Avertir le modérateur

08 août 2008

Le PS souffre-t-il d'anti-sarkozysme pavlovien ?

930836886.jpgAnti-sarkozysme pavlovien. L'expression ne vient pas d'un porte-parole de l'UMP ou d'un éditorialiste du Figaro mais d'un quarteron de jeunes loups socialistes - dont Manuel Valls - dans une tribune publiée au lendemain de l'adoption de la révision constitutionnelle par le Congrès.  Ces quadra désignaient ainsi ce qu'ils considéraient comme une stratégie suicidaire pour leur parti.

Opposition constructive ou opposition frontale ? La question n'est pas nouvelle et elle se pose régulièrement, à gauche comme à droite, même si cette interpellation publique en dit long sur le désarroi et les désaccords stratégiques qui reignent au sein du PS. Le paradoxe c'est que cette question survient alors que les citoyens et les sympathisants de gauche ont plutôt tendance à reprocher au PS son incapacité à se faire entendre dans le débat public.

Prenons précisément l'exemple de la révision constitutionnelle. A lire la plupart des commentateurs, l'affaire est entendue : les socialistes ont voté contre pour de basses raisons politiciennes. Le message répété en boucle par la sarkozie a fini par impreigner les cerveaux les moins au fait des questions institutionnelles : la réforme donne plus de pouvoir au Parlement. Donc, comment les socialistes qui appelent de longue date à un renforcement du Parlement, pourraient-ils voter contre ?

Sauf que pour être simple, le message n'en n'est pas moins inexact. Il faut en effet une bonne dose de naïvité, d'ignorance ou de mauvaise foi pour considérer que la réforme adoptée rééquilibre réellement les institutions de la Vème République en faveur du Parlement. Et ce n'est pas le caractère positif de telle ou telle mesure prise isolément qui y change quoi que ce soit. La teneur d'une réforme institutionnelle n'a de sens que dans son équilibre général. Or, si, il faut le reconnaître, la réforme ne renforce pas considérablement les pouvoirs du président de la République - à la notable exception de la possibilité qui lui est désormais offerte de s'exprimer devant les parlementaires réunis en Congrès - elle n'en modère pas davantage le caractère présidentialiste.  A vrai dire, la réforme adoptée ne règle aucun des excès ou des problèmes de la Vème République : rien qui ne crée de réel contre-pouvoir vis-à-vis du président (comme l'a fort bien indiqué le constitutionnaliste Dominique Rousseau, l'essentiel des nouveaux pouvoirs donnés au Parlement le sont en fait au groupe majoritaire, inféodé au président de la République par la double soumission que constitue le droit de dissolution et le fait majoritaire); rien qui ne vienne remettre en cause la dyarchie du pouvoir exécutif ; rien qui ne règle la question de l'irresponsabilité politique du président de la République (celle-ci est au contraire aggravée par la possibilité de s'exprimer devant le Parlement sans débat et sans vote) ; rien sur le mandat unique (pourtant le plus sûr moyen de renforcer le rôle des parlementaires) ; rien non plus sur les modes de scrutin (qui permettraient pourtant une plus juste représentation de la diversité électorale française) ; rien, si ce n'est des mesures homéopathiques, sur le contrôle par le Parlement des affaires européennes et étrangères...

Dans ce conditions, les socialistes pouvaient-ils sérieusement voter une telle réforme ? Non assurément, sauf à accréditer l'idée - fausse - que Nicolas Sarkozy avait agi en faveur d'un rééquilibrage des institutions. La critique de Manuel Valls et de ses amis est d'ailleurs singulière. Puisque les socialistes n'avaient pas, selon eux, les moyens d'empêcher la réforme de passer, mieux aurait valu négocier un compromis acceptable. Mais si la réforme n'est passée qu'à deux voix près, c'est bien la preuve que la situation aurait pû être toute différente. Aurait-il en outre fallu, pour des stricts motifs stratégiques, accepter un compromis par définition introuvable connaissant les intentions réelles de Nicolas Sarkozy ? Assurément pas davantage.

Ce qui exact, en revanche, dans la critique de Manuel Valls, c'est que la position des socialistes dans ce débat est trop souvent apparue comme la simple juxtaposition de revendications pouvant parfois apparaître comme jusqu'au boutistes, faute d'être identifiables à un projet clair et global. Un pojet institutionnel qui fait et fera cruellement défaut aux socialistes tant que la question du régime institutionnel pour lequel ils militent (régime primo-ministeriel ? régime présidentiel ?) n'aura pas été clairement tranchée.

Autre exemple dans l'actualité récente : la polémique autour des Centres de Rétention Administratifs (CRA) et les actions menées ces derniers jours par des associations de défense des sans papiers. Certes,  la course au chiffre, conséquence des objectifs quantitatifs de reconduite à la frontière fixés par le gouvernement, pose un véritable problème d'arbitraire administratif et conduit parfois à des situations humainement inaceptables comme séparer un enfant de ses parents ou inversement.  Pour autant, le PS peut-il se contenter, comme il l'a fait par la voix d'un de ses porte-parole, de dénoncer une politique de l'immigration scandaleuse, au risque de donner crédit à ceux qui dénoncent l'angélisme ou l'irresponsabilité des socialistes en la matière ? Que je sache, le PS n'a jamais pris pour mot d'ordre "des papiers pour tous les sans papiers". Il n'a jamais refusé par principe de possibles retours à la frontière. Il ne saurait donc faire sienne la revendication démagogique d'une suppression pure et simple de ces fameux CRA ; ce qui ne l'empêche évidemment pas d'exiger que leur fonctionnement soit en tous points respectueux des principes élémentaires du Droit.

C'est donc moins d'un anti-sarkozysme pavlovien que de l'incapacité à articuler opposition résolue et propositions alternatives crédibles dont souffre aujourd'hui le parti socialiste. En focalisant trop souvent leurs critiques sur la seule personne du président de la République plutôt que sur ses actes , certains leaders socialistes -on pense bien sûr à Ségolène Royal mais elle n'est pas la seule - auraient même tendance à brouiller un peu plus le message d'un parti socialiste déjà difficilement audible.

Ce n'est donc qu'en s'attelant à ce travail de réflexion, en lien étroit avec les intellectuels, les créateurs, les entrepreneurs, les forces syndicales ou associatives, et en tranchant enfin les questions de fond que le parti socialiste parviendra à jouer efficacement son rôle d'opposant et à recommencer à être écouté des citoyens.

 

31 mai 2007

Les premiers couacs de l'ère Sarkozy

medium_diapo_sarkozy.2.jpgEst-il encore permis de s'opposer au pouvoir en place dans notre beau pays ? On peut légitimement en douter à écouter les vociférations du nouveau président de la République lors du meeting - pardon de la rencontre républicaine ! - qu'il tenait au Havre mardi soir.

Non content de favoriser la création d'un "Nouveau Centre" tout acquis à sa cause ou de prétendre choisir son futur adversaire socialiste en la personne de Bertrand Delanoë, voila que Nicolas Sarkozy accuse de "pensée unique" quiconque ose émettre la moindre critique ou interrogation sur le bien fondé des mesures qu'il s'apprête à faire adopter.

Personne ne prétend contester la légitimité du tout nouveau président élu ni sa volonté de mettre en oeuvre rapidement les engagements qu'il a pris pendant la campagne. Mais ce serait une singulière conception de la démocratie que de considérer pour autant comme illégitime toute critique des agissements du nouveau pouvoir. Certes, la voie est étroite en ces temps de "sarkomania". Quiconque tente d'émettre un bémol sur la formidable "succès story" qui est en train de s'écrire chaque jour sous nos yeux ébahis est aussitôt accusé par la nouvelle Cour médiatico-politique de non respect de la démocratie. Comme si la victoire - nette - de Nicolas Sarkozy devait avoir pour conséquence de banir de toute expression politique et démocratique la petite moitié des Français qui ont fait un autre choix le 6 mai dernier. Comme si, tout à l'onction du nouveau pouvoir suprême, il fallait renoncer aux convictions et aux idées défendues des mois durant pour se ranger à ce si bel enthousiasme national qui semble agiter la France depuis un peu moins d'un mois.

Et bien, n'en déplaise à notre nouveau président de la République, et au risque de figurer au rang des mauvais patriotes ou des odieux militants (je sais qu'aux yeux de certains c'est une insulte !), je refuse de céder à cette sarkomania, qui n'est rien d'autre qu'une anesthésie voulue et acceptée comme telle de tout esprit critique et civique.

Cela ne veut pas dire critiquer pour critiquer ou tirer à boulet rouge sur le nouveau président sous prétexte qu'il n'est pas issu de mes rangs. A cet égard, je n'ai guère apprécié la critique en règle faite par François Hollande sur la composition du gouvernement. L'ouverture ? Certes, il s'agit d'une pure manoeuvre tactique qui vise à dérouter l'électorat socialiste et à prendre à contrepied la diabolisation dont Nicolas Sarkozy s'est dit victime pendant la campagne. Mais est-ce infamant de rappeler qu'en son temps, François Mitterrand s'adonna lui aussi à ce type de "débauchages" individuels aux lendemains de sa réélection en 1988 ? Je refuse donc de porter quelque jugement que ce soit sur la nomination d'un Kouchner ou d'un Jouyet. Tout est affaire de conscience personnelle. Peut-être que si nous avions, en son temps, fait un meilleur "usage" de ces personnalités talentueuses, et pour le moins populaires, nous n'aurions pas forcément à déplorer aujourd'hui leur départ vers d'autres rives. Quant à la nomination de Rachida Dati à un ministère aussi important que la Justice, je ne peux que saluer le geste politique et regretter amèrement que la gauche n'ait pas été en mesure d'en faire autant. Désigner comme ministre une femme, une jeune, originaire du Magrheb, compétente de surcroît et ne pas la cantonner, une fois de plus, dans un sous secrétariat d'état à l'intégration, franchement je dis chapeau. Ce serait tout à l'honneur du PS d'avoir la bonne foi de saluer également l'événement et de souhaiter bonne chance à la jeune promue.

Ceci étant dit, il est permis de ne pas sacrifier à l'enthousiasme général, notamment en ce qui concerne les multiples annonces qui s'amoncellent en ce début de quinquennat.

Quelles qu'aient pu être les dénégations du ministre concerné, la promesse de déduction des intérêts d'emprunt pour l'acquisition d'une résidence principale a donné lieu, ces derniers jours, à un sacré cafouillage. Nicolas Sarkozy a beau préciser que tous les emprunts en cours seront concernés, bien des interrogations restent en suspens, notamment sur le volume réel des intérêts qui pourront être déduits et sur la durée du dispositif. Selon les critères qui seront finalement retenus, le bénéfice des heureux propriétaires variera considérablement ainsi que le coût de la mesure pour le budget de l'Etat. Certains parlent de 4 milliards d'euros par an ; d'autre de 20 milliards. Des chiffres qui sont, quoi qu'il en soit, exhorbitants et qui vont peser lourdement sur le niveau des déficits publics. Sur le fond, l'intérêt économique d'une telle mesure est contesté par les plus éminents spécialistes, sans parler de son caractère peu équitable socialement. Le dispositif va entrainer d'indéniables effets d'aubaine qui profiteront prioritairement aux ménages les plus aisés ; lesquels profiteront de cette plus value fiscale non pour consommer mais pour épargner. Le bénéfice en terme de croissance économique risque donc d'être nul. Un tel cadeau fiscal a par ailleurs toutes les chances d'être rapidement absorbé par une nouvelle hausse des prix de l'immobilier et/ou un renchérissement du crédit. En bout de course, la mesure risque donc d'être de peu d'effet pour contrer l'actuelle crise du logement et favoriser l'accès des ménages modestes ou moyens à la propriété. Consacrer ces milliards d'euros au financement de nouveaux logements à loyer modérés serait donc plus judicieux.

La mise en oeuvre de la seconde promesse du candidat Sarkozy, sur la défiscalisation des heures supplémentaires risque, là encore, de faire rapidement déchanter ceux qui éspéraient "travailler plus pour gagner plus". Le gouvernement est ici confronté à un véritable casse tête car sa mesure pourrait bien s'avérer anticonstitutionnelle en remettant en cause l'égalité des citoyens devant l'impôt. Pour les salariés rémunérés autour du SMIC, la difficulté tient au fait que les entreprises ne payent déjà presque plus de charges patronales. Ca se complique encore plus pour les salariés à temps partiel subi (par exemple la caissière employée 30 heures par semaine) qui risquent également de ne pas pouvoir bénéficier d'un tel dispositif. Comment, en effet, parler d'heures sup lorqu'on est en deça du seuil du temps de travail légal ? Enfin, les cadres payés au forfait devront sans doute faire leur deuil d'un peu de beurre dans les épinards puisque, par définition, ils ne font pas d'heures supplémentaires ! La mesure phare du nouveau président censée relancer le pouvoir d'achat des Français a donc toutes les chances de se dégonfler comme une malheureuse bodruche. Surtout si on ajoute à cela que les entreprises n'auront aucune faculté d'octroyer des heures supplémentaires à leurs salariés si leurs carnets de commande ne sont pas mieux remplis. A moins que certains petits malins ne déclarent des heures supplémentaires fictives pour bénéficier des déductions fiscales et de cotisations... ce qui agraverait un peu plus les déficits publics sans améliorer en quoi que ce soit la situation économique et sociale du pays.

Enfin, dernier miroir aux alouettes du président Sarkozy : la mise en place d'un service minimum dans les transports. Là aussi, le cafouillage a été de rigueur ces derniers jours, notamment en ce qui concerne le calendrier de mise en place de cette réforme. Loi ou pas loi ? En septembre ou en décembre ? Les choses ne semblent pas encore clairement tranchées. Mais l'idée d'une simple "loi cadre" qui fixerait le principe du service minimum et en renverrait la mise en oeuvre concrète aux collectivités locales et aux autorités organisatrices de transports comme le STIF en région parisienne sent bigrement l'entourloupe. Le nouveau président s'exonererait ainsi à peu de frais de sa promesse électorale tout en en renvoyant la responsabilité sur les régions. Ce qui aura pour principale conséquence de ne rien changer concrètement pour les usagers !

Bref, sur tous ces sujets, les premières contradictions du candidat Sarkozy apparaissent déjà. C'est le rôle d'une opposition intelligente de les souligner. N'en déplaise aux "sarkomaniaques" !

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu