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19 janvier 2011

Une bonne nouvelle pour un islam des lumières

P_appel_islam_bafoue_par_les_terroristes_home.pngL'islam est-il soluble dans la République et compatible avec les valeurs universalistes de la déclaration des droits de l'homme ? 

C'est bien la question qui taraude les sociétés occidentales et singulièrement la société française. En témoignent les dernières enquêtes d'opinion démontrant qu'une majorité de citoyens français et allemands voient en la religion musulmane une menace pour leur identité et leur mode de vie.

Question essentielle et majeure à laquelle il serait illusoire de se dérober au moment où de plus en plus d'acteurs plus ou moins bien intentionnés, d'un Zemmour à un Finkielkraut, n'hésitent plus à s'exprimer publiquement sur une prétendue incompatibilité de l'islam avec les valeurs de la République.

Je suis de ceux qui refusent ce constat définitif, lourd de sens pour notre société si l'on devait s'y résoudre.

Mais je suis également de ceux qui pensent depuis longtemps qu'il y a d'abord là une responsabilité éminente des Français de confession musulmane qui doivent, comme l'ont fait avant eux les catholiques, mener un travail de modernisation de l'islam.

J'appelle, en quelque sorte, à l'émergence d'un "islam des lumières" pour reprendre l'expression de l'anthropologue Malek Chebel. Ce qui passe par l'expression sans ambiguité du refus d'un certain nombre de pratiques moyenâgeuses (lapidation, voile intégral, mariage forcé, excision...) et l'expression tout aussi claire du refus de l'extrêmisme et du terrorisme.

Or, reconnaissons-le, mises à part quelques individualités, l'islam de France a manqué de voix fortes et claires ces dernières années quand il s'est agi de dénoncer ces agissements êxtrémistes. Trop souvent la peur de "stigmatiser" des populations déjà soumises aux discriminations a justifié petites et grandes lachetés.

Raison de plus pour saluer une excellente initiative. Celle du magazine "Respect" et de son appel intitulé "L'islam bafoué par les terroristes" qui dénonce les massacres dont ont été victimes des chrétiens égyptiens et irakiens en décembre et octobre dernier. Un appel qui a déjà rassemblé plus de 2500 signatures, parmi lesquelles plusieurs figures du monde intellectuel, musulmans ou non.

Il faut se réjouir de ce type d'initiative qui va dans le bon sens et qui, éspérons-le, sera suivie d'autres. Construire cet "islam des lumières", cet islam tolérant, moderne et pleinement inscrit dans les valeurs de la République ne peut venir que des musulmans eux mêmes. Ils ont tout à y gagner s'ils ne veulent pas se laisser se développer les discours de peur ou de haine. La France, la République ont besoin que s'élèvent ces voix. Et à n'en pas douter elles seront relayées par de très nombreuses autres voix de citoyens français, qu'ils soient catholiques, protestants, juifs ou athés !

26 janvier 2010

Oui il faut une loi contre la burqa !

burqa.jpg

 

Désolante. Voilà comment qualifier la position du Parti socialiste sur la burqa,  incapable, une fois de plus, d’émettre un avis clair et net sur une question ô combien sensible. C’était pourtant l’occasion idéale, après les dérives de Sarkozy à Latran, de s’emparer du combat pour la laïcité et la défense de nos principes républicains. Las. Le Parti socialiste aura, encore une fois, cédé à la facilité d’une position médiane donc illisible, prisonnier sans doute de cet insupportable relativisme qui lui fait tourner le dos, lui et une grande partie de la Gauche, aux valeurs des Lumières. Cette nouvelle version du « ni-ni » repose en outre sur des arguments profondément erronés, pour ne pas dire viciés.

 

Le pire argument que j’ai pu entendre pour s’opposer à une loi contre la burqa c’est qu’on prendrait le risque de stigmatiser, une nouvelle fois, les musulmans. Terrible et insupportable contre sens ! Car on ne peut pas dire à la fois que la burqa ne répond à aucun des préceptes de l’islam et renvoyer en même temps au visage des musulmans cette assimilation insupportable du voile intégral à leur religion. Prétendre qu’interdire la burqa aurait des relents de stigmatisation des musulmans a donc quelque chose de profondément insultant !

 

Redisons-le : la burqa n’a rien à voir avec la pratique de l’islam et tout à voir avec  une dérive sectaire. La burqa n’est pas seulement un signe d’avilissement et d’emprisonnement – fut-il volontaire – de la femme. C’est surtout un refus de l’Autre, une volonté de faire sécession d’avec la société en se soustrayant aux regards des autres ; toutes dimensions particulièrement caractéristiques des sectes. C’est aujourd’hui le fait d’une minorité de musulmans – français pour la plupart voire bien souvent convertis – mais qui dit que d’autres formes de ce refus du monde n’émergeront pas demain, venant d’autres religions ou d’autres mouvements sectaires ?

 

Le deuxième argument, à mes yeux tout aussi irrecevable, c’est qu’une loi serait inapplicable, voire anticonstitutionnelle. Que les libéraux-libertaires, réticents par définition à toute intervention de l’Etat dans les pratiques individuelles, usent de tels arguments, passe encore. Mais que la Gauche et les socialistes s’en fassent également les relais est proprement incroyable. Avec de tels raisonnements, on n’aurait jamais adopté la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat dans un contexte autrement plus tendu. On n’aurait pas davantage légiféré contre le travail des enfants ou pour les congés payés. Comment la Gauche, qui devrait croire dans la force émancipatrice de la loi, peut-elle relayer de tels discours de renoncement, elle dont la mission est de faire que la loi soit du côté de ceux qui n’ont qu’elle pour les protéger ?

De surcroît, il est faux de prétendre a priori que la loi serait inapplicable. N’est-ce pas ce qu’on disait déjà de la loi contre les signes religieux ostensibles à l’école ? Or, la simple adoption de la loi a permis de régler le problème, sans qu’il soit besoin de recourir à la force.

 

Comment, dès lors, procéder pour inscrire ce principe dans un texte qui ne soit pas susceptible de recours pour anti-constitutionnalité ? La solution est très simple : il suffit de prescrire que nul ne peut circuler dans l’espace public qu’à visage découvert ! On interdit bien de se promener nu comme un vert ; je ne vois pas que cette interdiction pose un tel problème de liberté publique !

 

Enfin, troisième et dernier argument : il serait inutile, voire dangereux de vouloir légiférer pour un phénomène marginal. Soulignons d’abord l’impossibilité dans laquelle nous sommes de quantifier ce phénomène. On parlait au départ de 400 femmes porteuses de la burqa puis de 2000. Personne ne connaît les chiffres exacts mais ce qui est certain c’est que cette pratique était quasi inexistante il y a vingt ans et qu’elle s’est développée de façon sensible ces dernières années. Il suffit pour s’en convaincre et éviter de nier l’évidence de se promener dans certains quartiers. Mais, à vrai dire, peu importe le nombre de femmes concernées. La défense de nos principes républicains ne souffre pas d’être réduite à une approche purement quantitative. Quand bien même il n’y aurait qu’une dizaine de cas concernés que la question de l’interdiction de la burqa mériterait d’être posée.

 

Non seulement on ne transige pas avec les principes de la République mais il est nécessaire de les défendre fermement contre toutes les formes d’intolérance, de totalitarisme et de sectarisme. Parce qu’elle fait de la liberté individuelle et du droit d’expression des principes fondamentaux, la République porte en elle sa propre faiblesse. Raison de plus pour sache, dans le même temps, fixer des limites et rappeler à chacun, de façon claire, les règles indispensables au bien vivre ensemble.

 

A cet égard, une simple résolution sans force obligatoire, comme le proposent certains, constituerait sans doute un signe de faiblesse. Souvenons nous du passé : à ne pas avoir voulu régler la question du voile à l’école dès son apparition au début des années 90 – Lionel Jospin était alors ministre de l’éducation et avait courageusement renvoyé le bébé sur le Conseil d’Etat – on a trainé ce problème pendant quinze ans, avant qu’on ne se décide enfin à légiférer !

 

Une conclusion s’impose : légiférons donc vite et passons – enfin – à un autre sujet !

01 mars 2008

Oui la laïcité est en danger !

10f86202af14f6c586b7a080b074df15.jpgLes coups de boutoir et les remises en cause infligées ces derniers mois par Nicolas Sarkozy à la laïcité n'auront pas tardé à produire leurs effets.

J'ai ainsi été frappé par les réactions de plusieurs représentants religieux lors d'une récente édition de l'émission Riposte sur France 5. L'un d'entre eux n'a pas hésité à parler "d'intégrisme laïc" pour décrire la situation qui prévaut dans notre pays. J'avoue que j'ai hésité dans un premier temps entre consternation et colère.

Mais doit-on vraiment être surpris de telles réactions lorsque le Président de la République lui même remet en cause cent ans de laîcité française ? Force est de le constater : comme hier les propos d'un Jean-Marie Le Pen et d'une partie de la droite avaient contribué à banaliser certains discours racistes, les critiques à peine voilées de Nicolas Sarkozy à l'encontre de la laïcité ont ouvert une brèche dans laquelle toutes les religions sont en train de s'engouffrer, au prix d'un spectaculaire et scandaleux inversement des valeurs.

Intégriste la laïcité ? On croit rêver. Surtout lorsque la critique provient de grandes religions monothéistes qui, à travers l'histoire, n'ont eu de cesse de vouloir imposer leur prosélitisme souvent dans la violence. Que je sache, la laïcité n'a jamais tué personne. Elle n'est pas responsable des guerres de religion, des croisades, des fanatismes ou du terrorisme qui ont endeuillé par million l'humanité.

Où que se tournent nos regards sur la planète, ce n'est pas, à l'évidence, de trop de laïcité dont nous souffrons dans ce monde mais de son manque cruel. Partout où elle est menacée, comme en Turquie, son recul marque un terrible retour en arrière pour les libertés individuelles, l'égalité homme/femme ou les droits démocratiques fondamentaux. Et comment justifier toute remise en cause de la laïcité lorsqu'on appelle dans le même temps la religion musulmane à trouver pleinement sa place dans la République en poursuivant son travail de sécularisation et de modernisation.

Oui, dans une société où cohabitent, et c'est heureux, les consciences et les croyances les plus diverses, la laïcité demeure le plus utile rempart contre l'intolérance, le meilleur outil pour bien vivre ensemble nos différences. La laïcité n'est pas et n'a jamais été le refus ou la négation du religieux mais l'affirmation d'une règle aussi simple qu'absolue : la conviction et la pratique religieuses doivent relever exclusivement de la sphère privée et ne jamais déborder sur l'espace public.

Lorsqu'on constate, pour ne prendre que l'exemple de l'Europe, la prétention de la religion catholique à réinvestir, parfois violemment, le débat public en Italie (où elle a réussi à empêcher l'adoption d'une union civique pour les homos) ou en Espagne (où elle défile avec le Parti populaire contre le gouvernement socialiste ), on se dit qu'il est décidément urgent de ne rien abandonner de nos principes et de nos valeurs laïcs. En s'y attaquant, Nicolas Sarkozy a pris une lourde responsabilité : celle de mettre à mal la paix civique et la cohésion nationale de notre pays. Voilà une attitude bien irresponsable de la part d'un président de la République et qui nécessite une vigilance de tous les instants de tous ceux - et ils sont nombreux - qui refusent de sacrifier ce trésor de notre République qu'est la laïcité. 

 
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