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24 décembre 2010

Comment lutter contre le phénomène "Marine" ?

marinelepen.jpgC'est sans conteste le "phénomène" politique de cette fin d'année.

Bientôt adoubéé nouvelle présidente du Front National et future candidate à la présidentielle, Marine Le Pen n'en finit plus de susciter l'inquiétude de la classe politique et les analyses des commentateurs plus ou moins avertis sur son ascension apparemment irrésistible.

Comment lutter contre le "phénomène Marine" dont chacun peut convenir qu'il est sans doute plus dangereux encore que son père ?

D'abord sans doute en ne tombant pas dans le premier piège tendu par la nouvelle égérie médiatique. Son viatique sur l'occupation des rues par les musulmans n'avait qu'un objectif : faire le buzz médiatique. Marine Le Pen aura été servie au delà même de ses espérances ! Etait-ce vraiment le but recherché de ses opposants ? J'en doute.

Mais en se saisissant habilement du thème de la laïcité, Marine Le Pen aura surtout confirmé une règle de notre vie politique : le Front National ne prospère que sur les failles et les défaillances des partis dits traditionnels et singulièrement de Gauche. Voilà ce qui arrive quand la Gauche ne prend pas suffisamment à son compte le combat pour la laïcité ! Qu'il ait fallu la "provocation" de Marine Le Pen pour que le PS exprime officiellement son opposition à l'exercice des cultes sur la voie publique est simplement stupéfiant ! Le comble c'est que Marine Le Pen passe ainsi pour une défenseuse de la laïcité à la française alors qu'elle refuse dans le même temps la construction de moquées pour que les musulmans puissent pratiquer leur religion dignement.

Comment lutter alors contre le "phénomène Marine" ? Pas non plus, comme le faisait Bernard Tapie dans les années 80, en insultant ses électeurs ou les traitant de salauds ! Manifestement tout le monde n'a pas retenu la leçon. Pour s'en convaincre, il faut lire cet édifiant article paru dans Libération mardi dernier intitulé sobrement "A Reims, Clovis et Marine Le Pen à l'apéro". Un modèle du genre en matière de parisianisme, de mépris social et de haine du peuple malheureusement fort répandu au sein d'une partie de l'élite politico-médiatique. Aucun recul, aucune empathie, pas le début d'une analyse dans cet article qui présente, comme souvent, le bon peuple sous le visage du beauf forcément raciste ! Un article qui ne peut susciter que la colère en retour et conforter les personnes qui y sont interrogées dans leurs convictions. Continuez comme ça, mesdames et messieurs de Libération, et vous vous étonnerez d'un nouveau 21 avril 2002 !

30 octobre 2010

Réforme des retraites : l'aveu

retraites.jpgL'information est passée quasiment inaperçue.

Pourtant elle est particulièrement révélatrice des impasses de la réforme des retraites adoptée définitivement cette semaine au Parlement et du double discours du Gouvernement.

De quoi s'agit-il ? De l'adoption en dernière lecture au Sénat d'un amendement à l'initiative des parlementaires centristes qui invalide purement et simplement tous les arguments développées par Nicolas Sarkozy depuis 3 mois pour justifier cette réforme.

A écouter le président de la République, cette réforme était d'une urgence absolue, elle allait régler durablement le problème du financement de notre système de retraite par répartition; il n'y avait pas d'autre voie possible et tous ceux qui s'y refusaient n'étaient que des irresponsables ou des démagogues.

Or que prévoit le dit amendement, adopté - c'est important à souligner - avec l'accord du Gouvernement ? Que d'ici 2013 - oui 2013 - on mettra en débat une réforme dite "systémique" pour envisager le passage à un système de retraite par point.

Le Gouvernement reconnaît ainsi implicitement que sa réforme n'est pas une véritable réforme globale, qu'elle ne règle pas le problème dans la durée puisqu'il faudra y revenir dans moins de 3 ans et qu'une autre réforme était bien envisageable, comme d'ailleurs l'avais suggéré la CFDT.

Bel aveu sur les motivations réelles du président de la République : marquer l'opinion et rasséréner son camp sur son courage réformateur. Et tant pis si, comme c'est généralement le cas avec Nicolas Sarkozy, la réforme ne règle rien sur la durée et a été arrachée au prix d'une rupture du dialogue avec les organisations syndicales; lesquelles s'étaient pourtant montrées particulièrement responsables dans cette affaire.

Une fois de plus, la gestion de ce dossier par le Gouvernement laissera un goût amer d'occasion manquée. Celle de rassembler tous les Français autour d'une véritable réforme juste et efficace de notre système de retraite.

27 juillet 2010

La France, les élites et le "modèle allemand"

merkelsarko.jpgAvec la crise monétaire européenne, c'est un grand classique qui fait son retour : la propension d'une large partie de l'élite politico-économique française à se référer systématiquement à des modèles étrangers, comme pour, a contrario, mieux condamner le "modèle français".

Ainsi, depuis quelques semaines, les appels se multiplient pour que la France mette ses pas dans ceux de la vertueuse Allemagne et s'engage dans un plan sans précédent de réduction de ses dépenses publiques. Le "modèle allemand" promu par Angela Merkel, fait de rigueur budgétaire, d'orthodoxie monétaire et de restriction salariale, est ainsi montré en exemple par ceux qui - François Fillon en tête - dénoncent depuis longtemps une France en quasi faillite, censée vivre au dessus de ses moyens.

Dans ce contexte, l'Allemagne est régulièrement désignée comme le bon élève de la classe européenne auquel il faudrait que notre pays s'accroche ; au risque sinon de voir se briser le prétendu couple franco-allemand (ou ce qu'il en reste !) et - pire - la France menacée de voir sa note dégradée par les agences de notation. Et tant pis si cette course poursuite vers toujours plus de rigueur budgétaire fait courir un risque sans précédent de récession à l'ensemble des économies européennes, voire mondiales.

Il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur la façon dont Nicolas Sarkozy a cédé aux injonctions de la chancelière allemande, faisant fi de la position initiale de la France favorable à des politiques de soutien à l'activité et en particulier à la demande intérieure allemande. Mais tel n'est pas ici le propos.

Cette propension à vanter un "modèle étranger" face à un "modèle français" prétendument laxiste, inefficace ou dépassé n'est pas un fait nouveau dans l'histoire de notre pays. C'est même un élément qui revient périodiquement dans le débat national, en particulier sous l'influence des nombreux "déclinologues" qui peuplent notre cher et vieux pays.

Il y eut, avant que celui-ci soit englouti par une crise monétaire suivie de 15 ans de récession, le modèle japonais fait de flexibilité et d'innovation. On envisagea même sous l'ère Rocard de créer un grand ministère réunissant l'économie, les finances et l'industrie pour singer l'exemple nippon, comme si - vieille lune française - il suffisait de créer un ministère pour régler un problème.

Il y eut, déjà à l'époque, le modèle allemand, vanté pour ses formidables capacités exportatrices mais oublié, au passage, pour ses 35 heures et sa cogestion syndicale.

Il y eut, bien sûr, le modèle anglais et son chômage sous la barre des 5% qui masquait pourtant déjà mal l'explosion de la pauvreté.

Il y eut, plus récemment, le modèle danois et sa flexi-sécurité sans qu'on ne su jamais vraiment l'adapter en France.

Plus loin de nous, au milieu des années 1930, une grande partie de l'élite française prenait déjà exemple au delà de nos frontières - en Allemagne encore une fois - et n'avait pas de mots assez durs pour dénoncer le Front Populaire. De là à abdiquer la souveraineté française et à s'en remettre à son puissant voisin, il n'y avait qu'un pas qui fut alégrement franchi en juin 1940.

Et si l'on remonte plus loin encore dans l'histoire, c'est toujours du côté des puissances étrangères - Allemagne, Autriche, Italie... - que les tenants de l'Ancien Régime se tournèrent pour combattre la Révolution française.

Pas grand chose à voir avec la période actuelle me direz-vous. Il ne me viendrait evidemment pas à l'esprit une seconde de comparer l'Allemagne contemporaine au 3ème Reich, ni François Fillon au Maréchal Pétain.

Pourtant, il y a d'évidence une filiation historique entre ces différents mouvements intellectuels faits, pour certains, d'une forme de détestation nationale, pour d'autres d'un rejet de l'héritage révolutionnaire (il n'y a qu'à écouter à ce sujet ce qu'en disait tout récemment Jean-François Copé !) ou pour d'autres encore d'une simple volonté de "normalisation" de la France.

Qu'on le veuille ou non, c'est une caractéristique d'une large partie de notre élite nationale. Caractéristique un temps assoupie sous  le régime gaulliste et qui a trouvé, sous des formes évidemment diverses, un nouveau souffle avec la mondialisation.

Comme l'évoquait récemment Marcel Gauchet dans le Monde, ce positionnement n'est pas pour rien dans la fracture persistante entre un peuple français massivement attaché à son modèle de société et des élites majoritairement acquises au modèle libéral mondialisé. 

Est-ce à dire que la France devrait se réfugier sur son Aventin et refuser par principe tout exemple venu de l'étranger ? Ce serait évidemment absurde et mortifère ! Mais il y a un monde entre s'ouvrir intelligemment aux influences et expériences extérieures et prétendre reproduire successivement tel ou tel modèle étranger par définition propre à un contexte historique national. Il y a un monde entre refuser l'arrogance française et tourner le dos à l'ambition nationale visant à promouvoir un modèle économique et social plus équitable ; modèle durement éprouvé par la mondialisation.

A cet égard, les discours d'un Nicolas Sarkozy alternant entre promotion du modèle anglo-saxon pendant sa campagne puis réhabilitation du modèle social français pendant la crise pour se réfugier aujourd'hui dans une stricte orthodoxie budgétaire quoi qu'encore a demi avouée, ne font qu'illustrer les ambiguités sur lesquelles l'actuel président de la République a été élu et aggraver un peu plus la confusion dans laquelle se déroule le débat politique français depuis de nombreuses années.

Les socialistes ne sont pas en reste qui, s'ils veulent reconquérir réellement la confiance populaire, devront absoudre durablement la fascination que beaucoup d'entre eux ont eprouvé à l'égard de la mondialisation libérale, sans retomber pour autant dans les vielles recettes d'une économie administrée, disparue depuis longtemps.

Une chose est sûre : redéfinir un "modèle français" qui fasse habilement la part entre prise en compte du monde réel et refus d'une simple abdication gestionnaire, tel sera l'enjeu de la présidentielle de 2012.

 

27 janvier 2010

Sondages : comment dire tout et son contraire !

leparisien.jpgUne nouvelle et éclatante illustration de l'inanité des sondages ce matin dans le Parisien qui affiche en une : "57% des téléspectateurs convaincus par Sarkozy".

Sauf que dans les pages intérieures ça se complique. En découvrant le détail de cette enquête on apprend que 60% des personnes interrogées n'ont pas été convaincues par le président de la République sur l'emploi; 58% n'ont pas été convaincues sur les retraites; 51% pas convaincues sur l'affaire Proglio; 61% pas convaincues sur le pouvoir d'achat; 45% pas convaincues sur le débat sur l'identité nationale et 45% pas convaincues sur la réduction du nombre de fonctionnaires !

Dans ces conditions, comment peut-on en arriver à un résultat global de 57% de téléspectateurs convaincus par Sarkozy ? Les Français manqueraient-ils à ce point de cohérence ?

La réponse relève de la nuance. Dans les personnes que l'institut CSA a interrogées, certaines ont vu l'émission de TF1 lundi soir, d'autres non. La question globale se réfère ainsi aux seuls téléspectateurs présents devant leur poste tandis que les questions thématiques englobent ceux qui ont vu l'émission ou ceux qui en ont seulement entendu parlé !

Subtile mais importante nuance en effet ! Sauf que ce matin la plupart des médias - RTL par exemple - oubliaient ces subtilités en retenant que 57% des Français avaient été convaincus par Sarkozy. Dans le corps de l'article, le journal commence d'ailleurs par indiquer que "49% des Français n'ont pas été convaincus par Sarkozy". Pourquoi, dès lors, titrer sur un résultat tout autre et en apparence plus favorable au président de la République ?

De là à penser que c'est cette confusion qui était savamment recherchée...

25 janvier 2010

Peillon ou le crime de lèse majesté médiatique

peillon.jpg

 

 Ils passent leur journée à critiquer, à commenter, à juger, à nous dire ce qu’il faut penser de l’actualité mais ils ne souffrent eux même aucune critique, aucune remise en question. Tel est le petit monde des quelques journalistes et éditorialistes influents qui par leur force de frappe – ils couvrent à une dizaine l’ensemble du spectre médiatique – font et défont les réputations, encensent ou assassinent, disent ce qui est bien et ce qui est mal.

 

« L’affaire Peillon » aura été une nouvelle démonstration de ce qu’il faut bien qualifier de « crime de lèse majesté médiatique ». Vincent Peillon, invité à débattre sur France 2 de l’identité nationale, fait faux bond au dernier moment et dénonce un service public complaisant vis-à-vis du pouvoir ? Voilà qui lui vaut la fureur du tout Paris médiatique qui dénonce un « coup politique » sur le dos de la chaîne publique.

 

Coup médiatique ? La belle affaire ! Bien sûr que Peillon s’est essayé à un coup médiatique. Comme si France 2 elle n’avait pas cherché à faire également un coup en organisant un débat  Eric Besson/Marine Le Pen à une heure de grande écoute ! Que serait-il arrivé si Vincent Peillon avait décliné la veille ou quelques heures auparavant ? France 2 aurait à tous les coups trouvé un autre « client » pour venir cautionner sa mise en scène. Et personne n’aurait parlé de la véritable question que pose la ligne éditoriale de France 2 si prompte à relayer les stratégies de com du gouvernement. Car qui ne voit que ce débat Besson/Le Pen servait évidemment les intérêts du ministre de l’immigration soucieux de se refaire une virginité, face à la vice-présidente du Front National et d’apparaître ainsi sous un visage plus modéré ?

 

Je ne suis pas de ceux qui estiment que le Front National ne devrait pas avoir droit de cité à la télévision ; après tout c’est un parti politique légal. Mais quel besoin de lui offrir une telle tribune ? Pourquoi, plutôt qu’un duel, ne pas élargir le débat à des représentants des autres formations politiques si ce n’est justement pour faire un « coup médiatique ».

 

Enfin est-ce le rôle d’une chaîne publique de se laisser imposer les termes du débat public et de relayer, sans aucune distance, la volonté du gouvernement d’imposer le thème de l’identité nationale ? A l’heure où l’on annonce qu’un million de chômeurs vont se trouver cette année en fin de droit, on attend toujours du service public un grand débat sur la politique économique et sociale du Gouvernement !

 

Dans ce contexte,  le « coup médiatique » de Vincent Peillon, qui aura d’ailleurs sans doute un « coût médiatique » en le privant de pas mal d’invitation les prochains mois, aura eu le mérite de poser un vrai débat sur le rôle et la place des chaînes publiques de télévision. Un débat malheureusement occulté par ceux là même qui prétendent l’animer et le promouvoir ! Vraisemblablement de peur du jugement sévère des Français, lesquels – et c’est finalement une bonne nouvelle – ont d’ailleurs largement boudé la désormais fameuse émission !

 
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