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20 juin 2007

Il faut sauver Arrêt sur images !

medium_asi.2.jpgChaque année ou presque, des rumeurs évoquaient une possible suppression d'Arrêt sur images, l'émission produite et présentée par Daniel Schneidermann sur France 5. Chaque année, depuis douze ans, l'émission était finalement reconduite.

Cette fois ci c'est officiel : ces cinquantes minutes hebdomadaires d'analyse critique de la télévision et des médias ne reprendront pas à la rentrée. Bien qu'il vante un devoir de transparence vis-à-vis des téléspectateurs, le communiqué de France 5 est plutôt laconique, se contentant d'informer que 6 émissions sur 26 ne seront pas reconduites en septembre dans un souci de "renouvellement" de la grille des programmes et de concurrence exacerbée avec l'essor des nouvelles chaînes de la TNT. Une information que l'animateur-producteur avait annoncé il y a plusieurs jours sur son blog et qui se voit donc aujourd'hui confirmée.

Nul doute que cette annonce devrait susciter pas mal de polémique dans les jours à venir, tant la question d'une éventuelle mainmise des pouvoirs politique et économique sur la liberté d'informer est devenue criante dans notre pays.

Alors, sommes nous en face d'une décision légitime d'une chaîne de télévision dans le cadre de sa responsabilité éditoriale ou faut-il voir dans cette suppression les premiers signes d'une forme de censure ou d'autocensure ?

Soyons clairs : qu'une émission soit appelée, après 12 ans, à évoluer plus ou moins profondément n'a rien de choquant. Surtout si, comme l'indique la chaîne, son audience s'effrite régulièrement. Sauf qu'à ma connaissance aucune proposition d'évolution n'a été faite à Daniel Schneidermann. Un changment de format ou d'horaire de l'emission aurait pû être envisagé et discuté. Or, c'est une décision brutale de suppression pure et simple qui a été préférée par la direction de la chaîne.

Concrètement, si cette décision devait être confirmée - ce qu'il y a malheureusement tout lieu de craindre - il n'y aurait plus sur la télévision française une seule émission d'analyse et de critique des médias. Au moment où chacun s'accorde à reconnaître le poids de plus en plus important des images dans la construction et le fonctionnement de notre société ; où la maîtrise de ces images constitue un élément de plus en plus déterminant pour la conquête et l'exercice du pouvoir et où les citoyens croulent de plus en plus sous le flot d'images et d'informations aux sources les plus diverses et souvent confuses, l'existence d'une émission de décryptage des médias comme l'est Arrêt sur images est absolument indispensable. C'est même une question de salubrité publique et démocratique.

On peut ne pas être toujours en accord avec le contenu ou le traitement de l'émission, on peut contester certains choix ou certaines lectures, on peut même goûter avec modération la personnalité - controversée - et le côté un peu Saint Just de Daniel Schneidermann. Mais on ne peut nier que cette emission est un formidable espace de liberté, comme il en existe peu dans notre paysage médiatique. Comment ne pas constater, en effet, que l'augmentation quantitative de l'offre télévisuelle à laquelle on assiste depuis ces dernières années, notamment avec la TNT, s'accompagne malheureusement trop souvent d'une diminution de la qualité et de la diversité réelle des programmes, au nom de prétendus impératifs d'audience. N'est-ce pas précisément la mission première d'une chaîne de service public comme France 5, financée en grande partie sur des deniers publics c'est-à-dire par nous tous, de ne pas tout sacrifier à l'audience et de jouer ce rôle à la fois civique et pédagogique ? Et comment ne pas constater le divorce qui s'installe chaque jour un peu plus entre les citoyens et les journalistes faute de la part de ces derniers d'accepter une quelconque autocritique ou tout le moins un quelconque ragard introspectif sur leur travail et les conditions de production de l'information dont ils sont eux-même bien souvent prisonnier ?

Autant par sa brutalité que sur le fond, la décision de France 5 est donc inacceptable. Qu'on le veuille ou non, Arrêt sur images est devenu aujourd'hui le symbole des trop rares espaces de liberté, d'intelligence, de débat, de confrontation et d'anlayse critiques qui subsistent dans notre société médiatique. Sa suppression, quelques semaines seulement après l'entrée en fonction d'un nouveau président de la République sur lequel pèse - à tort ou à raison - de lourds soupçons de contrôle ou de connivence avec les médias, ne pourra qu'alimenter la défiance de plus en plus forte qui existe entre les citoyens français et leur appareil médiatique.

A la direction de France 5, je le dis simplement : il serait sage de renoncer. Mais si celle-ci devait perceverer, il faudrait tout mettre en oeuvre pour qu'Arrêt sur images renaisse rapidement de ses cendres. Et pourquoi pas en appeler à notre nouveau président de la République qui semble tout puissant et si enclin à l'ouverture ces derniers jours ?

10 juin 2007

La seconde mort de François Mitterrand

medium_fm.jpgDepuis plusieurs semaines, par la grâce du Net, notre défunt président était revenu parmi les vivants pour commenter l'actualité de la campagne électorale, faire part de son analyse sur la situation politique et distiller quelques bons mots comme lui seul en avait le secret.

Pur produit de la blogosphère, le blog posthume de François Mitterrand avait fini par faire largement parler de lui dans les médias "traditionnels". Au point que ces derniers jours la polémique faisait rage dans le landernau politico-médiatique. Mais qui se cachait donc derrière ces lignes au style si bien immité ? Régulièrement pris à partie par notre Tonton virtuel, le célèbre journaliste Jean-Michel Apathie sommait même l'auteur de se départir de ce détestable anonymat.

Les hypothèses les plus diverses ont ainsi circulé sur l'identité de l'auteur jusqu'à ce que des blogueurs sans doute mieux informés ou plus transparents que d'autres livrent - enfin - le nom tant attendu. En quelques heures, on assiste alors à un de ces mouvements de houle comme seul le net peut en connaître.

Et l'on découvre ce matin avec effroi que notre François Mitterrand 2007 a décidé de s'en retourner parmi les morts, écoeuré sans doute par tant d'agitation ou tout simplement marri d'avoir été démasqué. Tempête dans un verre d'eau et polémique parfaitement futile assurément. Mais c'est précisément l'intérêt de la chose. Car ce nouvel épisode de la vie de la toile est caractéristique des nouveaux us et coutumes du net et de l'emballement, parfaitement vain, qu'il engendre régulièrement. Que des journalistes aussi reconnus que Jean-Michel Apathie ou Daniel Schneidermann accordent une telle importance à ces faits en dit long sur la bulle médiatique dans laquelle ils ont tendance à s'enfermer. C'est d'autant plus facile qu'il suffit de quelques clics, assis confortablement dans son bureau ou dans son canapé (si on est équipé en wifi) pour avoir le sentiment de partager d'indicibles secrets d'Etat (comme celui-ci : Nicolas Sarkozy était-il bourré ou essoufflé au G8 ?).

C'est sans doute à la fois la magie et la futilité d'un net placé de plus en plus au coeur même du système de production de l'information et qui a donc de bien beaux jours devant lui.

Et puis, si ce blog a rencontré à un tel succès c'est paut-être aussi le signe du désarroi qui règne à gauche et singulièrement au parti socialiste. Un PS qui semble n'avoir jamais réellement fait son deuil du seul homme qui le mena à la victoire à une présidentielle.

Mais que ceux qui affectionnent les conversations avec les morts se rassurent; un autre de nos grands héros a fait son retour récemment sur la toile : Pierre Bourdieu. Souhaitons lui longue vie et espérons qu'il n'aura pas à subir lui aussi les foudres de la bien pensance du net.

 
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