoir de nos hommes et femmes politiques. Il ne manque pas de journalistes talentueux, chacun dans leur domaine de compétence respective, pour couvrir l'actualité et les déplacements de tel ou tel candidat. Sarkozy fait un voyage dans le Nord pour parler emploi ? Qu'on y envoie le ou la journaliste chargé de ces questions. Au moins, il ou elle connaîtra (un peu) le sujet et sera davantage capable de relever telle ou telle incohérence dans le discours du candidat. En changeant ainsi régulièrement les journalistes au contact de nos hauts responsables politiques, on réduira du même coup les risques de connivence. Et puis, il sera plus difficile pour Jean-Pierre Elkabach de demander l'avis de Nicolas Sarkozy sur le journaliste appelé à le suivre !

04 février 2007

Journalistes, au théâtre Tristan Bernard

medium_7472.jpgAprès son génial Moi aussi je suis Catherine Deneuve, Pierre Notte s'essaie à la satire sociale avec une comédie qui ne traite pas des journalistes, comme son titre pourrait le laisser penser, mais du microcosme que constitue le monde des critiques de théâtre.

Le texte est particulièrement réjouissant avec de belles trouvailles inspirées, à n'en pas douter, par son expérience d'un milieu aussi futile que détestable. Tous les personnages sont là : de l'auteur pédant, égocentrique et convaincu de son génie à l'attaché de presse qui pète les plombs en passant par le journaliste avide de reconnaissance mais incapable d'écrire une ligne. Excessif et caricatural ? Pas tant que ça.

Bref, c'est plaisant, bien écrit et souvent drôle mais la pièce finit par tourner un peu en rond et on reste sur sa faim. Peut-être à cause du jeu inégal des acteurs duquel surnagent très nettement Sophie Artur et Zazie Delem.

Journalistes, de Pierre Notte, mise en scène de Jean Claude Cotillard, avec Sophie Artur, Zazie Delem, Romain Apelbaum, Marc Duret et Hervé Claude Ilin. Au théâtre Tristan Bernard.

 
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