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15 septembre 2007

Bertrand Delanoë : le sauveur du PS ?

medium_bertranddelanoe.jpgAvec, dans une moindre mesure, Manuel Valls, Bertrand Delanoë est, sans conteste, la révélation socialiste de l'après présidentielle. Surfant sur le lancement tambour battant de Velib et sur sa prestation remarquée à l'université d'été du PS à la Rochelle, le maire de Paris, candidat à sa propre succession, ne cache plus sa volonté de peser dans l'avenir de sa formation politique. Il réunira d'ailleurs ses troupes demain pour une journée de réflexion dont il assurera la conclusion.

Consécration suprème : on apprenait cette semaine qu'il figure désormais en tête des sondages de popularité parmi tous les hommes politiques français, devant Bernard Kouchner ou Jean-Louis Borloo et loin devant Ségolène Royal.

Alors, le parti socialiste aurait-il enfin trouvé ce leader qui lui fait si cruellement défaut pour partir à la reconquête des électeurs ? Il est evidemment encore trop tôt pour le dire. D'autant que la subite montée en puissance de Bertrand Delanoë n'est pas sans susciter un certain nombre d'interrogations.

A l'évidence, l'homme a de grandes qualités. Ignoré, voire méprisé par les siens il a su arrarcher la capitale à la droite en 2001 et a toute les chances de se faire réélire en mars prochain. C'est un bourreau de travail, toujours présent sur le terrain, ne laissant jamais rien au hasard, doté d'un sens aigü de la communication, à la fois habile et tenace, doté en outre d'un solide carnet d'adresse, ce qui peut toujours servir. Son style fait de modestie affichée, d'écoute, de modernité et de volontarisme en fait un alliage d'une vraie efficacité. Toutes ces qualités développées dans l'exercice de son mandat municipal en font-il pour autant un bon leader pour le PS ?

Soyons clair : Bertrand Delanoë jouera, à l'évidence, un rôle essentiel dans la reconstruction du parti socialiste. Le PS serait d'ailleurs stupide de se priver de l'apport d'un des rares éléphants dont l'image ne soit pas ternie aux yeux de l'opinion. Toutefois, comme l'a dit récemment Arnaud Montebourg, "Paris n'est pas la France". Le potentiel que représente Bertrand Delanoë ne doit en effet pas cacher les écueils que pourrait représenter la montée en première ligne du maire de Paris.

Qu'on le veuille ou non, l'homme est associé à la "boboisation" du parti. Or le défi pour le parti socialiste est d'abord de regagner la confiance des milieux populaires, des ouvriers, des employés, de tous ceux qui vivent loin des grandes agglomérations et des centres villes. Electorat que Ségolène Royal a contribué à ramener à gauche en mai dernier, dans des proportions malheureusement insuffisantes. Bertrand Delanoë lui même est conscient du danger de se laisser enfermer dans cette image de représentant des bobos, lui qui n'a de cesse de rappeler les efforts substanciels accomplis par sa majorité municipale en matière de logement social, de lutte contre l'habitat insalubre ou d'accueil pour la petite enfance. Rien ne serait pire pour lui que de devenir un nouveau Jack Lang dont seules "Paris plage" ou la "Nuit blanche" seraient mises à son crédit.

Quant à la subite popularité dont il dispose, chacun mesure bien ce qu'elle a d'en partie artificielle, se contentant de faire écho au ramdam médiatique de ces dernières semaines et au succès de Velib. Et puis une excellente cote de popularité n'a jamais garanti le succès électoral. Simone Veil, Bernard Kouchner ou Edouard Balladur en savent quelque chose. Après l'épisode Ségolène Royal, les socialistes devraient par ailleurs savoir qu'il est périlleux de se fier aux sondages pour construire des stratégies politiques !

S'il veut affirmer sa place au sein du PS, Bertrand Delanoë devra en outre démontrer sa capacité à élargir son camp bien au delà des fidèles jospinistes. Dans un parti balkanisé, les clefs de la direction iront à celui ou à celle qui saura reconstituer une véritable majorité apte à gouverner le PS. Malgré l'apport des partisans de Martine Aubry et d'une partie des Strauss-Kahniens, la tache est loin d'être acquise. Pour y parvenir, Bertrand Delanoë devra démontrer qu'il est capable d'offir non seulement aux militants mais surtout aux électeurs de gauche un discours structuré qui soit à la fois en prise avec le réel et capable de renouveler l'idéal socialiste. Or, pour le moment, on a guère entendu dans sa bouche d'élément réellement nouveau et mobilisateur. Le soutien affiché de Lionel Jospin à son égard aurait d'ailleurs plutôt tendance à inquiéter. Le risque existe de privilégier une fois de plus le "sociétal" sur le social ou de s'enfermer dans un discours abstrait sur les valeurs qui aurait toute les chances de faire les beaux jours du Sarkozysme. Le fait que Nicolas Sarkozy semble vouloir faire de Bertand Delanoë son principal opposant devrait d'ailleurs nous interroger.

Enfin, si Bertrand Delanoë devait prendre la tête du PS à l'issue du prochain congrès de l'automne prochain, en deviendrait-il automatiquement le candidat naturel du parti à l'élection présidentielle ? Si c'est le cas, une question ne manquera pas d'être posée, même si elle peut apparaître politiquement non correcte : les Français sont-ils prêts à élire un homo comme président de la République ? Quand on voit les propos injurieux et les coups bas dont fut l'objet Ségolène Royal au simple motif que c'était une femme, on peut hélàs sérieusement en douter !

02 septembre 2007

Hollande : j'y suis, j'y reste !

medium_hollande.jpgL'Université d'été du PS aura (au moins) servi à ça : lever le voile sur l'ambition présidentielle de l'actuel premier secrétaire. C'était un secret de polichinelle, mais l'expression a le mérite de la clarté. En indiquant qu'après avoir quitté son poste à la tête du PS, il se préparera à briguer l'investiture du parti à la présidentielle, François Hollande s'est décidé à abattre - enfin - ses cartes.

Par je ne sais quel miracle dont le PS a - hélàs - l'habitude, celui-ci aura d'ailleurs réussi à ressortir de la Rochelle plutôt conforté, alors qu'on lui prédisait de bien mauvais quart d'heures sous le feu nourri des critiques de ses camarades.

Du coup, cette ambition enfin affichée résonne étrangement cent jours à peine après le second tour de l'élection présidentielle. Elle jette une lumière crue sur la campagne passée et valide, à l'évidence, les analyses selon lesquelles François Hollande n'avait jamais accepté la candidature de sa compagne et fit tout (consciemment ou inconsciemment) pour la torpiller.

La stratégie du premier secrétaire est désormais très claire. Il quittera comme promis son mandat à l'issue du Congrès à l'automne 2008 mais ce sera pour mieux briguer l'investiture socialiste à la présidentielle en 2010. En attendant, l'homme va poursuivre sa vieille tactique : laisser ses petits camarades s'étriper, (re)vérouiller le parti en mettant fin au dispositif des adhérents à 20 euros et pousser ses pions au sein de l'appareil, au premier rang desquels figure Benoît Hamon. La petite quarantaine, le tout nouveau porte parole du PS, opposant déterminé à Ségolène Royal et soutien affiché du premier secrétaire, est un spécialiste des aracanes du parti et un manoeuvrier hors pair. Il a su se constituer, depuis son passage à la tête du Mouvement des Jeunes Socialistes, un réseau particulièrement influent et structuré (Nouvelle Gauche). François Hollande a bien compris tout l'intérêt qu'il avait à s'appuyer sur une telle force et à mettre en avant cet ancien dirigeant du Nouveau Parti Socialiste aux côtés d'Arnaud Montebourg et Vincent Peillon. "La rénovation, certains en parlent, moi je la fais" pourra ainsi entonner l'actuel premier secrétaire en passant la main à son jeune allié. 

Cette opération a-t-elle une chance de réussir ? A l'évidence oui car, même s'il semble être ces dernières semaines la cible privilégiée de ses adversaires internes, François Hollande détient toujours de nombreux atouts en main. Outre celui de Benoît Hamon, il peut aussi compter sur le soutien de Razzye Hammadi, président ô combien charismatique du MJS, passé maître dans l'art de "faire des salles"... pas inutile lorsqu'on cherche à se faire ovationner par de jeunes socialistes à la Rochelle ! Mais surtout, François Hollande peut compter sur la "balkanisation" du parti. Un parti plus que jamais éclaté en courants et sous courants sur fond de haines recuites entre vieux leaders à bout de souffle et dont Hollande a toujours su habilement tirer profit !

Dès lors, pour les adversaires de l'actuel premier secrétaire, la problématique est assez simple : comment construire une majorité alternative qui permette enfin de tourner réellement la page Hollande. Or, force est de constater que cette majorité alternative peine aujourd'hui à émerger, entre les tentatives encore désordonnées d'un Bertrand Delanoë, d'un Manuel Valls, d'un Arnaud Montebourg ou de ce qu'il reste des courants fabiusiens et strauss-khaniens. Sans oublier Ségolène Royal, enterrée bien vite mais qui comptera à l'évidence dans la structuration de la future majorité du parti. Comme le disait Arnaud Montebourg il y a quelques jours à Frangy-en-Bresse "parlons-nous, tendons nous la main".

Si tous ceux là ne sont pas capables de s'entendre, c'est bien François Hollande qui en sortira une nouvelle fois victorieux !

Dernière minute : voici un extrait de la dépêche AFP à l'issue du discours de clotûre de François Hollande à la Rochelle : François Hollande, premier secrétaire du parti socialiste, a reconnu dimanche 2 septembre à la Rochelle que son parti n'était "pas entendu par le plus grand nombre", parce qu'il ne dit "rien de net, de clair, de lisible". On croit entendre Chirac qui 10 ans après son élection commentait gravement la situation sociale du pays comme s'il n'en était pas responsable. Bref, plus que jamais, tout change parce que rien ne change au PS. Et il paraît que le discours fut chaudement applaudi... à pleurer !

09 juillet 2007

Vive l'ouverture !

medium_bockel.jpgIl paraît que ces temps ci les hauts responsables du Parti Socialiste s'inquiètent sérieusement de la stratégie d'ouverture à gauche initiée, depuis son élection, par Nicolas Sarkozy. Les hiérarques du parti n'avaient pas eu de mots assez durs pour vilipender les actes de débauchage et de traitrise que constituaient la nomination d'un Besson, d'un Kouchner ou d'un Bockel au gouvernement. Voilà même que Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, met en garde par avance Jack Lang dont on murmure qu'il serait tenté de rejoindre une commission chargée de réformer nos institutions. Et jusqu'au bras droit de DSK, notre d'habitude si flegmatique Jean-Christophe Cambadélis de s'inquiéter au cours, du dernier bureau national d'une telle hemoragie, et d'en appeler à une réaction concertée de ses camarades socialistes et du parti dans son ensemble.

Et si paradoxalement cette stratégie d'ouverture, tant décriée, pouvait rendre service au PS ? Absurde ? Pas si sûr.

On comprend bien quelles sont les intentions de Nicolas Sarkozy lorsqu'il engage une telle stratégie. D'abord donner tort à tous ceux qui le décrivent comme l'homme d'un clan, représentant d'une droite dure et intolérante. Ensuite semer le désarroi au PS, aviver ses tensions internes. Enfin, occuper à lui seul un très large spectre du champ politique.

Tout cela crée à l'évidence des effets, rendant notamment plus difficile pour la gauche la façon d'appréhender son rôle d'opposant. Cela peut même sembler de bonne stratégie au moins à court terme. Mais à court terme seulement. Car il n'est pas certain que cette stratégie soit finalement si payante pour son inspirateur.

D'abord parce qu'elle a le désavantage de contrarier un bon nombre d'elus et de responsables UMP qui sont littéralement ulcérés de voir ainsi promus ceux qu'ils ont combattu pendant tant d'années et qu'ils continuent souvent à combattre localement. Nicolas Sarkozy a beau traiter ces réactions par le mépris, elles risquent de laisser des traces et de raviver des tensions à droite; surtout lorsque la sarkomania s'érodera et que les premières vraies difficultés gouvernementales feront leur apparition.

Ensuite parce que cette stratégie est loin d'être comprise par une majorité du "peuple de droite". Celui-ci avait enfin trouvé son champion en la personne de Nicolas Sarkozy, l'homme de la rupture et de la droite "decomplexée" et que voit-il réapparaître ? Le banc et l'arrière banc des mitterandolatres tant honnis, la bien pensance généreuse d'un Kouchner, les paillettes d'un Lang ou bien encore le politiquement correct d'un Védrine. Tout ça pour ça ? Il suffit d'écouter un quart d'heure "les auditeurs ont la parole" sur RTL pour se rendre compte que cette stratégie passe mal, très mal auprès de l'électorat de droite qui ne sait décidément plus à quel saint se vouer. Et que croyez vous que pense le million d'électeurs frontistes qui ont rejoint le flambeau de Nicolas Sarkozy de telles nominations ? J'en connais qui doivent sans doute déjà se sentir une nouvelle fois trahis !

Enfin parce que passé les quelques semaines de bazar, le PS pourrait finalement trouver profit au départ de certains de ses plus illustres leaders vers la droite. Ceux qui ont franchi le rubicon savaient qu'ils n'avaient plus guère espoir, compte tenu de leur âge ou de leur position dans le parti, de revenir au pouvoir. Ils ont donc saisi l'opportunité qui leur était offerte par Nicolas Sarkozy. Cela d'autant plus aisément que la plupart d'entre eux ne cachaient pas en privé leur admiration pour le nouveau président de la République, ni leur approbation de l'essentiel de son programme. Si cette fuite des "cerveaux" permet au PS au recouvrer un peu de cohérence intellectuelle et ouvre la voie à une nouvelle génération de responsables, qui s'en plaindra ? Nicolas Sarkozy aura finalement rendu un grand service à tous ceux qui aspirent enfin à une véritable rénovation du PS.

Alors, oui, vive l'ouverture !

 

05 juillet 2007

Au PS, rien ne doit plus être comme avant !

medium_rm.jpgJe reproduis ci-dessous le texte que viennent de publier une quinzaine d'élu(e)s socialistes de toute sensibilité et qui en appelent à une véritable et profonde rénovation du parti socialiste et de la gauche toute entière.

Je souscris pleinement à cette démarche qui entend rompre avec les éternelles querelles de courants et la réduction du PS à la cohabitation de simples écuries présidentielles.

Je serai présent à Evry le 20 juillet prochain et je vous invite à nous y rejoindre nombreux !

 

Communiqué de 15 élu(e)s socialistes : "Rien ne peut plus être comme avant !"

5 juillet

Les Français n’ont pas voulu que la gauche disparaisse. Lors du second tour des élections législatives, ils ont été des millions à nous donner encore une chance. Ce sursaut ne peut toutefois en rien dissimuler l’ampleur de la tâche exigée de notre parti. Son potentiel est immense, ses adhérents plus nombreux que jamais et pourtant, l’immobilisme demeure la tentation dominante. Riche de multiples talents, de plusieurs générations de militants et d’élus, le Parti du mouvement ne doit pas devenir aujourd’hui une machine à broyer les énergies neuves, comme l’issue du dernier Conseil national, plus que décevant, peut le laisser craindre. Pour combattre les idées claires de la droite dure, le PS ne saurait se contenter d’idées floues, de vieilles recettes. Pour mener une opposition combative, l’emporter aux élections locales en 2008 et 2010 et gagner en 2012, notre Parti n’a d’autres choix que d’engager une transformation profonde, une rénovation exigeante et sincère.

Disons le tout net : le processus proposé par la direction n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Il constitue la réplique pure et simple de la méthode déjà proposée en 2002. Comment dans ces conditions empêcher que 2012 ne connaisse les mêmes funestes résultats que 2007 ? C’est d’un changement beaucoup plus radical et beaucoup plus profond que nous avons besoin ! Et si cette exigence a été différée, elle finira par s’imposer. La condition en est simple : que toutes celles et tous ceux qui en ont assez des querelles de personnes, des luttes de clans et des ambitions présidentielles se rassemblent, non pour fonder un énième courant ou une énième sensibilité, mais pour ouvrir un dialogue franc, approfondi, sans tabou ni a priori, sur les causes de nos défaites et sur les moyens d’y répondre ; que toutes celles et tous ceux qui veulent d’abord répondre à la crise des idées, rebâtir un projet, réinventer un parti et une gauche modernes, oublient leurs différends, tirent partie de leurs désaccords, inventent un nouvel espace politique...

Venant d’horizons différents, assumant nos itinéraires, mais soucieux de leur confrontation créative, nous prenons nos responsabilités en décidant de travailler ensemble. A la différence de ceux qui s’expriment en fonction d’intérêts trop visibles ou d’ambitions trop prévisibles, nous annonçons aujourd’hui notre volonté d’entamer au service de la Gauche et du Parti socialiste, sans leader ni présupposés, un véritable travail de rénovation, sans lequel l’avenir du Parti socialiste serait déjà écrit. Nous invitons celles et ceux sui se reconnaissent dans cette démarche à un premier rendez-vous, le vendredi 20 juillet 2007 à Evry.

Signataires : Patricia Adam, Patrick Bloche, Christophe Caresche, Guillaume Garot, Louis Gautier, Jean-Patrick Gille, Gaëtan Gorce, Christophe Masse, Arnaud Montebourg, Pierre-Alain Muet, Christian Paul, Gilbert Roger, Marisol Touraine, Manuel Valls, Philippe Vuilque.

27 juin 2007

PS : vous avez dit rénovation ?

medium_ps.jpgDepuis le Conseil national du PS samedi dernier, j'hésite entre rage et désespoir.

Pour la troisième fois consécutive, mon parti vient de perdre l'élection présidentielle et que s'empresse-t-il de faire ? Réaffirmer sa confiance, à la quasi unanimité, à son premier secrétaire François Hollande et reconduire au poste qu'il occupe depuis 10 ans Jean-Marc Ayrault comme président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale (même si ce dernier n'a pas démérité et que son idée de "shadow cabinet" est plutôt une bonne chose).

Pourtant, au lendemain du 6 mai, tout le monde n'avait qu'un mot à la bouche : rénovation. Le soir même du second tour, Dominique Strauss Kahn n'avait pas de mot assez dur à l'encontre du premier secrétaire, accusé de porter une lourde responsabilité dans la défaite des socialistes.

Et à quoi assiste-t-on lors de ce conclave aux allures de sombre farce ? A une énième combinaison d'appareil comme le PS en est hélas coutumier où par des alliances aussi baroques que conjoncturelles tout ce petit monde se met d'accord pour ne surtout rien changer. La motion adoptée à la quasi unanimité par le Conseil national, pseudo Parlement du parti, est digne des pires temps de la SFIO. Dans un grand élan de prise de conscience collective, les dirigeants du parti ont en effet pris la courageuse décision de constituer une "commission de la rénovation" chargée de plancher sur la question d'ici le prochain Congrès maintenu à l'automne 2008. On reste coi devant une telle irresponsabilité et une telle cécité. Et dire que les partisans de DSK et de Fabius, hier ennemis intimes, n'ont pas hésité un instant à se coaliser pour maintenir à son poste un François Hollande tant honni par ceux là même !

Car en vérité tout est bon pour barrer la route à Ségolène Royal. C'est même devenu le seul objectif commun de cette coalition des éléphants et tant pis si le parti en sort une fois de plus exangue. 

On peut faire tous les reproches possibles à l'ancienne candidate socialiste à la présidentielle. Elle a, à l'évidence, sa part de responsabilité dans l'échec du 6 mai et elle s'enorgueillerait de le reconnaître. Mais voir se transformer un conseil national en une séance de lynchage en règle de l'ex candidate est inacceptable. Surtout si cela permet d'évacuer du même coup la question de la responsabilité des leaders du parti dont le moins que l'on puisse dire est qu'ils n'ont pas été d'une loyauté à toute épreuve pendant la campagne. Ségolène Royal a eu raison de ne pas assister à ce spectacle affligeant. Que François Hollande ait pu laisser faire en dit long sur son état d'esprit présent, passé et à venir.

Car, grâce à un de ces tours de passe passe dont il a le secret, notre "culbuto" national a encore berné son monde. C'est, à l'évidence, le champion des manoeuvres d'appareil. Il est clair que son annonce, il y a quelques semaines, selon laquelle il ne se représenterait pas à son poste de premier secrétaire avait tout du leurre. Usant et abusant des finesses du calendrier, il n'a qu'un objectif ; toujours le même depuis 10 ans : durer et s'imposer à l'usure, actionnant tant qu'il peut les ressorts de la prétendue préservation de l'unité du parti. Et dire que les strauss-kaniens ou les fabiusiens pensent encore pouvoir s'en débarrasser dès qu'il n'en auront plus besoin. Mais il faut être aveugle pour ne pas voir que c'est Hollande lui même qui les manipule et qu'il tirera, comme il l'a toujours fait, les marrons du feu !

Tout cela finalement arrange bien tous les potentats locaux qui constituent l'appareil du parti. Hollande leur convient très bien qui n'a jamais eu l'audace de venir sur leurs plate bandes. Après tout, le PS sort plutôt renforcé de ce cycle électoral dans les grandes agglomérations. Alors, gagner ou pas les élections nationales...

Voilà bien où nous en sommes après 10 ans de Hollandisme : un parti socialiste plus féodalisé que jamais, à la tête duquel surnage un chef sans charisme et sans pouvoir réel ; éternel plus petit commun dénominateur d'un parti dont la seule ambition semble la gestion pépère de son patrimoine électoral local.  

Oui, décidément, il n'y a plus guère de chose à attendre d'un appareil socialiste vieillissant et suicidaire. Une seule solution : tenter de noyer ce conglomérat inepte sous le flot de milliers de nouveaux adhérents pour prendre enfin les commandes du navire socialiste. La bataille s'annonce rude mais il n'y a pas d'alternative. A l'abordage !

 
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