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25 mars 2007

Oui à la 6ème République... mais laquelle ?

medium_6èrépublique.jpgEn se prononçant clairement, dimanche dernier, pour l'avènement d'une 6ème République, Ségolène Royal a marqué, à l'évidence, un tournant dans la campagne électorale. L'évolution - fut-elle purement sémantique - mérite d'être soulignée s'agissant de la candidate d'un parti qui s'était toujours refusé à afficher une telle ambition en matière de réforme institutionnelle. Quelle belle revanche, en tous cas, pour Arnaud Montebourg et ses partisans un an et demi après le funeste Congrès du Mans qui avait vu l'unité du PS se faire contre l'idée de 6ème République.

En utilisant cette expression, Ségolène Royal a surtout l'immense mérite de replacer la question institutionnelle au centre du débat électoral et d'obliger chaque candidat à se prononcer clairement sur le sujet.

Sans surprise, Nicolas Sarkozy a moqué cette volonté de changer de République, estimant que là n'était pas la vraie préoccupation des Français et qu'il préférait parler emploi, pouvoir d'achat, sécurité ou immigration. Il est vrai que tout à sa tradition bonapartiste, le candidat UMP se coulera sans déplaisir dans les institutions de la Vème dont il propose même de renforcer le caractère présidentiel.

 A ce propos, clarifions le débat. Il est clair que le passage à une 6ème République, que nous sommes aujourd'hui nombreux à appeler de nos voeux, ne peut constituer l'alpha et l'oméga de toute politique, ni contribuer à régler tous nos problèmes. Ce qui est tout aussi clair c'est que l'état de délabrement atteint aujourd'hui pas les institutions de la Vème République - lequel se manifeste depuis 20 ans dans la montée inexorable de l'abstention ou des votes extrêmes qui sont autant d'expressions d'une défiance des citoyens français à l'encontre de leur système politique - contribue grandement à déteriorer la situation de notre pays dans la mesure où il ne permet plus de faire émerger des solutions élaborées démocratiquement et approuvées majoritairement.

On présente souvent la Vème République comme un modèle de stabilité politique. Mais ce n'est plus vrai depuis longtemps. Pas une majorité parlementaire n'a été reconduite en 25 ans. Nous avons usé 11 Premier-ministres depuis 1981. Chacun a gouverné en moyenne 2 ans et 4 mois. Vous avez dit stabilité ?  On voit bien que la Vème République, parce qu'elle concentre les pouvoirs dans les mains d'un président irresponsable politiquement, qu'elle réduit le Parlement à une simple chambre d'enregistrement sans réel pouvoir d'élaboration de la loi et de contrôle de l'exécutif ou qu'elle ne permet pas une bonne représentation de la société française dans toute sa diversité (opinions, catégories sociales, origines, âge...), provoque un rejet de la part d'une partie grandissante des citoyens et donc un blocage de la société. Les résultats des deux dernières élections présidentielles, pourtant présentées comme la clef de voute de nos institutions, en témoignent. Quelle légitimité peut bien avoir un président élu avec moins d'un suffrage exprimé sur cinq au premier tour ? Quasiment aucune. Pas étonnant dès lors que toute vélléité de réforme soit aussitôt contestée dans la rue.

Dès lors, l'avènement d'une 6ème République apparaît bien comme une condition nécessaire, même si elle n'est pas suffisante, pour permettre de véritables changements économiques et sociaux dans notre pays. Redonner aux citoyens français confiance en leur système de représentation est un préalable absolument indispensable pour élaborer les nouveaux compromis sociaux sans lesquels nous ne pourrons jamais réussir des réformes aussi indispensables que celles des retraites, de l'éducation ou de notre système de protection sociale.

Mais encore faut-il s'entendre sur le contenu de cette "6ème République". Or, s'il en revendique également le terme, la 6ème République de François Bayrou est très différente de celle proposée par Ségolène Royal et a fortiori de celle que défendent les communistes ou les verts. Certes, le candidat de l'UDF propose un renforcement des pouvoirs du Parlement... cela ne mange pas de pain et ses propositions en la matière demeurent plutôt timorées (pas de suppression par exemple du 49-3). Mais la réforme proposée par Bayrou consiste, pour l'essentiel, en un effacement de la fonction du Premier-ministre et en un renforcement du rôle du Président. Bref, le candidat de l'UDF propose d'accentuer  la dérive présidentialiste de nos institutions qui constitue pourtant sa plaie la plus mortelle pour la démocratie dans notre pays. Si au moins François Bayrou allait jusqu'au bout de sa logique en proposant une sorte de régime présidentiel à l'américaine (régime qui au demeurant n'existe dans aucun pays européen). Mais cela impliquerait notamment qu'il supprime le droit de dissolution du président de la République, ce dont il se garde bien. La tribune du député européen UDF Jean-Louis Bourlanges parue récemment dans le Monde est parfaitement éclairante sur la vision et la stratégie de Bayrou : c'est une véritable ôde à la Vème République. Pour la bonne et simple raison que seule la Vème République finissante et son élection présidentielle défouloir peut permettre à un candidat comme François Bayrou d'accéder à la plus haute fonction sans l'appui d'une grande formation politique et tout en avoisinant les 20% des suffrages exprimés au 1er tour.

Ségolène Royal est donc la seule à proposer une authentique 6ème République d'inspiration parlementaire et les attributs qui l'accompagnent : mandat unique pour les parlementaires, renforcement des pouvoirs du Parlement, suppression de la possibilité de recourir à l'article 49-3 (vote bloqué) pour les lois ordinaires, obligation pour le Premier-ministre de solliciter la confiance de l'Assemblée nationale, augmentation du nombre de commissions pour améliorer le travail parlementaire, reconnaissance d'un véritable statut de l'opposition qui présidera la commission des finances, développement des possibilités de créer des commissions d'enquête pour mieux contrôler l'action du gouvernement, réforme du mode d'élection des sénateurs, introduction d'une dose de proportionnelle à l'Assemblée nationale, suppression du droit de veto du Sénat en matière de réforme constitutionnelle... Le tout devant figurer dans un proposition de révision constitutionnelle qui sera soumise à référendum dans les 6 mois après l'élection présidentielle.

Est-ce suffisant ? Une telle transormation serait du jamais vu depuis 1958, comparée aux nombreuses modifications qu'a déjà connu notre Constitution. Elle entrainerait des changements profonds dans le mode de fonctionnement de notre système politique qui deviendrait ainsi plus démocratique et plus représentatif de la diversité des opinions et du peuple français. Demeure à proprement parler la question de la répartition des pouvoirs entre président de la République et Premier-ministre. Réduire ceux du premier - notamment en matière de nominations aux postes de responsabilité dans la haute fonction publique - et renforcer ceux du second rapprocherait nos institutions d'un véritable régime parlementaire tel que le connaissent avec succès la plupart des pays européens. Ce sera là l'un des enjeux de la future campagne référendaire. Si toutefois Ségolène Royal est élue présidente bien sûr !

Sur toutes ces questions, je vous invite à consulter l'excellent site de la Convention pour la sixième République, dont je fais partie et qui milité depuis plusieurs années pour l'avènement d'une véritable 6ème république primo-ministeriel.

13 mars 2007

Présidentielle : tout est encore possible !

medium_élysée.jpgA six semaines du premier tour, jamais une élection présidentielle n'a été aussi disputée ; jamais son issue n'a paru aussi incertaine.

Se fiant aux sondages, certains ont cru pouvoir pronostiquer le triomphe de Ségolène Royal (entre novembre et janvier) ou la victoire inéluctable de Nicolas Sarkozy. Ce sont parfois les mêmes qui aujourd'hui prédisent le succès de François Bayrou. Autant de jugements à l'emporte pièce et à courte vue, au fil des livraisons quotidiennes de sondages souvent hératiques, parfois contradictoires. Des sondages qui, malgré l'apparence, ne disent rien des profondeurs de la réalité politique du pays.  A l'heure où la confusion règne dans de nombreux esprits, il n'est pas inutile de rappeler quelques évidences qui mettent à bas tous ces beaux pronostics.

D'abord, un Français sur deux n'a pas encore fait son choix ; c'est un niveau record à une élection présidentielle. D'après les enquêtes menées lors des derniers scrutins, près de 20% des électeurs se déterminent la veille ou le jour même du scrutin, ce qui rend toute prévision encore plus incertaine.

Dans ce contexte, les sondages d'intention de vote n'ont pas grand sens et constituent de véritables artefacts dans la mesure où ils agrègent des données formellement identiques (je pense voter pour tel ou tel) mais qui ont une portée totalement différente selon le niveau d'engagement de la personne interrogée (rééel soutien ou vague intention). Ils ont également l'inconvénient de survaloriser les opinions déjà fortement constituées qui correspondent généralement aux catégories socioprofessionnelles supérieures ; lesquelles accepteront plus volontiers de répondre à l'enquête. Du même coup, le vote des catégories populaires, plus sceptiques, moins idéologiquement structurées et plus fluctuantes, plus rétives également à répondre aux sollicitations des enquêteurs, est sous évalué. C'est ce qui explique notamment la sous évaluation systématique du vote pour le Front National.

Ensuite, le niveau de l'abstention reste une grande inconnue. Or, il sera déterminant dans le résultat. 1 point de participation en plus, c'est environ 400 000 voix supplémentaires qui vont se porter sur tel ou tel candidat. Sachant qu'il a manqué moins de 200 000 voix à Lionel Jospin pour accéder au second tour le 21 avril 2002, on mesure le caractère essentiel du niveau de participation. En 2002, l'abstention avait été de 6 points supérieure à 1995 (28,4 % contre 21,6%). Entre ces deux élections, ce sont donc près de 2 millions de citoyens en moins qui ont voté au 1er tour, alors même que le nombre d'inscrits avait augmenté de plus d' 1 million. On a constaté - dit-on - un afflux de nouvelles inscriptions fin 2006 mais outre qu'on ne connait pas son ampleur réelle déduction faite des radiations, personne n'est en mesure aujourd'hui d'indiquer si ces personnes se déplaceront bien le 22 avril prochain et pour qui elles s'exprimeront. Contrairement à ce qui avait été indiqué parfois dans les journaux, les jeunes ne semblent pas forcément constituer la majeure partie de ces nouvelles inscriptions qui paraissent également provenir en masse d'adultes qui n'étaient pas ou plus inscrits sur les listes électorales. Autant dire que les analyses du style "plus de jeunes inscrits = plus de suffrages pour la gauche" me semblent aller un peu vite en besogne.

Enfin, le Conseil constitutionnel n'annoncera la liste des candidats autorisés à se présenter que le 19 mars. L'absence d'un Besancenot, Bové, De Villiers ou Le Pen peuvent évidemment avoir des conséquences plus ou moins fortes sur le niveau de participation et sur le résultat final.

Bref, tout ce que l'on sait aujourd'hui c'est qu'on ne sait pas grand chose et que tout est encore possible. Je dis bien tout comme un second tour Sarkozy/Bayrou, Royal/Bayrou, Royal/Le Pen, Sarkozy/Le Pen, Bayrou/Le Pen voire même... Sarkozy/Royal !

Alors autant mettre à profit ces dernières semaines de campagne pour délaisser un peu les commentaires des sondages et s'intéresser - enfin ! - aux propositions des différents candidats.

23 février 2007

Ils sont tous là !

medium_lioneletségo.jpgLe retour des "éléphants", Fabius, DSK, Aubry et même Jospin est-il une bonne chose pour la campagne de Ségolène ? Depuis l'annonce de la composition de la nouvelle équipe en charge du "pacte présidentiel", les commentateurs s'en donnent à coeur joie et les avis divergent.

Franchement, je n'ai aucune idée de savoir si ce grand rassemblement de la "famille socialiste" va contribuer à donner un élan supplémentaire à la campagne socialiste ou va au contraire "banaliser" Ségolène Royal et "brouiller" son image rénovatrice. Les jours qui viennent nous le diront...

Ce qui me frappe surtout c'est le manque total de cohérence des commentateurs sur ce type de question. Lorsque Nicolas Sarkozy obtient le ralliement de (presque) toute la garde et l'arrière garde de l'UMP, y compris chiraquienne, on salue sa capacité à "rassembler son camp", on loue sa force d'entrainement et sa capacité à faire de l'UMP une véritable machine de guerre tout entière dédiée à sa cause. En revanche, lorsque Ségolène Royal annonce qu'elle intègre dans son comité de campagne tous les "poids lourds" du PS, on déplore qu'elle se soit laissée phagocyter par le parti, on moque le retour des "éléphants" pour ne pas dire des "mamouths" et on suspecte déjà la candidate de ne plus avoir les mains libre pour mener sa campagne comme elle l'entend (après tout ce n'est qu'une pauvre femme !). Ce sont d'ailleurs souvent les mêmes qui raillaient pas plus tard que la semaine dernière sur la solitude de la candidate, son incapacité à "rassembler son camp" et donc le pays. Allez comprendre !

En tous cas, le "retour" surprise de Lionel Jospin aura le mérite d'éclipser rapidement la démission d'Eric Besson, jospiniste devant l'Eternel... c'est déjà ça !

20 février 2007

Elle tient bon !

medium_h_9_ill_869305_segolene.2.jpgLa stratégie de dénigrement systématique à l'encontre de Ségolène Royal va peut-être finir par se retourner contre ceux qui l'ont intiée ou la promeuvent. Depuis des semaines, nos doctes spécialistes prédisent son décrochage, sa prochaine et inéluctable chute dans les sondages. Certains s'interrogent même sur son possible forfait et son remplacement par un autre candidat PS dans la course à l'Elysée.

Et si, à force de pronostiquer chaque dimanche soir une "semaine à hauts risques" pour la candidate socialiste - mais à deux mois du premier tour de l'élection présidentielle, chaque semaine, chaque jour n'est-il pas à haut risque ? (cf la mésaventure de la droite lors des dernières législatives espagnoles)  - ces oiseaux de mauvais augure n'étaient pas paradoxalement en train de servir Ségolène Royal ?

Car dans le climat actuel, la moindre embuche évitée, le moindre handicap surmonté apparaîssent comme un quasi miracle et renforcent finalement Ségolène Royal dans son image de femme forte, courageuse et déterminée, capable d'assumer seule l'adversité et de résister au système médiatico-politique établi. Ce qui aurait pû ou n'aurait dû être qu'une "simple" émission parmi d'autres est devenu un véritable "examen de passage" d'autant plus réussi qu'on nous annonçait le pire.

Les commentaires des éditorialistes ce matin reflétaient bien cette contradiction et peut-être ce désarroi. La catastrophe tant annoncée ne s'étant pas produite, force pour eux de constater que Ségolène Royal s'était plutôt bien sortie d'un exercice qu'on jugeait délicat. Du coup, nos savants commentateurs en sont réduits à professer la prudence et à attendre... le prochain faux pas !

Reste que l'audience particulièrement élevée de l'émission, malgré les vacances scolaires, atteste d'une véritable curiosité et même d'une véritable attente vis-à-vis des propositions de la candidate. Les applaudissements nourris dont elle a bénéficié à deux reprises en fin d'émission semblent également démontrer que son message a été plutôt bien perçu par le panel des téléspectateurs.

Tous ceux qui jugent que l'élection est "pliée" feraient bien d'être prudents !

16 février 2007

Présidentielle : à quand le fond ?

medium_imagesCA65J8IR.jpgCertes, la démission d'Eric Besson n'est pas du meilleur effet dans la campagne de Ségolène Royal. Mais cet incident méritait-il une pleine page et la une du Monde d'hier soir ?

On nous présente ce départ comme une preuve supplémentaire des dysfonctionnements qui existeraient au sein de l'équipe de campagne de la candidate socialiste. On oublie de rappeler qu'Eric Besson n'a jamais été un fervent partisan de Ségolène Royal. Il s'était même prononcé lors de la campagne interne pour une candidature de Lionel Jospin. L'homme est reconnu comme compétent, droit et intègre mais le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'a jamais vraiment adhéré au style de campagne et à la "méthode Ségolène". C'est d'ailleurs son droit.

Dès lors, cette démission - regrettable à vrai dire - n'est-elle pas d'abord le signe du fait que de nombreux hiérarques du PS n'ont toujours pas digéré la désignation de Ségolène Royal ? Il suffisait d'observer les têtes d'enterrement de DSK ou de Fabius au premier rang du meeting de Villepinte dimanche dernier pour s'en convaincre. On pourra toujours reprocher à Ségolène de ne pas savoir rassembler toute la famille socialiste derrière elle, y compris ses anciens concurrents. Mais peut-on réussir l'impossible ? Sa désignation n'est-elle pas aussi le signe d'un changement d'époque au PS ; lequel ne peut pas aller sans heurts et sans crispations ?

Pendant ce temps, on ne parle toujours pas du fond. Pas un mot, par exemple, dans Le Monde d'hier soir sur le déplacement que Ségolène effectuait dans le Nord et sur ses propositions en matière de politique industrielle ou de fiscalité des entreprises (domaine parait-il absent de son discours). Je n'en livrerai que deux : la première consiste à différencier l'imposition des bénéfices des entreprises selon qu'elles rétribuent leurs actionnaires ou les réinvestissent ; la deuxième consiste en la création d'un système de "bonus/malus" pour les cotisations sociales patronales dont le montant serait alourdi pour les entreprises qui recourent massivement aux CDD ou à l'intérim et allégé pour celles qui sont exemplaires en la matière. Deux propositions concrètes qui visent à favoriser les investissements productifs dont notre pays a tant besoin et à encourager une gestion socialement responsable des entreprises.

Des propositions que l'on peut contester, critiquer, amender ou améliorer mais qui mériteraient au moins qu'on en débatte non ?

 
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