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27 janvier 2007

Fronde anti-élites à Sciences Po

medium_logogris.jpgJ'assistais la semaine dernière à un colloque organisé à Sciences Po par la Fonda sur le thème "Crise et renouveau du politique". L'assemblée était composée de prestigieux intervenants (Pascal Perrineau, Roland Cayrol, Michel Wievorska, Pierre Rosanvallon, Jean-Louis Debré, Patrick Braouzec et j'en passe ) philosophant sur cette grave question, comme c'est d'usage lors d'un tel colloque, devant un parterre de responsables associatifs et d'élus locaux pour la plupart ( moyenne d'âge : pas loin des 60 ans ). Un public pas particulièrement représentatif des masses laborieuses donc ni de l'auditeur de base de RTL vociférant à longueur d'antenne contre l'Etat obèse, les impôts qui nous étranglent ou ces bobos parisiens qui ne comprennent rien à la vraie vie.

Après une première table-ronde où l'on enfila, comme d'habitude, pas mal de perles mais qui réserva aussi quelques réflexions intéressantes, le directeur de la rédaction du Parisien qui animait le débat passe la parole au public.  Une première intervenante - la cinquantaine, sans doute féministe de toujours - s'émeut du non respect de la parité à la tribune. Elle n'a pas tort, d'autant que le public est composé majoritairement de femmes. Puis une maire-adjointe chargée de la vie associative en banlieue parisienne prend la parole et fait part de son expérience, de la difficulté qu'elle a pour répondre aux attentes concrètes de ses concitoyens, pour faire le tri entre les demandes souvent dictées par de simples intérêts particuliers et la nécessaire défense de l'intérêt général, pour expliquer aussi à ceux qui viennent la voir qu'une municipalité ne peut pas tout et que bien des responsabilités relèvent tantôt de l'Etat, du Département ou de la Région. Au bout de cinq minutes, le journaliste l'interrompt : a-t-elle une question ? Et là, c'est le début de la fronde. Non, répond notre maire-adjointe pas impressionnée pour un sou, elle n'a pas de question à poser à l'un des intervenants.  Et pourquoi donc devrait-elle à tout prix poser une question à cette docte assemblée ? En savent-ils d'ailleurs beaucoup plus qu'elle sur le sujet qui nous intéresse ? Ne sont-ils pas habités, comme elle, par le doute ? Pourquoi faudrait-il qu'elle se laisser imposer la configuration de la salle séparant "savants" et "apprenants " ? Le journaliste se braque et se récrie : pas de ce petit jeu avec lui et d'ailleurs quel crime y-a-t-il à demander si elle a une question ? Mais la maire-adjointe ne joue pas. Pas du tout. Elle s'offusque et y voit une preuve de machisme et de cette détestable habitude française de réserver le débat à ceux qui savent. Inutile d'aller plus loin. Elle se rassoit, silence gêné du journaliste, un mouvement traverse la salle.

Mieux que de longs discours, on vient, dans un moment de spontanéité et de réalité pures, d'assister en direct à l'illustration de ce dont on parle depuis le début de la journée : la coupure entre les Français et ceux qui les représentent, tous ceux qui ressemblent, de près ou de loin, à l'élite. Rien de bien nouveau sous le soleil me direz-vous ! Sauf que là, ces paroles ne sont pas sorties de la bouche d'un électeur lepéniste, d'un auditeur de RTL ou d'un pilier de comptoir ; elles ont été prononcées dans le cercle censé être éclairé d'un colloque à Sciences Po, école de l'élite politico-médiatique par excellence. C'est dire l'ampleur du fossé qui sépare désormais cette élité de la grande masse des citoyens. Il faudra plus que la simple dénonciation du populisme, comme le firent certains intervenants à la tribune, pour y remédier. Sans quoi, le pire pourrait sans doute advenir...

 
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