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06 juin 2007

Des élections pour rien ?

medium_assemblee_nationale.jpgComme sans doute beaucoup d'entre vous, je ne parviens pas à m'intéresser vraiment à ces élections législatives.  Est-ce la lassitude après une campagne présidentielle qui aura duré de si longs mois ? Est-ce la perspective, que les sondages nous annoncent comme inéluctable, d'une vague bleue déferlant sur l'Assemblée nationale ? Est-ce l'appel des beaux jours et des longs week end de mai qui auraient détourné notre esprit ? Ou est-ce tout simplement parce qu'en réalité la campagne des législatives n'a jamais vraiment débuté et qu'elle pourrait s'achever avant même d'avoir commencé ?

Un peu de tout cela sans doute et l'impression - fausse au demeurant - que les dés sont jetés et l'affaire entendue. Difficile de s'oter de l'idée que tout ce à quoi l'on assiste depuis le 6 mai n'est qu'une vaste farce dont la démocratie sort singulièrement abimée. Un gouvernement qui, pour occuper le terrain, multiplie les effets d'annonce et les gesticulations médiatiques alors qu'il ne peut pas faire grand chose tant que le Parlement n'est pas renouvelé et à nouveau réuni. Une gauche qui en est réduite à quémander les suffrages des citoyens pour tenter de limiter les effets d'une défaite annoncée. Voilà qui n'honore guère le débat démocratique dans notre pays.

Dès lors, est-il bien utile d'aller voter les 10 et 17 juin prochains s'interroge une grande partie des électeurs ? Et l'on comprend leur interrogation devant la vacuité des (rares) débats ou des arguments échangés de part et d'autre.

A qui la faute ? A la suprématie de l'élection présidentielle, à l'inversion du calendrier électoral et au quinquennat bien sûr qui annihilent tout véritable enjeu de ces élections législatives réduites à une simple confirmation du second tour de l'élection présidentielle. Du coup, on assiste à une parodie de campagne électorale où la majorité sortante, qui devrait normalement répondre de son bilan s'en exonère totalement et ne jure que par la rupture et où la gauche n'est même pas en mesure de faire entendre des propositions alternatives à la droite et en est réduite à une simple stratégie défensive.

Tout à l'euphorie liée à l'état de grace du nouveau pouvoir, on ne mesure pas assez la gravité d'une telle situation sur la vitalité démocratique et les équilibres politiques de notre pays. Dans aucune démocratie au monde on assiste à une telle concentration des pouvoirs dans les mains d'un seul homme et à une telle négation des pouvoirs du Parlement.

On aurait ces derniers temps tendance à l'oublier : les élections législatives n'ont pas seulement pour fonction de dégager une majorité de gouvernement ; elles ont aussi pour vocation de représenter les Français dans leur diversité politique, sociale, culturelle. A quoi peut bien rimer une Assemblée nationale qui exclut de toute représentation ou presque 40% du corps électoral (si l'on additionne l'extrême gauche, l'extrême droite, le PC, les Verts et le Modem) ? A quoi peut bien rimer une Assemblée nationale où les 47 % de Français qui se sont prononçés pour Ségolène Royal au second tour de la présidentielle se voient représentés par à peine 20% des députés ? A rien si ce n'est à approfondir un peu plus le fossé qui s'est creusé entre les citoyens et leurs représentants.

On rique également d'avoir d'amères surprises en découvrant le visage de notre nouvelle Assemblée au soir du 17 juin. Il y a fort à parier que celle-ci sera à peine moins masculine, à peine moins âgée, à peine moins blanche, à peine moins issue des catégories sociales supérieures qu'elle ne l'est aujourd'hui. La parité et la diversité tant vantées par Nicolas Sarkozy n'y changeront rien puisque la plupart des sortants ont de grandes chance d'être reconduits et que l'UMP a investi moins d'un tiers de femmes, préférant payer les amendes prévues par la loi !

Quant aux belles paroles sur la "République irréprochable" et les droits de l'opposition que voudrait promouvoir notre nouveau président, il y à la aussi fort à parier qu'elles résistent mal aux assauts de quelques 400 députés UMP avides de toujours plus de pouvoir et fort peu enclins à faire cadeau à l'opposition de précieux postes, comme celui de président de la commission des finances.

Voilà qui pourrait doucher quelque peu les enthousiasmes de nos émérites commentateurs qui s'extasient depuis trois semaines sur le retour de flamme des Français pour leur système politique et remettre à l'ordre du jour la nécessité d'une réforme profonde de nos institutions, laquelle passe prioritairement par l'instauration d'une dose de proportionnelle aux législatives. Voilà qui rend en tous cas, pour l'heure, indispensable une forte mobilisation de tous les électeurs qui refusent cette détestable inclinaison de notre vie politique.

Au delà, il appartiendra à tous les démocrates authentiques, à ceux qui réprouvent le bonapartisme dans lequel l'élection de Nicolas Sarkozy nous à fait entrer, et à la gauche en particulier, de réfléchir de façon précise et profonde aux contours d'une 6ème République à la fois plus que jamais nécessaire mais qui devra savoir s'adapter et répondre aux défis nés de cette situation politique inédite pour notre pays.

 
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