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14 juin 2007

Il faut sauver Arnaud Montebourg !

medium_arnoetségo.jpgLes résultats du 1er tour des législatives se sont révélés à la hauteur des espérances des uns et des craintes des autres. Et il n'est pas sûr, compte tenu de l'actualité récente et des bisbilles incessantes du couple Hollande-Royal, que le second tour n'accentue pas la tendance observée dimanche dernier.

Ce qui frappe d'abord dans ce premier tour c'est bien sûr le record d'abstention qui a atteint son niveau le plus élevé pour des élections législatives sous la Vème République. Au lendemain du premier tour de la présidentielle, j'avais dit ici même que le prétendu retour de flamme démocratique des Français pour leur système politique risquait bien de n'être qu'un feu de paille sans lendemain. Mes doutes se voient malheureusement confirmés. On aura beau m'objecter que cette abstention massive est due pour beaucoup au sentiment des électeurs que les jeux étaient faits, il n'en demeure pas moins que si l'on observe les déterminants socio-démographiques de l'abstention qui concerne en priorité les moins de 25 ans et les électeurs issus des catégories populaires, démonstration est faîte que  les facteurs structurants du désintérêt croissant d'une grande partie de la population vis-à-vis du processus électoral ont bel et bien survécu à la séquence présidentielle. N'en déplaise à tous les beaux esprits ou aux naïfs qui nous annonçaient fièrement que la page de la "crise politique française" se refermait enfin avec l'élection, pour ne pas dire le sacre, de Nicolas Sarkozy.

Au soir du premier tour, tous les ténors du parti socialiste ont entonné en choeur le même refrain pour fustiger les effets délétères du quinquennat et de l'inversion du calendrier électoral privant les législatives de tout enjeu réel et les réduisant à un simple vote de confirmation d'après présidentielle. Mais qui fit adopter ces changements, dont on mesure aujourd'hui la dimension stratégique, si ce n'est Lionel Jospin, suivi comme un seul homme par la quasi majorité des élus socialistes ?

Quelques jours plus tôt, nos éléphants socialistes - et en particulier Dominique Strauss Kahn - n'avaient pas de mots assez durs pour critiquer le consensus mou régnant au PS et la stratégie délibérée du Premier secrétaire François Hollande d'empêcher tout réel débat idéologique pour mieux imposer son pouvoir. Mais qui fut, tout au long de ces 5 dernières années, les acteurs et les complices de cette stratégie mortifère pour le PS de synthèse à tout prix si ce n'est ces mêmes barons socialistes ?

Un seul homme osa se lever contre ces pratiques en refusant la synthèse au Congrès du Mans, plaidant pour une authentique rénovation du PS. Il le fit au prix de son isolement par l'actuelle direction du parti.

Un seul homme s'insurgea à l'époque contre l'inversion du calendrier électoral mettant en garde contre les dangers du présidentialisme et plaidant sans relache pour une 6ème République. Il fut traité par le mépris.

Un seul homme refusa, en son temps, le calamiteux traité de Nice, lutta contre l'irresponsabilité pénale du chef de l'Etat, dénonça le scandale des tribunaux de commerce ou enquêta sur les paradis fiscaux.

Cet homme, c'est Arnaud Montebourg, dont la réelection dimanche prochain est menacée.

Il serait particulièrement injuste qu'un des seuls hommes politique en France qui a mis en application le principe du mandat unique ne puisse plus faire entendre ses idées à l'Assemblée. Il serait particulièrement dommageable qu'un des plus brillants éléments de sa génération, qui n'a eu de cesse depuis 10 ans d'oeuvrer à la rénovation de son parti, ne puisse plus jouer son rôle à un moment crucial pour l'avenir du PS et de la gauche toute entière.

Je vois bien qu'une défaite d'Arnaud Montebourg ne ferait pas que des déçus, y compris dans son propre camp. Là est bien l'enjeu. Voulons-nous n'envoyer à l'Assemblée que d'inamovibles députés, confortablement assis sur leurs rentes de situation et qui feront tout pour que rien ne bouge vraiment demain au PS ? Ou voulons-nous que nos futurs représentants socialistes à l'Assemblée, forts de leur mandat, puissent imposer enfin la nécessaire rénovation d'un PS à bout de souffle ? Il faut que les électeurs de la 6ème circonscription de Saône-et-Loire y réfléchissent. Dimanche soir, il sera peut-être trop tard !

09 juin 2007

Un faux candidat MODEM à Montreuil ?

medium_modem.jpgL'histoire électorale de notre pays est émaillée de ces candidatures plus ou moins fantaisistes, plus ou moins spontanées dont la vocation - inavouée - n'est pas tant de convaincre de nouveaux électeurs mais de les détourner d'autres votes. C'est ainsi qu'on voit régulièrement fleurir aux cantonales ou aux législatives, élections uninominales qui se prêtent donc plus facilement à ce type de manoeuvre, des candidats dont on avait jamais entendu parler quelques semaines auparavant et dont on entendra sans doute plus jamais parler au soir du premier tour. Ces candidats revêtent les étiquettes les plus diversifiées : écologistes, républicains de progrès, gaullistes de gauche, radicaux, citoyens, indépendants, humanistes... l'imagination en la matière ne connait pas de limite.

Le plus souvent ces candidats éphémères sont présentés sous la houlette d'une confidentielle organisation politique dans le seul but de bénéficier des prébendes du financement public de la vie politique. En effet, il suffit de présenter au moins 50 candidats aux législatives dans toute la France pour prétendre à ce financement d'1,60 euro par an et par voix tout au long des 5 prochaines années. Reconnaissez qu'il y a de quoi aiguiser bien des appétits.

Mais il arrive également que ces candidatures "spontanées" répondent à des préoccupations beaucoup plus locales, et nettement moins avouables. En clair, il s'agit pour un des principaux candidats de favoriser l'émergence de candidatures alternatives censées semer la confusion et le trouble chez la partie adversaire. Depuis de nombreuses années, les communistes sont devenus des spécialistes de cette pratique. Mais ils sont loin d'être les seuls.

Est-on en présence d'une telle situation dans la 7ème circonscription de seine-Saint-Denis qui recouvre entièrement la ville de Montreuil ? On peut légitimement s'interroger. Car voila qu'on y découvre la candidature d'un certain Paul Arnaud qui se présente comme "apparenté UDF - Mouvement démocrate". Sa profession de foi en noir et balnc, visiblement baclée, ne mentionne même pas le nom de François Bayrou et use de formules pour le moins imprécises qui ne reflètent guère les thématiques chères au Modem. Bizarre, bizarre... Et lorsqu'on fait une rapide recherche sur le site www.bayrou.fr que constate-t-on ? Que l'intéressé ne figure pas au rang des candidats officiellement investis par le parti. Une recherche un peu plus approfondie sur google permet même de prendre connaissance d'un communiqué de la responsable du Modem 93 désavouant cette "candidature sauvage". Il est vrai que la création si rapide d'un parti comme le Modem ouvre facilement la voie à de telles confusions.

De là à dire que cette candidature à été téléguidée par un autre candidat en présence ce 10 juin prochain, il y a evidemment un pas que je n'oserais franchir. Il est toutefois permis là aussi de s'interroger. A qui profite la manoeuvre, s'il y a manoeuvre, ou tout du moins la confusion ? A l'évidence, au député sortant, l'apparenté communiste Jean-Pierre Brard, maire de Montreuil et qui se trouve en bien délicate posture pour sa réélection. Sa bonne ville a en effet accordé plus de 67% des suffrages à Ségolène Royal le 6 mai dernier et 41% dès le premier tour quand Marie-George Buffet n'enregitrait que 4,4 % et François Bayrou 16,13 %. On comprend vite l'intérêt qu'il y aurait à ce que les électeurs bayrouistes ne se reportent pas trop vite, ni trop fort dès le premier tour sur la jeune candidate socialiste Mouna Viprey dans cette ville en profonde mutation sociologique.

Alors, cette "vraie-fausse candidature" aura-t-elle des conséquences importantes sur le scrutin ? Et en existe-t-il d'autres ici (par exemple un dénommé Rachid Nekkaz qui a créé rien moins qu'un parti à son propre nom ) ou ailleurs ? Il n'est pas certain que l'électeur lambda s'y retrouve. Ce sera pourtant bien à lui de trancher dès demain.

31 mai 2007

Les premiers couacs de l'ère Sarkozy

medium_diapo_sarkozy.2.jpgEst-il encore permis de s'opposer au pouvoir en place dans notre beau pays ? On peut légitimement en douter à écouter les vociférations du nouveau président de la République lors du meeting - pardon de la rencontre républicaine ! - qu'il tenait au Havre mardi soir.

Non content de favoriser la création d'un "Nouveau Centre" tout acquis à sa cause ou de prétendre choisir son futur adversaire socialiste en la personne de Bertrand Delanoë, voila que Nicolas Sarkozy accuse de "pensée unique" quiconque ose émettre la moindre critique ou interrogation sur le bien fondé des mesures qu'il s'apprête à faire adopter.

Personne ne prétend contester la légitimité du tout nouveau président élu ni sa volonté de mettre en oeuvre rapidement les engagements qu'il a pris pendant la campagne. Mais ce serait une singulière conception de la démocratie que de considérer pour autant comme illégitime toute critique des agissements du nouveau pouvoir. Certes, la voie est étroite en ces temps de "sarkomania". Quiconque tente d'émettre un bémol sur la formidable "succès story" qui est en train de s'écrire chaque jour sous nos yeux ébahis est aussitôt accusé par la nouvelle Cour médiatico-politique de non respect de la démocratie. Comme si la victoire - nette - de Nicolas Sarkozy devait avoir pour conséquence de banir de toute expression politique et démocratique la petite moitié des Français qui ont fait un autre choix le 6 mai dernier. Comme si, tout à l'onction du nouveau pouvoir suprême, il fallait renoncer aux convictions et aux idées défendues des mois durant pour se ranger à ce si bel enthousiasme national qui semble agiter la France depuis un peu moins d'un mois.

Et bien, n'en déplaise à notre nouveau président de la République, et au risque de figurer au rang des mauvais patriotes ou des odieux militants (je sais qu'aux yeux de certains c'est une insulte !), je refuse de céder à cette sarkomania, qui n'est rien d'autre qu'une anesthésie voulue et acceptée comme telle de tout esprit critique et civique.

Cela ne veut pas dire critiquer pour critiquer ou tirer à boulet rouge sur le nouveau président sous prétexte qu'il n'est pas issu de mes rangs. A cet égard, je n'ai guère apprécié la critique en règle faite par François Hollande sur la composition du gouvernement. L'ouverture ? Certes, il s'agit d'une pure manoeuvre tactique qui vise à dérouter l'électorat socialiste et à prendre à contrepied la diabolisation dont Nicolas Sarkozy s'est dit victime pendant la campagne. Mais est-ce infamant de rappeler qu'en son temps, François Mitterrand s'adonna lui aussi à ce type de "débauchages" individuels aux lendemains de sa réélection en 1988 ? Je refuse donc de porter quelque jugement que ce soit sur la nomination d'un Kouchner ou d'un Jouyet. Tout est affaire de conscience personnelle. Peut-être que si nous avions, en son temps, fait un meilleur "usage" de ces personnalités talentueuses, et pour le moins populaires, nous n'aurions pas forcément à déplorer aujourd'hui leur départ vers d'autres rives. Quant à la nomination de Rachida Dati à un ministère aussi important que la Justice, je ne peux que saluer le geste politique et regretter amèrement que la gauche n'ait pas été en mesure d'en faire autant. Désigner comme ministre une femme, une jeune, originaire du Magrheb, compétente de surcroît et ne pas la cantonner, une fois de plus, dans un sous secrétariat d'état à l'intégration, franchement je dis chapeau. Ce serait tout à l'honneur du PS d'avoir la bonne foi de saluer également l'événement et de souhaiter bonne chance à la jeune promue.

Ceci étant dit, il est permis de ne pas sacrifier à l'enthousiasme général, notamment en ce qui concerne les multiples annonces qui s'amoncellent en ce début de quinquennat.

Quelles qu'aient pu être les dénégations du ministre concerné, la promesse de déduction des intérêts d'emprunt pour l'acquisition d'une résidence principale a donné lieu, ces derniers jours, à un sacré cafouillage. Nicolas Sarkozy a beau préciser que tous les emprunts en cours seront concernés, bien des interrogations restent en suspens, notamment sur le volume réel des intérêts qui pourront être déduits et sur la durée du dispositif. Selon les critères qui seront finalement retenus, le bénéfice des heureux propriétaires variera considérablement ainsi que le coût de la mesure pour le budget de l'Etat. Certains parlent de 4 milliards d'euros par an ; d'autre de 20 milliards. Des chiffres qui sont, quoi qu'il en soit, exhorbitants et qui vont peser lourdement sur le niveau des déficits publics. Sur le fond, l'intérêt économique d'une telle mesure est contesté par les plus éminents spécialistes, sans parler de son caractère peu équitable socialement. Le dispositif va entrainer d'indéniables effets d'aubaine qui profiteront prioritairement aux ménages les plus aisés ; lesquels profiteront de cette plus value fiscale non pour consommer mais pour épargner. Le bénéfice en terme de croissance économique risque donc d'être nul. Un tel cadeau fiscal a par ailleurs toutes les chances d'être rapidement absorbé par une nouvelle hausse des prix de l'immobilier et/ou un renchérissement du crédit. En bout de course, la mesure risque donc d'être de peu d'effet pour contrer l'actuelle crise du logement et favoriser l'accès des ménages modestes ou moyens à la propriété. Consacrer ces milliards d'euros au financement de nouveaux logements à loyer modérés serait donc plus judicieux.

La mise en oeuvre de la seconde promesse du candidat Sarkozy, sur la défiscalisation des heures supplémentaires risque, là encore, de faire rapidement déchanter ceux qui éspéraient "travailler plus pour gagner plus". Le gouvernement est ici confronté à un véritable casse tête car sa mesure pourrait bien s'avérer anticonstitutionnelle en remettant en cause l'égalité des citoyens devant l'impôt. Pour les salariés rémunérés autour du SMIC, la difficulté tient au fait que les entreprises ne payent déjà presque plus de charges patronales. Ca se complique encore plus pour les salariés à temps partiel subi (par exemple la caissière employée 30 heures par semaine) qui risquent également de ne pas pouvoir bénéficier d'un tel dispositif. Comment, en effet, parler d'heures sup lorqu'on est en deça du seuil du temps de travail légal ? Enfin, les cadres payés au forfait devront sans doute faire leur deuil d'un peu de beurre dans les épinards puisque, par définition, ils ne font pas d'heures supplémentaires ! La mesure phare du nouveau président censée relancer le pouvoir d'achat des Français a donc toutes les chances de se dégonfler comme une malheureuse bodruche. Surtout si on ajoute à cela que les entreprises n'auront aucune faculté d'octroyer des heures supplémentaires à leurs salariés si leurs carnets de commande ne sont pas mieux remplis. A moins que certains petits malins ne déclarent des heures supplémentaires fictives pour bénéficier des déductions fiscales et de cotisations... ce qui agraverait un peu plus les déficits publics sans améliorer en quoi que ce soit la situation économique et sociale du pays.

Enfin, dernier miroir aux alouettes du président Sarkozy : la mise en place d'un service minimum dans les transports. Là aussi, le cafouillage a été de rigueur ces derniers jours, notamment en ce qui concerne le calendrier de mise en place de cette réforme. Loi ou pas loi ? En septembre ou en décembre ? Les choses ne semblent pas encore clairement tranchées. Mais l'idée d'une simple "loi cadre" qui fixerait le principe du service minimum et en renverrait la mise en oeuvre concrète aux collectivités locales et aux autorités organisatrices de transports comme le STIF en région parisienne sent bigrement l'entourloupe. Le nouveau président s'exonererait ainsi à peu de frais de sa promesse électorale tout en en renvoyant la responsabilité sur les régions. Ce qui aura pour principale conséquence de ne rien changer concrètement pour les usagers !

Bref, sur tous ces sujets, les premières contradictions du candidat Sarkozy apparaissent déjà. C'est le rôle d'une opposition intelligente de les souligner. N'en déplaise aux "sarkomaniaques" !

 
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