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30 octobre 2010

Réforme des retraites : l'aveu

retraites.jpgL'information est passée quasiment inaperçue.

Pourtant elle est particulièrement révélatrice des impasses de la réforme des retraites adoptée définitivement cette semaine au Parlement et du double discours du Gouvernement.

De quoi s'agit-il ? De l'adoption en dernière lecture au Sénat d'un amendement à l'initiative des parlementaires centristes qui invalide purement et simplement tous les arguments développées par Nicolas Sarkozy depuis 3 mois pour justifier cette réforme.

A écouter le président de la République, cette réforme était d'une urgence absolue, elle allait régler durablement le problème du financement de notre système de retraite par répartition; il n'y avait pas d'autre voie possible et tous ceux qui s'y refusaient n'étaient que des irresponsables ou des démagogues.

Or que prévoit le dit amendement, adopté - c'est important à souligner - avec l'accord du Gouvernement ? Que d'ici 2013 - oui 2013 - on mettra en débat une réforme dite "systémique" pour envisager le passage à un système de retraite par point.

Le Gouvernement reconnaît ainsi implicitement que sa réforme n'est pas une véritable réforme globale, qu'elle ne règle pas le problème dans la durée puisqu'il faudra y revenir dans moins de 3 ans et qu'une autre réforme était bien envisageable, comme d'ailleurs l'avais suggéré la CFDT.

Bel aveu sur les motivations réelles du président de la République : marquer l'opinion et rasséréner son camp sur son courage réformateur. Et tant pis si, comme c'est généralement le cas avec Nicolas Sarkozy, la réforme ne règle rien sur la durée et a été arrachée au prix d'une rupture du dialogue avec les organisations syndicales; lesquelles s'étaient pourtant montrées particulièrement responsables dans cette affaire.

Une fois de plus, la gestion de ce dossier par le Gouvernement laissera un goût amer d'occasion manquée. Celle de rassembler tous les Français autour d'une véritable réforme juste et efficace de notre système de retraite.

27 juillet 2010

La France, les élites et le "modèle allemand"

merkelsarko.jpgAvec la crise monétaire européenne, c'est un grand classique qui fait son retour : la propension d'une large partie de l'élite politico-économique française à se référer systématiquement à des modèles étrangers, comme pour, a contrario, mieux condamner le "modèle français".

Ainsi, depuis quelques semaines, les appels se multiplient pour que la France mette ses pas dans ceux de la vertueuse Allemagne et s'engage dans un plan sans précédent de réduction de ses dépenses publiques. Le "modèle allemand" promu par Angela Merkel, fait de rigueur budgétaire, d'orthodoxie monétaire et de restriction salariale, est ainsi montré en exemple par ceux qui - François Fillon en tête - dénoncent depuis longtemps une France en quasi faillite, censée vivre au dessus de ses moyens.

Dans ce contexte, l'Allemagne est régulièrement désignée comme le bon élève de la classe européenne auquel il faudrait que notre pays s'accroche ; au risque sinon de voir se briser le prétendu couple franco-allemand (ou ce qu'il en reste !) et - pire - la France menacée de voir sa note dégradée par les agences de notation. Et tant pis si cette course poursuite vers toujours plus de rigueur budgétaire fait courir un risque sans précédent de récession à l'ensemble des économies européennes, voire mondiales.

Il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur la façon dont Nicolas Sarkozy a cédé aux injonctions de la chancelière allemande, faisant fi de la position initiale de la France favorable à des politiques de soutien à l'activité et en particulier à la demande intérieure allemande. Mais tel n'est pas ici le propos.

Cette propension à vanter un "modèle étranger" face à un "modèle français" prétendument laxiste, inefficace ou dépassé n'est pas un fait nouveau dans l'histoire de notre pays. C'est même un élément qui revient périodiquement dans le débat national, en particulier sous l'influence des nombreux "déclinologues" qui peuplent notre cher et vieux pays.

Il y eut, avant que celui-ci soit englouti par une crise monétaire suivie de 15 ans de récession, le modèle japonais fait de flexibilité et d'innovation. On envisagea même sous l'ère Rocard de créer un grand ministère réunissant l'économie, les finances et l'industrie pour singer l'exemple nippon, comme si - vieille lune française - il suffisait de créer un ministère pour régler un problème.

Il y eut, déjà à l'époque, le modèle allemand, vanté pour ses formidables capacités exportatrices mais oublié, au passage, pour ses 35 heures et sa cogestion syndicale.

Il y eut, bien sûr, le modèle anglais et son chômage sous la barre des 5% qui masquait pourtant déjà mal l'explosion de la pauvreté.

Il y eut, plus récemment, le modèle danois et sa flexi-sécurité sans qu'on ne su jamais vraiment l'adapter en France.

Plus loin de nous, au milieu des années 1930, une grande partie de l'élite française prenait déjà exemple au delà de nos frontières - en Allemagne encore une fois - et n'avait pas de mots assez durs pour dénoncer le Front Populaire. De là à abdiquer la souveraineté française et à s'en remettre à son puissant voisin, il n'y avait qu'un pas qui fut alégrement franchi en juin 1940.

Et si l'on remonte plus loin encore dans l'histoire, c'est toujours du côté des puissances étrangères - Allemagne, Autriche, Italie... - que les tenants de l'Ancien Régime se tournèrent pour combattre la Révolution française.

Pas grand chose à voir avec la période actuelle me direz-vous. Il ne me viendrait evidemment pas à l'esprit une seconde de comparer l'Allemagne contemporaine au 3ème Reich, ni François Fillon au Maréchal Pétain.

Pourtant, il y a d'évidence une filiation historique entre ces différents mouvements intellectuels faits, pour certains, d'une forme de détestation nationale, pour d'autres d'un rejet de l'héritage révolutionnaire (il n'y a qu'à écouter à ce sujet ce qu'en disait tout récemment Jean-François Copé !) ou pour d'autres encore d'une simple volonté de "normalisation" de la France.

Qu'on le veuille ou non, c'est une caractéristique d'une large partie de notre élite nationale. Caractéristique un temps assoupie sous  le régime gaulliste et qui a trouvé, sous des formes évidemment diverses, un nouveau souffle avec la mondialisation.

Comme l'évoquait récemment Marcel Gauchet dans le Monde, ce positionnement n'est pas pour rien dans la fracture persistante entre un peuple français massivement attaché à son modèle de société et des élites majoritairement acquises au modèle libéral mondialisé. 

Est-ce à dire que la France devrait se réfugier sur son Aventin et refuser par principe tout exemple venu de l'étranger ? Ce serait évidemment absurde et mortifère ! Mais il y a un monde entre s'ouvrir intelligemment aux influences et expériences extérieures et prétendre reproduire successivement tel ou tel modèle étranger par définition propre à un contexte historique national. Il y a un monde entre refuser l'arrogance française et tourner le dos à l'ambition nationale visant à promouvoir un modèle économique et social plus équitable ; modèle durement éprouvé par la mondialisation.

A cet égard, les discours d'un Nicolas Sarkozy alternant entre promotion du modèle anglo-saxon pendant sa campagne puis réhabilitation du modèle social français pendant la crise pour se réfugier aujourd'hui dans une stricte orthodoxie budgétaire quoi qu'encore a demi avouée, ne font qu'illustrer les ambiguités sur lesquelles l'actuel président de la République a été élu et aggraver un peu plus la confusion dans laquelle se déroule le débat politique français depuis de nombreuses années.

Les socialistes ne sont pas en reste qui, s'ils veulent reconquérir réellement la confiance populaire, devront absoudre durablement la fascination que beaucoup d'entre eux ont eprouvé à l'égard de la mondialisation libérale, sans retomber pour autant dans les vielles recettes d'une économie administrée, disparue depuis longtemps.

Une chose est sûre : redéfinir un "modèle français" qui fasse habilement la part entre prise en compte du monde réel et refus d'une simple abdication gestionnaire, tel sera l'enjeu de la présidentielle de 2012.

 

27 janvier 2010

Sondages : comment dire tout et son contraire !

leparisien.jpgUne nouvelle et éclatante illustration de l'inanité des sondages ce matin dans le Parisien qui affiche en une : "57% des téléspectateurs convaincus par Sarkozy".

Sauf que dans les pages intérieures ça se complique. En découvrant le détail de cette enquête on apprend que 60% des personnes interrogées n'ont pas été convaincues par le président de la République sur l'emploi; 58% n'ont pas été convaincues sur les retraites; 51% pas convaincues sur l'affaire Proglio; 61% pas convaincues sur le pouvoir d'achat; 45% pas convaincues sur le débat sur l'identité nationale et 45% pas convaincues sur la réduction du nombre de fonctionnaires !

Dans ces conditions, comment peut-on en arriver à un résultat global de 57% de téléspectateurs convaincus par Sarkozy ? Les Français manqueraient-ils à ce point de cohérence ?

La réponse relève de la nuance. Dans les personnes que l'institut CSA a interrogées, certaines ont vu l'émission de TF1 lundi soir, d'autres non. La question globale se réfère ainsi aux seuls téléspectateurs présents devant leur poste tandis que les questions thématiques englobent ceux qui ont vu l'émission ou ceux qui en ont seulement entendu parlé !

Subtile mais importante nuance en effet ! Sauf que ce matin la plupart des médias - RTL par exemple - oubliaient ces subtilités en retenant que 57% des Français avaient été convaincus par Sarkozy. Dans le corps de l'article, le journal commence d'ailleurs par indiquer que "49% des Français n'ont pas été convaincus par Sarkozy". Pourquoi, dès lors, titrer sur un résultat tout autre et en apparence plus favorable au président de la République ?

De là à penser que c'est cette confusion qui était savamment recherchée...

04 octobre 2008

Crise financière : la gestion hasardeuse du gouvernement

crisefinanciere.jpgDepuis une dizaine de jours, la communication du Gouvernement sur la crise financière alterne propos tantôt alarmistes et tantôt lénifiants. Au point d'être parfaitement incompréhensible et de renforcer les inquiétudes dans un contexte déjà passablement incertain.

Il y eu d'abord la tonalité volontairement dramatique du discours du président de la République à Toulon avec une arrière pensée évidente : faire porter le chapeau des mauvais résultats économiques de la France à la crise internationale. Au risque, en jouant sur la peur supposée des petits épargnants, de susciter une véritable panique dans la population française restée pourtant remarquablement sereine depuis le début de la crise financière.

ll y eut ensuite les propos rassurants de la ministre de l'économie ou du Gouverneur de la Banque de France : rassurez-vous bonnes gens, le système bancaire français est infiniment plus sain et résistant que son homologue américain... nulle crainte à avoir à ce sujet. Mais alors pourquoi Nicolas Sarkozy avait-il tenu à affirmer à ce même meeting de Toulon que l'Etat garantirait à l'euro près l'épargne des Français ? Pourquoi envisager de proposer à l'Union européenne un plan de 300 milliards d'euros pour venir en aide au système bancaire, plan immédiatement rejeté par les allemands ?

Il y eut par ailleurs l'annonce faite par François Fillon de sa volonté d'utiliser l'encours du Livret A pour financer le crédit des petites entreprises. Aussitôt les organismes HLM crient - à raison - au pillage organisé puisque les fonds versés sur les livrets A sont censés ne financer que le logement social qui en a bien besoin soit dit en passant. Mais il y a plus grave : en s'en prenant au sacro saint Livret A, placement fétiche des Français, surtout les plus modestes, le Gouvernement prend le risque d'inquiéter un peu plus les ménages qui ont trouvé dans ce placement garanti un utile refuge en ces temps incertains. En terme de symbole, on fait mieux...

Il y a enfin cet incroyable embroglio sur la croissance - en berne - et cette incompréhensible dénégation sur la récession. Au point qu'en quelques heures hier on eut le droit à un festival de langue de bois jusqu'à cet aveu pathétique d'Eric Woerth finissant par ne reconnaître qu'une "récession technique" ! Ah bon ? Et qu'est-ce que c'est une récession non technique ?

Et que dire de l'entêtement des ministres de l'économie et du budget sur les prévisions de croissance pour 2008  irréalistement maintenues pendant des mois à 2% avant d'être brutalement démentis par les faits ?

Bref, on le voit bien, le Gouvernement est pris au piège entre la stratégie présidentielle de dramatisation qui permet à Nicolas Sarkozy de s'afficher en sauveur, multipliant jusqu'au tournis les réunions de crise à l'Elysée ce qui ne fait que renforcer la confusion et l'inquiétude, et sa volonté de ne pas céder à la psychose, ce qui l'inciterait plutôt aux discours de dénégation et à la méthode Couée.

En période de crise plus qu'en toute autre, l'agitation ne fait décidément pas une bonne politique !

28 septembre 2008

Sarkozy : l'erreur historique

sarkoerreurhisto.jpgC'est à un véritable réquisitoire de la politique économique menée par Nicolas Sarkozy que se livre Jean Peyrelevade, ancien dirigeant du Crédit Lyonnais devenu proche conseiller de François Bayrou, dans ce court essai, aussi brillant qu'irritant.

Brillant, Jean Peyrelevade l'est incontestablement lorsqu'il décrit l'impasse d'un pouvoir ultra-personnalisé. Même s'il s'en défend, l'auteur s'en prend directement à la personnalité du président de la République, impérieux et sûr de lui au point d'imaginer que la volonté d'un seul homme pourrait venir à bout de toutes les difficultés et de tous les blocages de la société française.

Irritant lorsqu'il assène ses vérités avec l'arrogance de la Noblesse d'Etat, renvoyant la plupart de nos gouvernants à leur ignorance économique. "Laissez faire ceux qui savent" pourrait résumer cet ouvrage aux relents aristocratiques.

Sur le fond, la thèse de Peyrelevade est assez simple : loin d'être le Grand Réformateur devant l'Eternel que la presse nous présente, Nicolas Sarkozy ne fait que reproduire les erreurs du passé et conforter les Français dans l'illusion que réforme ne rime pas forcément avec sacrifices. A ne pas vouloir engager la France dans une véritable cure d'austérité, comme a pu le faire l'Allemagne sous Schroeder, Sarkozy, par démagogie, ne ferait que retarder un peu plus le nécessaire redressement du pays. Bref, en lieu et place de réformes profondes, le président de la République n'aurait engagé que des mesurettes cosmétiques.

Du sang et des larmes ! C'est la potion amère que prescrit Peyrelevade dans son ouvrage.  L'urgence : rétablir la compétitivité des entreprises françaises en chute libre depuis la fin des années quatre-vingt-dix sous le double effet des 35 heures et de l'augmentation continue des dépenses publiques. La recette : un plan drastique de diminution des dépenses de l'Etat et un allègement des charges qui pèsent sur les entreprises. Comment y parvenir ? En mettant l'Etat au régime sec et en augmentant les impôts qui pèsent sur les seuls ménages. Une façon de confirmer le vieil adage selon lequel "la France vit au dessus de ses moyens".

Dès lors, on comprend que les premières mesures économiques prises par Nicolas Sarkozy n'aillent pas dans le sens souhaité par l'ancien pdg du Crédit Lyonnais. La loi TEPA ? Ruineuse pour nos finances publiques, elle constitue une inutile relance de l'économie quand c'est une politique de l'offre qu'il faudrait développer. Et que dire de la dizaine de taxes nouvellement créées qui ne font que dégrader un peu plus la compétitivité des entreprises ?

Alors bien sûr on sursaute lorsque Jean Peyrelevade semble nier l'évidence, notamment l'accroissement des inégalités au sein de la société française ou la lente et régulière érosion du partage de la valeur ajoutée entre travail et capital au profit de ce dernier.

Pour autant, comment lui donner tort lorsqu'il appelle à un effort sans précédent en faveur de la recherche ou de l'éducation afin de moderniser notre appareil productif et générer des emplois mieux qualifiés ? Comment lui donner tort lorsqu'il estime que ces investissements indispensables ne pourront s'opérer qu'au prix d'une véritable réforme de l'Etat qui permette de générer des moyens adaptés ?

C'est donc avec intérêt qu'on lira cet essai stimulant pour contribuer - peut-être - à imaginer l'après Sarkozy.

 
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