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27 octobre 2009

Retour sur "l'affaire Mitterrand"

fredericmitterrand.jpgComment ne pas revenir, au moins un instant, sur ce qui faut bien appeler "l'affaire Mitterrand" ? 

Beaucoup a déjà été écrit et, comme souvent en pareil cas, on eut droit à beaucoup d'excès de part et d'autre. Je ne reviendrai pas sur le fond de l'affaire. Comme Olivier Besancenot, je ne tiens à être ni l'avocat, ni le juge de l'actuel Ministre de la Culture et de la Communication auquel il faut reconnaître un courage certain dans la façon dont il a affronté ce douloureux épisode de sa toute jeune carrière politique.

Mais il faudra un jour que l'on m'explique comment, par un tour de passe passe dont seuls les médias ont le secret, on en est venu à transformer "l'affaire Mitterrand" en une "affaire Hamon"; comment une grande partie de l'intelligenstia philsophico-médiatique en est venue finalement à réclamer, dans une extraordinaire pirouette, la démission du porte-parole du parti socialiste.

On peut bien sûr questionner ou contester l'attitude de Benoit Hamon et de plusieurs de ses camarades socialistes dans ce débat. Mais la violence et l'hystérie qu'elles ont déclenchées - au premier rang desquelles figure l'hallucinante tribune de Bernard Henri Levy dans le Monde - auraient finalement plutôt tendance à leur donner raison.

Qui ne voit pas, en effet, que cette unanime levée de bouclier de tout ce que Paris compte de penseurs médiatiques et d'éditorialistes pour soutenir Frédéric Mitterrand vient accréditer un peu plus l'idée, de plus en plus insupportable au commun des mortels, d'un soutien inconditionnel de l'élite politico-médiatqiue à l'un des leurs ? Qu'il suffirait de s'appeler Frédéric Mitterrand, de passer à la télé ou d'habiter le 6ème arrondissement pour être, non seulement au dessus des lois mais surtout inacessible à toute critique ?

A contrario, quels crimes Benoît Hamon a-t-il bien pu commettre pour mériter un tel lynchage ?

Relayer les propos de Marine Le Pen ? Est-ce à dire qu'il faut s'abstenir de traiter d'un sujet dès lors que le Front National l'a abordé ? Ce serait evidemment absurde et dangereux car abandonner à l'extrême droite des pans entiers du débat public; on a vu avec quel succès dans les années 80 et 90.

S'inquiéter qu'un Ministre de la République puisse faire l'apologie du tourisme sexuel ? Frédéric Mitterrand s'en est depuis expliqué et a indiqué qu'il condamnait fermement toute forme de tourisme sexuel. Dont acte. Mais il n'était donc pas illégitime de poser la question. 

Benoît Hamon serait-il alors suspect de jouer les pères la morale, comme s'en sont inquiétés plusieurs commentateurs ? Etonnante conception en vérité car, que je sache, le tourisme sexuel n'est pas affaire de morale; il s'agit ni plus ni moins qu'une infraction pénale !

Aurait-il alors fait assaut d'homophobie en assimilant homosexualité et pédophilie ? Rien dans les propos du porte-parole du PS ne permet de porter de telles accusations. Et cette façon de tenter ainsi de disqualifier quelqu'un avec lequel on est en désaccord a quelque chose de détestable. En outre, ce sont bien les écrits de Frédéric Mitterrand lui même qui sèment le doute et la confusion lorqu'il parle à plusieurs reprises de "gosse", de "garçon" ou "d'éphèbes"... toutes figures bien loin du masseur de 40 ans qu'il s'est plû à décrire lors de son interview au journal de 20h de TF1. Même si - répétons-le - rien dans ces même écrits ne permet d'accuser d'une quelconque façon Frédéric Mitterrand de pédophilie.

Quelques observations, pour finir. On a beaucoup dit que le clivage qui s'était fait jour à l'interieur même du PS sur cette question était d'ordre générationnel. Je ne le crois absolument pas. J'y vois en revanche une nouvelle illustration de la ligne de fracture qui partage au sein de la gauche en général les libéraux libertaires des tenants d'une conception plus "républicaine" au sens où Jean-Pierre Chevènement a pu longtemps la représenter.

Ce débat est également le révélateur du rapport délicat de la Gauche et du Parti socialiste en particulier à la morale. Comme si porter un discours moral et être de gauche était forcément, pour certains, antinomique ou comme si "morale" ne pouvait forcément rimer qu'avec "moralisme". Or, je suis convaincu que c'est précisément parce que la Gauche a abandonné depuis trop longtemps ces questions à la Droite et à l'extrême droite qu'elle perd les élections nationales.

Enfin, mais la chose est liée, ce débat est révélateur là aussi du rapport complexe de la Gauche mais aussi des élites politico-médiatiques avec le peuple. Il n'est qu'à voir les accusations de "populisme" qui ont immédiatement fusées à l'encontre de Benoît Hamon ou de Manuel Valls. Argument d'autorité qui clot tout débat avant même de l'ouvrir en "criminalisant" en quelque sorte la parole de celui avec qui on est en désaccord. Que les habituels tenants de la pensée unique aient recours à ce procédé malsain est devenu hélàs une habitude. Ce qui est plus gênant c'est que certains socialistes ou hommes de Gauche aient cru nécessaire de s'y associer. Il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur ce recours abusif à la notion de populisme dans notre débat public en ce qu'il illustre la cécité et le mépris d'une large part de ceux qui s'autorisent à dire ce qui est bien et bon dans l'actualité à longeur d'ondes et de colonnes. Mais cela mériterait de trop longs développements.

Concluons avec quelque ironie sur l'étrangeté qu'il y a à voir toute la sarkozye triomphante se sentir obligée de prendre la défense de Frédéric Mitterrand. N'est-ce pas notre actuel Président de la République qui voulait, il y a à peine plus de deux ans, "liquider" l'héritage de mai 68 et s'extraire de la pensée dominante des élites ? A la vue de ces derniers épisodes, on comprend mieux le malaise d'une grande partie de l'électorat UMP ! 

 

08 août 2008

Le PS souffre-t-il d'anti-sarkozysme pavlovien ?

930836886.jpgAnti-sarkozysme pavlovien. L'expression ne vient pas d'un porte-parole de l'UMP ou d'un éditorialiste du Figaro mais d'un quarteron de jeunes loups socialistes - dont Manuel Valls - dans une tribune publiée au lendemain de l'adoption de la révision constitutionnelle par le Congrès.  Ces quadra désignaient ainsi ce qu'ils considéraient comme une stratégie suicidaire pour leur parti.

Opposition constructive ou opposition frontale ? La question n'est pas nouvelle et elle se pose régulièrement, à gauche comme à droite, même si cette interpellation publique en dit long sur le désarroi et les désaccords stratégiques qui reignent au sein du PS. Le paradoxe c'est que cette question survient alors que les citoyens et les sympathisants de gauche ont plutôt tendance à reprocher au PS son incapacité à se faire entendre dans le débat public.

Prenons précisément l'exemple de la révision constitutionnelle. A lire la plupart des commentateurs, l'affaire est entendue : les socialistes ont voté contre pour de basses raisons politiciennes. Le message répété en boucle par la sarkozie a fini par impreigner les cerveaux les moins au fait des questions institutionnelles : la réforme donne plus de pouvoir au Parlement. Donc, comment les socialistes qui appelent de longue date à un renforcement du Parlement, pourraient-ils voter contre ?

Sauf que pour être simple, le message n'en n'est pas moins inexact. Il faut en effet une bonne dose de naïvité, d'ignorance ou de mauvaise foi pour considérer que la réforme adoptée rééquilibre réellement les institutions de la Vème République en faveur du Parlement. Et ce n'est pas le caractère positif de telle ou telle mesure prise isolément qui y change quoi que ce soit. La teneur d'une réforme institutionnelle n'a de sens que dans son équilibre général. Or, si, il faut le reconnaître, la réforme ne renforce pas considérablement les pouvoirs du président de la République - à la notable exception de la possibilité qui lui est désormais offerte de s'exprimer devant les parlementaires réunis en Congrès - elle n'en modère pas davantage le caractère présidentialiste.  A vrai dire, la réforme adoptée ne règle aucun des excès ou des problèmes de la Vème République : rien qui ne crée de réel contre-pouvoir vis-à-vis du président (comme l'a fort bien indiqué le constitutionnaliste Dominique Rousseau, l'essentiel des nouveaux pouvoirs donnés au Parlement le sont en fait au groupe majoritaire, inféodé au président de la République par la double soumission que constitue le droit de dissolution et le fait majoritaire); rien qui ne vienne remettre en cause la dyarchie du pouvoir exécutif ; rien qui ne règle la question de l'irresponsabilité politique du président de la République (celle-ci est au contraire aggravée par la possibilité de s'exprimer devant le Parlement sans débat et sans vote) ; rien sur le mandat unique (pourtant le plus sûr moyen de renforcer le rôle des parlementaires) ; rien non plus sur les modes de scrutin (qui permettraient pourtant une plus juste représentation de la diversité électorale française) ; rien, si ce n'est des mesures homéopathiques, sur le contrôle par le Parlement des affaires européennes et étrangères...

Dans ce conditions, les socialistes pouvaient-ils sérieusement voter une telle réforme ? Non assurément, sauf à accréditer l'idée - fausse - que Nicolas Sarkozy avait agi en faveur d'un rééquilibrage des institutions. La critique de Manuel Valls et de ses amis est d'ailleurs singulière. Puisque les socialistes n'avaient pas, selon eux, les moyens d'empêcher la réforme de passer, mieux aurait valu négocier un compromis acceptable. Mais si la réforme n'est passée qu'à deux voix près, c'est bien la preuve que la situation aurait pû être toute différente. Aurait-il en outre fallu, pour des stricts motifs stratégiques, accepter un compromis par définition introuvable connaissant les intentions réelles de Nicolas Sarkozy ? Assurément pas davantage.

Ce qui exact, en revanche, dans la critique de Manuel Valls, c'est que la position des socialistes dans ce débat est trop souvent apparue comme la simple juxtaposition de revendications pouvant parfois apparaître comme jusqu'au boutistes, faute d'être identifiables à un projet clair et global. Un pojet institutionnel qui fait et fera cruellement défaut aux socialistes tant que la question du régime institutionnel pour lequel ils militent (régime primo-ministeriel ? régime présidentiel ?) n'aura pas été clairement tranchée.

Autre exemple dans l'actualité récente : la polémique autour des Centres de Rétention Administratifs (CRA) et les actions menées ces derniers jours par des associations de défense des sans papiers. Certes,  la course au chiffre, conséquence des objectifs quantitatifs de reconduite à la frontière fixés par le gouvernement, pose un véritable problème d'arbitraire administratif et conduit parfois à des situations humainement inaceptables comme séparer un enfant de ses parents ou inversement.  Pour autant, le PS peut-il se contenter, comme il l'a fait par la voix d'un de ses porte-parole, de dénoncer une politique de l'immigration scandaleuse, au risque de donner crédit à ceux qui dénoncent l'angélisme ou l'irresponsabilité des socialistes en la matière ? Que je sache, le PS n'a jamais pris pour mot d'ordre "des papiers pour tous les sans papiers". Il n'a jamais refusé par principe de possibles retours à la frontière. Il ne saurait donc faire sienne la revendication démagogique d'une suppression pure et simple de ces fameux CRA ; ce qui ne l'empêche évidemment pas d'exiger que leur fonctionnement soit en tous points respectueux des principes élémentaires du Droit.

C'est donc moins d'un anti-sarkozysme pavlovien que de l'incapacité à articuler opposition résolue et propositions alternatives crédibles dont souffre aujourd'hui le parti socialiste. En focalisant trop souvent leurs critiques sur la seule personne du président de la République plutôt que sur ses actes , certains leaders socialistes -on pense bien sûr à Ségolène Royal mais elle n'est pas la seule - auraient même tendance à brouiller un peu plus le message d'un parti socialiste déjà difficilement audible.

Ce n'est donc qu'en s'attelant à ce travail de réflexion, en lien étroit avec les intellectuels, les créateurs, les entrepreneurs, les forces syndicales ou associatives, et en tranchant enfin les questions de fond que le parti socialiste parviendra à jouer efficacement son rôle d'opposant et à recommencer à être écouté des citoyens.

 

08 juillet 2008

Qui a peur... d'Olivier Besancenot ?

2001948351.jpgC'est la dernière trouvaille des médias : la prétendue irrésistible ascension d'Olivier Besancenot dans le coeur et l'intérêt des Français, et singulièrement du peuple de gauche.

Fort d'une popularité record, le leader du nouveau parti anticapitaliste serait en passe de devenir le pire cauchemar d'un parti socialiste en proie à la guerre des chefs et au social-libéralisme.

Déjà, la droite se lécherait les babines à l'idée que la gauche connaisse l'impasse d'une équation impossible à résoudre entre socialisme gestionnaire et aspirations révolutionnaires, comme le RPR et l'UDF eurent à souffrir des années de la montée en puissance du FN.

Mais si tout cela n'était pas un peu simpliste et relevait davantage de l'artefact médiatique que de la véritable analyse politique ?

Qu'Olivier Besancenot, avec sa bouille attendrissante, sa fraîcheur et son vocable compréhensible par tous, puisse susciter la sympathie et l'attention de citoyens en manque de renouvellement, rien de plus évident.

Que cette subite montée au zénith des sondages de popularité constitue une menace imminente et durable pour le PS ou que le NPA (nouveau parti anticapitaliste) prenne la place occupée hier par le FN dans le débat politique et empêche durablement la Gauche d'accéder aux responsabilités, rien n'est moins sûr.

D'abord parce qu'Olivier Besancenot et son parti (hier la LCR, aujourd'hui le NPA) sont très loin de peser autant que le Front National naguère. Le célèbre postier n'a obtenu qu'un peu moins de 5% à la dernière élection présidentielle, tandis que les candidats LCR aux législatives ont eu toutes les peines du monde à dépasser les 1%. Quant aux dernières municipales, la LCR n'a été en mesure de présenter des listes autonomes que dans une toute petite minorité de communes, quand le FN était capable d'être présent dans la quasi totalité des communes moyennes ou grandes.

Ensuite parce que la sociologie de l'électorat d'Olivier Besancenot n'a rien à voir avec celle du Front National. Plus jeune, plus urbaine et en moyenne plus diplômés, les électeurs d'Olivier Besancenot sont aussi plus enclins à se reporter sur des candidats du PS au second tour dans les élections locales ou nationales, faisant fi d'éventuelles consignes de parti auxquels ils ne se sent pas forcément tenus.

Enfin parce que la popularité d'Olivier Besancenot résulte sans doute pour une grande part d'un phénomène bien connu des sondeurs : déconnectée d'enjeux réels et immédiats (en clair, elle ne préjuge en rien d'un éventuel soutien dans les urnes), elle permet à de nombreux sympathisants de gauche d'adresser un message de mécontentement ou d'insatisfaction aux leaders traditionnels de la gauche.

Plus qu'une menace, la "percée" d'Olivier Besancenot, par ailleurs largement construite par les médias eux mêmes, constitue davantage le symptôme du désarroi et des attentes de toute une partie des électeurs de gauche, las de voir la principale force d'alternance qu'est le PS incapable de se rénover et de générer un discours aussi clair que mobilisateur.

Plus que par un illusoire "coup de barre" à gauche, c'est en prenant davantage en compte les questions sociales plus que sociétales et en renouant avec un discours intelligible par tous que le PS parviendra à "dégonfler" la bulle Besancenot.

01 juin 2008

Delanoë : un temps de retard ?

546409877.jpgIl est parfois des racourcis cruels.

Dans son édition du 23 mai dernier, Le Monde publie en page 13 une publicité pour le Nouvel Obs qui fait sa une sur le nouvel ouvrage de Bertrand Delanoë avec ce titre choc : "Moi, libéral et socialiste".

Ironie du sort, juste en face, un article en pleine page intitulé : "21 sages pour une mondialisation moins sauvage" où l'on apprend qu'une commission des Nations Unies composée d'anciens chefs d'état ou directeurs de banque centrale appelle à en finir avec le "consensus de Washington" et plaide pour un monde mieux régulé et la fin du culte absolu du libre-échangisme mondial.

Du coup, cette ode assumée au libéralisme d'un des principaux responsables du Parti socialiste au moment même où de plus en plus de voix s'élèvent dans le monde pour en dénoncer les abus et en appeler à un nouvel ordre économique mondial laisse sceptique. Bertrand Delanoë n'aurait-il pas un temps de retard ?

On s'empressera de crier au faux procès et de rétorquer que le libéralisme auquel se réfère l'actuel maire de Paris, c'est bien sûr le libéralisme politique issu des lumières ou le libéralisme culturel à la mode américaine. Certes. Sauf qu'en bon communiquant, Bertrand Delanoë ne peut ignorer qu'en France lorsqu'on parle du libéralisme, c'est du libéralisme économique dont il s'agit dans tous les esprits et que revendiquer ce terme n'a rien d'anodin dans le débat politique, surtout à gauche.

Quel est, dès lors, l'objectif vraiment recherché par Bertrand Delanoë ?

Moderniser le discours socialiste et le convertir définitivement à l'économie de marché ? Mais nul besoin pour cela de s'emparer d'un terme qui ne renvoit pas seulement à l'acceptation de l'économie de marché, ce qui est le cas des socialistes français depuis de nombreuses années, mais à une idéologie - dogme du libre échange mondialisé, réduction du rôle de la puissance publique, mise en concurrence généralisée des travailleurs et des économies nationales - dont tout indique qu'elle est incompatible avec l'idéal socialiste.

Plus tactiquement, ravir les voix des partisans esseulés de Dominique Strauss Kahn en vue du prochain Congrès ? Mais Bertrand Delanoë avait déjà suffisamment fait la preuve de son "modernisme" et de son "réalisme" pour qu'il se dispense de ce nouveau gage à la frange la plus libérale du PS. A contrario, il donne ainsi l'occasion à Ségolène Royal de gauchir son discours à peu de frais tandis qu'il ne fait que conforter son image libérale-libertaire et de défenseur des bobos qui lui colle déjà à la peau. 

Sur le fond, le futur Congrès de Reims s'ouvre sur une querelle qui n'a rien de purement sémantique. Car elle pose la question fondamentale du rôle et de la place d'un parti socialiste dans une économie mondialisée. Or, on a la désagréable impression que les socialistes français réfléchissent une fois de plus à contre temps. En 1981, alors que la vague ultra-libérale commençait à déferler sur le monde entier avec l'arrivée au pouvoir d'une Thatcher ou d'un Reagan, les socialistes plaidaient encore pour la rupture avec le capitalisme et les nationalisations massives de l'appareil productif. 25 ans plus tard, alors que le compromis social-démocrate a été balayé par la mondialisation, que les crises financières à répétition, la raréfaction inéluctable des énergies fossiles, l'aggravation de la crise alimentaire et la menace climatique rendent de plus en plus urgente l'invention de nouveaux modes de régulation, les socialistes français ne semblent pas avoir compris l'ampleur des enjeux, englués qu'ils sont dans leurs luttes internes et leur souci d'obtempérer au diktat médiatique qui presse le PS de se "moderniser", c'est-à-dire d'accepeter peu ou prou l'ordre injuste du monde.

Sous prétexte qu'il y eu trop souvent par le passé un gouffre entre les discours et les actes, l'audace consisterait pour les socialistes à accepter globalement le monde tel qu'il est et à n'envisager de l'améliorer qu'à la marge. Et si, plus que d'audace, ç'était d'abord de courage dont manquaient les dirigeants socialistes ? Le courage de porter un discours à contre-emploi de la vulgate libérale dominante. Un discours qui n'aurait pas peur de remettre en cause le culte du libre-échange mondial ou de la croissance à tout crin.  Des socialistes qui, sans renoncer à agir sur le réel de façon pragmatique, n'en oublieraient pas pour autant leur vocation première : aider à penser le monde autrement et permettre, peu à peu, de le transformer.

05 janvier 2008

Arnaud Montebourg a-t-il retourné sa veste ?

7cc09c720209a344da2e80fddc9e9350.jpgEn annonçant sa décision de se porter candidat aux prochaines élections cantonales, en vue, le cas échéant, de briguer la présidence du Conseil général de Saône-et-Loire, le député socialiste Arnaud Montebourg a suscité une vague de commentaires entre moquerie, stupeur et indignation plus ou moins sincère.

Quoi donc ? Le héros de la 6ème République, le pourfendeur du cumul des mandats, le tenant de la rénovation du PS et de la vie politique française foulerait ainsi au pied tous ses grands principes ? L'homme à qui on avait volontiers accordé le crédit de vouloir faire de la politique autrement ne vaudrait finalement guère plus que ses congénères ?

Pour ses contempteurs, l'affaire est entendue : Montebourg ne serait qu'un ambitieux de plus et sa décision de cumuler deux mandats, si les électeurs le veulent bien, une énième illustration du vieux principe "faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais". 

Soyons francs : il faudrait beaucoup de mauvaise foi pour rejeter d'un simple revers de main les remarques tantôt acides, tantôt sincèrement déçues de tous ceux qui n'approuvent pas la décision du député de Saône-et-Loire. Arnaud Montebourg lui même est trop fin politique pour ignorer les critiques que sa décision susciterait. Ses opposants en font naturellement leurs choux gras. D'ailleurs, lorsqu'on se veut volontiers moralisateur, on s'expose évidemment davantage à la critique au moindre faux pas supposé.

Sur le fond, que penser de ce nouvel épisode de notre vie politique et quelles conséquences en tirer ? J'en vois au moins deux possibles.

On peut évidemment camper sur un discours purement moral, dénoncer haut et fort une attitude contraire aux engagements de toujours de l'intéressé et déplorer cette nouvelle victoire du cynisme et de l'ambition sur les idéaux et la morale politique. Une variante, en somme, du "tous pourris" selon laquelle il n'y aurait décidément aucun homme politique capable de rester fidèle à ses principes. Attitude hautement respectable en soi mais, reconnaissons-le, un brin désespérante et, au fond, pas vraiment constructive.

On peut aussi faire simplement le constat de la difficulté, pour ne pas dire de l'impossibilité qu'il y a en effet dans notre système politique français de rompre avec cette vieille pratique du cumul des mandats, sans qu'il soit pour cela besoin de dresser je ne sais quel acte d'accusation pour haute trahison ou de se livrer à des attaques ad hominem.

Car enfin, sous prétexte qu'Arnaud Montebourg annonce sa volonté de briguer un mandat local, ses dix ans de combat en faveur du mandat unique n'auraient aucune valeur et seraient à rayer d'un trait de plume ? A qui la faute si ce combat n'a pas été aussi relayé qu'il aurait fallu à l'intérieur même du parti socialiste ? Peut-on faire sérieusement ce reproche à Arnaud Montebourg lui qui a bataillé dix ans durant, prêchant très souvent dans le désert ? A l'heure où le pouvoir sarkozyste renoue avec les pires pratiques en la matière, devrait-il être le seul à se priver de pouvoir influer davantage sur le cours du combat politique, au nom de principes et d'idéaux qu'il est visiblement un des seuls à porter ? Devrait-il continuer à être quasiment le seul à appliquer une règle à laquelle la plupart se soustraient ? Devrait-il faire semblant que Ségolène Royal l'ait emporté face à Nicolas Sarkozy et ait pu mettre en oeuvre une ambitieuse réforme institutionnelle comportant, comme promis, le mandat unique ?

Que cette décision soit regrettable, certes. Mais elle témoigne d'abord de l'urgence de changer un système, bien plus que du manquement ou de la trahison d'un homme. Que je sache, Arnaud Montebourg ne renonce d'ailleurs pas à porter à l'Assemblée et dans le débat politique nationale cette necessité du mandat unique.

Si l'on voulait en effet une preuve supplémentaire de l'ardente nécessité d'une réforme profonde de nos institutions, ce nouvel épisode en est une illustration accablante. La vertu ou la bonne volonté seules des hommes ne suffisent pas à faire les comportement vertueux. C'est pourquoi il y faut les limites et les garde-fous d'institutions garantes d'une authentique démocratie. Sinon, le système en place finit par broyer les meilleures volontés.

Alors, Arnaud Montebourg traitre à ses idéaux ? La belle affaire ! S'il était tout simplement un homme, avec ses failles et ses faiblesses ?

Pour le reste, le combat pour une 6ème République demeure, plus que jamais, d'actualité !

 

 
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